POUR UNE SOCIOCRITIQUE DU ROMAN CONTESTATAIRE GREC

1973-1993
DISSERTATION SOUMISE A
LA FACULTE DE LA LITTERATURE
CANDIDAT POUR THESE DE DOCTORAT

DEPARTEMENT DE SOCIOLOGIE DE LA LITTERATURE
Professeurs:Mr.Jacques Dubois et Andre Deisser

PAR
Michaelides Charalambos

Docteur es lettres:diplôme de l’Ecole Philosophique de l’Université d’Athènes
1996

INTRODUCTION

1.1. Méthodologie générale

Suivant les exigences scientifiques, il faut détruire l’illusion qu’il y a une foule de critiques littéraires, comme s’il y avait une substance de la stylistique ou de l’analyse de contenu.
Mais, il n’ y a pas une essence du style, une essence de tel ou tel aspect de la littérature définissables en dehors de toute analyse d’ensemble.
Pour éviter un tel démembrement de la critique littéraire, nous avons mis comme objectif principal l’ élaboration d’une typologie de l’ évolution du genre narratif en Grèce pendant une période qui commence avec une édition collective Les 18 Textes de 1970 et finit en 1993 avec la collection Par après..

Le nombre des diverses et souvent contradictoires doctrines critiques fait montre du fait qu’il n’est pas possible choisissant une de ces méthodes d’opérer une interprétation incontestable d’une oeuvre littéraire. Il suffit de feuilleter un manuel quelconque pour se rendre compte de la pléthore des points de vues herméneutiques en critique littéraire. Prenons par exemple les Limites de l’Interprétation de Umberto Eco qui ramène les possibilités d’interprétations à trois types d’ « intention » qui sont virtuellement sous-jacents à une oeuvre littéraire: intentio operis, intentio auctoris, intentio lectoris. On doit admettre donc que la critique contemporaine laisse l’impression de désarroi.
Or, une étude historico-empirique de la littérature grecque moderne devrait être concrète et aboutir en typologies, parce que les nouveaux textes narratifs grecs sont divers et variés : textes expressionnistes, formalistes et autres.
Ainsi, appréciant le rôle du système de la recherche par rapport à l’objet que nous étudions, nous avons opéré l’interprétation des changements dans la littérature narrative grecque de la période 1970-1990.
Mais, pour réduire l’ aléatoire qui caractérise l’extrapolation ordinaire, nous avons fondé notre démarche sur l’ hypothèse qu’ une production littéraire ne peut pas être envisagée comme simplement existante, donc comme un élément extérieur donné pour la critique. Tout au contraire, l’examen de la littérature est fonction de la méthode de son étude.
Ainsi, examinant les récits qui ont renouvelé la forme et la thématique du genre narratif en Grèce contemporaine, comme il y avait des traits communs et des rapports entre eux, notre étude avait pour but de déceler les traits communs et les rapports qui permettent de parler d’une certaine communauté.
D’autre part; quand on pense à l’apparition commune des traits nouveaux caractérisés par une diversité et variété importante, il était imposé d’élaborer des types de ces traits, car l’examen d’une littérature doit être concret et aboutir en typologies, si nous n’abandonnons pas l’étude scientifique des processus de l’évolution littéraire. Si les phénomènes observés sont divers, leur simple description ne saurait pas les expliquer d’une façon suffisante.
Par conséquent, une typologie des textes narratifs modernes parus pendant les dernières décennies en Grèce était imposée.
Etant donné qu’on a ici le problème de la vérification d’ une correspondance logique et vérifiable entre le problème particulier de la littérature examinée et un problème général, celui du contexte de cette littérature, il fallait appliquer une règle : le problème de la signification de la littérature donnée se pose sur un seul plan de signification, et un seul. On ne mêle pas des significations psychologiques, métaphysiques, politiques, au gré de l’intuition du chercheur.

Ainsi, notre premier souci était de relever les critères de comparaison entre les oeuvres étudiées. Or, les traits communs et les rapports entre les oeuvres comparées ne devaient pas être locaux.
Une étude qui aboutirait à une communauté idéologique, présenterait de grands défauts. Surtout une similitude des conceptions du monde tient trop peu compte de la spécificité de la littérature. D’ autre part, l’étude typologique de divers styles littéraires n’a rien à gagner si elle établit une communauté des liens entre les personnages fictifs ou les styles et les circonstances.
D’ailleurs, la simple parenté de tendances, de sujets ou d’images chez les différents auteurs cités n’ est pas constatée dans toutes les oeuvres examinées. Utiliser de telles parentés et étaler des extraits qui les confirment d’une telle manière serait une démarche naïve ou partiale.
On doit être très attentif sur ce point : tout découpage d’une oeuvre littéraire ne peut donner que des observations extra-littéraires.

Pour faire une étude qui préserve le caractère esthétique de l’objet, la présentation des oeuvres dans leur intégrité est imposée d’office. C’est pourquoi nous avons respecté le mode d’exister des oeuvres citées en tant qu’unités.

Alors, étant donné que les textes narratifs examinés sont marqués par une diversité importante sur le plan de la forme et de la signification, nous avons relevé des traits plus complexes, donc structuraux, comme critères.

Mais, les critères structuraux tout court ne suffisent pas pour expliquer deux choses : le fait que les oeuvres littéraires soulèvent du charme, et la cause du changement du goût pour ces oeuvres.

Alors, le besoin de choisir des traits nouveaux qui sont structuraux et sociaux à la fois est évident.
Ces traits communs dans les oeuvres examinées sont les “écarts littéraires” qui caractérisent les rapports internes des leurs traits particuliers. Il s’agit des “écarts” par lesquels les nouveaux écrivains grecs proposent le sens qui doit selon eux caractériser la littérature narrative. Par ces “écarts” les nouveaux littérateurs grecs marquent leur intervention sur la nature du genre narratif.
Ces traits structuraux et sociaux sont:
A) Le fait que la nouvelle littérature grecque depuis 1970 est une “littérature sémantique.” La caractéristique générale de la prose narrative en Grèce pendant les dernières décennies consiste dans la concentration au domaine du langage d’une multitude de textes narratifs qui représentent des courants les plus divers:néo-expressionnisme, néoréalisme, phénoménologie et néopositivisme.
Leur dénominateur commun consiste dans l’intérêt commun aux signes, aux significations et aux autres problèmes de la langue.
B) Selon nos hypothèses, les écrivains grecs en abandonnant la « représentation dans la narration» s’attaquent à la « situation» et au langage des institutions sociales et notamment de l’institution littéraire.
Ayant constaté les caractères communs, nous avons réduit tous les types narratifs d’écart socio-structurel à un concept commun, la recherche d’une “communication symbolique” qui est exprimée par la contestation.
L’ existence du trait de contestation dans les textes nous a conduit à désigner la littérature étudiée par le terme de contestation. Ce terme a été déjà utilisé pour désigner le mouvement de mai ’68. Selon Antoine Casanova :
“La contestation est l’opposé de la revendication, mais elle n’a pas de contenu précis. L’opposition entre contestation et revendication ne coïncide pas à l’opposition entre réforme et révolution, car la contestation s’attaque aux structures, tout en demeurant verbale et aveugle. Elle s’oppose à ce qui existe sans une analyse de la nécessité historique particulière.”
Le terme a été introduit aussi dans le jargon littéraire depuis 1970. Nous avons adopté ce terme parce qu’il a un sens négatif et donc indéfini, ce qui le rend susceptible de désigner des oeuvres tellement diverses comme celles que nous étudions dans ce travail.
C’est la foule des traits marquant un « écart » littéraire dans les textes examinés qui nous a conduit à la démarche de réduire tous les types d’écart à ce concept commun, la “communication symbolique ».
L’ « écart littéraire » des textes examinés n’était pas un phénomène fortuit, tout simplement existant comme une donnée objective, mais il était conditionné par le contexte littéraire et social, ce qui nous autorise de l’ envisager comme un fait qui est à la fois social et littéraire.
Alors tous les « écarts » relevés dans les textes examinés ne concernent pas les seules qualités intérieures de chaque oeuvre, mais aussi la relation de ces qualités avec d’autres formes culturelles de la même société et pendant la même période.

L’échantillon

Selon notre projet, l’étude d’un genre que nous avons choisi dans son évolution pendant une période donnée devrait examiner non pas toutes les oeuvres parues en Grèce dernièrement, mais un échantillon qualitatif qui n’omettrait aucun des principaux courants littéraires. Ainsi, nous avons choisi un nombre de textes narratifs grecs qui ont été écrits pendant les deux dernières décennies en Grèce et opèrent un changement soit dans la forme, soit dans les valeurs culturelles composant leurs contenus.
L’ « écart littéraire » dans la production littéraire actuelle en Grèce, tout en étant une déformation du canon du récit classique, renvoie au contexte social, parce qu’ il montre que les « interventions métalinguistiques » effectuées par les écrivains modernes sur les règles littéraires manifestent leurs intérêts sociaux.

Nous avons pris en considération le fait que les nouveaux textes narratifs sont passés par le crible de la pensée des critiques différents et ont acquis leur identité par rapport aux autres oeuvres précédentes et contemporaines. Et comme il y avait des oeuvres qui étaient reconnues comme littéraires par une partie des critiques grecs, nous avons considéré comme point de départ nécessaire et suffisant la désignation des oeuvres examinées comme « littéraires » par les instances de l’ institution littéraire grecque. C’est pourquoi nous ne choisissons pas tel ou tel écrivain arbitrairement. Aussi, avons-nous trouvé que la désignation des oeuvres comme « littéraires » a été effectuée par les critiques de l’actualité littéraire, que nous citons plus haut, et par le public nouveau de l’époque. Ce processus de sacralisation a été opérée par le « parti » de l’opposition dans le « champ » littéraire grec, qui a favorisé la littérature avant-gar-diste et est le résultat d’une série des procédu-res :
1) du fait que ces oeuvres sont publiées dans une maison d’ édi-tion
2) du fait d’être citées
3) du fait d’être mentionnées, signalées et discutées.
Dans le deuxième chapitre nous présentons l’échantillon représentatif de la nouvelle littérature narrative grecque.
Ce sont les besoins littéraires du public qui se reflètent dans l’originalité de nouvelles techniques. Et le fait que les besoins littéraires d’un public soient reliés avec tel ou tel style littéraire et avec des règles d’écriture qui lui sont propres, ceci constitue un facteur réel qui affecte l’évolution d’une littérature. Grâce à cela, les écrivains se font les inspirateurs et les interprètes des besoins littéraires du nouveau public.

Un examen interdisciplinaire est imposé d’office

Le texte narratif contestataire grec semble être un phénomène à la fois linguistique, social et esthétique. Et tant que fait esthétique, il pose pendant les dernières années en Grèce des problèmes d’écriture. En tant que phénomène social, il pose des problèmes de rupture du tissu social. Enfin, en tant que phénomène linguistique, il met en cause le « ”discours social commun de la vie quotidienne” ». Ces constats nous ont conduit à l’idée qu’ un examen multiple est imposé. Etablir des corrélations entre des textes littéraires modernistes et avant-gardistes et les situations sociales de la Grèce pendant la période donnée de 1970 à 1990; déterminer pour chaque phase distincte de cette période les rapports entre les facteurs historiques, économiques ou autres et la production des nouvelles formes de la littérature narrative; tels sont les objectifs d’une étude scientifique d’ensemble. Pour ces raisons, notre étude puise ses arguments et ses informations à la critique, la philosophie et la sociologie.

Les changements corrélatifs fondent nos hypothèses

A partir du moment où nous avons observé, toutes choses étant égales, un changement corrélatif dans deux séries de faits, d’une part des textes contestataires parus après 1982 par rapport aux textes contestataires parus avant cette date et d’autre part des changements dans les conditions du champ littéraire grec et dans la vie des intellectuels après 1982 par rapport à la période précédente, nous sommes conduit à l’idée qu’ici interviennent des influences interdépendantes qui facilitent ou empêchent l’évolution d’une telle littérature. Sur ce point, une troisième condition est présupposée pour que notre enquête soit menée à bien. En effet, nous avons mis l’accent de toute cette recherche sur la possibilité de constater des changements corrélatifs entre deux plans de phénomènes différents, le plan des oeuvres littéraires et le plan des phénomènes sociaux. Pour résoudre les problèmes que pose la complexité des deux ensembles de phénomènes comparés, nous avons appliqué les méthodes de détection des relations entre réseaux de faits.
A) Nous observons deux contextes historiques dans lesquels une littérature contestataire a vu le jour : le premier contexte correspond à la littérature de la période 1970-1982 et le deuxième à la littérature de la période 1982-1990.
Nous détectons aussi deux phénomènes qui précèdent les deux phases de cette littérature et présentent en commun l’émergence d’un public de la nouvelle intelligentsia dégradée. Alors, le trait commun aux deux productions littéraires est la cause commune de ladite production littéraire.
B) Nous comparons deux ensembles de phénomènes, celui qui englobe la
littérature narrative avant 1970 et celui qui englobe la littérature narrative après 1970.
Le premier ensemble contient parmi d’autres le champ littéraire composé par les éditeurs et le public des intellectuels traditionnels, très soucieux des valeurs morales et du prestige. Le deuxième ensemble présente tous les autres traits identiques sauf un, les nouveaux attributs du public des intellectuels dégradés, révoltés à cause des expériences douloureuses dues au régime dictatorial, à la massification des intellectuels entraînant la détérioration de leur place sociale, aux conflits sur le plan politique et idéologique. La comparaison des deux ensembles fait apparaître que tous les autres paramètres sont communs sauf un, celui de l’apparition de ce public nouveau. Nous sommes obligés, par conséquent, de rattacher la littérature contestataire à ladite apparition du nouveau public.
Ainsi, notre méthode nous autorise à faire des observations objectives et à neutraliser un à un les facteurs qui agissent dans le champ littéraire, comme, par exemple, l’influence sur l’évolution de la littérature de l’apparition d’ une nouvelle génération. Pour réaliser cette tâche, nous avons isolé tour à tour chaque facteur: la psychologie sociale, l’évolution de la culture grecque, l’évolution du mouvement politique, l’évolution des conditions du champ littéraire ( l’évolution du marché du livre littéraire, l’évolution du rôle des critiques ) et l’évolution de la situation des intellectuels grecs.
Notre recherche nous a montré que ces facteurs n’interviennent pas avec la même force sur l’évolution de la “littérature contestataire” des deux phases de la période donnée.
Pour vérifier nos hypothèses nous avons avancé le dépistage des changements corrélatifs entre les récits examinés et les faits culturels et sociaux constituant le contexte de la littérature. Pourtant, cette démarche tout à fait scientifique serait accomplie par la construction d’ un cadre de comparaisons qui est le champ littéraire d’une période relativement courte et d’ une société concrète. C’est ainsi seulement qu’on peut examiner les différences entre les formes successives de traits littéraires du genre étudié et les formes successives du champ littéraire et social.
Pour ces raisons, notre examen est limité à l’étude d’un genre littéraire, le récit, dans son évolution pendant une période déterminée.
Ainsi, nous avons observé les variations du genre narratif dans la production littéraire de 1970 à 1990, et nous avons tiré un échantillon qualitatif d’un corpus d’environ septante textes narratifs grecs. Il nous a paru nécessaire de choisir des textes différents entre eux, pour obtenir plus d’objectivité dans nos conclusions sur l’appréciation des ressemblances et des variations des oeuvres analysées.
On peut dire dès maintenant que les premiers cinq textes narratifs de notre échantillon ont vu la lumière de 1977 à 1982, dans un contexte de politisation et d’idéologisation accrues, tandis que les cinq derniers sont parus dans un contexte de désidéologisation qui domine depuis 1982.
En effet, en Grèce pendant les dernières décennies s’opère un brassage extraordinaire de positions, de conflits et de tensions dans une atmosphère cosmogonique. Une explosion sociale accompagnée par la chute de la dictature, l’ entrée du Parti Communiste dans la scène politique pour la première fois depuis 1974 et la naissance d’un parti socialiste dynamique. Tout le monde lit, s’organise dans les partis politiques, se réunit dans des manifestations qui assez souvent concentrent plus de 500000 manifestants dans les rues et les places centrales d’Athènes, de Thessalonique et d’autres villes de la Grèce.
La définition préalable des textes examinés
A la suite des remarques faites jusqu’ici, le problème d’une définition préalable est pour nous relatif au problème de l’ échantillonnage. Alors, le lecteur avant de voir cette définition peut lire tout ce qui est dit à propos du choix de notre échantillon et notamment l’ idée que la critique n’ a pas des faits à constituer, mais des faits à constater.
Alors, partant des caractéristiques dégagées par notre recherche nous faisons une définition hypothétique des oeuvres étudiées.
A) Ces textes s’ écartent de la littérature établie et
B) sont irréductibles au “discours social commun de la vie quotidienne” de la société où ils sont nés.
C) Ils sont aussi des faits communicatifs et en tant que tels ils possèdent un caractère esthétique, puisqu’ils répondent à la mémoire collective, chargée des valeurs.
D) Ils soumettent la culture grecque qui leur est contemporaine à une métamorphose sur le plan des symboles.
E) Le sens de “communication symbolique” qu’ils accordent à l’ “action sociale” est en opposition au sens accepté par la majorité de la société grecque et par les cercles dominants du champ littéraire.

Le concept de champ (voir Bourdieu) n’est pas le lieu où s’achève notre étude, mais un des outils conceptuels de notre doctrine

Nos observations sur les changements corrélatifs a fait apparaître la nécessité du concept de champ littéraire ( public des nouveaux intellectuels et médiation du secteur organisé).
En particulier, le concept de la “communication symbolique” nous a ouvert le chemin pour étendre notre recherche aux concepts du champ littéraire et du contexte social. D’ailleurs, le changement observé dans la littérature narrative depuis 1974 jusqu’à 1982 n’était pas indépendant du fait que les textes ont vu la lumière dans un contexte caractérisé par une série d’événements historiques décisifs: chute d’une dictature, procès contre les ex-dictateurs, réunion massive du peuple dans des organisations politiques, syndicales et culturelles et changement de la législation syndicale, éducative, familiale. Au contraire, la désidéologisation croissante et les nouvelles formes de la « misère de vie » survenues après 1982 ont joué leur rôle dans l’évolution de la littérature narrative grecque pendant cette phase-là.

Par la suite, nous avons divisé les textes narratifs de notre échantillon en deux parties qui coïncident avec les deux périodes 1970-1982, 1982-1990.
Nous avons observé les changements commentés plus haut dans un même cadre de référence, que nous appelons champ. Là, nous observons comment ont évolué les éditions de romans et si l’évolution de la création littéraire est marquée par un changement dans la technique de la synthèse de roman au cours de la même période. Nous avons aussi constaté comment s’est développée l’image des éditions au cours de la même période. Plus de 200 petites maisons d’ éditions ont été créées, ce qui est énorme pour un pays de dix millions d’habitants. Plus de cent mille sont les étudiants dans les écoles supérieures pendant la période examinée. Il y a donc une corrélation entre les nouveaux étudiants et les nouvelles éditions. Au cours de la même période, des milliers de citoyens ont adhéré au Parti Socialiste et aux deux partis communistes. Comparons ce phénomène avec le constat que ceux qui lisent la plupart des livres nouveaux sont les adhérants de ces partis. En même temps, nous observons qu’après quelques années des milliers de membres des partis de la gauche en général (P.S., P.C. ) sont exclus et que, selon l’étude sociologique de Tsouyopoulos, leur analogie dans la population était égale au pourcentage des adhérants de partis politiques, c’est-à-dire ils représentaient le 5.5 % de la population active.
Nous avons déjà une connexion des deux phénomènes, de la contestation politique et culturelle. Il est entendu que parmi les lecteurs des textes contestataires en Grèce on peut compter toutes ces catégories d’intellectuels qui étaient déçus, rayés et mis de côté par les organisations, auxquelles ils appartenaient, et lisaient beaucoup plus que les autres catégories sociales.
Par conséquent, il n’est pas difficile de constater la relation des oeuvres littéraires contestataires avec un public nouveau plutôt qu’avec tel ou tel éditeur qui impose un goût sur la base de ses intérêts économiques.
Mais la constatation des changements corrélatifs sur le plan littéraire et sur les attitudes des nouveaux lecteurs grecs ne suffit pas à elle seule à établir un lien propre à la littérature.
Alors, il nous faut un moyen terme, à savoir la demande d’une “communication symbolique”.
Et pourquoi n’a-t-on pas le phénomène du miroir, pourquoi les oeuvres narratives ne reflètent-elles pas immédiatement ce que leurs écrivains ont vécu?
La réponse est que deux autres facteurs interviennent: a) une certaine volonté du «facteur organisé» de conduire vers la direction moderniste la littérature (voir Fondation Ford, la ligne des journaux, les lignes politiques etc.) et b) les modes littéraires importées en Grèce: l’ “underground”, le “structuralisme français” et le “méta-modernisme”.
Alors, ce qui change dans ce complexe de facteurs dont la production narrative donnée fait part, est le régime social, la nature du public de jeunes intellectuels, les conditions dans le « champ littéraire » et les nouvelles modes en littérature et en linguistique, mais tout se ramène à l’état social et spirituel des intellectuels grecs qui sont les lecteurs de la littérature étudiée pendant la période donnée.
En outre, nous avons fait la preuve que les changements dans la littérature contestataire n’étaient pas dus au changement des générations pendant la période donnée, puisque la succession de générations existe dans chaque période sociale, sans pour autant provoquer toujours des changements subversifs. L’hypothèse superficielle du rôle de la succession des générations vient de la doctrine anthropologique qui préconise une distinction de groupes humains selon l’âge. Il paraît que chez les primitifs il y avait des rituels qui échelonnaient les hommes selon l’âge, mais ce n’est pas le cas à notre siècle.
Nous avons aussi constaté que la pléthore des éditions de textes surréalistes et la connaissance de l’Underground et de la littérature européenne contemporaine par le public grec n’a pas joué non plus le premier rôle: la connaissance chez les Grecs de l’Underground et des autres courants littéraires n’est pas un facteur qui pèse sur l’évolution de la littérature étudiée d’une manière distinctive, car son influence continue d’être la même pendant la période donnée, tandis que la littérature examinée est différenciée, quand on passe des textes publiés entre 1970-1982 aux textes publiés entre 1982-1990.
Par contre, c’est la situation sociale des nouveaux intellectuels grecs qui est à l’origine de leur contestation. Dans ce cadre, la « littérature contestataire » grecque fait apparaître parmi d’autres une querelle entre les « anciens » et les « modernes ». Le même fait est exprimé comme mise en doute de l’institution littéraire même. Les « interventions métalinguistiques » telles que l’ironie et la mise en abîme montrent que cette fois pour une série de raisons, la littérature rénovatrice s’est trouvée dans une situation équivoque, parce que d’une part les écrivains du passé ne font pas obstacle, comme ils ont cessé d’écrire à cause de la junte, et d’autre part le vide est couvert par un courant d’inspiration socialiste tourné vers la culture folklorique et par la littérature d’un réalisme vieux qui répète les thèmes vétustes, favorisés par le parti communiste.
Un autre problème qui se pose à ce stade de notre réflexion est de savoir si la littérature que nous analysons concernait uniquement des élites littéraires, ou s’il s’agissait des agitations provoquées par tout un mouvement populaire dans la société grecque.
Ce n’est pas le cas, car les intellectuels contestataires grecs, par leur écriture, critiquent à la fois le langage du nouvel ordre ou la nouvelle « hégémonie » du champ littéraire et celui de la culture quotidienne grecque depuis 1970. C’est exactement ce fait, que nous mettons en lumière dans cet ouvrage. Dans cette perspective, le changement radical de la littérature grecque moderne rend évident que c’est le langage littéraire et le langage de la vie quotidienne qui sont remis en question.

2. Textes et contextes

2.1. Les textes et les auteurs
2.1.1. Corpus et échantillon

Sur un sujet aussi vaste et une période aussi longue, le corpus exhaustif (tous les textes « déviants » parus en Grèce pendant environ vingt ans ) aurait atteint un tel volume que l’échantillon s’imposait d’office. En sociologie, un échantillon peut être représentatif de son organisation sur le modèle d’un ensemble. Mais les oeuvres littéraires en tant qu’unités ne se prêtent pas facilement à des traitements quantitatifs, puisque l’aspect qualitatif qui les caractérise ne peut pas être mesuré.
Nous n’avions besoin que d’un faible nombre de textes qui
A) présentent des traits socio-structurels tels qu’ils sont définis dans le premier chapitre.
B) présentent des différences stylistiques et autres. Le besoin d’étudier des textes de styles différents est motivé par le souci d’obtenir une plus grande objectivité. Ce faisant nous avons évité le ré-duc-tionnisme et le parti pris.
Ainsi, nous avons choisi non un corpus défini a prio-ri, et pour ce faire nous avons cherché parmi les textes narratifs parus dès 1970 à 1990 qui se sont signalés comme modernes par des critiques, des éditeurs et des personnalités et qui présentent une rupture dans la forme ou dans le contenu.

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Le corpus des textes narratifs

ALEXAKIS Vasilis, 1980, Talgo, Athènes, édition Exandas
ALEXAKIS Vasilis, 1979, La Tête du chat, Athènes, édition Exandas.

ALEXANDROU Aris, 1978, La Caisse, roman, traduit par L. Ferriel, Paris, édition Gallimard (Du monde entier).

ARKOUDEAS Costas, 1992, La vieille peau de la vipère, édition Kedros

HATZIDAKI Natacha, 1979, Rencontre-la ce soir, Athènes, édition Kedros.

CHRONAS Georges, 1981, Lutte gréco-romaine, Athènes, édition Ypsilon.

CHRYSOVITSANOS Georges, 1983, La suite au prochain numéro, Athènes, édition Yakinthos.

DOUKA Maro, 1993, L’or des fous, trad. Paulo Rossetti, Arles, éd. Institut Français d’Athènes, Actes Sud.

DRAKODAïDIS Philippos, 1985, Commentaires sur le cas, chronique, . Trad. Sophie Le Bret, Paris, éd. Denôel.

FAKINOU Evgenia, 1991, La Septième dépouille, trad. Marie-Claude Cayata, Paris, éd. Climats.

IOANNOU Georges, 1971, Le sarcophage, Athènes, éd. Kedros.
1978, Notre sang, édition Kedros.

KAKISIS Sotiris, 1983, Terreur dans le collège et autres essais policiers, Athènes, édition Kastaniotis.

KALIOTSOS Pantelis, 1972, Leçon de meurtre, Athènes, édition Kedros.
1973, La trilogie du boulevard, Athènes, édition Kedros.
1978, Nuit de décembre, Athènes, édition Kedros.

KAPERNAROS Tasos, 1992, Bains, Athènes, édition Kedros.

KARAPANOU Margarita, 1976, Cassandre et le loup, trad. par l’auteur, Paris, éd. Laffont (Participe présent ).

KOUMANDARÉAS Ménis, 1991, La Verrerie, trad. Marcel Durand, Paris, éd. Hatier (Confluences).

KONTEA Roula, 1982, Le bas puits, Athènes, édition Stochastis,

MATESIS Pavlos, 1993, L’enfant de chienne, trad. Jaccques Bouchard, Paris, Gallimard (Du monde entier).

MANIOTIS Georges, 1984, Les contes noirs. 21 contes pour adultes, Athènes, édition Kedros.
1992, La protection terrifiante, Athènes, édition Kedros.

MARAGOPOULOS Aris, 1984, Bordel des âmes, Athènes, éd.
EMAE.

MARGARITIS Vangélis, 1981, Les Ionies, Athènes, édition Odysseas.

MARKOGLOU Prodromos, 1980, L’espace de Jeanne et le temps de Jean, Thessalonique, éd.Egnatia.

MEGALOU-SEFERIADI Lia, 1981, D’ailleurs Lénine était issu d’une très bonne famille, Athènes, éd. Exandas.

MITROPOULOU Costoula, 1973, L’exécution, Athènes, édition Ikaros.

MITSORA Maria, 1978, Anne, voici quelque chose d’autre, Athènes, édition Akmon.

NIKOLAïDIS Aris, 1981, La disparition d’Athanase Télékidis, trad. Pierre Coberousse, Paris, éd. Pierre Belfont

NOLLAS Dimitris, 1974, Sirène d’Athènes, Amsterdam, éd. non marquée.

PAÏZIS Nikos, 1984, En face; histoires de loin, Athènes, édition EMAE.

PAPADIMITRIOU Sakis, 1978, Codes et claviers, Athènes, édition Kedros.

PAPACHRISTOS Dimitris, 1992, Le mont sauvage de l’âme, Athènes, édition Nea Synora.

PSYCHOGIOS Dimitris, 1982, Témoignage partial, Athènes, édition Polytypo.

RAPTOPOULOS Vanghélis, 1982, Péage, Athènes, édition Kalvos.

THEOPHILOU Fedonas, 1980, L’anneau du soleil, Thessalonique, édition Egnatia.

TSIRKAS Stratis, 1982, Printemps perdu, roman, trad. Laurence d’ Alauzier, Paris, éd. du Seuil (Méditerranée).

VAMVOUNAKI-STAVROPOULOU Maro, 1980, Le cygne et lui, Athènes, édition Odysseas.

VARLAMIS Efthimis, 1983, Une nuit à Santorin, Veria, édition Tritos Choros.

XANTHOULIS Jean, 1992, La liqueur morte, trad. Léa Rotis, Paris, éd. Hatier (Confluences).

XENOS Stefanos, 1979, Enfer Tendre, Thessalonique, édition Egnatia.

2.1.2. L’échantillon qualitatif de dix textes.

HATZIDAKI Natacha, 1979, Recncontre-la ce soir, Thessalonique, édition Mikri Egnatia.

DELIOLANIS Dimitris, 1983, Pusher, le pas du renard, Athènes, éd. Stochastis.

DOUKA Maro, 1993, L’or des fous, trad. Paulo Rossetti, Arles, éd. Institut Français d’Athènes, Actes Sud.

GIMOSOULIS Costas, 1990, L’ange du moteur, Athènes, éd.Kedros.

GERONYMAKI Popi, 1980, Ca ne marche pas, Athènes, éd.Exadas.

ISSAIA Nana, 1982, La tactique de la passion, Athènes, éd.Aigokeros.

PAPACHRISTOS Dimitris, 1983, Tout va bien, si le monastère va bien, Athènes, éd.Theoria.

SARANTOPOULOS Thodoros, 1983, « La nuit », dans Trois cent manières de mourir, Athènes, édition Yakinthos, pp.1- 26.

SOTIROPOULOU Ersi, 1982, Trois jours de congés à Yannina, Athnènes, éd.Nefeli.

SOUROUNIS Antonis, 1980, Les joueurs, Thessalonique, éd. Mikri Egnatia.

VAGENAS Nasos, 1980, « Patrokloz Giatras ou les traductions grecques d’ Eliot » dans La confrérie, Athènes, éd. Kedros.

2.2. Le caractère de rupture de la nouvelle littérature grecque

2.2.1. La « déviance littéraire », comme les écrivains mêmes la déterminent dans leurs propres déclarations

Hatzidaki, Natacha

Natacha Hatzidaki est née en Crète. Elle a publié pendant le gouvernement dictatorial de la Grèce des poèmes avant-gardistes dans les revues Kouros et Tram. Elle a été interpellée deux fois par la Justice Grecque pour ses publications. Hatzidaki appartenait, avec Mitras Michalis, son ex–mari, au cercle de Nanos Valaoritis, poète avant-gardiste et professeur d’une Université aux Etats-Unis où il est domicilié. Valaoritis était le précurseur de la littérature moderniste grecque et pendant la dictature, il éditait la revue avant-gardiste Pali qui fut une des locomotrices de la littérature contestataire. En outre Valaoritis appartenait au comité qui accordait les bourses de la « Ford Foundation » aux littérateurs grecs. A présent, Hatzidaki présente une émission littéraire de la Télévision Nationale de la Grèce. J’ai eu l’occasion de la rencontrer l’été de 1994. Elle m’a présenté au cercle de Nanos Valaoritis avec lequel elle a des relations très amicales. D’ailleurs, Valaoritis lui a accordé une interview que nous citons plus bas.
Dans une interview, Hatzidaki soutient qu’ écrire signifie suivre l’explosion de ce qui existe dans l’âme. L’écriture est la chose la plus étrange du monde, car elle est comme une réaction à cette « électricité statique » qui provient de l’intérieur. Le « quoi » de l’écriture dépend du

comportement « acrylique » de l’écrivant. D’un autre point de vue, la poésie est la réponse autodestructrice à la mesquinerie de la vie quotidienne d’une femme grecque. Pourtant, malgré son nominalisme, elle soutient que l’expression poétique est un modus vivendi, un « être ». A son avis, l’homme qui a eu des expériences traumatiques est déjà un déviant: « J’appartiens à ceux qui, à l’aube d’une journée ensoleillée, ne se disent pas: ‘ Quel bonheur’, mais se disent: ‘ Au diable, il y a encore du soleil aujourd’hui ’ ».
Son nominalisme est évident lorsqu’elle parle des « grands écrivains » du passé: « Je crois, dit-elle, que la seule chose qui les intéressait était de survivre en tant qu’écrivains ». Motivée par le même esprit, elle dénonce les romans imprégnés par un sentimentalisme douceâtre, objet de la production industrialisée d’oeuvres littéraires. La quotidienneté est aussi remise en cause par Hatzidaki qui dénonce le phénomène social de l’oppression des femmes par les hommes. Le roman traditionnel exprime à son avis la structure patriarcale de notre société, car il semble composé artificiellement. Mais selon son point de vue le roman actuel est féminin par excellence, comme il paraît dans les oeuvres de V. Woolf, N.Sarraute, M. Duras, M. Karapanou, James Joyce, J.Dos Passos, W.Faulkner et N.G.Pentzikis.
Hatzidaki disposait du courage littéraire, puisqu’elle a publié des poèmes qui provoquaient les bons moeurs dans les revues Kouros et Tram pendant le gouvernement dictatorial de la Grèce. C’est pour ça qu’elle a été interpellée deux fois par la Justice Grecque pour ses publications. Hatzidaki appartenait avec Michalis Mitras, son ex–mari, au cercle de Nanos Valaoritis, poète avant-gardiste et professeur d’une Université aux Etats-Unis, où il est domicilié. Valaoritis était le précurseur de la littérature moderniste grecque et pendant la junte il éditait la revue avant-gardiste Pali qui fut une des locomotrices de la littérature contestataire.

Deliolanis Dimitris

Deliolanis Dimitris est journaliste, vit en Italie et il est correspondant de Elefterotypia, un journal très important, attaché aux purs socialistes du PASOK.

Issaïa Nana

Nana Issaïa était secrétaire pendant trois ans 1958-1961 de Constantin Caramanlis qui était à ce moment le premier ministre de la Grèce et ultérieurement élu deux fois comme président de la Démocratie Grecque. Nana Issaïa habite à Athènes, où elle se contente d’un appartement loué. Je l’ai vue pendant l’été de 1994 et j’ai beaucoup conversé avec elle. Il faut souligner le fait que Nana Issaïa avait des relations avec le cénacle de Kimon Friar et de Nanos Valaoritis qui choisissaient les artistes qui pouvaient obtenir la bourse de la Ford Foundation. Elle a obtenu en 1980 le prix d’état pour sa poésie.

Papachristos Dimitris

Il est né le 31 janvier 1950 au village Agios Georgios de l’ Eubée, près d’Athènes. Il a fini l’école secondaire, mais il n’a pas obtenu son diplôme de la Faculté des Sciences Economiques « ASOEE ». En tant qu’étudiant pendant la dictature, il a participé aux luttes contre la junte. Il était « speaker » de la Station des Etudiants Libres, des Grecs Libres qui émettait pendant l’occupation de l’ Ecole Polytechnique par les étudiants grecs du 14 au 17 novembre 1973 et il s’exposa au danger dans un esprit d’abnégation, lorsqu’il disait par la radio (et nous écoutions tous) « le combat se continue par les moyens dont chacun dispose ». Par la suite, il ne s’est pas engagé dans la lutte des partis, car il a choisi la continuation de la lutte en dehors des partis. Selon lui, nos idées doivent imprégner nos actes. Il travaille actuellement à la Banque Nationale de la Grèce et il a un poste de relations publiques, comme l’avait jadis Georges Théotokas et Elias Venezis, écrivains très importants de la décennie de 1930. Son dernier livre que nous citons ici s’éloigne du scepticisme de son premier livre, que nous analysons. Tout d’abord, Papachristos Dimitris en 1984 s’était déclaré pour les formes nouvelles, pourvu qu’elles répondent à un besoin profond. L’écriture est comme un voyage où l’on découvre des expériences nouvelles. L’écrivain, selon lui, exprime la douleur de l’âme et n’a rien à voir avec les problèmes nettement théoriques. Dans une interview au journal de la gauche Avgi, il dénonce dans la production littéraire du passé un anthropocentrisme embellissant. Selon son point de vue, il est besoin de réaliser des amalgames de genres littéraires par l’introduction du langage poétique dans la prose. D’après ses déclarations, des motifs profanes et pi-caresques de la littérature underground sont introduits dans les modernes textes grecs. On note encore que Papachristos porte une critique amère de la gau-che grecque parce qu’ elle a dé-sillusionné les intellectuels.

Sarantopoulos Thodoros

Sarantopoulos dit que dans son oeuvre il dépose son témoignage sur ce qu’il a vu dans la société grecque contemporaine. Selon Sarantopoulos, le livre littéraire doit avoir le statut d’un journal. Il doit être ouvert à des horizons plus larges, mais doit aussi être étrange, multiforme et informatif. Par conséquent, les livres littéraires devraient être pleins de l’ horreur rencontrée dans le quotidien et les perspectives qui s’ouvrent vers l’avenir. Enfin, Sarantopoulos ose exprimer ses sentiments sur la Grèce et affirme que c’est la misère de la Grèce qui le tue le plus. C’est la société, donc et la réalité concrète des problèmes sociaux qui sont à l’origine du fait que ses textes sont quelques regards tout autour. Le défaut, pour lui, provient d’en bas et il s’agit d’une faute de structure, donc de toute la représentation. C’est pourquoi les moutons ne sautent pas facilement la barricade, car il y a partout de la «paix», de l’ «ordre» et de la «sécurité».
Quant aux problème techniques de la littérature, Thodoros Sarantopoulos concentre son attention aux vécus douloureux de ses personnages qu’il met en situation de raconter leur propre mort. Le roman expérimental en soi ne vaut pas la peine, car c’est le sujet qui suggère sa forme appropriée. Pour renouveler la forme, il emprunte des techniques à la musique et à la sculpture et n’hésite pas d’employer des sujets et de mots dangereux.

Ersi Sotiropoulou

Sotiropoulou a fait des études en sociologie et en anthropologie culturelle à Nanterre et à Florence. Nanos Valaoritis a fait l’avant-propos de sa première oeuvre. Quant à son idéologie, elle a déclaré « J’appartiens à Rimbaud et à l’O.T.A.N. » Un pessimisme profond caractérise sa conception du monde. L’amour est le seul refuge, l’ hors d’oeuvre du dîner nommé mort. La vie copie la littérature et il y a une distance entre le livre et sa vie. Elle avoue qu’elle a écrit un de ses textes, pendant qu’elle se trouvait dans une situation d’urgence. L’écriture est quelque chose qui s’écrit sur le corps. Elle voit son écriture cruelle et attaquante, car elle se détermine par le désir d’un paradis perdu de l’enfance. Le temps condensé d’un après-midi devant le papier blanc peut être énorme ou minime. D’ailleurs elle ne sent pas le lecteur comme une personne existante. Dans une autre interview à la revue Diavazo, elle a insisté sur le fait que l’écriture est une forme d’ exorcisme. D’ailleurs elle ne désire pas que son oeuvre ait une fonction sociale.

Sourounis Antonis

Antonis Sourounis est né à Thessalonique en 1942 et il n’a eu qu’un diplôme de l’enseignement secondaire. Il a vécu en Allemagne où il était allé comme immigrant. Mitras Michalis, ex-époux de Natacha Hatzidaki et membre de l’écurie de Nanos Valaoritis, fait l’éloge du roman d’ Antonis Sourounis en le comparant à un coup de poing à l’estomac

Vagenas Nasos

Nasos Vagenas est professeur de la littérature néo-hellénique à l’ l’Université de Thessalonique. Il a écrit des poèmes au début de la décennie de ’ 70. Ses textes narratifs sont édités par les éditions Kedros.

Gimosoulis Costas

Costas Gimosoulis appartient à la nouvelle génération des écrivains grecs. Il est notaire à Athènes.

Nous constatons donc une orientation des nouveaux intellectuels grecs vers les mouvements sociaux et un goût pour les problèmes de l’angoisse, de la solitude, du stress et du désespoir. Quant aux techniques littéraires, les jeunes écrivains considèrent que l’état de la société grecque pousse à l’adoption de la première personne narrative, parce qu’elle engage la participa-tion immédiate de l’écrivain aux actes des personnages fictifs et que l’écrivain contemporain ne se veut pas un simple observa-teur de la vie. Le lecteur peut comparer ces opinions avec ce que nous disons sur les cénacles grecs et sur la Ford Foundation.

2.2.2. Les formes d’écart dans la littérature narrative depuis 1970

Parmi les oeuvres choisies, certaines transgressent les règles du genre narratif, d’autres les règles de la morale conventionnelle, d’autres démasquent les mythes de l’idéologie populaire, d’autres violent les règles mêmes de la grammaticalité et d’autres effectuent du même coup toutes ces ruptures.
Les règles au niveau du « genre » qui sont enfreintes sont:
La règle de l’unité de temps.
La loi de la vraisemblance.
La loi de l’unité des styles..
La loi de la priorité du sérieux par rapport au futile.
La loi de la priorité du bon sur le mauvais.
Plus précisément, sont enfreintes les règles au niveau du temps et du système pronominal. Il est connu que les marques du temps narratif sont: a) la double temporalité et b) l’emploi du passé qui réunit un faisceau de marques concomitantes qui opposent l’énoncé direct du récit. Nous soulignons l’importance de ces règles, puisque que le récit est réalisé par la séparation du destinataire et de l’histoire de façon que le temps du verbe dans le récit marque certaines différences par rapport à l’énoncé direct.
Par contre, dans le discours direct le présent affiche un ancrage nunégocentrique, l’imparfait montre la durée temporelle, le passé montre le résultat d’une action antérieure dans l’ancrage nunégocentrique et le plus-que-parfait montre l’antériorité par rapport à un point du passé.
Une distinction analogue régie l’ état des pronoms: dans le discours direct on a « je », « nous » du locuteur et « tu », « vous » du destinataire. Mais dans le récit classique on a toujours il, ils, elle, elles et le personnage.
L’effet de ces conventions est qu’on a deux « présents ». En effet, la double actualisation temporelle présuppose un présent de l’action qui est appelé histoire ( fable, fiction) et un présent de la narration (explicite ou implicite). Dans le récit conventionnel, les deux temporalités ne se confondent pas, car leur confusion aurait conduit à un vrai présent, ce qui abolit le récit.
Dans le chapitre suivant nous allons montrer que toutes ces conditions tour à tour sont enfreintes expressément par les textes que nous étudions.

2.3. Le champ littéraire grec et son contexte social

1) Histoire sommaire de la société et du champ littéraire contemporains

Etant donné que la recherche nous a montré que la littérature examinée a été le produit d’une synthèse particulière de la psychologie des écrivains et des conditions de l’édition et de la critique en Grèce contemporaine, le champ littéraire doit être divisé en deux secteurs, le secteur spontané et le secteur organisé.
Dans l’ « espace de positions du champ littéraire », s’affrontent des appréciations contradictoires des styles littéraires. Mais, nous devons prendre en considération que la concurrence, à l’époque, est impliquée aux luttes politiques et sociales, ce qui a conduit les impliqués à méconnaître les chefs-d’oeuvre de la production antérieure. Nous citons par exemple l’opposition entre Ziras et Maronitis ou entre Tsirkas et M. M Papaioannou. Etant donné que les prises de position dans le champ se rattache au développement social et culturel de la société hellénique des dernières décennies, alors le champ doit être situé dans une perspective historique.

a) L’évolution de la société grecque

Tout d’abord, pendant la période donnée la société hellénique affiche un sous-développement consistant en un type spécial d’articulation de deux modes de production différents: a) du mode capitaliste dans la grande industrie et b) de la petite production commerciale dans le domaine de l’agriculture et de la petite industrie. Le secteur du capitalisme de la grande production et l’idéologie technocratique qui lui correspond ne réussit pas à soumettre ni à intégrer le secteur de la petite production et de l’agriculture. Ainsi, le type du capitalisme grec est informe ou dépendant.
Comme le secteur commercial entretient des relations avec les métropoles de l’étranger où il transporte une partie de ses gains, le conservatisme demeure la base culturelle, mais il ne domine pas.
1821, insurrection contre les Turcs.
1922, désastre d’Asie Mineure.
1935, le roi Georges 11 nomme premier ministre le général Metaxas.
4 août 1936, le général Metaxas proclame la loi martiale établissant une dictature qui dure jusqu’ en 1941.
28 octobre 1940, le NON à l’ultimatum italien demandant le libre passage des troupes italiennes sur le territoire grec.
Hiver 1940, campagne d’Albanie.
Avril 1941, intervention allemande et début de 1′ Occupation.
Septembre 1944, accord de Caserte, auquel s’associe l’ EAM (Front de libération nationale ) et par lequel l’ ELAS ( Armée populaire de libération nationale) s’abstient d’occuper Athènes et accepte le débarquement des troupes britanniques.
Octobre 1944, débarquement des forces britanniques, sous le commandement du général Scobie qui exige le désarmement des partisans.
Décembre 1944, combats dans Athènes entre les forces de I’ ELAS et les Britanniques.
Janvier 1945. ordre donné aux partisans communistes d’évacuer la capitale et de se regrouper au nord du pays.
12 février 1945, accord de Varkiza garanti par le gouvernement britannique. Soucieux de légalité les dirigeants de gauche l’acceptent. Selon les termes de l’accord les forces doivent être dissoutes et les armes livrées en échange d’une amnistie.
1946-1949, guerre civile.
Août 1949, écrasement des derniers vestiges de l’ Armée démocratique (constituée en 1946) dans les monts Grhammos et Vitsi, centres de la rébellion.
Mai 1958, 24,2 % des voix à 1′ EDA ( Gauche démocratique unifiée) aux élections.
1961, élections qui portent au pouvoir le leader de 1’Union du Centre, Georges Papandréou.
Juillet 1965, le roi Constantin II contraint Georges Papandréou à la démission.
21 avril 1967, putsch des «colonels», à leur tête Georges Papadopoulos : au cours de cette nuit, tous les cadres politiques, intellectuels et syndicaux du pays sont arrêtés, parqués dans les stades et déportés dans les îles. La junte présente son action comme une «Révolution nationale» et rétablit la “civilisation helléno-chrétienne”.
1968, scission du KKE (Parti Communiste) entre le KKE proprement dit, tourné vers I’Union soviétique et un Parti communiste dit de l’ intérieur.
1972, premières manifestations étudiantes
21 février 1973, occupation de la faculté de droit, située au centre d’Athènes.
29 juillet 1973, destitution du roi et proclamation de la République.
14-17 novembre 1973, insurrection de I’Ecole polytechnique.
Trois mille étudiants, ayant l’appui de la majorité de la population d’Athènes, occupent 1’Ecole polytechnique, au centre de la ville, réclamant des élections honnêtes et le rétablissement des libertés universitaires. Les étudiants de Polytechnique obtiennent I’ autorisation d’organiser des
25 novembre 1973 : Georges Papadopoulos renversé par un nouveau coup d’ état mené par D. Ioannidis, chef de la Sûreté.
14 juillet 1974, affaire de Chypre (tentative d’assassinat de l’archevêque Makarios, chef de 1’Etat Chypriote, guidée par la junte) qui provoqua l’ invasion d’une partie de I’ île par les Turcs et la chute du régime.
Depuis 1974, la Grèce évolue vers la démocratie et les Grecs s’interrogent sur l’ « après la junte » et sur le passage du pays à la démocratie: élections libres, liberté d’opinion. Il a commencé toute une discussion sur ce qu’est la démocratie.
Un mouvement vers le Grand changement a poussé vers un programme commun de la gauche. C’était un grand élan purificateur, parce qu’il fallait une nouvelle organisation sociale, ce qui se ressentait au sein de l’intelligentsia. Réfutant un système dont ils contestaient les déviations, la plupart des intellectuels s’affirment socialistes et adoptent les doctrines marxistes. Dans une telle atmosphère, la restauration de la démocratie en 1974 a provoqué un bouleversement radical de toute idéologie conservatrice (sur le seul plan politique ) qui avait soutenu ou supporté la junte. Andréas Papandréou, président du PASOK, prononça souvent des discours de choc, le ton haussé, la voix poussée, pour le changement.
Presque tous les nouveaux intellectuels se réclament de la gauche et ils démasquaient ceux qui n’avaient jamais eu un mot, autrefois, contre les colonels.
D’autre part, étant donné que tous les partis se donnent pour paver la voie de la dictature ( Αντιδικτατορική Ενότητα ), le caractère libéral-national du nouveau régime échappe à l’attention. A vrai dire, la junte n’a pas été vaincue, puisque c’était une partie de l’armée sous le président Gizikis, ex-général, qui renversa la dictature et fit passer le pouvoir aux partis politiques.
En 1974, à la suite du conflit chypriote, de la déroute financière et sans doute de pressions extérieures, Caramanlis, appelé au pouvoir, rétablit les libertés et fait approuver la république (référendum de décembre). La consolidation de la démocratie est marquée par une nouvelle Constitution (1975).
En fin, l’entrée dans la C.É.E. (1er janv. 1981) de la Grèce marque un tournant décisif dans l’histoire de la Grèce contemporaine..
Dans l’intervalle entre 1974 et 1981 toutes les valeurs du passé sont mises en cause et les forces qui effectuent leur critique amènent les partis démocratiques au pouvoir en 1981. Cette critique généralisée se manifeste dans une série de domaines de la vie publique. Le 28.7.75 le procès contre les dirigeants de la junte a commencé et ce fait ajouté à d’autres a déclenché une période de crise et de critiques.

b) Les fluctuations des préférences politiques de l’ électorat de la politisation à la désidéologisation

Première phase de 1974 à 1981
Aux élections de 1974 pour l’Assemblée constituante, la droite avait obtenu le 54,3%, le PASOK (parti socialiste) le 13,5%, le P.C. (KKE) le 9,3% et le P.C. de l’intérieur ( sous le nom Simahia) le 2, 7% et le Centre le 20,4%. Après un référendum en 1975 aux élections la droite l’a emporté. Il est vrai que la souveraineté populaire suspendue par le coup d’état des colonels en 1967 a été rétablie.

Deuxième phase de 1981 à 1993
Aux élections de 1981, la droite (ND) tombe au 35,8 %, le PASOK obtint le 48%, le P.C. le 10,9%, le P.C. de l’intérieur tombe au 1,34%. C’est le PASOK, mouvement socialiste panhellénique, qui remporte la victoire aux élections législatives, et Andréas Papandréou, son leader, devient Premier ministre.
Aux élections de 1985, la droite monte au 40,84 %, le PASOK tombe au 45,82%, le P.C. (KKE) reste stable 9, 89%, le P. C. de l’intérieur atteint le 1,84. Le PASOK, donc, est confirmé de nouveau à ces élections de juin 1985.
Aux élections de 1989, la droite monte au 46,19 %, le PASOK obtient le 40,6%, la gauche unifiée sous le nom de Synaspismos obtient le 10, 97%. La désidéologisation atteint son point culminant, quand le gouvernement de Papandréou, compromis par des scandales financiers, est battu aux élections de juin 1989.
Aux élections 1990, la droite obtient le 46,1%, le PASOK tombe au 38, 61%, le P.C et le P.C. de l’intérieur sous le nom Synaspismos obtient le 10,2.%.
C’est ainsi, qu’ en avril 1990, C. Mitsotakis, chef de la Nouvelle Démocratie, forme un gouvernement conservateur. A partir de 1991, la flambée nationaliste des Balkans atteint aussi la Grèce: des problèmes de minorités l’opposent à l’Albanie et elle conteste à l’ex-république yougoslave de Macédoine le droit d’utiliser ce nom, l’accusant d’usurper le patrimoine historique hellénique. Fondant sa campagne électorale sur ces thèmes, le PASOK remporte les législatives d’oct. 1993 et A. Papandréou redevient Premier ministre.
Il est évident que les fluctuations de l’électorat de cette phase enregistrent l’entrée et l’évolution de la désidéologisation. Il y avait, donc, un tournant sur le plan culturel et idéologique depuis 1982.

2) Le champ littéraire grec : ruptures et indéterminisme culturel. L’évolution des idées depuis 1945

Comme il paraît, d’après les témoignages des protagonistes de l’ évolution littéraire grecque, le « champ littéraire grec » n’était pas unificateur, car, dans chaque chapelle et chaque cénacle, on avait formulé un esprit de corps issu de la collégialité et de la lutte contre les autres cénacles.
L’ évolution des idées est imprégnée par le climat de la victoire des couches conservatrices sur le reste de la population depuis la guerre civile. Selon le bilan de l’administration de l’armée grecque, les pertes de l’armée grecque s’élevaient à un total de 8.249 morts, tandis que les pertes des partisans étaient de l’ordre de 38.220 morts. Mais le pire était qu’après cette guerre un climat de répression empoisonnait toute forme de relation administrative, professionnelle et culturelle, car la distance idéologique, politique et culturelle a divisé le peuple grec jusqu’ en 1974. Selon les informations prises dans le livre scolaire grec, cité plus haut, les Grecs étaient divisés en deux camps, les tenants de la gauche, les vaincus, et les conservateurs, les vainqueurs. Plusieurs militants de la première catégorie ont été exilés et parfois exécutés. Mais ce qui était vraiment abominable est que l’Etat formé par les conservateurs a continué la guerre avec d’autres moyens. L’anticommunisme mêlé à l’idéologie « helléno-chrétienne » fut la base de toute politique, de l’éducation et de la littérature officielle. En outre, l’Etat grec était subordonné à la politique des Etats-Unis. Ainsi, le dépaysement d’un million d’immigrants à l’étranger, de même que les pertes de la guerre civile 1945-1949, montées à 38.220 morts n’avaient pas empêché l’idéologie de la foi unique dans la « Civilisation Helléno-chrétienne», fondement obligatoire de toute harmonie.
D’autre part, au sommet de la culture officielle, l’idéal de la « civilisation helléno-chrétienne » influençait depuis la création de l’état grec la structure sociale vers la formation d’une élite qui partage une idéologie commune, chrétienne et nationaliste, et est chargée de la réserve de la culture grecque. Les cercles qui dirigent l’enseignement public déterminent les idéaux helléno-chrétiens de l’éducation nationale et pour la plupart des cas contrôlent le recrutement pour les places dominantes.
On peut citer l’exemple de Georges Seferis (Nobel) et de Nikos Kazantzakis qui ne sont pas élus comme membres de l’Académie. En plus Kazantzakis était excommunié par l’Eglise. Même des professeurs de l’Université sont élus sur la base de la foi dans la civilisation helléno-chrétienne et dans la langue katharévousa. On peut comprendre maintenant pourquoi le contenu de l’éducation, inchangeable à travers les siècles a provoqué la réaction d’ une partie des écrivains grecs.
L’absence de cohérence dans le champ littéraire et culturel grec va de pair avec l’absence d’une conscience globale chez la majorité des nouveaux écrivains grecs.
Un écrivain de la période donnée ne saurait pas trouver un domaine de la vie sociale où les tons discordants s’harmonisent, puisque le corps social de la Grèce a été déchiré plusieurs fois depuis 1821: trois guerres civiles, trois relégations du roi, trois dictatures.

2.4. Le nouveau public composé par les jeunes intellectuels
Les nouveaux traits socio-structurels de la littérature narrative grecque sont liés
a) à la situation des intellectuels
b) aux relations entre les intellectuels et les autres couches sociales
c) à l’évolution des idéologies de 1970 à 1990.

a) Idées et prises de positions relevant de la situation sociale des jeunes intellectuels

1) Le désenchantement à cause des conditions de la mobilité sociale

La situation de jeunes intellectuels grecs est la base sociale de leurs positions, de leur fonctionnement dans la société et dans le champ littéraire. Elle se détermine par le fait que leur place sociale est dégradée, que les règles d’ une circulation équitable des élites en Grèce ne sont pas respectées, que les inégalités de statut entre eux sont douloureusement vécues, que la politisation et le phénomène de la prédominance du groupe dans la vie quotidienne (et pas seulement au niveau des réunions politiques) conduit aux circuits d’opinion verticaux et fermés et à l’expulsion des dissidents.
Après les années ’70 le mode de vie de la petite bourgeoisie consistait en un bon boulot et en l’idée de la sécuri-té et de la conformité aux moeurs établis.
Face à cet état des choses la contestation atteint une partie con-sidérable de l’intelligentsia. C’était une révolution cultu-relle qui s’est déclarée tant de la gauche que de la droite: mouvement féministe, environne-ment, culte de la personnalité par la lec-ture de plusieurs li-vres, liberté sexuelle, en un mot recherche d’un nouveau mode de vivre. La restauration de la démocratie en 1974 a provoqué un bouleversement radical de toute idéologie qui avait soutenu ou supporté la junte. La rupture politique a changé les rap-ports de force à l’inté-rieur du champ littéraire. Il est à noter qu’une pléthore d’ouvrages qui envisagent le rôle de l’intellectuel révolté contre la bureaucratie ont paru en Grèce pendant cette période. Nous pouvons estimer cette explosion d’éditions comme partie de la préparation organisée de la révolte des étudiants et du peuple grec contre la junte le 17 novembre de 1973. Il nous semble étrange le vide qui existe dans les études -critiques de la production littéraire en ce qui concerne la circu-la-tion des élites et particulièrement des intellectuels, problème primordial pour l’intelligentsia et ses senti-ments devant des si-tua-tions d’anomie sociale.
Nous soulignons au préalable l’absence d’un système de règles à propos de la circulation des élites en Grèce. En Grèce à partir 1970 en vertu du développement économique suivi d’ une urbanisation sans précédent grand nombre des jeunes sont restés hors du travail et hors des étu-des. Une grande partie de jeunes in-tellectuels sont convaincus qu’ ils ne peu-vent avancer socialement. D’ autres, issus des couches de la classe moyenne envisagent le rêve d’une ascension sociale rapide comme une vaine illusion. Cette insta-bilité contribue à multiplier les indi-vidus qui ne sont pas intégrés mais ballottés selon la conjonc-ture économique. En Grèce, la circula-tion des élites est effectuée d’une manière grossièrement in-juste. De plus, nombre d’ intellectuels perdent souvent leur travail à cause de leur idéolo-gie. En outre, comme les gouvernements après la junte ont nivelé les salaires et le statut des intellec-tuels, l’aura qui ac-com-pagnait jadis les avocats, les médecins et même les enseignants dispa-raît.
L’éducation avant la junte était le seul moyen pour l’ascension so-ciale. Après la junte il existe encore le processus de la circula-tion so-ciale, mais elle est limitée. Elle est due à l’augmenta-tion de la classe petite-bourgeoise à cause de la reproduction éten-due et ampli-fiée des pla-ces. Mais la question qui vont obtenir les places dispo-nibles n’a pas d’importance pour le système. C’est la divi-sion ini-tiale entre travail manuel et travail intellectuel qui a le plus d’importance. L’absence des opportunités égales démasque le mythe de l’égalité. Même si les conditions sont égales, les ressortissants des familles de la classe in-férieure possèdent moins de compétences que les is-sus des classes supérieures.
Ainsi, nous avons établi une relation entre la massification de l’intelligentsia grecque et l’idéologie. Depuis 1970 il y eut la formation d’une masse de nouveaux intellectuels dans la société grecque. A partir de ce moment cette masse d’intellectuels n’est pas uniforme; par contre, il nous faut toute une gamme de concepts pour représenter un ensemble énormément nuancé: à part de l’existence de deux catégories principales d’intellectuels, les traditionnels et les organiques, il y a aussi les divisions des intellectuels selon leurs professions, les degrés et les traits psychologiques qui résultent de la concurrence et du taux de chômage.
Ainsi, en ce qui concerne les nouveaux intellectuels grecs, le problème de circulation libre des élites dans les champ littéraire préoccupe aussi les
jeunes littérateurs qui revendiquent un succès basé sur des qualités purement littéraires. C’est un problème majeur qui est surtout d’ordre moral et joue le premier rôle en ce qui concerne l’évolution de la littérature vers l’éclatement des cadres conventionnels de l’écriture.
Le fait que le statut social des intellectuels grecs est caractérisé par des inégalités extraordinaires influence les positions des nouveaux littérateurs.
A côté des intellectuels chômeurs, il y a des employés qui tou-chent un salaire 10-20 fois plus haut que le salaire moyen. Mais ce qui est très important est le fait que nombre d’ idéologues de la gauche sont placés dans les services du sec-teur pu-blic . D’une part une telle politique était très réussie, car le mécanisme administratif est ainsi renouvelé. Par exemple, le minis-tre Costas Simitis avait placé plu-sieurs intellectuels de la gauche au ministère de l’agri-culture. Costas Lazaris avait placé plusieurs intellectuels aux ser-vices de la C.E.. Costas Laliotis avait placé au ministère de la nouvelle généra-tion de nombreux intellectuels non engagés de la gauche. On peut citer parmi eux Costas Chatzibiros Georges Chatzigogos, Nikos Margaris, Spyros Asdrahas, Philippe Iliou, Spi-ros Efthimiou, Tonia Moropoulou, Takis Papas, Dimitris Papachristos, l’écrivain de Tout va bien, si le monastère va bien, Nicos Tsilichristos et beaucoup d’autres. D’ ailleurs, au Bureau de presse à Bruxelles avait été placé Spiros Vergos. En fin, Léonidas Zenakos et Iakovos Kambanelis, écrivains, avaient été placés comme directeurs à l’ E.R.T (Radio-télévision Nationale).
Mais, malgré l’utilité de tels recrutements, la mobilité sociale ne s’effectue pas sur la base d’un système de règles juste et équitable. Par conséquent, l’intellectuel « honnête et libre » ressent une amertume par rapport aux intellectuels privilégiés et pistonnés.
Pour ces raisons, les sentiments des jeunes intellectuels après la junte consistaient en une déception profonde au sujet de la politique et de l’organisation socialiste de la société. Ainsi, les sentiments de marginalité caractérisent désormais leur attitude.

2) Difficultés concernant une véritable expression libre des idées

Dans dix années, de 1974 à 1984, 3500 membres de Pasok (P.S) sont bannis, parce que dans leur majorité ils voulaient conserver la pureté de leur idéologie. Parmi eux on peut énumérer des intellectuels très impor-tants, comme Amalia Fleming, Sakis Karagiorgas, Costas Simitis, Gerasimos Arse-nis, Costas Laliotis, Vasilis Filias. Il se passe de même dans le Parti Communiste ( KKE).

Conclusions sur les raisons de la désidéologisation depuis 1981

1. Dans un climat d’euphorie, depuis 1974, les nationalisations et l’ autogestion prêtent du pouvoir aux syndicats, et après les élections de 1981, le pays est entré sous le signe du socialisme et le discours socialiste devient l’ horizon intellectuel pendant vingt ans. Par ailleurs, sur le plan social d’innombrables réformes sont mises au point
D’autre part, la politisation introduit l’Etat dans tous les niveaux de la vie. D’ailleurs, les conditions particulières de la vie politique grecque poussent souvent nombre des politiciens à n’exprimer pas des opinions sur le fond, mais sur les opinions des autres.
2. Plusieurs parmi les cadres prêchent des idées socialistes, mais ils ne les adaptent pas à la vie quotidienne. Il y a aussi des dirigeants qui tirent des avantages personnels de leurs postes dans le mouvement populaire. Grand nombre des cadres moyens des partis de la gauche gèrent les affaires communes à leur seul profit, ce qui paraît, d’ailleurs, scandaleux aux intellectuels protestataires dont les goûts littéraires nous étudions dans ce travail. Aussi, certains chefs politiques accomplissent-ils des actes peu conformes aux idées proliférées et prêchées.
3. Après que la vie quotidienne est entrée dans la culture, la culture est coupée en deux, ce qui constitue le nouveau trait majeur de la vie culturelle grecque. Le rôle des mass média depuis la création en 1969 de la première station de télévision nationale évolue constamment.
4. Ainsi, la culture de masses est devenue répressive, car les masses pour des raisons particulières ne possèdent pas un haut niveau culturel. Le nouveau système politique met en relief un stratagème consistant à reconnaître un droit de critique dont était dénié l’usage en pratique dans l’environnement d’interconnaissance, dans les relations de proche en proche et dans chaque cas particulier.
Ainsi, il n’est pas tellement évident que le dénigrement critique ne peut se manifester dans la société, car la critique corrosive est constamment extirpée à sa naissance ou délimitée dans sa diffusion.
A la marge de cette image, chaque collectivité (syndicats, organisations des partis politiques, communautés culturelles) engendre des éléments contestataires, des intellectuels marginalisés, des expulsés des partis politiques et surtout des étudiants.
Cet état amène logiquement certains littérateurs à placer leur opposition sur le terrain politique et ce phénomène était généralisé en Grèce surtout depuis 1982. Ce phénomène social a fait que toute transformation du sommet de la vie politique se répercute à la base, comme soutient Alain Touraine.
Ce fait conduit à l’autonomie de la composante politique, ainsi que les classes et les groupes s’arrangent plutôt avec des insignes nationalistes et populistes qu’avec des revendications économiques et sociales.
A la fin du compte, les choses dans le champ ne débouchent pas à l’équilibre mais au déchirement, puisque les lois de la morale littéraire ne sont pas respectées.
Ainsi, ceux qui se sont emparés du pouvoir symbolique sont plus destinés à conserver qu’à innover et ne disposent pas d’un mécanisme juste pour les nouveaux arrivants.
Le problème majeur devient l’ intellectuel : comme les pratiques nouvelles veulent l’individu soumis au groupe et aux motifs économiques et objectifs, l’intellectuel n’a pas le temps de réfléchir si les motifs de son engagement politique et idéologique doivent être conformés aux déterminations extérieures ou s’il peut penser les choses autrement.
Alors, la pleine liberté de la pensée et de la création n’ était pas assurée. On peut voir cette sorte de « censure » dans les pages lit-téraires de “Rizospastis” et de la revue “Panellinia Politistiki”. Les penchants individuels n’étaient pas libres.
Les expulsions de nombreux intellectuels par les partis de la gau-che confirment notre hypothèse que l’esprit de la con-testa-tion détermine les goûts littéraires et que les groupes domi-nants dans les organisations politiques sont déterminés par une stratégie basée sur le résultat immédiat de l’action politique.
On souligne aussi les sentiments de méfiance du public composé par les nouveaux intellectuels. On peut se rιfιrer ici ΰ l’ιtude de Tsouyopoulos sur la ville de Larissa. Dans le sous-chapitre intitulι “L’ intιrκt politique de la population”, le sociologue grec aborde le sujet de la physionomie de deux catιgories de citoyens: a)les membres des partis politiques et b) les ex-membres des partis politiques.
Les diffιrences entre les adhérés aux partis et les inorganisés se focalisent: 1) sur le fait que les membres des partis sont dotιs d’une ιducation moyenne et supιrieure.
2)Les professions les plus favorables sont ceux des scientifiques, des professions libιrales, des commerηants et des directeurs
3)La plupart d’ entre eux ont un revenu élevé
4)Ils lisent beaucoup plus que le reste de la population et leurs prιfιrences en ce qui concerne la lecture des pιriodiques sont opposιes aux prιfιrences du reste de la population.

2.4.1. Le public : relations affectives des nouveaux intellectuels, qui constituent le nouveau public, aux autres catégories sociales.

1) Les marginaux

Suivant notre projet méthodologique exposé dans le premier chapitre, nous poursuivons l’établissement des correspondances entre l’inconnu qu’est la signification des oeuvres étudiées et le connu, le contexte de ces oeuvres. Il s’agit maintenant de scruter les sentiments du public et des écrivains contestataires grecs de 1970 à 1990 pour les marginaux et pour les couches moyennes de la société grecque. Cet examen est obligatoire, puisqu’ une série de traits pertinents dans la littérature examinée se réfèrent à la marginalité. Nous avons utilisé le concept sociologique de “groupe social de référence” pour caractériser les sentiments des nouveaux intellectuels envers les marginaux. Tout d’abord, les jeunes intellectuels grecs qui contestent sympathisent avec les marginaux, parce qu’ils regardent l’anomie sociale caractérisant la vie marginale comme symbole de leur propre situation sociale.
Les marginaux, désespérés qu’il y aurait jamais une solution pour eux, se trouvent dans une situation de méfiance contre le pouvoir. D’autre part, une partie importante des intellectuels au sens plus large du terme n’ont pas d’emploi et par conséquent ils ont une mentalité anomi-que. Si l’on parcourt le quartier d’ Exarchia, on peut voir une masse de per-sonnes qui habitent dans des maisons vieilles et qui fréquentent aux cafés et aux tavernes du quartier. On opère sou-vent d’occupations de maisons vides, on se drogue par hobby, par passion ou par le dé-sir de se diffé-rencier de la population pas-sive. Cet endroit d’Athènes est le lieu de croisements de margi-naux, d’étudiants et d’artis-tes, car l’endroit se situe entre l’Université, l’Ecole Polytechnique et le Lycabette. La persis-tance du phénomène du chômage des intellectuels et de la margi-nalisation est un défi des valeurs morales de la so-ciété.
D’ailleurs, les mar-ginaux à force de l’indigence vivent dans l’immédiat au jour le jour. Il est donc évident que le sentiment du temps est exprimé comme une immédiateté.
D’autre part une grande proportion de la population active tire ses re-ve-nus des sa-laires, des travaux dans les petites entreprises, dans les maga-sins d’alimen-tation, des bureaux, des écoles privées. D’autre part, grand nombre de ruraux des années cinquante et soixante deviennent ur-bains pendant la période examinée. L’urbanisation d’une grande partie des ruraux est le produit d’une industrialisation assez impor-tante, centrée à la région d’Athènes et de Pirée. Ils ap-portent avec eux des habitudes, des moeurs et en général une menta-lité ru-rales.
Au fur et à mesure que la société grecque évolue sur le plan de l’indus-trie et les relations sociales deviennent plus complexes en fonction des grandes concertations de la population à partir de 1980, les facteurs sociaux secondaires exercent un rôle plus décisif: associations professionnelles et organisa-tions politiques à l’encon-tre des facteurs primeurs, telle la fa-mille, la pa-roisse, le voisinage et les groupes d’amis.
Dans ce contexte social le jeune écrivain est pris pour un pervers dans les milieux so-ciaux de la vie quoti-dienne et son langage figure comme fatrasie étrange.
De nombreux jeunes forment une sous-culture non utili-taire et souvent agressive. Des manifestations nom-breu-ses sont organi-sées qui aboutissent souvent à des bagar-res avec la police qui utilise des bombes lacrymogènes pour con-fronter la brûlure des voitures et des magasins. Il s’agit d’ une culture négativiste, puisqu’elle inverse le sens des mo-dèles de la culture dominante. Bien que depuis 1975 la crise économique ravage le pays, la plus-value se tra-duit en surconsommation des classes do-minantes, tandis que les chômeurs et les mar-ginaux sont démunis. Ce gaspillage est dû à l’ab-sence de rationalité du système. La conclusion est que ce régime est caractérisé par des contra-dic-tions, car il a la tendance d’augmenter le surplus à cause du dé-veloppement ex-cédant de la tech-nique et de la science, mais il ne donne pas les possibilités d’ab-sorption de ce surplus, ce qui a comme résul-tat la stagnation. En outre le nombre des ou-vriers représente une mi-norité dans le volume total des tra-vaillants et en majorité ils sont intégrés dans le sys-tème, car ils jouissent de ses avantages. Les victimes de l’irrationalisme du système d’une manière générale sont tous.
Mais les victimes particuliers sont les chô-meurs, les incom-pétents, les habitants des ghettos.

Dans ce cadre, le statut de marginalité des “héros” de la littérature examinée rend nécessaire l’emploi de la notion sociologique de « groupe de référence » pour expliquer la représentation littéraire des images prises dans la vie des marginaux.
Les héros marginaux dans les dix textes sont les suivants:
Païris de l’ Ange du moteur
Myrsine de L’or des fous
Patroklos Giatras de Patroklos Giatras et les traductions grecques de Thomas Eliot
La narratrice de La tactique de la passion
La narratrice de Rencontre-la ce soir
Nousis de Joueurs
Vipsania de Ca ne va pas
Le pusher de Pusher, le pas du rénard
Le narrateur de Le monastère va bien.
César de La Nuit
Comme il est mentionné au début de cette unité, le terme « groupe de référence » détermine un groupe social auquel un individu se sent identifié. Dans ce cas, la personne qui sympathise avec les marginaux tire de ce “groupe de référence” les normes, les attitudes, les valeurs et les objets sociaux créés par ce groupe.
En effet, les rapports de la littérature des années ’70 et ’80 avec les ‘valeurs marginales’ sont vérifiés par les faits mêmes.
Il suffit de prêter attention au phénomène de la ressemblance entre le fonctionnement des idiolectes utilisés pendant cette période par les jeunes intellectuels grecs et le fonctionnement de l’idiolecte des marginaux. La classe dominante en Grèce se défiait toujours des produits des couches marginales. Nous avons remarqué les fluctuations des attitudes officielles à propos du jargon des couches inférieures, (τα μάγκικα ή η γλώσσα της πιάτσας). D’une part le rédacteur du dictionnaire de l’argot exprime sa volonté de barrer tous les mots qu’il a enregistrés de la langue grecque afin de la purifier. Au contraire, Costas Dimaras, l’éminent historien de la littérature néo-hellénique, a salué l’édition de ce dictionnaire, parce qu’il « offre une vraie contribution à la connaissance d’une des souches qui enrichissent notre langue…Inimaginables sont les horizons que ce dictionnaire ouvre aux mondes de l’âme populaire. ».
Un peu plus tard, aux années ’80 , un nouveau flux de l’argot juvénile fait son apparition pendant que se multiplient les jeunes motards. Kyriakos Kassimis fournit une liste des mots nouveaux ou des emplois nouveaux de mots:
μηχανάκι, γκόμενα, μοτόρα, τζάμι (κατακαίνουργια μηχανή), τζιτζιλόνι, κομπρεσσέρια (μηχανή με ακανόνιστο ήχο), τρακτέρια (όμοια σημασία με το προηγούμενο), βολίδα (μηχανή « φτιαγμένη »), σφαίρα (μηχανή γρήγορη), το πιο σφαίρα ( ουσιαστικό σε συγκριτικό βαθμό!), ένα πεντέμισι, πενηντάρι, το εξήμισι, το χίλια, χιλιάρα, μηχανάκι ( seul son propriétaire peut utiliser ce mot diminutif pour sa motocyclette. Les autres ne le peuvent pas ). Εφαγα ένα μπίστο ( έπεσα), σουπιάστηκα, εδώ έχει ένα φραγμένο ( κάποιος έπεσε εδώ), κλεφτρόνι, την έχουν σταμπάρει, τουριστάδικη (μηχανή θεωρούμενη σαν εύκολη λεία για κλοπή), την ψειρίσανε ( πήρανε μόνο εξαρτήματα), κόντρες, τα κολλητήρια (concours), πας μια κόντρα, είσαι για μια κόντρα, σε τρέχω, ανάποδο τιμόνι, τα γκάζια, της τα δίνω, δος της τα, ρίχνω τις γκαζιές μου, γκαζωμένος, πλακωμένος, πλακωτός, με χίλια, τον έγλειψα, καρφωτές (τις ταχύτητες), έφυγε με κωλιές ( αστάθεια πίσω).
Nous soulignons, pourtant, que ces nouvelles expressions de l’argot juvénile ne sont pas des expressions neutres, comme le soutient Kassimis. L’argot n’est pas un idiolecte de plus à côté des autres idiolectes. Au contraire, nous prétendons avec le professeur Kapsomenos que dans ces idiolectes est marquée la contestation des groupes sociaux qui refusent de s’adapter aux codes institutionnels.
Il s’agit a)des cercles de l’intelligentsia progressiste
b) de la jeunesse
c) des marginaux
Eratosthénis Kapsomenos conclut que le trait commun des idiolectes des marginaux et des intellectuels grecs est l’ écart du code commun. Ce phénomène a un double sens : il est signe de différenciation par rapport avec le reste de la société et aussi une expression d’une agressivité.
En particulier a) chez les intellectuels le langage contestataire exprime leur place d’avant-garde et de dénonciation du statut établi, ce qui les pousse à dénigrer la rationalité de l’idéologie dominante par le renouveau du langage et en même temps de dessiner une autre perspective vers le changement social.
b) En outre le langage des marginaux exprime la réaction des groupes marginaux qui ne peuvent pas être intégrés dans la société grecque. Par le langage déviant les marginaux visent inconsciemment à neutraliser le sentiment de l’exclusion sociale et à renforcer la solidarité et l’ auto-respect parmi les membres du groupe et une indépendance par rapport aux codes du comportement conforme aux conventions sociales.
Nous invitons, donc, le lecteur d’associer ces remarques sur les usages du langage à nos commentaires du premier chapitre sur le même sujet et de voir l’analogie établie entre ces usages et le langage littéraire de la nouvelle littérature grecque.

2) La petite-bourgeoisie conçue comme “groupe social de comparaison.”

Dans l’environnement où vivent les intellectuels, une partie de la population est parvenue à un niveau de vie élevé. Celui qui appartient à cette couche veut se prouver capable de la réussite selon le confor-misme le plus strict. On voit un mimétisme de modèles de consomma-tion. Ils se con-forment d’une façon exté-rieure, lorsqu’ils se trouvent entre eux, chez eux ou au cours de leurs réu-nions, de leurs discussions et lorsqu’ils défendent leurs valeurs. Les signes de la réussite: l’automobile, les sports de masse et sur-tout le football, les visites, les « partys ». On in-siste à de tels phénomènes, dont les incidences sur la vie et sur la littérature sont considérables. De nombreux consommateurs vont chercher le repos dans des agglomé-rations près de la mer où ils ont réalisé le rêve d’une petite villa au bord de la mer. Tous ceux qui ont les moyens préfèrent vivre loin du centre vers les banlieues du nord. Pour le reste de la popu-lation le présent n’est pas agréable.
En ce qui concerne un grand nombre d’ouvriers et de pe-tits-bourgeois, on peut dire qu’ils ont subi des humiliations et des dis-criminations sur tous les niveaux à partir de 1945 jus-qu’à la chute de la junte. Il suffit de noter ici que les décrets qui sont édi-tés pendant la guerre civile (1944-49) étaient en rigueur jus-que à 1974. Pour s’inscrire aux listes d’at-tente des candidats pour les pla-ces d’ enseignants à l’éducation pu-blique il faudrait signer une déclaration qu’on n’appartient pas au parti commu-niste, qu’on répudie les idées communistes et qu’on est nationaliste.
L’économie capitaliste qui se développe au jour le jour en Grèce a bouleversé la routine des relations sociales. D’une part le retentissement de la guerre mondiale, de la guerre civile et du régime autoritaire qui a suivi jusqu’à la période du gouvernement des colonels et d’autre part l’enrichissement d’une partie impor-tante de petits entrepreneurs et même d’employés et de travailleurs ont épuisé ce peuple héroïque. Une énorme migration in-terne a changé le climat d’Athènes, dont la population a doublé dans vingt ans.
La majorité silencieuse est là et empêche la parole. Elle semble accepter l’ordre établi. Elle reprend à son compte les variations de l’idéologie domi-nante. Ici le “discours social commun” où la vie est prise comme marchandise. C’est la circulation qui a le plus d’im-por-tance, non les objets. Ainsi, les hom-mes fonctionnent les uns pour les autres en tant qu’ils peuvent s’échanger l’un à l’au-tre, car tout se passe comme s’il y avait le primat de la marchandise sur l’usage. En ce sens les rapports humains sont fétichisés.
D’ailleurs, la coutume du bouc émissaire, qui caractérise encore les pratiques culturelles d’une grande partie de la population, explique pourquoi la majorité non seulement ne dénonce pas le mode de vie actuel, mais au contraire elle s’op-pose aux dissidents dans tous les ni-veaux de la vie. Nous rappelons au lecteur que les exclusions opé-rées par les partis politiques font en Grèce partie des coutumes ordinaires.
Ces aspects de la société grecque passent dans les pages de la littérature actuelle et notamment des tex-tes que nous examinons ici. Cela veut dire que la plupart des écrivains saisissent les conflits dans la société plutôt comme des conflits po-li-tiques et symboliques que comme des conflits des classes.
Dans la société grecque il y a des gens qui se révoltent, mais aussi il y d’autres qui, plongés dans la misère, ne se révoltent pas et bien plus s’oppo-sent à ceux qui l’osent. La gauche officielle et le syndicalisme militant nient la majorité silencieuse ou la méprisent.
Nous avons dessiné plus haut les conditions qui déterminent le dysfonctionnement d’ une grande partie de l’intelligentsia grecque et de la littérature avant-gardiste. Le lecteur peut trouver notre analyse sur l’ influence de cette situation sur la littérature dans la dernière partie de notre travail.

2.4.2. L’évolution du public littéraire et l’évolution du texte narratif
1) Première phase de 1970 à 1982 : orientation des préférences vers le livre politique

A partir de 1970, une des causes du changement dans le champ littéraire con-cerne la demande d’un style nou-veau et d’une autre manière de penser et de chercher un nouveau goût littéraire.
Surtout depuis 1973, de nombreux comités d’ étudiants se donnent pour but de répandre les modernes idées scientifiques, politiques et littéraires à la société. Les grandes librairies Sterna, Protoporia et Kourdisto Portokali assument le rôle de centres culturels. On y vendait des livres de Mao et d’ Andréas Papandréou, de Che Guevara et d’autres. Plusieurs hommes politiques fréquentaient ces librairies, comme Jean Charalambopoulos, cadre du PASOK et ami d’ Andréas Papanrdréou, et Babis Partsalides, qui était le secrétaire du PC (de l’intérieur). Il est caractéristique le fait que dans beaucoup de cinémas d’Athènes et de Thessalonique on vendait des livres progressistes.
Alors, il paraît justifié le fait que, pendant la première phase (1970-1982 ) c’est le livre politique qui se vendait le plus. Nos informations, tirées de la revue DIALIMA, confirment encore davantage notre thèse que la psychologie du pu-blic, donc des jeunes intel-lectuels, a joué un rôle important dans l’évolution de la littérature contestataire : dans les cadres de cette enquête réalisée par L.Christakis un question-naire a été distribué à 24 éditeurs grecs : C. Spanos et C. Kouloufakos des éditions Kalvos, G.Ragias des éditions Melissa, G.Vamvalis des édi-tions Epikouros, D.Papaspiliopoulou des éditions Stochastis, G.Dardanos des éditions Gutemberg, E.Kiriazi des éditions Mnimi, M.Karaïtidi des édi-tions Estia, V.Lazos des éditions Dodoni, C. Anagnostidis des éditions Anagnostidis, P.Boukoumanis des éditions Boukoumanis. Selon les réponses de ces éditeurs grecs, la plupart des lecteurs sont âgés de moins de 30 ans. Il y a un pu-blic plus large qui s’élève à 50000 personnes et achète surtout des en-cyclopédies, tandis que le public étroit s’élève à environ 7000 personnes. Les jeunes intellectuels et notamment les poètes pendant cette période sont les plus portés aux change-ments sociaux qui les con-cernent d’une manière directe.
Quant aux rapports entre les écrivains et les lecteurs, nous avons observé une communauté de caractéristiques concernant les motivations les résistances aux pressions, le mode de vie, l’ appartenance sociale ou politique, le tempérament et l’image qu’ils possèdent ou veulent avoir d’eux-mêmes pendant ces années, ce qui est normal, puisque l’écrivain et le lecteur avaient des expériences semblables.

On peut se demander pourtant si cette « révolte littéraire » en Grèce était tout simplement une contestation verbale des valeurs bourgeoises. La réponse n’est pas facile, car il s’agit aussi d’un acte qui parfois coûte très cher.
Tout d’abord, il faut souligner dans les textes étudiés une forte orientation sociale, bien que négative, puisque leurs écrivains jugent la morale vieillie, les tabous, la société d’échanges et l’injustice sociale.
Le nouveau trait, pourtant, est qu’au lieu de changer le système socio-économique existant ce qui intéresse ici est le changement de la psychologie des gens, puisque d’après ces textes il paraît impossible que les problèmes insurmontables de l’injustice sociale puissent trouver une solution politique.
D’autre part, le bouleversement des valeurs culturelles effectué par les oeuvres mentionnées est toléré de la part des classes dirigeantes, car il est abstrait et en tant que tel ne représente pas une menace pour le système.

2) Les lecteurs de romans.

De-puis 1970, le nouveau public qui est entré dans le champ littéraire était composé par des couches sociales nouvel-les qui favorisent le changement des institutions et un liber-tinage sexuel.
Ce sont des jeunes ressortissants des milieux de la classe moyenne. Leur niveau culturel est élevé. Ils lisent des textes plutôt pour sui-vre le destin des personnages et pour partager les idées véhiculées par les romans que pour s’amuser par l’in-tri-gue d’une his-toire. Les intellectuels depuis les années septante lisaient plutôt pour se documenter que pour se distraire.
Les recherches psychosociologiques de la lecture en Grèce et ailleurs montrent qu’il existe une relation entre les caractéristiques socio-culturels et les préférences de lecture.
En ce qui concerne la relation des Grecs avec la lecture, nous disposons d’une enquête exemplaire effectuée par la rédaction de la revue littéraire DIAVAZO.
La recherche a élaboré un échantillon représentatif composé de 869 personnes qui en 1981 habitaient dans la région de l’ Attiqui. On a dégagé les relations entre les catégories socioprofessionnelles et la motivation de la lecture. La constatation générale était que seulement 2,75 % lisaient un ou deux livres par mois ( tableau 22, p. 57). Il s’agit surtout de jeunes, soit étudiants, soit exerçant une profession libérale. Au contraire, les autres personnes préféraient aller au cinéma, au théâtre ou regarder la télévision au lieu de lire un livre (tableaux 14, 15, 16, pp.54-56).
L’ enquête de la revue Diavazo sur le livre nous apprend encore que:
1) les lecteurs de ro-mans sont à peu près de 8000 à 10000 personnes,
2) il s’agit surtout des jeunes de 20 à 40 ans et
3) ils ne subissent pas l’influence de la publicité de la part des éditeurs pour acheter un livre, mais au contraire ce sont les recommandations des amis qui pèsent sur leur choix.
Parmi les lecteurs on doit compter toutes les personnes qui s’occupent de l’art en général. Une grande partie, par exemple, des 1500 « poètes » qui ont publié leurs recueil de poèmes en 1981, sont de lecteurs virtuels de textes narratifs et de recueils de poèmes..
Tout d’abord nous devons inclure parmi les lecteurs de la « littérature contestataire » de cette période surtout ceux des intellectuels qui sont expulsés des organisations politiques auxquelles ils appartenaient. Dans le chapitre suivant, nous présentons cet aspect du fonctionnement des jeunes intellectuels grecs.
Le phénomène qui marque cette période est qu’à partir de 1982 les lecteurs se réfugient de plus en plus dans l’ individualisme et cherchent dans la littérature une problématique nouvelle. C’est l’époque de la « désidéologisation ».
Editeurs, libraires et journalistes ont été pendant les dernières années responsables de I’ acheminement des messages littéraires. Ils deviennent de plus en plus les voies de la communication qui séparent ou rapprochent I’ auteur de son lecteur, de manière qu’ils peuvent consciemment ou non empêcher l’évolution d’une littérature.
Les écrivains dans le passé écrivaient pour une clientèle déterminée, tandis que pendant cette phase de la littérature moderne l’auteur ne peut pas se représenter son public, car la communication par le livre devient de plus en plus médiatisée et dorénavant le lecteur en lisant ne communique avec l’écrivain que par I’ intermédiaire d’une série de médiateurs, tels les éditeurs, les journalistes, les critiques, les mass médias et les cénacles .
Les lecteurs qui lisent des romans modernistes sont surtout des jeunes ressortissants des milieux de la classe moyenne. Selon B.Barbounakis, président des éditeurs de Thessalonique, 90% des lecteurs de Thessalonique sont des jeunes moins de trente ans. Les ventes du livre volumineux diminuent, tandis que les ventes du livre de petit format augmentent. Enfin, en ce qui concerne la prose, les romans couvrent le 40% des ven-tes.

3) 1982- 1990 : la lecture marquée par la “désidéologisation”

Avant 1985 les jeunes intellectuels dans leur majorité étaient orientés à la gauche et on observait que les étudiants dans les universités votaient à majorité pour les organisations du centre et de la gauche. L’opposition entre la jeunesse et la majorité silencieuse de la société était verticale.
Mais après 1985, le journal du centre To Vima constate un tournant des jeunes intellectuels vers le conservatisme. Les causes de ce changement sont dues, selon Lacopoulos, à la désillusion provoquée par le fait qu’il y avait une grande distance entre l’ auto-désignation des partis comme démocratiques et leur profil dans la vie quotidienne. Les étudiants dorénavant se méfient des grands mots et, désabusés, ne se prennent pas comme des missionnaires d’une cause idéaliste.
Le même phénomène interprété par un conservateur, le président du Bureau de l’ ΟΝΝΕΔ, organisation des jeunes du parti de la droite, G.Voulgarakis
« Après la chute de la junte il était normal que se développe un fort mouvement des jeunes en faveur de la démocratie et contre l’ OTAN et les Américains. C’était un mouvement de la jeunesse qui se réclamait de Che Guevara, de Mao et de mai 68. Le nouveau parti socialiste (PASOK) a exploité le rêve de la jeunesse pour une vie meilleure et a créé un discours faux caractérisé par un verbalisme politique jusqu’à ce qu’il ait pris le pouvoir en 1981. Mais après quelque temps il est apparu que le nouveau gouvernement prend des mesures aussi répressives que dans le régime précédent. Ainsi, les idéaux collectifs ont reculé et la désidéologisation a substitué le verbalisme ».
Une troisième thèse semble être plus scientifique et provient de Thanasis Mahias, membre du Conseil de la jeunesse du PC de l’intérieur : « Dans l’état actuel des choses les jeunes ont cessé d’avoir des illusions idéologiques, ils se méfient des « idéologoumènes » et la rupture entre jeunesse et société s’amoindrit. La droite n’ a pas attiré la jeunesse par la force de ses arguments politiques, mais pour des raisons dues à la crise économique. Les perspectives du néolibéralisme paraissent aux yeux des jeunes plus réalisables que les idéologies de la gauche qui n’a pas de propositions à faire, tandis que l’individualisme libéral est plus prometteur. Le schéma utilisé par le néolibéralisme est simple et connu: « Puisque l’égalité n’est pas possible, pourquoi tu ne veux pas faire partie de la classe dominante? ». Ceci n’offre pas une idéologie collective et va de pair avec le manque d’intérêt des jeunes pour la lecture, car accablé par l’angoisse née de la compétition, le jeune considère désormais toute connaissance en dehors des matières examinées par les universités comme superflue. Les jeunes d’aujourd’hui contestent aussi bien la gauche que la droite et, en majorité, ils sont apolitiques ».
Nous remarquons donc que, tandis qu’ avant 1982 le livre politique se vendait le plus, après 1982, les préférences du public ont changé. La diminution apparente du livre politique est constatée aussi par Stamatiou Costas D’ailleurs cette diminution a été suivie par une certaine démythification de la pratique bureaucratique com-mu-niste. Il est caractéristique que le best-seller de cette année était le livre de Chronis Misios “Toi au moins tu es mort avant” Le narrateur raconte ses souvenirs de la guerre civile d’ une ma-nière qui pose des questions sur les com-porte-ments et les pratiques des chefs et des membres du parti commu-niste. Par contre, pendant la même période il y avait une hausse de ventes des livres qui se référaient à l’oc-cul-tisme et à l’anar-chisme. En plus, la rubrique littéraire du journal Ta Nea constatait que Boukowski plaisait énormément aux lecteurs grecs malgré son goût pour des personnages alcooliques et obsédés par le sexe ». Son roman « La poste » a pour héros un type désabusé qui méprise tout ce qui est normal pour les hommes ordinaires. « J’avais toujours de la sympathie pour les délinquants, les clochards et les vauriens..»
Il est clair que la droite en tant que formation politique n’attire que peu d’artistes pendant la période du « pluralisme forcé » qui a suivi la chute de la junte. Pourtant la droite, étant dans l’opposition, a adopté une politique ouverte envers toutes les idées libérales et anarchistes pour attirer les votes de la jeunesse. Par con-séquent, bien que dans les textes étudiés il existe un aspect conservateur et un aspect anarchiste, il est difficile de les soumettre tous à la politique et à la pratique de la droite.
Mais d’autre part, il est évident que devant ces réseaux de relations et de pouvoirs il est assez difficile qu’un écrivain nouveau puisse dire son petit mot sans céder à un des facteurs qui dominent dans la vie culturelle de la Grèce.

4) L’évolution des prises de positions dans le champ littéraire grec depuis 1945 en tant que témoin du fait que toute la production littéraire grecque est déterminée par les luttes politiques

L’ émergence du nouveau goût et la désignation de la « littérature contestataire comme « déviante » par des cercles dominants trouve son explication dans l’ évolution des prises de position dans le champ social et littéraire depuis 1945 à 1990.
1948
La fin de la Guerre civile approche, mais les vainqueurs ne vont pas céder de l’amnistie aux milliers des vaincus.
Spyros Melas, par ses attaques haineuses et personnelles, accuse Petros Haris, directeur de la revue Nea Estia, et il le traite de “Frangolevantino” .
Sa prise de position apparaît au niveau esthétique comme distinction entre le roman de moeurs qu’il rejette( Ithographia ) et la littérature qui a pour objet la nation. Spyros Melas accuse parmi d’autres Elias Venezis pour avoir salué le journal Rizospastis, organe du P.C., après la “révolte de décembre.”
Spyros Melas représentant les polémistes de droite reproche aux progressistes et notamment à Evanghélos Papanoutsos d’introduire dans la critique grecque une idéologie cosmopolite et de trahir le goût national fondé sur l’admiration des modèles classiques. De telles critiques s’apparentent aux brûlots nationalistes
1952
Création de la revue Ta Nea Ellinika par Renos Apostolidis, grand écrivain contestataire. Renos a critiqué tous les écrivains notables, car à son avis l’écrivain d’une telle époque, succombant au pouvoir, manque de courage, ce qui provoque aussi un manque de qualité littéraire. Il s’attaque à Venezis, Samarakis, Sinopoulos, Théotokas et autres. En 1974, il critique le nouveau groupe dominant du champ littéraire, celui des “18 Textes”.
1954
La création de la revue de gauche Epithéorisi Teknis en 1954 a été effectué indépendamment du P.C. Cette revue a joué un rôle décisif à l’évolution de la vie spirituelle en Grèce à une époque très dure pour tous les hommes libres.
Parmi les littérateurs contestataires de la Gauche de 1946 à 1969 furent Titos Patrikios, Dimitris Doukaris, Manolis Anagnostakis, Dimitris Hadzis, Costas Kouloufakos, Léonidas Kyrkos.
1961
Thalis Dizeloz s’oppose à M. Lykiardopoulos. Le premier se proclame du formalisme de gauche, tandis que le dernier se proclame de l’orthodoxie du socialisme réaliste. Dizelos préfère que la résistance soit opérée contre le mode de vie bourgeois sous-jacent à la littérature moderne . Lykiardopoulos, par contre, défend la méthode du réalisme socialiste.
1964
Stratis Tsirkas publie le Cités à la dérive. Marcos Avgeris défendant l’orthodoxie socialiste adopte une attitude critique contre la trilogie de Tsirkas, tandis que Dimitris Raftopoulos et Jean Kallioris sont favorables.
1976:
Georges Rallis, ministre de l’Enseignement public, décide la grande réforme dans l’Enseignement consistant dans l’introduction de la démotique à tous les niveaux de l’Enseignement et plus tard à l’Administration. Ainsi, les partisans de la culture populaire et de la démotique, notamment Evanghélos Papanoutsos, Emmanuel Kriaras et Nikos Politis deviennent les protagonistes de la nouvelle ère culturelle.
1979
Le P.C critique les « écrivains contestataires », parce que “leur contestation est un acte réactionnaire qui est pourtant, selon le critique communiste, méthodiquement caché. Par leur révolutionnarisme démesuré, les contestataires prolifèrent un désespoir passif.”
1979
Tous les hommes de lettres qui sont proches du P.C. mènent une lutte acharnée contre tout modernisme.
Selon la position du P.C. exprimée par Zisis Skaros, l’art faux est celui qui ne dépasse pas le restreint champ visuel de l’artiste. L’art doit être la composante des devoirs sociaux d’une société dans une époque donnée.
1981
Manolis Anagnostakis, poète de la gauche modérée, accuse la politique du PC sur les questions de la littérature et il refuse de traiter des oeuvres modernistes de décadentes. En outre, il reproche à ceux hommes de lettres qui adhèrent du P.C. et n’osent pas dénoncer l’ U.R.S.S à propos de la Tchécoslovaquie et de l’Afganistan.
1982 Des intellectuels de la droite éclairée et de la gauche contestataire reconnaissent le rôle du désir à côté de la lutte révolutionnaire.
Jean Varveris plaide pour Dimitris Doukaris, ex-directeur de la revue Epithéorisi Teknis( 1955-1967 : revue de la gauche) , car il a défendu les droits du désir face à la révolution dans son poème fameux : « O Révolution, pardonne moi. Moi, je suis corps et toi Idée. »
1982
Odysséas Elytis, Georges Babiniotis, Aris Nikolaïdis, Jean DeJean, Aristoxenos Skiadas, N. Gikas et Georges Cheimonas publient dans le journal Avgi la déclaration qui accompagne, à titre de réaction contre la nouvelle réforme langagière, la création de l’ E.Γ.Ο ( Association Linguistique Hellénique).
1982
Les hommes de lettres du P.C. contre la littérature irrationaliste
Georges Maniatis enregistre la réapparition de théories irrationalistes, telle de Nitzsche et l’art, selon lui, se réfugie à l’espace du rêve sensé comme le seul mode possible de création littéraire. Lui, il opte pour le socialisme réaliste.
Marios Ploritis se moque de Georges Maniatis au nom de la liberté de l’artiste.
1983
Les idées de Paris voyagent en Grèce :
Manolis Pratsikas de Paris met au courant les lecteurs de la droite sur les modes artistiques actuelles. Il présente la soi-disant nouvelle opposition entre la technocratie et le discours poétique. Vu que la technocratie supprime le discours confessionnel, la prose doit se réfugier dans l’expression de l’irrationnel et dans la technique de l’antiroman.
1983
Dialogue ouvert entre une partie de la gauche et une partie de l’Eglise.

1984
Conflit entre l’intelligentsia du P.S. et du P.C. de l’intérieur
Alexis Ziras a critiqué Maronitis pour avoir manipulé les cinq poètes (Nasos Vagenas, Hrysa Prokopaki, Maria Laïna, Tzeni Mastoraki et Christoforos Liontakis) pendant une table ronde de la Télévision Nationale.
Maronitis répond à cette attaque quelques jours plus tard. Et Costas Gavroglou traita Ziras d’ éspion au service du gouvernement et de provocateur.
1984
Quinze nouveaux écrivains soulignent les différences littéraires entre la production de la décennie de ’80 et celle du passé: A. Arvanitakis, H. Vakalopoulos, A. Damianidi, T. Konstantinidou, A. Mitsou, P. Xenos, D. Papachristos, Y. Patsonis, V. Raptopoulos, Th. Sarantopoulos, P. Skouroliakos, A. Sfakianakis, F. Tamvakakis, P. Tatsopoulos et Y. Chrisovitsanos.
La majorité de ces écrivains critiquent la production littéraire antérieure pour un anthropocentrisme embellissant. Ils sont d’ailleurs influencés a)par l’école structuraliste de Paris, notamment par R Barthes et b) par la littérature “beat” des Etats-Unis. Certains disent qu’ils ont emprunté aux écrivains “beat” des traits profanes et des motifs picaresques. L’internationalisation de la littérature, pour eux, permet les influences de la sorte. Ils acceptent qu’ils aient introduit le langage poétique dans la prose. Quant à la relation de l’avant-garde avec la gauche traditionnelle, ils expriment des sentiments d’amertume, parce qu’elle les a déçus. C’est pourquoi qu’une partie des intellectuels de gauche ont tourné les dos au Parti Communiste de la Grèce.
En ce qui concerne leurs thèmes préférés, ils ont manifesté un intérêt aux problèmes des mouvements sociaux, de la solitude, du stress et du désespoir provoqué par l’urbanisme actuel. Mais ce qui est remarquable est le fait qu’ils associent les changements révolutionnaires dans la forme narrative aux préoccupations d’ordre moral. Ils soutiennent, par exemple, que l’emploi de la première personne dans la narration est relié à la volonté du narrateur de participer aux actes narrés, parce que l’évolution de la société ne lui permet pas d’observer les choses de loin.
Ils mettent aussi en évidence la prépondérance du problème du langage lié aux réformes de la langue officielle effectuées par l’Etat qui pour eux n’ont pas offert la solution idéale à la vie intellectuelle grecque. Quant à eux, ils utilisent librement toutes les variétés langagières: des formes dialectales, des types de la langue savante ( Katharévousa), l’argot des jeunes.

1990 Georges Veltsos se proclame pour une littérature sémantique produite par les intellectuels grecs du diaspora qui sont “incrédules, tournés contre les “mages de la race”, ne s’identifiant pas à l’orthodoxie chrétienne. Ces intellectuels ne croient pas à la théorie, mais à la langue. Ils sont cyniques, se proclament de Heidegger et c’est l’existence qui les préoccupe le plus. En fin il est mieux qu’ils soient à la marge, comme il convient aux partisans du culturalisme, en grec “koultouriaris”.

Ainsi, l’ évolution des conflits littéraires fait montre du climat dans lequel la contestation littéraire est désignée comme « déviance littéraire » par les cénacles dominants même après la restauration de la démocratie. Les jeunes écri-vains réagissent à cette si-tuation par la rupture. Les sentiments d’anomie des jeunes contestataires et les idéologies diverses s’entrecroisent et se cristallisent dans des idées, des symboles et des styles langagiers et inévitablement passent dans les textes littéraires.
On a une expression en Grèce pour définir la vanité des écrivains contestataires: λογοτεχνικο ψώνιο ( psonio ) qui veut dire écrivain ridicule. Le mot « psonio correspond à peu près à l’expression « dingo-kitch ». C’est par ce mot que le journaliste Manousos Fassis a critiqué l’ acharnement des jeunes Grecs d’écrire des poèmes. Leur nombre a augmenté en Grèce pendant les dernières décennies. Fassis accuse le manque de respect envers la hiérarchie littéraire qui caractérise lesdits écrivains. Contre ce type de littérature que nous étudions se sont opposés aussi certains cercles de libéraux humanistes. Selon Vasilikos Vasilis, auteur du « Z », la génération des années ‘70 a eu un accès facile à la notoriété, car les écrivains qui y appartiennent sont reconnus hors des cadres de la compétition. A son avis cette génération est méprisable, parce qu’elle cherche le succès facile, tandis que sa production littéraire ne vaut pas la peine à cause de l’absence d’auto-conscience. Il trouve que la preuve vient du fait qu’il n’y a pas de traités critiques systématiques sur la littérature actuelle qui décrivent les relations de leurs représentants avec la tradition.
La même attitude était adoptée envers les « koultouriaris » par la presse et par les cercles littéraires du P.C. qui ont effectué une critique intrinsèque de la contestation. Nous citons par exemple les articles de Nikos ALEXIOU “Le réalisme socialiste”, Athènes, Rizospastis de 31/7/77, “Contestation et établissement”, Athènes, Rizospastis de 7/10/1979 et de Nikos ANASTASATOS, “Les jeunes gens et le temps libre”, Athènes, Rizospastis de 4 /5/1987. Selon ces critiques, la contestation littéraire est considérée soit comme suspecte, soit comme un leurre inutile.
Par contre, plusieurs littérateurs qui se proclament du P.C. de l’intérieur (Κ.Κ.Ε εσωτερικού) et du PASOK, sont beaucoup plus ouverts à la contestation. mais ils conservent certaines réticences. Parmi ces critiques nous comptons A. Argyriou, C. Kouloufakos, A. Ziras, G. Aristinos et G. Touyas.

2.5. Le caractère moral de la “contestation littéraire grecque”

Les écrivains qui font des compromissions pour réussir sont critiqués par les ambiances de l’intelligentsia contestataire. Ce sont eux qui , selon Léonidas Christakis, sont engagés dans des partis politiques, ont obtenu des places aux ministères et se sont mêlés aux cir-cuits commer-ciaux des éditeurs. Christakis donne comme exemple Christos Veïs, poète et diplomate, Ersi Lange, Jean Kakoulidis et G, Katsigeras. Bien que ces écrivains aient débuté hors du secteur marchand, ils ont cédé, selon Christakis, aux termes des cénacles ou des entreprises d’ éditions. Sous le même prisme, les écrivains conformistes sont critiqués, parce qu’ils ont soumis leur travail littéraire aux divers cénacles en échange d’un peu de pouvoir ou de prestige qu’ils ont obtenu en contrepartie. Mais cela les conduit à la castration et à l’affaiblissement de leur talent.
Bien que le message de la poésie actuelle est le sentiment de la marginalité, plusieurs jeunes écrivains font leur apparition en tant que personnalités publiques, malgré leur message poétique et dans ce comportement il y a une contradiction. Le type d’écrivain qui est critiqué par les contestataires est celui qui participe fréquemment aux récitations publiques de poésie, publie fréquemment, rédige des critiques pour d’autres poètes et devient connu. Ainsi, la distance entre le propos et le statut conduit à un conformisme et un conservatisme, car elle crée l’idéologie de la réussite de l’homme. Mais un tel homme ne peut pas jouer le rôle de rénovateur, car les expérimentations doivent être opérées dans la vie avant qu’elles entrent dans l’oeuvre d’art, parce qu’il ne suffit pas de s’expérimenter devant la machine à écrire sans réfuter le conformisme de cette manière de vivre. Ce sont les idées des jeunes littérateurs dont nous parlons.

a) La place relative de la “littérature contestataire” dans les champs culturel et littéraire

Comme nous l’avons dit plus haut, au sommet de la culture officielle, l’idéal de la « civilisation helléno-chrétienne » influençait depuis la création de l’Etat grec la structure sociale vers la formation d’une élite qui partage une idéologie commune, chrétienne et nationaliste et est chargée de la conservation de la culture grecque. Les cercles qui dirigent l’enseignement public déterminent les idéaux helléno-chrétiens de l’éducation nationale et pour la plupart des cas contrôlent le recrutement pour les places dominantes.

b) La part du lion accordée à la culture de masses
(1974-1990)

Le point de vue de la plupart des écrivains que nous avons présentés ici s’exprime sur ce sujet par l’opinion de la revue Grammata ke Teknes qui soutient que la culture officielle est une culture superficielle, orientée vers la musique de Théodorakis, Markopoulos et Leontis et vers le théâtre de boulevard. D’ailleurs, la presse quotidienne et la télévision consacrent à de telles manifestations la plus grande partie des références sur la culture. Une telle culture de masses n’est pas cohérente, parce qu’elle est basée sur les sentiments et pas sur des concepts.
Il est significatif le fait que les ministres de la culture nationale étaient des personnalités du spectacle : Melina Merkouri, actrice et ex-ministre, Mikis Théodorakis, compositeur qui, bien qu’il fût jadis de la gauche, est devenu ministre du gouvernement de la droite et Thanos Microutsikos, compositeur.

c) Comparaison des textes étudiés avec d’autres formes littéraires dans le champ littéraire pendant la même période 1970-1990

Le goût pour le bouleversement critique des valeurs petites bourgeoises dans la prodigieuse production théâtrale de l’époque confirme nos thèses sur le roman contestataire.
Presque toutes les oeuvres théâtrales de la période 1970-1990 critiquent vivement la vie et les valeurs petites-bourgeoises. Nous citons à titre d’exemple les oeuvres : “L’échiquier” de Dimitris Kechaïdis (1972), “Le fantôme de Ramon Novaro”, “La soirée footballistique de la reine” de Pavlos Matesis (1975) et ”Quel monde, papa” de Costas Mourselas (1973).

d) La “littérature contestataire” face à la redéfinition de la littérature pendant la première phase de 1970 à 1982

Nous présentons l’image de la littérature grecque en prose avant 1970, telle qu’elle se dessine par les représentants de tendances principales de la littérature grecque. Les participants au colloque sur la politisation du roman grec depuis la guerre étaient les représentants des principaux courants de la critique grecque actuelle: Kouloufakos, Argyriou, Kotzias et Ziras.
Il est évident que les littérateurs cités tracent les nouvelles frontières du champ littéraire grec. Selon eux, le roman pendant la période précédente comprenait des oeuvres avant-gardistes, des oeuvres politisées, des oeuvres de critique sociale et des oeuvres formalistes. Toutes les oeuvres mentionnées sont définies selon le critère de la politisation.
a) Oeuvres avant-gardistes: Alexandros Schinas: Compte rendu, Renos Apostolidis: Ivan Boro ( Ιβάν Μπόρο).
b) Oeuvres politisées: Kosmas Politis: Le prunier (Κορομηλιά), Menelaos Loundemis: Il fait brouillard ( Συννεφιάζει ), Themos Kornaros: Chaïdari (Χαιδάρι ), Stratis Tsirkas: Cités à la dérive ( Ακυβέρνητες πολιτείες), Renos Apostolidis: Pyramide (Πυραμίδα), Antonis Samarakis: Demande d’espoir (Ζητείται ελπίς).
c) Il y avait aussi des romans des écrivains conservateurs qui, malgré la censure, s’étaient prononcés contre la littérature apolitique: Alexandros Kotzias: Le siège ( Πολιορκία ), Lucifer ( Εωσφόρος), Iakovos Kampanellis: Maouthausen (Μαουτχάουζεν), Rodis Roufos: L’autre rive (Η άλλη όχθη ), Ere de bronze (Χάλκινη εποχή), Nikos Kasdaglis : Tondus (Κεκαρμένοι).
d) La problématique sociale caractérise aussi les oeuvres de Andréas Frangias: La Grille ( Η καγκελόπορτα ), Vasilis Vasilikos: La Plante, Le Puits, L’ Ange ( Το φύλλο, το πηγάδι, το αγγέλιασμα), Menis Koumantaréas: La Navigation ( Το αρμένισμα), Marios Hakkas: Fusilier de l’ ennemi (Τυφεκιοφόρος του εχθρού), Antonis Samarakis: La faille (Το λάθος ), Alki Zéï: Le Tigre dans la vitrine ( Το καπλάνι της βιτρίνας ).
Ainsi, selon les mêmes critiques, dans ces oeuvres les écrivains désiraient exprimer leurs vrais sentiments sur la vie contemporaine. Mais leur goût pour l’authenticité s’est heurté à la dictature de 1967 et s’est éteint.
En général, les écrivains de l’après-guerre évitaient de voir la réalité, à cause de la répression qui dominait, puisque tant la répression de la droite, que le jdanovisme exigeaient une littérature apologétique
En effet, le cénacle des “Douze” qui dominait en Grèce après la guerre civile jusqu’à la dictature de 1967 fondait ses jugements littéraires sur l’idée qu’une oeuvre à partir du moment qu’elle exprime une prise de position et un engagement n’est pas une oeuvre littéraire. Le Groupe des Douze créé en 1949 trouve son inspirateur dans la personne de Costas Ouranis. Selon Chatzinis : “Au Groupe appartenaient Anghélos Terzakis, Tasos Athanasiadis, I. M. Panayotopoulos et Eleni Ourani qui se réunissaient chaque semaine dans la cafétéria de l’hôtel King George. Le “Groupe des Douze”, au début, suscitait tant de commentaires défavorables que chaque mois nous avions une nouvelle attaque à affronter. On nous accusait d’être une clique affreuse qui n’avait d’autre objectif que de détruire la vie spirituelle toute entière…Le rôle que le groupe a joué au sujet des prix littéraires était décisif. Eleni Ourani concentrait dans sa propre personne toutes les caractéristiques du Groupe. Elle croyait que l’oeuvre littéraire doit susciter des passions par le moyen de l’emploi de vives oppositions. Les romans de l’ époque étaient caractérisés par ces traits».
Nous remarquons, donc, que malgré sa vitrine démocratique la nouvelle situation dans le champ littéraire continue à fonctionner comme un organisme qui impose un type de littérature.

e) La redéfinition de la littérature par certains nouveaux cénacles dominants pendant la deuxième phase (1982-1990).

La littérature grecque moderne de la décennie est redéfinie par les nouveaux cénacles littéraires. Les prises de positions sont affichées dans les pages de la revue Dendro qui a réalisé une enquête sur la littérature de la décennie 1980-1990. Cette enquête a été publiée dans le numéro 50/51 du janvier-mars 1990, sous le titre « Dendro interroge », p. 131.
Ainsi, la littérature récente, selon la plupart des écrivains qui ont répondu au questionnaire, a tourné le dos aux grands rêves collectifs. C’est surtout Elias Kefalas qui a insisté sur ce qu’il désigne comme “vision privée” de la littérature de la deuxième phase que nous étudions dans cet ouvrage.

2.6. La “littérature contestataire” face aux critères confus et partiaux du champ littéraire grec

Toute une série de documents cités dans ce travail, déclarations, articles et témoignages d’un grand nombre des littérateurs grecs, prouvent que le processus des appréciations faites par les éditeurs, les critiques et les journalistes grecs n’avait rien à voir avec une évaluation honnête des oeuvres authentiques qui méritent la consécration. C’est dans ce sens que la réaction précise qui a guidé les pas de l’écrivain contestataire de 1970 à 1990 a été prédéterminée par le champ littéraire. Alors, nous avons considéré cette expérience particulière comme acte constitutif des sélections faites par chaque écrivain, au moment où il s’est mis dans une relation réelle avec le « champ littéraire ».
La mise en évidence du processus des tels jugements nous a montré qu’ils ont servi cette fois de base à l’écrivain contestataire mais au sens inverse, puisqu’il a sélectionné son thème et sa méthode littéraire en dépit des principes imposés par les facteurs dominants du champ.
En effet, la réaction des nouveaux écrivains sous la forme du postulat pour une “communication symbolique” était le principe d’ orientation qui guidait la “littérature contestataire”.
Ce même principe indique la liaison de chaque écrivain cité avec les pratiques littéraires à tous les niveaux, depuis ses relations avec d’autres littérateurs jusqu’ à ses prises de position dans les luttes sociales.
Ceci contient: a) le choix d’un style littéraire hérétique, b) une prise de position contre les valeurs sociales reçues et c) une redéfinition de la nature de la littérature narrative. Car la catégorie vécue de la « communication symbolique» était la base à partir de laquelle les écrivains étudiés ont combiné les autres aspects de leurs oeuvres.
C’est dans ce sens que nous pouvons suggérer qu’il est socialement déterminé de songer à son « thème » et son « personnage », de concentrer tels ou tels éléments empiriques pour en faire un récit.
Par conséquent, la catégorie de la “communication symbolique” tout en faisant partie des oeuvres contestataires grecques est aussi le point de liaison avec le champ littéraire dans lequel les oeuvres sont réalisées
Notre thèse, donc, est fondée sur des arguments solides: si l’on sait comment se prennent les décisions qui aboutissent au jugement positif ou négatif d’une oeuvre littéraire, nous aurons les facteurs réels qui déterminent les démarches des écrivains étudiés et autorisent à une oeuvre d’ exister. De leur part tous les écrivains grecs étaient obligés de prendre en considération l’état du secteur organisé dans le champ littéraire.
Après cette démonstration, ce serait inutile de soutenir que tous les jugements des éditeurs et des critiques dominants ( qui étaient favorables à certains styles et certains sujets) étaient dus à la particularité de chaque écrivain.
D’autre part, il faut ajouter que les écrivains contestataires ont été aidés positivement par une partie rénovatrice du champ littéraire.
Nous citons à titre d’exemple Georges Filis et Fotis Koutsianas, les éditeurs des éditions Yakinthos qui se donnent pour des médiateurs entre les jeunes écrivains et les nouveaux lecteurs et affirment qu’ils n’ont pas d’intérêts commerciaux. Dans leur préface pour le livre de Sarantopoulos, Trois cent manières de mourir, ils disent que la génération de la décennie de 1970 cherche sa propre identité, son propre visage. Certains parmi les représentants de cette génération essaient de décrire l’inexprimable. En outre, il n’est pas possible d’ envisager ces textes comme des marchandises.
On peut citer aussi l’exemple de Georges Yatromanolakis comme ‘type idéal’ de la façon de construire un roman moderniste pendant la décennie de ’80. Etant donné que Yatromanolakis, écrivain et professeur de l’Université d’Athènes, se trouvait au sommet du champ littéraire grec, son témoignage sur sa méthode de création de son roman « Histoire » est d’une grande importance. Il a commencé sa tâche par la décision d’utiliser ce qu’il appelle « méthode du discours narratif quotidien ». Ainsi, il a invoqué le souvenir des narrations de sa grand-mère. Elle donnait un tour incroyable dans sa narration sur l’activité de son frère au Proche Orient pendant la guerre. Elle décrivait ensuite ses fiançailles et les exécutions de certains de ses parents. Mais, en mêlant la réalité avec le mythe, elle finissait par démolir tous les deux, alors qu’une nouvelle réalité en sortait, celle de la narration même. C’est exactement ce que l’écrivain a fait dans son livre « Histoire ».
Voyons alors ci-dessous les routines suivies dans le champ littéraire grec pendant la période examinée.

2.7. Le secteur organisé du champ littéraire, divisé en deux phases, la première de 1970 à 1982 et la deuxième de 1982 à 1990

A. Première phase 1970-1982

Le point de départ du nouveau cercle dominant du champ littéraire grec. Le manifeste 1970 des 18 écrivains contre la junte en tant que la nouvelle constitution du champ littéraire grec.Les éditeurs. Les formes de la censure. Les prix littéraires. La “Ford Foundation”. Les revues littéraires pendant la période examinée

L’institution littéraire change radicalement après 1970 et sous les nouvelles conditions, la situation des diverses instances du champ littéraire grec a provoqué des impacts à l’évolution de la littérature et particulièrement de la littérature narrative.
Tout d’abord, au début des années ’70, on a remarqué un changement ra-di-cal dans la littérature en prose en Grèce. Les publications des « 18 Textes » en 1971 et en-suite des “Nouveaux Textes » par la maison d’ éditions “Kedros” et par la suite l’édi-tion collective des textes littéraires et des essais politiques sous le titre “Katathesi “ (Témoignage ) en 1973 par la maison Boukoumanis ont marqué le tour-nant des choses littéraires en Grèce. Automatiquement le régime ancien cesse d’avoir le pouvoir symbolique dans les ca-dres de l’institution littéraire. Dorénavant le pouvoir de sacralisation des oeuvres littérai-res passe à ceux qui ont résisté à la junte.

a) Le manifeste des 18 écrivains en 1970 contre la junte en tant que la nouvelle constitution du champ littéraire grec

Voyons d’abord le manifeste qui fait date dans les choses littéraires en Grèce, puisqu’ il marque le changement de cap de la littérature grecque:
« Les soussignés 18 écrivains athéniens de la génération de l’après guerre, nous exprimons notre résignation, car les noms de certains d’entre nous sont utilisés par la presse pour donner l’impression qu’il existe une vie spirituelle libre dans notre pays. Mais la liberté spirituelle ne peut pas exister tant qu’il y aura la censure qui condamne à mort l’échange des idées et empêche le dialogue.
Averof Michaïla, Argyriou Alexandros, Valtinos Thanassis, Geralis Georges, Depoundis Iason, Iacovidi Lili, Kaliotsos Pantelis, Kasdagli Lina, Kasdaglis Nikos, Kondilis Fondas, Kotzias Alexandros, Koumandaréas Menis, Koufopoulos Takis, Mitropoulou Kostoula, Roufos Rodis, Taktsis Costas, Tsitseli K., Fragopoulos Th. »
Pourtant la comparaison des deux versions de ce même manifeste : a) de la version du manuscrit original et b) du manifeste des 18 écrivains comme il est paru dans le livre intitulé « 18 Textes » montre que dans le livre le nom de Kostoula Mitropoulou ne figure pas parmi les autres noms.
Le fait même de cette exclusion confirme notre thèse que cette fois la contestation littéraire dénonce les mécanismes mêmes du champ littéraire.
Nous pouvons, donc, remarquer que bien que l’état des choses après la chute du régime totalitaire conduise à un pluralisme culturel, pourtant les pratiques des cercles dominants empêchent le nouveau écrivain de choisir ses outils littéraires. Les nouveaux écrivains par leur écriture mettent en doute précisément ce mécanisme.

b) Les éditeurs

On a constaté deux sortes d’intervention des éditeurs grecs dans le champ des éditions du secteur strictement littéraire. D’une part il y a les grandes maisons d’éditions qui possèdent un pou-voir symbolique accru. On peut se
référer aux éditions Kedros, maison qui a exercé une influence très importante à l’évolution du goût lit-téraire et de l’idéologie de la gauche rénovatrice depuis l’édition en 1970 des “ 18 Textes “ qui ont inauguré la résistance contre la junte et contre les idées obscurantistes et ont ouvert une nouvelle orientation à la culture néo-hellénique. La maison dispo-sait un état-major dirigé par Stratis Tsirkas, écrivain notable de la gauche ré-novatrice. Un comité composé par Tsirkas, écrivain, G.Kontos, poète, N.Kalianesi, propriétaire, déci-dait sur un manuscrit après consultation des rapports et des propositions de Dimitris Maronitis, professeur d’université et leader idéologique, d’ Alexis Argyriou, Manolis Anagnostakis et Titos Patrikios, poète et sociologue.
Dans le champ des grandes entreprises d’éditions un écrivain passait par beaucoup de barrages pour être édité. Par exemple une écrivain, K.Dereka, était en train de prier en vain Georges Katos, directeur des éditions MIKRI EGNATIA, d’ éditer son livre. Par ailleurs, un écri-vain pendant la période en ques-tion savait qu’il aurait plus de chance d’être publié par tel éditeur plutôt que par un autre. Nous citons à titre d’exemple le cas de l’écrivain Georges Ioanou qui a communiqué son différend avec Alkis Agelou, propriétaire des éditions ERMIS. Les honoraires pour chaque livre édité par l’en-treprise en 1975 se montaient à 5000 drachmes, ce qui était à l’époque très peu. Le loyer d’un appartement à ce temps-là se montait à 6000 drachmes par mois. En plus, il n’y avait aucune garantie pour l’écrivain, car les accords se faisaient sans contrat. Il est très important de noter qu’ à la fin de cette rixe l’éditeur n’a pas rendu des pourcentages à l’écri-vain, ce qui donne une image précise des relations entre les éditeurs et les littérateurs, même les plus notables, à l’intérieur de l’institution littéraire. Ainsi, d’une part l’éminent écrivain n’a pas récupéré l’argent que l’éditeur lui de-vait et d’autre part il n’a pas trouvé non plus de témoins pour le tribunal, car ses amis, écrivains aussi, avaient peur, puisque le cercle de Alkis Agelou compre-nait Georges Savidis, professeur de l’université et gendre de Lambrakis, propriétaire du plus grand trust d’ éditions de la Grèce (To Vima , Ta Nea et, depuis 1989, le Mega Channel, une chaîne de télévision privée). Nous voyons ainsi que même un écri-vain accompli avait recueilli des revenus médiocres qui n’excé-daient pas 5000 drachmes, somme peu importante
Cependant, la production de la littérature avant-gardiste a été favorisée pendant ce temps, car, après la junte, la loi de concurrence ne jouait pas toujours le premier rôle, mais la demande du renouveau faisait que tous les ta-lents trouvent une is-sue dans l’édition. La règle du bien écrire n’était pas respectée durant les derniers temps. C’est pourquoi on a trouvé aussi des écrivains naïfs. Le climat des années 1971-1982 pousse un nom-bre d’éditeurs à publier des auteurs très jeu-nes. Cela motivait sur-tout environ 250 petites entreprises d’édition qui ont été créées depuis 1970. Les motifs, donc, d’un nombre de ces éditeurs n’étaient pas nettement économi-ques.
Ainsi les petits entrepreneurs sont orientés vers l’édition de textes de jeu-nes écrivains inconnus du large public et ils courraient un risque considérable en édi-tant de romans modernistes et avant-gardis-tes. La notion de lon-gueur du cycle de production comme mesure de la po-sition d’une entreprise de produc-tion culturelle dans le champ littéraire explique les relations entre écrivain et éditeur. Selon la longueur du cycle de production on place ici les entreprises à long cycle Il s’agissait de petites entre-prises apparues aux débuts de la décennie ’70. Leur activité est fondée sur l’acceptation du risque inhé-rent aux investissements cul-turels et est soumise aux lois spé-cifiques du commerce d’art. N’ayant pas de marché dans le pré-sent, puisque les éditions des livres importants étaient réalisés par les grandes maisons d’ éditions, ces petits éditeurs se sont tournés vers l’avenir et ont essayé de constituer des stocks de produits. Le no 10 de la re-vue Ideodromio, éditée par L.Christakis est pleine d’informations sur l’état du livre litté-raire à cette époque.
On peut se référer aux cas des éditeurs : Georges Filis et Fotis Koutsianas (éditions Yakinthos), Léonidas Christakis, Georges Katos et Dimitris Kalokiris.
Georges Katos et tant que directeur des éditions Egnatia a édité parmi d’autres les textes de Hatzidaki et Sourounis. Dimitris Kalokiris des éditions Tram avait été condamné par un tribu-nal en 1972 en pleine dictature, car il avait publié les textes inti-tulés “Le rêve” de Thanasis Liveriadis et “Le corps” de Elias Petropoulos. Le lecteur avisé peut voir ici une activité littéraire orchestrée et orientée vers la contestation.

c) Les formes de la censure

Nous avons mentionné plus haut les documents qui témoignent de la censure avant et pendant la junte. Depuis la restauration de la démocratie, il y avait une autre forme de censure. Par exemple, le gouvernement n’avait pas accepté de promouvoir le « Thiasos », un film extraordinaire de Thodoros Agelopoulos qui a gagné la palme d’or en Cannes. D’ailleurs, l’arrestation des éditeurs des éditions « Bibliothèque Internationale » par les autorités grecques le 21-5-1977 est une forme de censure exceptionnelle qui par ailleurs a poussé Noam Chomsky et d’autres universitaires américains à en-voyer une protestation contre cette arrestation .
Nous devons dire sur ce point que la censure en Grèce après la Guerre était préventive. Un citoyen de l’ Europe Occidentale ne pourrait pas comprendre les situations que nous enre-gis-trons ici, car les pays de l’Europe Occidentale n’ont pas appliqué une telle forme de censure. En un mot, beau-coup de cho-ses en Grèce, après la guerre civile, se pas-saient comme si la situation de guerre continuait. C’est pourquoi, sur-tout dans le cas des écri-vains communistes, ceux qui n’étaient pas exilés ou n’étaient pas dépaysés, subissaient une chasse systématique. Dans la con-science du peuple, les intellectuels communistes étaient investis d’une auréole et ils le méritaient. Lorsque l’ EDA, le parti subs-titut du parti commu-niste qui était en exil, a atteint le 25% des votes aux élections de 1958, la classe dominante a renforcé les mesu-res de cen-sure dans le domaine de l’art où l’influence de la gauche mon-tait au jour le jour. En 1961, une circulaire de l’ ASDAN (Administration Militaire Suprême d’Athènes) comportait un index libro-rum prohibito-rum où figu-raient sauf les livres communistes des textes anodines comme le livre d’ Ernest Renan Prière sur l’Acropole et les Lettres à Rachel de Costis Palamas, poète majeur des débuts du siècle. En plus, M. Papamavros, un grand rénovateur de l’éduca-tion, a été arrêté parce qu’il a publié un ouvrage sur la Nouvelle Pédagogique. K.Tsatsos, ministre du gouvernement (après la junte il était élu comme le deuxième Président de la Démocratie) a exposé au Parlement les causes de ce geste obscurantiste: ”Le com-munisme a vul-garisé les écrivains marxistes et cette théorie est soumise au ser-vice de la politique. Ainsi la for-mation au lieu d’être superstructure devient facteur de l’évolution histori-que. Moi, messieurs, je ne veux pas étouffer l’esprit par la vio-lence, car cela est contraire aux principes de mon parti (droite). C’est la république qui se défend contre une propa-gande qui se réalise au dépit de la Loi 509” .
Il y avait aussi une loi (Décret Législatif 1108/1942 datée de la période de l’Occupation qui a été réapparu comme Décret Présidentiel ( 381 / 1977 ).
Selon cette loi, Hatzidaki, l’auteur de Rencontre-la ce soir, a été accu-sée devant le tribunal. Mais les temps sont différents et l’accusée n’ a pas été con-damnée. Cette loi interdit les livres littéraires et les oeuvres d’art qui
1)contiennent des éléments susceptibles de troubler la jeunesse,
2)provoquent un déséquilibre dans l’ordre public,
3)propagent des théories subversives ou diffament le pays,
4)minent les traditions saines du peuple grec et de la religion chré-tienne.
Le même tribunal a jugé Michalis Mitras et Dimitris Poulikakos, mais à la fin les accusés sont acquittés. Néanmoins il y eut une réaction contre l’intervention du tribunal sur les choses littéraires. Trente trois écrivains et artistes dont la plupart étaient des boursiers aux dépens de la Fondation Ford ont publié une protestation contre le tribunal: Manto Aravantinou, Petros Abatzoglou, Katerina Agelaki-Rouk, Alexandre Argyriou, Vasilis Vasilikos, Georges Veltsos, S. Vergos, Georges Gaïtis, Maro Douka, Alexis Ziras, Pavlos Zannas, Georges Ioanou, Jean Kontos, Menis Koumandaréas, Costas Kouloufakos, Margarita Liberaki, Nikos Gabriel Penzikis, Georges Maniotis, Andréas Belezinis, Dimitri Nollas, Katerina Plassara, Marios Pontikas, Lefteris Poulios, Titos Patrikios, Sakis Papadimitriou, Panos Sinopoulos, Georges Skourtis, Costas Taktsis, Manolis Hatzidakis, et Georges Cheimonas. La liste représente toutes les tendances politiques et culturelles, sauf les partisans de la junte.

d) Les prix littéraires

L’institution des prix avait une fonction supplémentaire à celle de la censure.
Le président du Comité des prix d’état était G.Zoras et dans son expo-sé en 1961 a affirmé que le critère de l’attribution d’un prix était la qualité, et je le crois, car Zoras était un professeur honnête. Pourtant le prix de la poésie en 1956 a été partagé entre Jean Ritsos (grand poète communiste) et Aris Diktaios, poète mineur symboliste.
Pendant les deux dernières décennies les choses sont ren-ver-sées, puisque maintenant ce sont plutôt les représentants de la gauche et du centre qui obtiennent les prix.
Selon notre thèse, la politique partiale des exclusions depuis la restauration de la démocratie continue sous une autre forme. En effet, ce qui fait maintenant la différ-ence est que les jeunes qui ne sont pas recommandés par un parti politique n’ont pas d’espoir d’évo-luer.

e) La “Ford Foundation”

Par contre, le modernisme littéraire grec est fortement favorisé par le fait que la « Fondation Ford » accorde des bourses à de centaines de littérateurs sous la condition qu’ils remplissent les critères de la qualité, du talent et de la valeur individuelle. Parmi les écrivains et les hommes de lettres grecs qui ont obtenu une bourse, nous citons Odysséas Elytis (prix Nobel), Georges Ioannou, Dimitris Maronitis, Christos Giannaras, A. Despotopoulos, Th. Kakridis, K. Sofoulis (ministre du gouvernement du PS), Manolis Hatzidakis, Georges Touyas, Thodoros Agelopoulos (cinéaste), Costas Sfikas (cinéaste), Pantelis Voulgaris (cinéaste), Petros Abatzoglou, Manto Aravantinou, Thanasis Valtinos, Dimitris Efthimiadis, Lefteris Poulios, Katerina Agelaki-Rouk, Vasilis Ziogas, Alexandros Kotzias, Menis Koumandaréas, Georges Skourtis, Costas Taktsis, Kimon Friar, Kéï Tsitseli, Georges Christofilakis, Georges Poulopoulos, Stratis Tsirkas, Jean Kontos, Carolos Koun (fondateur du « Théâtre d’art »), en un mot presque tous les écri-vains importants de toute cette période. Il ne serait pas hasardeux, si l’on nommait la production littéraire de deux dernières décennies l’“Ecole Ford”. Ce sont eux qui vont posséder dorénavant le pouvoir symbo-lique dans l’institution littéraire.
C’était Renos Apostolidis, écrivain, éditeur de revues littéraires et directeur du Bureau de la presse pendant la junte qui a témoigné que les littérateurs Alexis Argyriou, P. Sinopoulos, Pavlos Zannas et Eleni Mirivili contrôlaient l’argent de la Fondation pour placer leurs amis aux postes dominants de l’institution littéraire grecque
D’ ailleurs Marieta Rialdi, écrivain torturée par la junte, raconte qu’en 1972 trois Gréco-Américains lui ont proposé de faire une demande à la Fondation Ford pour obtenir une bourse (10000 dollars), mais elle a refusé, car elle se méfiait de cette campagne qui plaçait partout au monde des agents fidèles à la politique des Etats-Unis. D’ailleurs, un grand acteur, Alexis Minotis, n’a pas obtenu de bourse malgré ses efforts, parce qu’il était conservateur. De l’autre côté, Georges Savidis, professeur de l’Université de Thessalonique et journaliste du journal To Vima et gendre du directeur de ce journal, défend la Fondation Ford qui a offert à la vie spirituelle grecque l’espoir, parce que selon son avis il y a d’autres Américains aussi sauf les hippies. Parmi d’autres, Karolos Koun, a remercié en public K. Lowry, représentant de la Fondation Ford, car cette organisation sans but lucratif a financé des groupes de théâtre comme « La Mama Theatre » et le « Laboratoire Théâtral » de Mel Brooks qui sont l’avant-garde dans leurs pays. Un écrivain communiste, Sotiris Patatzis, a dit à ce sujet que la question est qui décide et quels sont les critères de la réussite et que certains cénacles ont empêché l’acceptation de sa demande par la « Fondation Ford. »

f ) Les critiques grecs

Peu de critiques en Grèce possèdent un système de ca-tégo-ries bien élaboré pour critiquer toute oeuvre d’une manière uniforme et cohérente. On note d’ailleurs que la critique préoccupe surtout les journaux. Ainsi, pendant la période donnée, surtout l’influence des critiques-journalistes qui publient leurs articles dans la presse quotidienne et pé-riodique, dans la télévision et dans la radio est décisive. Cette organisation de l’opinion littéraire détermine la lecture du roman “conventionnel” et dans une partie importante la lecture du « texte contestataire ». Il est caractéristique que le débat entre A.Argyriou, G.Dallas, N.Anagnostaki, D.Gouliamos, A.Ziras et S.Tsaknias sur l’état de la critique ac-tuelle organisé par la revue « Grammata ke Teknes » a abouti à la constatation qu’il n’existe pas une critique systématique en Grèce et que les mass mé-dias jouent le premier rôle à l’information du public.

g) Les cénacles

L’existence de cénacles très puissants caractérise la vie littéraire en Grèce. Stefanos Bekatoros révèle l’habitude de certains cénacles de privilégier certains des littérateurs et de méconnaître ceux qui n’appartiennent pas au groupe.
A une enquête du journal Ta Nea en 1975 sur ce sujet ont répondu certains écrivains et artistes: Melina Merkouri, Marios Ploritis, I.M, Panayotopoulos, Nikos Koundouros. Il est caractéristique que tous ont témoigné qu’en Grèce ceux qui sont doués ou surdoués sont écartés par des cénacles. Il est évident que ce phénomène a été constaté par des intellectuels aussi brillants que Ploritis et Panayotopoulos.
Et comme les cénacles littéraires grecs dominent, ils sont devenus les contrôleurs du succès ou de l’échec social des écrivains. Ainsi, la médiation des cénacles et leurs interventions dans la presse change la nature de l’oeuvre réclamée en fétiche, comme soutient Jacques Dubois, ce qui tient toujours les lecteurs à un niveau d’immaturité. Pour nous, la cause du phénomène est repérée à la structure de l’institution littéraire même.
Prenons à titre d’exemple un des cénacles qui sont devenus très puissants le dernier temps, celui de Nanos Valaoritis et de son cercle. C’est lui qui se trouve derrière de la plupart des « stars avant-gardistes ». Il a aidé plusieurs nouveaux écrivains d’atteindre la notoriété. C’est lui, par exemple, qui a fait l’avant-propos de la première oeuvre de Sotiropoulou (voir revue Diavazo, septembre 1982). Etant professeur universitaire aux Etats Unis, où la communauté grecque est très importante, il exerce une influence remarquable aux choses littéraires de la Grèce. D’ailleurs, Natacha Hatzidaki appartient aussi à ce cercle.
Ainsi, les nouveaux écrivains, parus après la junte, sont bien accueillis et protégés par certains facteurs importants de l’institution littéraire.
Alors ces nouveaux résultats de notre enquête sont ajoutés aux commentaires déjà faits : l’ écrivain inconnu même aujourd’hui a besoin d’un homme important ou d’un mécène pour réussir.

h) Les nouvelles revues littéraires favorisant la littérature contestataire

Le rôle des revues est très important pendant ces années-là, car les petites revues ont publié les textes qui ne pourraient jamais apparaître parmi les pages des revues littéraires « sérieuses », comme « Nea Estia » et « Efthini ». On peut citer les revues « Kouros », « Tram », « Panderma » qui ont publié de textes surréalistes et dadaïstes.
Georges Veltsos, professeur à l’Université « Panteios » décrit cette sorte de revues « alternatives » comme établissant une communication intime entre le destinateur et le lecteur.
En outre, l’ apparition d’ une pléthore des revues littéraires met en relief le rôle préponderant des lecteurs sur l’évolution des goûts littéraires de l’époque.

A) Deuxième phase 1982-1990

La situation dans l’ E. E. L. Le rôle des éditeurs. La “Ford Foundation”. Les changements des orientations du public des jeunes pendant la période donnée.

a) La situation dans l’ ΕΕΛ

La situation conflictuelle en 1981 dans l’ Ε.Ε.Λ (Association des Ecrivains Grecs) montre que, bien qu’être écrivain n’apporte pas beau-coup d’avantages économiques, pourtant au niveau du statut social et du pouvoir symbolique cela a une grande importance.
En vue des élections anticipées dans les cadres de l’EEL des disputes ont eu lieu entre 1) les partisans du P.C., Skaros Zisis, Ritsos Jean (prix Lenine), Phedra Zabatha-Pagoulatou et 2) les partisans du renouveau, M.Ploritis, écrivain et journa-liste dans le journal To Vima, Manto Aravantinou, R.Kaklamanaki (un peu plus tard elle est devenue ministre), T.Milliex ( Tatiana avec Roger Milliex, directeur de l’Institut Français d’Athènes, ont exer-cé une influence importante dans les choses littéraires de la Grèce), Ar.Nikolaïdis, Jean Agelou et Jean Kontos qui est le directeur des édi-tions Kedros. Il est caractéristique que vers la fin de la décennie, Nasioutzik, un des membres d’un nouveau conseil d’administration de l’ E.E.L est accusé d’être le meurtrier d’un autre membre pour des raisons personnelles.
Plusieurs des jeunes écrivains grecs ont peu de pos-sibilités d’atteindre, dans les dix premières années de leur carrière, une place de pouvoir symbo-lique dans l’EEL. Le seul des candidats à être relativement jeune était Jean Kontos, poète et depuis 1992 directeur des éditions Kedros. Le fait que les rénovateurs revendiquent le pouvoir dans l’ Ε.Ε.Λ est un signe de plus que les valeurs traditionnelles sont en cause.

b) Le rôle des éditeurs pendant cette phase

Une observation des conditions déterminant l’édition des oeuvres littéraires en Grèce montre qu’à partir de 1981 les moyens de la production littéraire passent en général peu à peu sous les termes du marché régi par les critères de la rentabilité et les littérateurs sont peu à peu expulsés du contrôle des possibilités matérielles.
Pourtant, la production de la littérature avant-gardiste a continué à intéresser une partie des éditeurs grecs.
Mais les petites entreprises d’ éditions qui fleurissaient pendant la décennie précédente commencent à succomber aux grandes entreprises, car le succès économi-que les préoccupe de plus en plus davantage.
Néanmoins, il y a des éditeurs qui font exception. Par exemple les éditeurs Filis et Koutsianas dans leur préface à l’édition du livre de Th.Sarantopoulos 300 ma-nières de mourir ont déclaré leur dénégation du « commercial ». Ils ajoutent que les éditions Yakinthos désirent être un médiateur en-tre les jeunes écri-vains et les lec-teurs.
Pourtant pendant la deuxième phase de la littérature que nous examinons ici depuis 1982 même le « désintéressement » des certains éditeurs et écrivains commence à se transformer en intérêt pour l’occupation des places à la Radiotélévision, comme l’affirme L.Christakis dans le no 10 de la revue Ideodromio.
Il a paru donc que leur politique est adaptée aux médiations qui déterminent les formes de l’usage qu’ont fait à ces oeuvres.

c) Les cénacles

Les cénacles continuent à dominer dans le champ culturel et en plus leur rôle est conforté. Stefanos Bekatoros révèle l’habitude de certains cénacles de privilégier certains des littérateurs et de méconnaître ceux qui n’appartiennent pas au groupe. Evitant de parler de ses contemporains, il cite à titre d’exemple la revue Ta Nea Grammata, dirigée par A.Karantonis qui présentait par préférence les textes de Seferis Georges, Elytis Odysséas et beaucoup d’autres.
Un des cénacles les plus puissants était celui de Kimon Friar, Nanos Valaoritis et E. Mirivili. On connaît par exemple que Hatzidaki, N. se réfère souvent à K.Friar et appartient au cercle de Nanos Valaoritis.

2.8. Les contextes

Les réformes aux domaines de l’éducation et de la lan-gue (1976, 1982). La politique culturelle des forces politiques. Doctrines politiques favorables au développement d’une littérature de contestation. L’entrée aux universités grecques de nombreux philologues et ethnologues qui ont fait leurs études en Europe occidentale et aux Etats Unis. La « contestation » de certains cercles élitaires. Les opposés à la littérature contestataire. Les influences de l’ « Underground ». La politique culturelle des forces politiques: L’ hégémonie idéologique passe graduellement au parti socialiste. Les Influences idéologiques sur la littérature de la deuxième phase. Le métamodernisme. Littérateurs et partis politiques

2.8.1. Les réformes aux domaines de l’éducation et de la lan-gue (1976, 1982).

Les tensions dans les cercles intellectuels grecs ont augmenté pour une autre cause aussi: En 1976 et 1982, l’Etat grec a promu la variété formalisée de la ‘koiné néa el-liniki’ dans l’enseignement et dans l’administration. Dès lors la “koiné néa elliniki” est employée par le mécanisme administra-tif, les universités et les autres institutions, de manière qu’elle recouvre les besoins commu-nicatifs de la population, parce qu’elle dif-fère considérablement de la langue artificielle qu’était la « katharévousa » surtout dans sa morphologie et sa syntaxe. Il va de soi que les varié-tés du réper-toire de la langue grecque sont rejetées, car la normalisation était imposée par la loi et est appuyée sur la grammaire de Manolis Triantafyllidis publiée pour la première fois en 1941. Cependant, il est vrai que du même coup une partie importante de la littérature grecque ne serait plus accessible aux jeunes gens.
Il est évident que ce changement a influencé énormément la littérature que nous étudions, parce que la question de la langue était toujours un problème majeur en Grèce, puisque elle relevait du conflit entre le peuple et la classe dominante. Sur ce point nous soulignons le fait que deux courants langagiers et par conséquent deux traditions culturelles sont développés pendant les der-niers siè-cles : celui de la langue sa-vante (surtout dans l’écrit) et celui de la lan-gue populaire (démotique). En parallèle, une forme mixte ( η μεικτή ) apparaît comme le produit dialectique de l’opposition entre les deux courants cités plus haut. Et c’était Adamandios Coray, qui, au début du 19ème siècle, s’était prononcé le premier pour la langue mixte d’une manière théorique.
Et ce n’est qu’à partir de 1976 que la langue grecque mo-derne actuelle est devenue la langue officielle (en tant que lingua fran-ca, que tous utilisent) à la place de la Katharévousa.
Néanmoins, comme, sous l’effet d’un brassage séculaire, la nouvelle langue emprunte à toutes les pha-ses antérieures de son his-toire linguistique, c’est à dire à la langue classi-que, la koinè hellénistique, la koinè byzantine tardive et la katharévoussa, ce fait donne lieu à l’anarchie linguistique.
Il y a nombre des écrivains examinés qui introduisent des éléments ar-chaïques dans la langue parlée qui est devenue la langue officielle et ils n’hésitent pas à revigorer un terme désuet qu’ils tiennent pour expressif, comme font Hatzidaki et Douka.
Cette démarche donc, la formalisation de la langue « koiné néa elli-niki ». est conçue par nombre des littérateurs comme un fac-teur en plus qui aboutirait à abolir tout particularisme du lan-gage. Une association a été créé en 1982 pour confronter la problématique de la langue grecque: l’ E.Γ.O (Ελληνικός Γλωσσικός Ομιλος, Association Linguistique Hellénique). La per-fection en la ma-tière s’identifierait avec l’ indifférenciation. La langue de la communication va apparaître comme un filtre purificateur, mais, comme cette tâche coïncide avec un appauvrissement du lan-gage parlé dû à des causes plus généra-les, elle sera un facteur de neutralisation de tout écart stylistique.
Dans ces conditions, les gens ne philosophent pas, mais ils prennent le monde comme il est et ils parlent une lan-gue préfabriquée qui leur est imposée. Le langage est soumis au principe de l’in-dividualisme et du libéralisme dans un monde formaliste où les mots sont les choses.
Pour des raisons plus générales, c’est le côté de code qui est privilégié par le nouveau mode de vie, et les gens utilisent ce code sans se demander s’il y a de place pour la méta-phore et la “non grammaticalité” qui caractérise les phrases poéti-ques. Ce phénomène est dû à la domination du point de vue fonctionnel qui domine dans les communi-ca-tions. En fait, au niveau syntaxique, comme au niveau sémantique et pragma-tique l’agencement des mots et des phrases est réglé par des rè-gles formelles et ne dépend pas de la nature des éléments qui en-trent dans les combinaisons.
Nous récapitulons: la situation sociale et le statut du langage en Grèce contemporaine apparaissent comme deux choses différentes, mais ils sont liés d’une manière inextricable. D’une part, la société grecque devient de plus en plus une société moderne et, d’autre part, la langue commune s’adapte à cette forme de la société.
Sur ce point, la réac-tion interactionniste des écrivains étu-diés est justifiée, car la communauté langagière n’est qu’une commu-nauté appa-rente et artificielle, régie par le pro-fit, la pu-blicité et la propagande, parce que les grands monopoles produisent une communauté linguistique fic-tive et que l’ensemble de la langue n’est pas en référence avec l’ensemble des choses.
Il est de même avec le langage administratif. Au préalable nous devons avouer que la réforme de la langue était nécessaire et démocratique et qu’elle a établi un champ de communication entre l’état et le citoyen qui transforme la vio-lence inhérente dans toute for-mation administrative en violence symboli-que. Cela veut dire que le discours de la vie publique est soumis au contrôle de la raison. Mais d’autre part, les déci-sions de l’ad-ministration sont mani-festées par le langage qui, pourtant, après la junte, se présente comme neutre et comme un simple instrument de communi-ca-tion. Au fond le langage administratif est un sys-tème de contrôle des si-gnifications et, en tant que tel, il est lié à la for-mation du dis-cours idéologique.
Ainsi la plupart des énoncés officiels sont reçus par le peuple comme des actes illocutoires qui di-sent autre chose que ce qui est dit explicitement, parce qu’un système latent fonc-tionne comme mécanisme métalin-guistique qui cache la signification des énoncés offi-ciels, parce qu’il fait apparaître ce langage comme autre chose que le langage du pouvoir.
Pourtant à partir des réformes de 1976 et de 1982, des disputes sont déclenchées parmi les cercles des intellectuels qui, une fois de plus, sont idéologi-ques. C’est dans ce sens que va la création d’une association conservatrice qui est appelée E.Γ.O pour la défense de la langue grecque. Des dé-bats sont fréquemment organisés partout et des ar-ticles pour ou con-tre la loi sont publiés dans les journaux et les re-vues littérai-res.
D’ailleurs, comme nous l’avons noté déjà, en utilisant le langage administratif comme un style, le gou-verne-ment a produit une réduction idéologique qui a partir de 1977 donne une apparence de neutralité politi-que et un mythe du langage sans marque. C’est une démarche démocratique, mais la confusion était désormais assurée par l’existence de deux ni-veaux de significa-tion: a) le système des valeurs sous-jacen-tes au discours manifeste et b) l’instauration d’une force contrai-gnante.
Ces ambi-guïtés du langage admi-nistratif sont souvent l’objet de l’ironie dans les textes de la production littéraire la plus récente, tels les textes de Hatzidaki, Geronymaki, Taktsis, Ioanou, Koumandaréas, Mitropoulou et d’au-tres.
D’ailleurs, comme l’Etat est le premier facteur qui inculque les caractéristiques de base à ses citoyens, il y a toute une foule des gens qui à juste titre appliquent dans leur comportement le langage officiel. Ceci est apparent dans la pièce théâtrale Τα Εγκαίνια ( L’Inauguration ) de Jean Chrisoulis qui met en scène de petits entrepreneurs grecs pendant la fête de l’inaugura-tion de leur entreprise. Et c’est précisément celui des partenaires qui emploie un quiproquo sem-bla-ble au langage administratif qui parvient à s’impo-ser aux autres pour les manipuler.
Nous passons en revue certains caractéristiques de la langue ad-ministra-tive qui sont introduites dans la littérature moderne soit à titre d’éléments constitutifs de leurs productions, soit comme objets d’ironie.
La phrase administrative est une phrase lon-gue qui res-pecte l’accord des temps et se plaît aux tournures précises, complexes et hypothétiques. Ce langage s’identifie avec le lan-gage de la petite et moyenne bourgeoisie qui est ensei-gnée dans l’éducation na-tionale.
Ainsi, par son statut social, le lan-gage tient essentiel-lement à une différence de statut par rapport à d’autres langa-ges. C’est cette caractéristique repré-sen-tative qui est critiquée aussi par une partie de la littérature grecque moderne.
Une seconde ca-rac-téristique majeure relève de sa dimension nor-mative qui préconise la fixité de quel-ques stéréotypes de phrases et la technicité du vocabulaire.
D’ailleurs le langage administratif exerce une rhétorique polémique qui s’adresse à l’opposition. C’est un phénomène typiquement grec qui carac-térise le langage des dernières décennies en Grèce. Il s’agit de “vrais” combats rhétoriques projetés sur les écrans de la télévision, si bien que les jeux langa-giers ont envahi le temps quotidien et ont rempla-cé la vérité.
En outre, comme dans toutes les sociétés capitalistes, de même en Grèce le principe de l’équivalence trans-forme toute qualité dissemblable en quantité sembla-ble.
Enfin, le “discours social commun” affirme la dιmocratie typique, mais non la dιmocratie rιelle, puisque les idιes de l’ιgalitι et de la justice sont abstraites et valides seulement dans la sphθre de la politique, mais elles ne sont pas valables au niveau de la vie quotidienne.
Dans un tel environnement langagier l’écrivain vit séparé des valeurs et il va faire ce que les autres font ou il va mener une double vie.

2.8.2. La politique culturelle des forces politiques

a) Cadre général

Dans son livre La Liberté de l’homme de Andéas Papandréou, ex-premier ministre de la Grèce, nous relevons les grandes lignes de l’évolution politique et sociale de la Grèce, car il a donné une perspective réalisable:
« L’idée aujourd’hui est qu’au lieu de la lutte des classes se déroule entre des groupes divers un combat pour la conquête du pouvoir. A partir de cette lutte on peut voir si les technocrates ou les bureaucrates acquièrent l’hégémonie. Il est possible que les syndicats ouvriers exercent sur l’Etat un contrôle plus efficace que les entrepreneurs. Les leaders de la lutte seront les technocrates qui vont se substituer aux capitalistes traditionnels. »
Pendant cette période, les forces politiques essaient d’ élargir le public et de communiquer la culture à des couches nouvelles de la société . Dans ce cadre, nous avons déjà noté plus haut que les organisations des étudiants ont fait des efforts sur ce sujet. D’ailleurs, on peut citer un article de Pavlos Zannas, membre du mouvement socialiste, qui définissait la notion du « non-public » avec l’intention de initier ses membres à la lecture de livres de qualité. Parmi ceux qui composent le « non-public » sont a) les personnes qui n’ont pas les moyens économiques de connaître la culture, b) les personnes qui sont attirées par la culture aliénée par la société industrialisée et c) les jeunes qui refusent d’adhérer à un système social considéré comme absurde.
En 1975, sont publiés plusieurs articles dont les auteurs expriment l’ enthousiasme, parce que l’art a fait son entrée aux usines.
Par là se manifeste l’intérêt que grand nombre d’intellectuels portent au peuple qui subit un régime discriminatoire, est dépossédé de propriété, est voué à l’ignorance et à un sémi-prolétariat et est humilié par le triomphe des valeurs qui ne sont pas les siennes.

b) Le passage graduel de l’ hégémonie idéologique au parti socialiste

La politique culturelle depuis 1982 essaie d’ attirer la bourgeoisie nationale instruite et aplanir les conflits susceptibles de s’élever entre élites et le peuple. Aussi les responsables du domaine de la culture se proposent d’être attentifs au niveau du peuple et s’adapter au rythme de la société. Il fallait pour cela une connaissance exacte des différents milieux du peuple.
Le fonctionnalisme qui caractérise dorénavant la politique culturelle dominante se débarrasse du volontarisme de la phase précédente pour donner naissance au «populisme» qui, selon Costas Simitis, premier ministre du gouvernement socialiste, laisse les groupes de pression dominer au détriment de l’égalité des citoyens en tant qu’individus, puisque la prédominance du groupe est opposée à l’égalité de tous les citoyens. Le principe qui guide les choses au cours de cette période dans la société grecque semble être « laissons la vie nous conduire ». Ainsi la « culture » de masses, que nous avons désignée comme “discours social commun”, reste retardataire. Comme l’esprit de groupe domine, l’exclusion de ceux qui ne sont pas adaptés à cet esprit est un phénomène fréquent dans la société grecque. En parallèle, un nationalisme latent est toujours nourri par les relations tendues entre l’Etat grec et l’Etat turc et par l’intervention de l’Eglise dans l’enseignement public.

c) Littérateurs et partis politiques

Depuis la restauration de la démocratie en Grèce en 1974, les partis politiques se sont vastement intéressés aux choses littéraires. Cet intérêt devient de plus en plus important à partir de 1981.
On souligne encore le fait que depuis 1974 le parti du Centre ( Ενωση Κέντρου) diminue, alors que ses électeurs se déplacent vers le PASOK. La stratégie culturelle des partis politiques a poussé la plupart des écrivains grecs à se prononcer en public pour tel ou tel parti politique:
1) Pour le PASOK (Parti Sosialiste) se sont prononcés : Manos Elefteriou, poète, Menis Koumandaréas, écrivain néo-natura-liste, Iakovos Kabanelis, écrivain de pièces théâtrales, Manolis Korres, théâtre, Pavlos Matesis, théâtre et roman, Georges Christofilakis, théâtre, Dimitris Christodoulou, poète, Dimitris Iatropoulos, poète. Musiciens: A. Kaldaras, Georges Dalaras, Charoula Alexiou, Glykeria, Stelios Vamvakaris, Jean Zouganelis, D. Kougioumtzis et Domna Samiou.
2) Pour le KKE (de l’intérieur) se sont prononcés: Loula Anagnostaki, théâtre, Mitsos Kasolas, théâtre, Costas Kouloufakos, critique et éditeur, Alki Zéï, écrivain, Alexis Argyriou, critique, Prodromos Markoglou, Tzeni Mastoraki, Mathéos Mountes, Georges Skourtis, théâtre, Nasos Vagenas, romancier et professeur d’université, Georges Giatromanolakis, professeur d’université et écri-vain, Dimitris Maronitis, critique et professeur d’université, Marios Ploritis, critique et écrivain, Spiros Tsaknias, critique, Anghélos Elefantis, éditeur, Thanasis Valtinos, écrivain, Manolis Anagnostakis, poète et critique, Michel Ganas, écrivain et poète, Maro Douka, écrivain, Pavlos Zannas, écrivain, Georges Ioannou, écrivain, Ersi Lange, écrivain, Thanos Libaditis, poète, Nikos Koundouros, cinéaste.
Le dis-cours plura-liste des meneurs d’ opinion du PC (de l’intérieur) pendant une manifestation organi-sée pour encourager la participation des intellectuels aux élections de ’85 confirme tout ce que nous avons observé à propos des tendances contestataires d’une fraction des intellectuels grecs. Dimitris Maronitis, le professeur de la litté-ra-ture à l’Université de Thessalonique et éminent homme des lettres, a dit que ce qui fait la différence dans le parti KKE de l’intérieur est la pré-sence crois-sante des intellectuels. Il a expliqué les causes (cette explication correspond à notre thèse au sujet de la contesta-tion) de ce phéno-mène: tandis que les au-tres partis attendent un con-sensus et l’actua-lisation des intellectuels, le KKE de l’intérieur se demande a)si les intellectuels de la Gauche rénovatrice peuvent concourir au développe-ment du discours politique avancé soit par leurs oeu-vres, soit par leur activité sociale, b) si leur oeuvre littéraire pourrait être alliée à l’action politique, c) s’ils pourraient sensibiliser ceux qui étaient ancrés aux idées fixes dans le parti. Sa conclusion était qu’il faut choisir entre la presse antiautoritaire et la presse qui s’associe aux centres du pouvoir, car il serait possible de combiner le discours ouvert de l’intellectuel avec le dis-cours clos de la politique et du parti. Et l’éminent professeur, que la junte avait exilé avec l’espoir qu’ainsi elle pourrait anéantir son éthos, a conclut son intervention en disant que l’unité du parti (PC de l’intérieur) court un grand risque à cause de la critique permanente de la part de ses membres..
Une minute plus tard, Costas Gavroglou, membre du Bureau et pro-f-es-seur de l’Ecole Polytechnique, a soutenu une thèse tout à fait différente, car il a insisté sur le fait que l’intellectuel ne doit pas perdre son discours auto-nome.
Ce n’est pas étonnant que ce petit parti avait concentré la plu-part des in-tellectuels tout en étant, lui, le moindre parti.
3) Par contre, peu d’artistes sont proclamés en public pour le parti de la droite. Nous avons relevé nos informations dans le journal Elefteros Typos: Alexis Minotis, acteur du Théâtre National, Costas Karras, théâtre, Bessy Argiraki, chanson, Georges Pantzas, théâtre, Elsa Vergi, théâtre, Manos Hatzidakis, le fameux compositeur, Costas Voutsas, acteur et Stelios Tzivilikas, acteur.

d) Forces politiques favorables au développement d’une littérature de contestation

Nous avons constaté des traits communs entre certaines idées des mouvements politiques de l’extrême gauche et de l’extrême droite et les idées des textes de notre échantillon. En effet, pendant la période dont nous parlons, il y avait en Grèce grand nombre d’organisations gauchistes, tels que OMLE, TROTSKISTES, EKKE, RIGAS. D’ailleurs, après le mois novembre 1981, comme la droite est passée à l’opposition, elle, aussi, a organisé pour son propre compte un mouvement de protestation et elle a cultivé le goût pour la langue mixte et l’anarchisme religieux et nationaliste à la Maurice Barrès.
Dans cet ensemble d’idéologies disparates, il y avait quelques idées communes, comme la priorité du mouvement de la révolte et non du but final, l’idée que les constructions mentales de l’individu ne sont pas le reflet de la rιalitι, mais qu’elles font partie de la rιalitι mκme, ce qui signifie que l’ κtre est identifiι avec l’esprit. Ceci est évident, quand on songe à la place dominante qu’on accorde pendant ce temps à la langue. Il s’agit d’un spontanéisme qui conduit au caractère fragmentaire de la quotidienneté. Il est entendu que celui qui s’ abandonne au spontanιisme ne va pas plus loin que ses prιocupations quotidiennes et il demeure dans le fragmentaire qui l’entraξne toujours ΰ la question de savoir s’ il ira au cinιma ou pas.
Pourtant, d’aprθs l’analyse des structures principales du champ littιraire, il rιsulte que, l’ιcrivain de cette pιriode, dans son effort de rιflechir sur le nouveau phιnomθne de l’ιmergence des masses dans le domaine de la vie politique, ne trouve pas toujours la combinaison de l’ιthique et de la violence politique. Sur ce point, son coeur le conduit prθs du gauchiste qui suggθre que l’inconscient prιcθde le conscient. Mais, ce qui joue le rτle dιcisif dans l’orientation de l’ιcrivain honnκte est qu’il n’est pas toujours nιcessaire de faire mιdiatiser le PC ou un autre parti auroritaire pour penser la libιration. On a ainsi un choix de type luxembourgiste, selon lequel il vaudrait mieux qu’un mouvement contestataire se dιclenche en dehors du parti rιvolutionnaire, parce que les dιmunis et les ouvriers peuvent rιclamer le droit de faire des fautes et le droit d’apprendre eux-mκme la dialectique de l’histoire. Sous ce prisme, il serait facile de comprendre l’indignation exprimιe par Papachristos, Douka, Deliolanis et Sarantopoulos contre les membres du P.C., accusιs pour leur ιtroitesse d’esprit.

2.8.3. L’entrée dans les universités grecques de nombreux philologues et ethnologues formés en Europe et aux Etats Unis

Etant donné que la littérature que nous étudions était déterminée par les positions de différentes tendances dans le champ littéraire, vinrent à elle les nouveaux universitaires qui étaient initiés aux doctrines structuralistes en Europe occidentale et aux Etats Unis. En fait, pendant les dernières décennies, dans les universités grecques, un conflit entre les anciens et les modernes se déclenche, à partir du moment où sont rentrés en Grèce pendant la décennie de ’70 les intellectuels grecs qui ont accompli des études en philologie et en sciences sociales à l’étranger où dominait le structuralisme: Xenophon Kokkolis qui a suivi les cours de Michel Riffaterre, Eratosthénis Kapsomenos, Jean Kazazis, Jean Sifakis et d’autres.
D’une part, Costas Dimaras dans son Histoire de la littérature néo-hellénique caractérise Lévi-Strauss comme « ennemi anti-hégélien » et « démythificateur » de l’histoire et d’autre part Alki Kyriakidou-Nestoros caractérise Dimaras comme « déçu et démoralisé par le folklore et par la linguistique ». Kehagioglou ajoute « et par la littérature même » . Un pareil débat a commencé entre Georges Megas, professeur de la laographie pendant trente ans, et le chypriote Georges Papadopoulos sur le problème du primat entre l’anthropologie sociale et la laographie. Le conflit avait une autre dimension aussi, puisque les « anciens » professeurs des universités étaient partisans de l’esprit allemand, tandis que les « nouveaux » qui revendiquaient des chaires universitaires avaient formé leur esprit en Italie, en France, en Angleterre et aux Etats Unis. Ainsi les anciens empêchaient la prolifération de la doctrine de Vladimir Propp.

2.8.4. La « contestation » des certains cercles élitaires

Selon Dimitris Tsatsos, professeur d’université et ex-ministre, les forces dominantes qui constituent le pouvoir parviennent à la reproduction des valeurs vétustes et non fonctionnelles. Elles nous mettent devant le dilemme soit d’accepter ces valeurs, soit de dénoncer la société en sa totalité. Pourtant le système se heurte aux consciences individuelles et aux contestataires qui mettent en cause le système. Même des professeurs d’université proposent de chercher des valeurs nouvelles dans la contestation.
La contestation de la culture était le sujet du Symposium à La Canèe en Crète, le 15.8.1977, qui avait pour titre « Socialisme et civilisation ».
Parmi les participants, on peut mentionner Jacques Attali, Andréas Papandréou, ex-premier ministre de la Grèce, Mikis Théodorakis, Roger Garaudi et François Mittérand.
L’exposé de Jacques Attali trace le programme culturel des socialistes de l’Europe. Ce même programme caractérise la politique culturelle des socialistes grecs :
« Il y a aujourd’hui une crise à l’organisation de production de la culture. Crise en ce qui concerne le coût de la production et crise du sens de cette production. Comme il a besoin de financement important, l’art est soumis aux lois de l’économie et devient marchandise. La production de la culture doit devenir un plaisir. Le poète-médiateur doit disparaître. La vie même va devenir oeuvre d’art ».
Pendant la même période, les journaux de grande circulation publient fréquemment des articles sur la contestation. Nous citons à tire d’exemple, Dimitris Geros et Jean Kalamitsis qui ont déclaré : « Nous voulons vivre libres. L’opinion de la minorité ne doit pas être soumise à la majorité. »
Le courant de contestation a aussi mis en doute le système scolaire grec. Les livres scolaires en Grèce après la guerre inculquaient deux «vérités», sur lesquelles s’appuyait la hiérarchie sociale et morale: 1)La «vérité» de la supériorité du «chef» et 2)la «vérité» de la soumission à la notion de l’ordre. Aussi, peut-on noter tout un système de «valeurs» conservatrices, répandues par l’école: la religion, la morale sexuelle, la supériorité de l’homme et le modèle de la femme de ménage. Le support de ces valeurs était la famille autoritaire qui impose toutes les valeurs notées ci-dessus.

2.8.5. Les opposés à la littérature contestataire

On reproche aux modernistes qu’ au nom d’un art progressiste et matérialiste ils opèrent la démolition de toute la culture bourgeoise et surtout de tout système représentatif. Ils sont aussi caractérisés comme anti-marxistes, car ils rejettent le passé de l’art et cherchent l’avenir .
Selon Nikos Poulanzas, l’opinion publique grecque est tellement réactionnaire que la moindre opposition est considérée comme un scandale. Ainsi sont forgées les nouvelles structures de la société consommatrice, celle du pouvoir autoritaire et totalitaire et celle de l’idéologie aliénante et dépressive des mass médias. Tout cela diminue les résistances du citoyen. Les effets de cette situation conduisent aux théories de la désidéologisation et de l’intégration des masses travaillistes.
Mais ce qui est désigné comme contestation est au fond la lutte de classes. Le comportement critique de jeunes intellectuels doit être regardé dans ce cadre, et la négation absolue des institutions par certains écrivains n’est pas une rupture. En outre, la négation de tout discours scientifique pourrait être utilisée comme moyen de répression.

2.8.6. Les Influences idéologiques et littéraires

a) Les influences de l’ « Underground »

Parmi les caractéristiques de l’ « Underground » que nous avons repérées dans les textes de Geronymaki, Issaïa, Gimosoulis, il y avait la révolte individuelle, la valorisation de l’ imagination et le goût pour les idées orientales (tao, zen). Selon N.Mailer, par exemple, un des majeurs de l’Underground, le décalage entre rêve et réalité s’étend à toute la nation des Etats-Unis, où l’anomie et les comportements anarchistes sont dus à cette schizophrénie qui traverse toutes les formes de la vie. Pour appuyer notre argumentation nous faisons appel à la ressemblance du thème de La Nuit de Sarantopoulos avec le roman de Flaerty O’Connor Les braves gens ne courent pas dans les rues. Dans ce roman un désaxé extermine les victimes d’un accident de voiture en disant : « tuer un gars, brûler sa maison, il n’y a pas de plaisir ailleurs ». Ensuite, le personnage avec ses compagnons violent une fille et conduisent un homme au suicide. Les ressemblances donc de ce roman avec le récit de Sarantopoulos sont évidentes.

b) Le métamodernisme

A partir de 1982, la pensée de la droite et d’une partie des anarchistes prêchent vivement la fin du modernisme et la venue du méta-modernisme. De nombreux intellectuels, is-sus de cette région de pensée, prétendent que les conceptions du monde à portée universel-le appar-tiennent dorénavant au passé. Leur idée fondamentale s’appuie sur la pluralité du monde actuel et l’autonomie des jeux langagiers. D’après eux, il existe un pluralisme des points de vue et le modernisme ne possède pas une place privilégiée dans le domaine de l’esprit. La découverte des vérités universelles est une tâ-che vaine et illusoire, car il n’y a rien qui pourrait fonder de telles valeurs. Les in-tellectuels sont invités à la plus grande liberté possible. Quant à la perception, elle est un type de raisonnement basé sur l’analogie. Nanos Valaoritis, poète et critique célèbre qui vit aux Etats Unis et joue le rôle du médiateur entre la culture amé-ricaine et la culture grecque, dit en 1982, que le modernisme est con-testé dans tout le monde. Il considère Seferis comme moderne. Il ajoute que le modernisme est autoritaire, car on ne peut rien ajouter à une oeuvre close. Au contraire il accepte les oeuvres d’ Empirikos qui, depuis la décennie 1930, avait travaillé pour la cause sur-réa-liste. Dans le champ de l’art: le métamodernisme transmet son message par des métaphores, des symboles et des allégories. Il y a des objets qui se cons-truisent, mais en tant que porteurs de si-gnification. Des signi-fications sont ajoutées aux choses préexistan-tes. Les écrivains prennent les expériences sociales ac-tuelles, le stress dans les vil-les, les publicités, les informations et y in-sérent des textes de style classique.
Selon la pensée métamoderne, la langue n’a pas toujours le même sens, car ses éléments ne sont pas chargés d’ un sens dé-ter-miné d’une manière absolue, puisque les contextes ajoutent chaque fois un sens différent et les mots hors contexte ne sont que des symboles opti-ques. En outre, l’art n’est pas idéologiquement neutre. L’art métamoderne va de pair avec le mode de vivre moderne et il n’est pas le produit d’ un mouvement, mais une coexistence des tendances, celles du néo-expessio-nisme, de la nouvelle géométrie. L’ essentiel dans toute une argumentation métamoderne est le fait qu’ils s’opposent au mo-dernisme, car il a rendu, selon eux, l’art stérile et a conduit son langage à un ascétisme, comme il s’était passé avec l’art abstrait des an-nées ’50. Les métamodernistes prônent aussi l’invention libre qui choisit ses matières parmi tous les styles précédents ou actuels. On ne croit plus que l’art peut changer la réalité, parce que l’art moderniste est nihiliste, tandis que la pratique métamoderniste veut amener le plaisir de l’artiste au stade de la création.
En ce qui concerne le roman, celui-ci ne raconte pas une histoire réelle, parce qu’il est impossible de la représenter. En général, dans une oeuvre coexis-tent la narration classique, l’ exagération romantique, la fièvre du délire, le mo-nologue intérieur et surtout l’ironie. Cela conduit à la prétention métamoderniste que le monde du ro-man est fictif. Le continuité narrative bascule et le dépassement du temps et de l’ espace semblent être nécessaires dans l’oeu-vre, et ainsi les sens glissent toujours et que les significations se trouvent en état de suspension.
Cette tendance est née en 1977 en Europe et aux Etats-Unis. Le trait général est que les métamodernes sont contre l’idée du progrès. On doit noter que ces idées ne sont pas nouvel-les, puisque elles remplissaient les ouvrages de toute une série de philoso-phes, historiens et sociologues allemands depuis Fichte jusqu’à W.Dilthey qui se sont inscrits sous le signe du nationalisme et parfois du ra-cisme. A la différence du romantisme al-lemand, les métamodernes n’accep-tent pas la discipline à l’Etat, ni le culte des valeurs métaphysiques. Valaoritis Nanos dès 1982 se proclame du style métamoderne en disant que nous sommes héritiers des valeurs de tous les siècles qui se bousculent dans no-tre âme et veu-lent être exprimées.
En contrepartie, la revue trotskiste “Changement Socialiste” prétend que le métamoderne rappelle la période du fascisme et que le « nouveau mouvement métamoderniste » est un mythe nouveau de l’ancien conservatisme. Néanmoins, les idées des coryphées du métamodernisme apparaissent souvent dans les pages de la presse quotidienne et des revues littéraires grecques. Tel est le cas avec les thèses de Michel Foucault, un des esprits les plus originaux de nos jours, qui a concentré son attention au champ des mi-cro-pou-voirs.
A l’origine du métamodernisme on trouve les idées de la revue américaine “Boundary” qui depuis 1972 prolifère des idées prenant comme base le domaine des relations dans les petits groupes. Nous citons, par exemple, le critique américain Daniel Bell soutient qu’ il n’ existe pas une entité cohérente qui pour-rait être ap-pelée “société”. Il n’accepte pas que les valeurs de la culture se mêlent avec la politique et les autres champs de la socié-té. On doit noter que Bell est considéré comme néo-conservateur.
Les études sur le métamodernisme de Jean-François Lyotard, ex- membre des mouvements sociaux et critique acharné du stalinisme, font partie de la pensée métamoderne actuelle. Lyotard est d’avis qu’il y a dans le « métamoderne » une possi-bilité de haut style. Pourtant, il rejette les « grands récits », telle la Révo-lution Française, et préfère les pe-tits récits et les jeux qui sont joués aux seins des petits groupes. La seule chose qu’il peut défendre sont les minori-tés, souvent déçues par le pouvoir. En plus, la valeur de l’art pour lui se trouve dans son auto-structuration en tant que jeu langagier, distancié par rapport à la langue du pouvoir. Dans sa perspective anarchiste et individualiste, c’est le moment actuel qui compte, car dans ce terrain coexistent le mo-derne et le “métamoderne”, parce que le métamoderne est inhérent au mo-derne, conçu comme extension des Lumières, mais tend à le dépasser.
Nous insistons sur ces idées, car elles se trouvent aussi dans certains des textes étudiés. Ainsi, le métamodernisme aboutit par un autre chemin au sentimentalisme et, ce qui est le pire, au rejet de la raison, lorsqu’il soutient que c’est mieux utiliser la psychanalyse pour lire les passages d’un texte avec la même considération et sans être orienté par la solution du récit.
Enfin, nous citons un passage significatif de Daniel Bell qui met en relief ce tohu-bohu du métamodernisme:
“Je suis socialiste sur le plan économi-que, libéral sur le plan politique et conservateur sur le plan de la culture. Le nivellement im-posé par l’ Etat-providence doit être renversé pour que les principes de la concurrence indivi-duelle deviennent les lois de la société.”

2.9. Deux points décisifs pour l’explication du renouveau de la littérature grecque :
Les deux chapitres suivants répondent aux questions ci-dessous.
A) Quelle est la notion générale de l’ “oeuvre contestataire” en tant qu’unité de ses composantes?
B) Pourquoi cette fois le renouveau littéraire s’attaque au langage littéraire même?

3. Analyses

3.1. Les deux références de l’ « écart littéraire» des textes étudiés : a) rapports entre leurs éléments littéraires et b) rapports entre les traits littéraires et les traits introduisant le “discours social commun de la vie quotidienne” dans les textes

Nous rappelons d’abord nos commentaires de l’introduction et du premier chapitre sur les caractéristiques de l’ “écart littéraire” des textes modernes grecs. L’ “écart” en tant que composante majeure des oeuvres examinées comprend dans sa largeur des traits communs et des traits différenciés.
A) Le trait commun de la “communication symbolique” définit un faisceau de traits concomitants dont le plus important est la prépondérance de leur côté sémantique au détriment de la dimension représentative.
B) Les traits différenciés d’une part portent sur les conceptions différentes des écrivains contestataires sur la nature et la réalité sociale et d’autre part concernent leurs méthodes de création particulières, c’est-à-dire leurs manières de réfléchir sur les outils mêmes du genre narratif.
Comme il est mentionné dans l’introduction, ces caractéristiques essentielles des oeuvres examinées ne sont pas seulement littéraires, mais socio-structurelles.
Ceci veut dire que la “littérature contestataire grecque de dernières décennies” est deux choses à la fois : une littérature et un acte.
Car ces textes outre leur statut littéraire marquent en même temps un écart moral, ce qui ressort des anti-règles qu’ils introduisent au coeur même de la littérature conformiste.
Par leurs réflexions sur la nature même du genre narratif ces oeuvres ne se limitent pas à une démarche nettement littéraire.
Car nous avons constaté que, dans le champ littéraire et social de la période donnée; telle ou telle valeur esthétique est appréciée plutôt par tel ou tel cercle littéraire de la Grèce.

La différence du “nouveau texte narratif” par rapport au roman antérieur

Comme nous avons dit dans le premier chapitre, tout l’édifice de notre doctrine est basé sur la comparaison de ce qui est nouveau dans la littérature de chaque période.
La littérature précédente était surtout une littérature engagée et le public attendait de l’écrivain une morale. Le devoir de la littérature consistait à participer à l’histoire et à rappeler la valeur de l’éthique. Ainsi, la majorité des écrivains dépassaient la littérature. Mais à partir de 1970 le récit moderniste introduisant des nouveaux types d’écriture essaie d’ exprimer sa méfiance envers la “vérité” du réalisme et de la représentation.
Dans un tel cadre, le jeune écrivain contestataire de la période 1970-1990 opère des modifications radicales au modèle de la littérature antérieure.
Voyons les deux différences fondamentales entre la littérature moderne et celle qui avait été produite avant 1970. La première se situe au niveau de la morale. Prenons par exemple la conception de l’amour dans la littérature traditionnelle grecque. Dans presque tous les romans d’avant 1970 l’amour platonique se trouvait au sommet des valeurs culturelles. Ion Dragoumis qui était un des plus importants partisans du nationalisme en Grèce, avait présenté la femme comme un être indigne, tandis que l’homme se dirige vers les oeuvres spirituelles. Chez Grégorios Xenopoulos, écrivain naturaliste, la femme idéale est celle qui est capable d’inspirer l’ amour pur et spirituel. Dans l’oeuvre Τίμιοι και άτιμοι ( Honnêtes et malhonnêtes ) de Xenopoulos le héros d’une part ose se marier avec une fille riche malgré la volonté de ses parents, mais d’autre part après six ans d’amour platonique il passe la première nuit du mariage en discutant avec son épouse comme frère et soeur.
Chez Anghélos Terzakis, on retrouve le même comportement qui va de pair avec de fantasmes sadomasochistes. Il est de même avec Cosmas Politis dans son roman qui a comme titre Το λεμονοδάσος ( Le bois des citronniers) le héros est motivé par le désir d’ une vierge et les personnages qui participent à l’intrigue imaginent cette relation en termes de massacre. Il s’agissait des relations de pouvoir et de soumission, puisque la femme honnête était la femme qui demeure vierge jusqu’à son mariage.
L’autre différence fondamentale concerne la structure « réaliste » dans le récit conventionnel grec des décennies antérieures à la période que nous examinons où il y avait des pièces bien construites et l’histoire évoluait de façon que depuis son commencement à sa fin tout était disposé convenablement en vue d’un dénouement heureux ou tragique. Renos Apostolidis a critiqué à fond une grande partie de cette littérature et l’a désignée plate et fade. Nous n’acceptons qu’en partie l’avis de Renos Apostolidis.

Après les explications méthodologiques du premier chapitre, il convient d’appliquer la seule base de classement des textes étudiés qui est justifiée, la “communication symbolique”.
Ainsi, les dix textes se divisent en deux phases. Notre thèse qu’il y a interdépendance entre oeuvres, champ et société est basée sur les différences entre les deux phases 1970-1982 et 1982-1990
Nous avons remarqué depuis 1970 jusqu’à 1990 des changements dans la littérature que nous examinons. Leurs dissemblances rendent nécessaire la division des textes de l’échantillon en deux phases: l’une est caractérisée par la tendance du narrateur à s’ occuper des problèmes majeurs de la vie et de la culture et l’autre phase est caractérisée par la volonté d’ envisager les problèmes de la vie et de l’esprit au niveau du point de vue du sujet.
Ainsi, la première phase est caractérisée par le souci de critiquer les institutions désuètes de la Grèce, telle l’institution du mariage, l’institution de l’Enseignement, l’institution syndicale, la Constitution de la Grèce, la langue officielle. Il est donc compréhensible que cette littérature s’attaque principalement à la « représentation » même.

3.2. Les traits individuels des écrivains étudiés

3.3. La première phase

A la première phase de la littérature en prose moder-niste appartiennent les oeuvres de Hatzidaki, Vagenas, Douka, Sourounis et Geronymaki. Les différences entre ces textes publiés avant 1982 et les textes publiés après 1982 sont assez importantes pour qu’on les distingue. Dans la première phase, malgré la contes-tation radicale des va-leurs sociales et littéraires, on constate que tout se passe comme si la société pourrait être différente ou s’organiser différemment, même si cela serait au prix d’une autre concep-tion de la vie. C’est parce que le social tenait une partie des préoccupations des écrivains de la première phase.

3.3.1. Le formalisme radical de Natacha Hatzidaki

A l’ opposé de l’ abstractionnisme phénoménologique d’ Issaïa le texte de Hatzidaki semble jouir de l’abondance des signes étalés sur ses pages comme les objets qui s’étalent chez un brocanteur. Son écriture met en place des blocs de discours parlés dans des milieux, les plus différents. C’ est une iconolâtrie sans dieu. Un jeu langagier continuel qui ne vise pas au plaisir, mais au renversement de tou-tes les valeurs petites-bourgeoises. Son but esthétique consiste à provoquer l’étonnement et cela apparaît dès la première page: « La rouge blanche-neige était toujours rouge.” L’écrivain montre son intention d’étonner par le titre même du récit qui par l’emploi de l’impératif bouleverse la convention de toute narration qui situe l’histoire racontée dans le passé et au mode indicatif. Comme l’écrivain, en rai-son de son ef-fort d’ être sincère, tend à effectuer dans les cent pa-ges de son texte le rassemblement global de toutes ses expériences de la vie, elle n’ aboutit qu’ à un bricolage voulu qui rappelle l’ écriture dadaïste : « Hélas! nous détestons la société. Qu’on en finisse avec le désir de l’homme pour la femme et de la femme pour l’homme. Elle va passer dans un instant sur sa motocyclette noire, en sens inverse, avec de la vaseline autour des yeux, les poches pleines de tubes contenant du sperme et des mécanismes explosifs…Note no 2: Des tendances de détour sont constatées visant à tourner le lecteur en dérision (c’est toujours le style de la police écrit en langue savante (katharévousa).”
D’autre part, on relève dans ce texte des références toujours implicites aux valeurs culturelles et politiques de la société grecque. Il s’agit donc d’un formalisme impur.

Intervention sur les règles du récit
Normalement l’isotopie est le fondement du texte. L’isotopie consiste en la répétition des mots qui constituent une région homogène dans un texte. D’habitude il y a une distribution de sèmes homogènes le long de l’axe syntagmatique du texte qui assure l’enchaînement logique des séquences, mais aussi sa cohérence sémantique au niveau syntagmatique. Pourtant tous ces embrayeurs de la cohérence textuelle sont répudiés par Hatzidaki dont le texte dans son ensemble présente une poly-isotopie et polysémie. Il y a aussi un écart des moules par la confusion des différentes fonctions du discours, contrairement à la distinction des fonctions du message. La description symbolique est poussée à ses extrémités pour multiplier les sens.
Dans les extraits tirés du texte de Hatzidaki il n’y a aucune isotopie unique, mais au contraire on peut distinguer plusieurs isotopies sans relation entre elles.
Souvent dans certains textes narratifs modernes le temps prend une forme verticale de superposition, où l’événement le plus ancien est présenté en même temps avec le plus proche. Cela se passe ainsi dans le récit de Hatzidaki. Ainsi, on a un défilé circulaire des images: du corps de son père en Crète, de la figure du jeune homme aux talons hauts et des figu-res des femmes margi-nales rencontrées dans l’hô-tel médiocre où la narratrice est domiciliée pandant son séjour à Londres.
La narratrice se décide de ramasser des notes dispersées qu’elle avait tenues pendant ses voyages à Londres, afin de raconter les petites histoires de quatre femmes, fréquentant le même hôtel. Elle déclare pourtant que la liaison qu’elle établit dans ces histoires est arbitraire.
Se déploient, donc, des événe-ments imaginaires comme s’ ils étaient réels, car les événements vir-tuels ont la même densité avec les événements réels. Les différences en-tre réel et virtuel, perception et songe, passé et fantasme n’ ont pas d’ importance. Elle ne s’ attarde pas sur ses images, mais elle fait pa-raître conti-nuellement l’ autre côté qui est toujours une image intermédiaire. Mais, les images qui sont présentées dans ce texte, bien qu’elles ne montrent pas de scènes synthétiques et cohérentes, elles mettent en relief le détail d’une manière pathétique, l’image du détail possédant ainsi une sorte d’autonomie :“J’ ai dit qu’ il ne pouvait pas compter sur moi, CETTE TOUX ME TOURMENTE TOUT LE TEMPS… » Ce type de philosophie béhavoriste imprégnant le texte de Hatzidaki prouve que nous avons ici la « sémiotique infinie » dont parlait Charles S. Peirce. Il est normal d’avoir une sémiotique qui commente infiniment une autre sémiotique s’il n’y a pas un être ou un dieu qui pourrait servir de commencement. Comme un enfant s’ absorbant par ses impressions du moment et plon-geant dans le successif, la narratrice paraît inapte à saisir la suc-cession qui a besoin d’un cadre temporel stable pour être observée.
Si l’ on n’ a rien de fixe à quoi opposer le “maintenant”, on y vit perpétuellement et le changement n’ est pas reconnu. Ainsi la nar-ratrice apparaît comme si elle ne savait pas assembler entre eux les divers moments.
Il est connu que les marques du temps narratif sont: a) la double temporalité et b) l’emploi du passé qui réunit un faisceau de marques concomitantes qui opposent l’énoncé direct du récit. Nous soulignons l’importance de ces règles, puisque le récit est réalisé par la séparation du destinataire et de l’histoire de façon que le temps du verbe dans le récit marque certaines différences par rapport à l’énoncé direct.
Mais pour Hatzidaki le temps linéaire et la narration conventionnelle sont inacceptables : « Mode de narration inacceptable… n’est qu’une énumération de données .. ». L’écrivain se moque des romans bourgeois parce qu’ils fondent la vraisemblance de l’histoire racontée sur des astuces futiles comme la référence exacte de l’heure de l’arrivée de l’héroïne à l’aéroport: « Je suis arrivée à douze heures comme il se passe dans tous les romans bourgeois banals. »

L’ amour destructeur

L’ amour chez Hatzidaki sépare au lieu d’unir et les relations sont sadomasochistes au sens philosophique du terme. Nous allons revenir souvent au concept des relations de proche en proche en tant que catégorie majeure de notre analyse. Mais ce qu’on doit souligner une fois de plus concerne les manières impressionnistes qui produisent le sens de cette oeuvre.
« Il a enlevé son veston et garé sa voiture au bout du chemin, ceci m’ impressionnait et j’avais le temps de penser. Soudainement, elle le toucha de sa tête, je ne peux jamais oublier une femme que j’ai déshabillée. Le sang coule sur leurs joues. Ensuite il se met à la convaincre de louer une chambre pour la nuit. Alors, je remarque que son bras est atrophié. J’avais l’espoir qu’ il était de bois. Il le tenait toujours collé contre son flanc…Je le lui ai dit à haute voix. Elle m’ entendit évidemment et sans hésitation se précipita dehors en tenant son sac, son soutien-gorge et sa jupe… et le quitta, lui, sa voiture et son bras atrophié, dans la nuit farouche ».
Le sujet de l’énoncé “ je le lui ai dit à haute voix” est l’homme, tandis que le sujet des pensées exprimées peu avant se referait à la femme. Ainsi l’enchevêtrement violent de deux corps et la confusion de deux volontés vont de pair avec l’imbrication mutuelle des sujets grammaticaux.

Le vagabondage sexuel se présente comme une dénonciation des institutions qui autorisent la violence légale dans les relations conjugales et conduisent au manque de tendresse et à la promiscuité. Quelques années après la publication du livre de Hatzidaki, la loi familiale a changé grâce à G. A. Magakis, ministre et professeur d’ université. En 1982, le mariage civil est institutionnalisé et le divorce est détaché de la tutelle de l’Eglise.

La disparition de l’historicité

La représentation a comme fondements le temps, l’ espace et le per-sonnage unitaire. Cela est renversé, si la contenance du per-son-nage est mise en cause. L’ écrivain prend deux objets diffé-rents, il les met en leur rapport et les en-ferme dans un anneau. Mais au lieu de juxtaposer la représentation d’un objet réel avec une figure métaphorique, Hatzidaki fait les deux termes s’ interpénétrer de manière qui abolit l’ effica-cité du temps en mettant ainsi en cause l’ une des bases de la re-présenta-tion. Ce procédé range sur le même plan les représentations et les associations. Il est entendu qu’un tel emploi des images juxtaposées peut dénoncer la conventionnalité des clichés et la contradiction du “discours social commun” et les rendre insupportables. On dirait que Hatzidaki opère une affectation inverse à la mystification opérée par la religion, en dépouillant tout ob-jet et toute coutume de la vie de sa va-leur ajoutée par l’ acti-vité fétichiste sur la réalité.
Hatzidaki évoquant des mémoires retrouve ce qu’ elle avait senti en faisant ce geste autrefois, mais ses visions ne la conduisent pas à un lieu de bonheur, parce que les sensations qu’ elle avait jadis res-sen-ties sont privées de plaisir. La disposition de la narratrice n’ est pas la disposition d’un sur-réa-liste qui cherche le plaisir dans le jeu des signi-fiants, mais c’ est un mépris contre tout ce qui est gênant. Par la juxtaposition perpétuelle d’images, la narratrice met en conti-guïté des côtés de la vie qui passent pour dis-tincts. Ainsi, elle oblige le lecteur de relire le texte d’une autre manière et trouver un autre sens.
Au fond, ce qui occupe son attention est le fait que la re-pré-sen-tation souvent trahit l’expérience et ce sont les clichés sociaux que sont res-ponsables pour cela. Hatzidaki, à l’opposé de la réduction phénoménologique opé-rée par Issaïa, disjoint ce qui est uni et présente comme si-mul-tané ce qui est séparé.

Découverte… sûrement pas Dieu.

Si dieu signifie unité absolue, toutes ces hallucinations ne se fondent pas sur l’Un. On tombe dans le doute, si les choses ne communiquent pas entre elles.

3.3.2. Roman de l’ « essence » de Nana Issaïa

Les idées

Le texte est composé comme un poème qui cherche la « vérité » de la vie dans la soli-tude et la mort, tandis que tout le reste est du bruit inutile. Le texte comporte deux vo-lets, l’un pro-saïque et l’autre poétique. Ainsi, nous retrouvons ici la déviance de la forme tradition-nelle du ro-man, telle qu’ elle était pendant la période précédente.
La poétesse Issaïa remplit le rôle du philosophe suivant l’idée des existentialistes et en particulier la pensée de Heidegger qui soutient que le poète seul peut dire l’être, comme les présocratiques qui écrivaient en poésie, comme on récite une formule sacrée. C’est son point de vue phénoménologique qui l’empêche de jouir des charmes des sentiments et de belles tournures poétiques, puisque l’idée de Heidegger est sous-entendue:

Le“discours social commun” en tant que dissimulation de l’être

La narratrice se livre à une méditation phénoménologie qui s’oriente vers le transcendantal. Sa recherche se heurte au « discours social commun». Celui qui ne connaît pas la phi-losophie de Husserl ne pourrait pas com-prendre ce texte. En première vue cette écriture est réaction-naire, puisqu’elle est sub-jective. Mais dans les circonstances où une telle littérature s’est développée on devrait s’abstenir de la définir. Des stades de la méthode phénoménologique la narratrice em-ploie au début le premier qui est la description psychologi-que. Pendant ce stade l’héroïne isole un espace central des ses rela-tions avec son ami et essaie d’une manière neutre de com-prendre pour-quoi son amant ne risque rien pour son lien avec elle. Libre de préju-gés, des opinions préconçues et de juge-ments portés par avance, elle opère une analyse de ses relations “essentielles” avec compagnon.
Etant donné qu’à notre opinion les symboles répétés par Issaïa, comme le soleil, la nuit et la lune, relèvent de la secte maçonni-que, nous présentons
en deux mots la signification du culte du feu vi-vant qui conserve le contact avec les pouvoirs spirituels( Ploutarque). “On peut dire la même chose des statues consacrées qu’ elles ac-quièrent de la vie et expriment la prophétie de dieu. Le souffle divin les anime. Une sta-tue égyptienne inanimée devient animée et acquiert une allure psychique. Cette transformation, selon Plutarque suivait deux étapes: A) le stade de la catharsis, pendant lequel on passait la matière à travers les quatre élé-ments et B) le stade de l’ animation. Nana Issaïa essaie de dégrossir la pierre brute dans son texte. Les initiaux VITRIOL qui signifient Visita interiora terrae rectificando invenies occultum lapidem, expriment son voyage intérieur.

La Tactique de la passion en tant que jeu. Le côté initiatique

Le volontarisme de la narratrice commence une nouvelle sιrie d’actes au delΰ de la chaξne causale de la rιalitι. Il s’agit de ce que dit Adler, repιtant Emmanuel Kant, Chopenhauer et Huysmans, que le sort de chaque individu dιpend absolument du choix qu’il fait entre l’ιvιnement rιel et l’ιvιnement imaginaire, parce que le choix d’une version imaginaire s’il est suivi par une chaξne d’actes conformes ΰ ce choix, fonctionne dans la vie comme les ιvιnements rιels.
Dans la troisième séquence de son oeuvre, Nana Issaïa continue à étudier, comme elle dit, sa double tâche: la construction de son texte mélangeant la prose et la poésie et son programme idéologique selon lequel la poésie révèle mieux que la prose la réalité. En d’autres mots, elle sous-estime la compagnie réelle de son ami. Par exemple, la référence de la narratrice à l’idée de la non existence du monde sensible met de côté la vie au profit d’une idée imaginaire .
« Καθόμαστε πάνω σε κάτι που δεν υπάρχει », του είπα, « που αναπόφευκτα θα εκκραγεί σε περισσότερο κενό και θα μας τινάξει και τους δυό στον αέρα. » « Nous sommes assis sur quelque chose qui n’existe pas », lui dis-je, « qui est sur le point d’ éclater dans le vide et de nous jeter tous les deux en l’air ».
On retrouve ici un mode de pensée qui est cher à la narratrice. Il s’agit des relations entre le réel et l’ imaginaire. La vie réelle aux yeux de la narratrice perd petit à petit son caractère empirique. A la fin « Cent thalers réels ne contiennent rien de plus que cent thalers virtuels ». Si l’on transpose la formule de Kant au récit d’ Issaïa, on retrouve l’ idée de la Poésie qui ruine la réalité même. La notion de la Poésie en tant que notion ne désigne que l’éventualité et jusque à ce point elle est vraie. Mais, au demeurant, en posant sa notion nous ne faisons que poser le sujet seul indépendamment de l’existence.

L’esthétique du silence

Selon le point de vue phénoménologique d’ Issaïa, les oeuvres d’ art concrètes ne sont que des mensonges. C’ est pourquoi elle donne à son texte la forme de la recherche d’ une situation existen-tielle abso-lue, la Poésie en tant qu’idée platonicienne. Son aspect est confirmé par Suzan Sontag, célèbre critique américaine, qui préfère la littérature conduisant à une théologie de l’absence de Dieu et une esthétique du si-lence par la suppression de l’image et par conséquent de la distinction entre le sujet et l’objet.
En effet, Nana Issaïa établit une relation entre le silence à la suite d’un éclat de colère et l’ accès au sens de l’ « être ». De son point de vue, le sentiment profond suivi par le silence offre la possibilité de saisir l’être d’une manière intuitive, à savoir sans la médiation de la raison. L’écrivain se débarrasse ainsi de tout ce qui est du bruit et provient des sensations et du mouvement :
( « Είχα καταφέρει να σιωπήσω για μια δεύτερη φορά. Και μετά την επιστροφή μου κατάφερα να σιωπήσω και για μια τρίτη φορά ακόμα.. Ενα φιλικό κλίμα συγκρατημένης ταραχής έχαρακτήριζε τη στάση και των δύο μας. Προσδιοριμένο απόλυτα από τους άλλους, τους ξένους και ωστόσο οικείους μας χώρους, τους όποιους κοινωνικούς τρόπους επεβαλλαν τη δική τους τάξη. Και όλα αυτά για μένα που ισχυριζόμουνα ότι δεν υπήρχε τίποτα, που να μη μπορώ να πω κάτω από οποιεσδήποτε συνθήκες, επιβάλλοντας μ΄αυτόν τον τρόπο τη δική μου τάξη, ήταν ακόμα μια ήττα… Και αποφάσισα να σπάσω το φράγμα. Εστω κι από μακρυά, αφού δεν ήταν δυνατόν από κοντά, μ΄ ένα γράμμα. Αλλωστε μία αναγκαστικά σύντομη συζήτηση, όπως δεν θα μπορούσε παρά να συμβεί ανάμεσα στους άλλους, δεν θα συνέφερε καθόλου τα πάρα πολλά που είχα να πω και σχεδόν είπα στο τέλος….Ο μονόλογος ενός γράμματος που κανένα αποτρεπτικό ύφος, καμμιά φράση άκαιρη, κανείς λόγος διακοπής του δεν θα ήταν δυνατόν να αλλοιώσει, ήταν ο μόνος τρόπος με τον οποίο θα μπορούσα να διατυπώσω τα όσα δεν είχαν πάρει ακόμα μία συγκεκριμένη μορφή και για μένα την ίδια….Ωστε λοιπόν ο μεγάλος, ο ανυπέρβλητος λόγος της σιωπής μου ήταν ο θυμός. Και ο θυμός με όποιον τρόπο και αν θα εκδηλωθεί, στην πρώτη του ένταση, σημαίνει ένα μόνο, τη σιωπή.. Γιατί τα λόγια που σε μια τέτοια κατάσταση μπορεί να πει κανείς, είναι δυνατόν να θρυμματίσουν και την πιο ολόκληρη και μεγάλη αλήθεια. ».)
« J’avais réussi à me taire..; Un climat de consternation caractérisait notre attitude à tous les deux, bien perçu par les autres milieux, à la fois étrangers et familiers et évalué par leurs normes sociales, imposant leur propre ordre. Et tout ça était une défaite de plus pour moi qui prétendais qu’il n’y a rien que je ne puisse dire à n’importe quelle condition, imposant ainsi mon propre ordre…Et j’ai décidé de rompre le barrage du silence par le biais d’une lettre… » Elle réduit donc le chaos de milliers des mots et des sentiments divers à deux séries de mots opposés: corps et âme, lumière et ténèbres. Mais, lorsque ce qui est « objet spontané du “discours social commun” ou du sens commun » devient objet de sa volonté magique, parce que phénoménologique, alors la conscience reconstruit librement la causalité extérieure. Mais si l’homme se place d’une façon dynamique, alors émerge la possibilité d’une restructuration temporelle, comme l’homme insiste à son essence par son “intentionnalité”. Il y a des moments où les événements correspondent à la plus intense intentionnalité. C’ est le moment privilégié, lorsque dans le plus petit espace de temps il y a la plus grande activité de la con-science. Le pôle du silence en bas est représenté dans notre échan-tillon par le texte Rencontre-la ce soir, tandis que la Tactique de la passion s’ap-proche du pôle du silence en haut.

Destruction de l’axe temporel du récit conventionnel

Le sujet du texte se réfère aux états de la conscience de la narratrice qui précèdent et suivent une relation d’amour entre la narratrice et un poète grec qui a duré pendant trois mois, en 1979, alors que la narratrice avait quarante cinq ans. Tout ce qui intéresse la narratrice est le futur absolu, son union avec l’un dont le récit est le silence.
( « Πρέπει πάντως να πω ότι γράφοντας εδώ είναι που συνειδητοποίησα αυτήν την γι΄ακόμα μια φορά διπλή υπόσταση των πραγμάτων. Ξαφνικά, σαν αίσθηση του εαυτού μου, είχα την ύπαρξη ενός αποτρόπαιου προσώπου…..
Ανατρέχω στην πρώτη, μετά την όποια του ανατροπή, σαν από μακριά συνειδητοποίησή μου, όπως υπάρχει στο ημερολόγιο που ανέφερα ήδη. Οι γραμμές που θα παραθέσω γράφτηκαν μετά από μια συνέντευξή μου στο ραδιόφωνο, που, αν και μεταδόθηκε αργότερα, είχε ωστόσο δοθεί στις πρώτες μέρες που είμαστε μαζί, μέρες στις οποίες ήδη ήξερα ότι η σχέση αυτή με είχε σχεδόν ανατρέψει. » )
« Je dois, pourtant, dire que c’est en écrivant que j’ai pris conscience de la double substance des choses. Soudainement j’ai senti mon propre moi comme un être affreux..Je recours à la première prise de conscience de ce sentiment, comme elle est enregistrée dans mon journal intime. Les lignes que je vais citer ont été écrites après une interview à la radio que j’ai accordée pendant que nous étions ensemble et que je savais que cette relation m’avait presque bouleversée. »
Ainsi, la narratrice exprime son intention de privilégier le monde de pensées qui se situe hors du temps et de l’espace réels. Issaïa se détachant de la chaîne de la causalité temporelle et inaugurant de sa guise une série d’actes de liberté applique, sans le connaître, la deuxième « antinomie » de Emmanuel Kant. L’écriture de ce texte est présentée comme le moyen essentiel qu’a utilisé l’écrivain pour rendre compte de ses prises de conscience. Par ailleurs, les citations du temps, de l’espace et des personnes sont très rares et tout est talonné à l’échelle personnelle d’un temps relatif qui relie les pensées de la narratrice qui commentent ses états d’âme avant et après l’incident de sa relation. A la deuxième séquence de son texte, la narratrice s’aperçoit que son problème central n’était pas la réponse à la manière dont son amant lui a proposé de lui faire l’amour, mais sa volonté de décrire à fond sa personnalité. Elle s’aperçoit donc qu’un axe coupe son espace imaginaire en deux pôles clairement définis: d’un côté il y a son soi profond, identifié avec la lumière et l’état du poète et d’autre part la surface de son existence qui est conçue comme la figure des ténèbres.
L’exemple archétypal du passage vers l’imaginaire dans le roman est illustré par le roman A rebours de J.-K. Huysmans.
La narratrice de Nana Issaïa renonce au monde pour mener une vie conforme à ses idées à propos de l’essence de la vie, comme l’avait fait Des Esseintes, le héros de J.-K. Huysmans. L’argumentation de Huysmans est très intéressante, car elle est sous-entendue dans presque toute la littérature que nous examinons: « Si, estime-t-il, le monde est ma représentation, si les images que je perçois, horriblement enlaidies par le scientisme moderne, me sont odieuses, pourquoi ne pas les remplacer, grâce à des exercices savamment réglés, par d’autres vison qui m’agréent? ». Ainsi la vie de Des Esseintes est devenue une vie de représentations volontaires. Il les suscite et les prolonge par le jeu des associations d’idées. A force d’attention et de concentration mentale, pareil aux mages, il façonne cette matière à sa guise. Par exemple, un bain dans sa baignoire lui permet d’épuiser le plaisir d’une partie de natation sur les côtes de la Manche. Nana Issaïa fait la même chose.

L’ “essence” présentée par la technique de la “lettre”

On peut comprendre le volontarisme de sorcière qui caractérise la personnalité d’ Issaïa, lorsqu’elle envoie une lettre à son amant que vient de la quitter. Dans cet extrait, la narratrice continue à traiter du même sujet comme elle avait déclaré dans les premières pages de son texte. Ici, elle prend conscience que la colère mentionnée plus haut est équivalente au silence, puisque les paroles amoindrissent toujours les passions. L’écrivain croit en la matière que la situation de la passion qui précède à la raison est la source de la connaissance profonde du monde. La lettre résume tout ce qui s’était passé jusqu’à ce moment: la narratrice reproche à Dimitris son comportement ordinaire qui visait à profiter d’une relation basée sur des sentiments intermédiaires, clairs-obscurs qui existent dans le quotidien. Elle, au contraire, a avancé cette relation par libre arbitre, connaissant que les relations d’amour détruisent l’art qui pour elle est au sommet de toute activité. Dans un effort de privilégier ce qui est essentiel dans la vie, Nana ajoute qu’elle est déçue par lui, parce qu’il est tant dif-férent de ce qu’ elle avait voulu et qu’elle est mécontente de la fausse impression qu’il lui avait donné.
Ce qu’elle voulait, était de le faire comprendre que tout ce qu’il possédait, son travail, sa famille, son statut parmi les cercles littéraires et son entreprise n’avaient pas autant d’importance, parce que la vie « réelle » est absente dans toutes ces possessions. Pour elle c’était la dernière chance qu’elle avait de franchir le barrage de ses inhibitions.

La tactique de la passion en tant que “jeu à information incomplète”

Le titre même de l’oeuvre renvoie à la “communication symbolique” qui utilise précisément des notions comme tactique, stratégie, jeu et interaction symbolique. L’idée du poème qui porte ce titre A la tactique de la passion lui est venue dans l’esprit, pendant le retour après une promenade que le couple avait réalisée au bord de la mer. Alors, si la vie comme se présente dans le « discours social commun » est prise pour un jeu dont tous les paramètres sont connus, en contrepartie pour la narratrice de l’oeuvre étudiée la vie est inintelligible :
(« ΣΤΗΝ ΤΑΚΤΙΚΗ ΤΟΥ ΠΑΘΟΥΣ
Ασε με έστω και σε πλαστή
απόσταση από σένα.
Ασύλληπτος ήλιος καίει τη φύση,
Λύπη το πάθος του σώματος.
Ο χρόνος διαστρέφεται στο παρόν
σ΄ένα μέλλον διπλού σώματος στην άμμο.
Ερημος το ωραίο λάθος.
Οπως το χέρι μου μετέωρο
στρέφεται και στο φώς
αποφασίζει τον τόπο. »)
« A LA TACTIQUE DE LA PASSION
Laisse-moi au moins à
une distance de toi fallacieuse.
Un soleil inintelligible brûle la nature,
Celle-ci étant la passion du corps.
Le temps se falsifie dans le présent
dans un futur de double corps sur le sable.
L’ erreur fascinante est le désert,
Comme ma main dans les airs
tourne et dans la lumière
décide du lieu. »

Le lecteur peut maintenant comprendre comment fonctionnent les 43 poèmes d’ Issaïa dans son oeuvre. Les points stables dans les pro-fondeurs inextrica-bles de la vie sont tracés dans les quarante trois poèmes qui répètent les mêmes oppositions entre la vie et la mort. Nous citons certains de ses titres: A la tactique de la passion, Temps, L’autre soi, Eclat blanc, Nuit de rendez-vous, La décision du temps, Saisie du moment, Plus jamais, Ange, Enigme, Paragraphe érotique, A coup de souffle, Etat de l’âme, Ombres, Retour, Adieu, Monde d’automne, Enfer, Dangereuse, Changement d’amants, Coup de fusil, Région de rêve, Illumination .

3.3.3. Le formalisme de Geronymaki

Dans le texte de Geronymaki, nous avons repéré la plupart de techniques expérimentales proposées par Oulipo : « pages vides », jeux de mots, deux textes parallèles et subversions de signes. Pourtant, le formalisme ici n’est pas dans un état pur, puisqu’il y des situations psychologiques et les personnages ne sont pas diminués en des noms vides. L’oeuvre de Geronymaki correspond à ce que soutient la théorie de bruits, que l’oeuvre littéraire est la somme finale de contributions diverses qui composent leurs traits fortuits et secondaires. L’idée sous-jacente est que la phase de la confection d’une oeuvre d’art est fortuite, temporaire et non codifiée, parce que le choix et la forme de ses unités. Le texte de Geronymaki, en effet, donne existence à toute une gamme de phénomènes langagiers qui sont exclus de la « langue saussurienne », mais existent dans la culture. C’est un formalisme donc qui n’est pas tout à fait dénué de signification et qui correspond à la version du formalisme le plus récent qui réfute la représentation pour ce qu’il désigne comme « compulogique ».

La priorité des rapports au détriment des essences dans le style formaliste de Geronymaki

L’oeuvre de Geronymaki est bâtie sur une série d’associations d’images qui n’aboutissent qu’ à l’idée d’une femme déjà « défunte qui semait partout le désordre». Mais, s’il n’y a pas des essences et tout est composé des relations, ces relations tissent un jeu de combinaisons.
(« Στο καζίνο δεν υπάρχουν διαχωρισμοί, δυο χιλιάδες ποντάρει στο μηδέν το αφεντικό, τρεις χιλιάδες ο Δαβίδ στο 32, οι τάξεις έχουνε καταργηθεί αυθόρμητα χωρίς κανένα νόμο η θεωρία….Τότε η Βιψανία γύρισε στον Δαβίδ μ΄ένα ύφος αποβλακωμένο, εγώ του είπα το 23, ψιθύρισε και ήρθε…Γιατί ο Δαβίδ έπαιζε φιγούρες, έπαιζε με καλλιτεχνικό μεράκι, συγκινητικά και εκφραστικά…Αν ερχόταν π.χ το 12 έπαιζε μετά το 21… Υστερα από το μηδέν ποντάριζε στο 8, στο 11, στο 23 και στο 3Ο. Αν ερχόταν το 23, έπαιζε τα κόκκινα νούμερα της μεσαίας στήλης: 5, 14, 23, 32. Εόν όμως ερχόταν το 11, έπαιζε μετά το 22 (11+11=22) και το 33 ( 11+11+11=33). Μετά το 36 πάλι, έπαιζε τον άσο που βρίσκεται ακριβώς απέναντι από το 36…Δεκάδες συνδυασμούς για το κάθε νούμερο.. Και η Βιψανία έμενε πάντα με το στόμα ανοιχτό γιατί ο Δαβίδ λες και τις μάγευε τις φιγούρες κι έρχονταν. »)
« Dans le casino du Mont-Parnès il n’y a pas de discriminations: le patron mise deux mille drachmes, David mise trois mille, les classes sociales sont automatiquement suspendues.. Alors Vipsania s’est tournée vers David.. David jouait toujours les figures. Si par exemple tombait le 12, la mise suivante était sur le 21. .. Ensuite il misait sur le 8, le 11, le 23 et le 30. Si le 23 gagnait, il misait alors sur les numéros rouges de la colonne du milieu: 5, 14, 23, 32. Si par contre, le 11 gagnait, il misait alors sur le 22 (11+11=22 ) et sur le 33 ( 11+11+11 = 33)…Ainsi, Vipsania restait toujours bouche-bée, car c’était comme si David exerçait un pouvoir magique sur les figures. »
En effet, tout le texte de Geronymaki est disposé comme un « groupe de combinaisons » qui en termes de la théorie de probabilités signifie un ensemble de nombres, avec lesquels on peut former d’autres nombres différents. Ainsi, si l’on a la série des nombres 1,2,3,4,5, on peut avoir 54321 ou 21345 ou 51234.
Ici, l’écart du langage de Geronymaki par rapport au « discours social commun » consiste dans son idée que tout est discontinu comme un jeu infini de combinaisons différentes.
Ainsi, les moyens idéaux pour articuler son discours fragmentaire sont des morceaux langagiers qui ressemblent aux annotations, segments de texte isolés et dénués de fonction syntaxique.

La réaction à la langue de bois utilisée par les tenants des partis politiques

Pendant que Vipsania avec une amie suivent dans le cinéma les scènes de tortures présentées dans un film de Wajda et expriment leurs sentiments d’ horreur, un inconnu, notamment un membre du P.C., leur dit : « Camarades, rien ne peut se faire avec les pleurs. C’est la lutte qui vaut la peine…” Parlant de cette façon le “camarade” annule la vérité de son assertion et la narratrice fait son commentaire en disant à son amie : “ Eux aussi sont des sentimentalistes à la différence que leur sentiment est organisé”. Le contenu de ce que le camarade a dit est vrai, mais la question est s’il a adapté sa vie et son esprit par rapport à cela.

3.3.4. L’expressionnisme de Sourounis

Le mythe de l’immigrant réussi est intégré au système de représentations symboliques de l’idéologie dominante grecque. Pourtant, Sourounis présente une descente au « bourbier », la caricature de la descente aux Enfers de Dante.
Plus précisément, lorsque Nousis perd son travail dans une usine de Francfort, il dit à son ami Petros que Dieu devrait exister , sinon tout le « bourbier » de leur vie serait injustifié. Etant dépourvu de toute dignité en tant qu’ouvrier en Allemagne, il n’a qu’un rêve, humble comme sa vie. De devenir ouvrier-surveillant : (« Ο Πέτρος εργάτης, ο Πέτρος εργατοεπισκέπτης, ο Πέτρος Κιοτσέκογλου επισκέπτης! Ονειρο σπέσιαλ.Ο θείος του ο Βίλυ ακόμα του γράφει πως σαν εργατοεπισκέπτης βρίσκεται πολύ κοντά στη λύση της ζωής, φτάνει να βρει έναν τρόπο ή μια χώρα και « να πετάξει από πάνω του συτό το εργάτης, που μοιάζει με κακοραμμένο ελληνικό πανωφόρι σε ευρωπαϊκό ντύσιμο ».)
Son oncle « Billy » (métonymie pour l’Etat allemand) écrit toujours à Pierre, en lui disant qu’en tant qu’ouvrier-visiteur il se trouve près de la solution du problème de la vie, pourvu qu’il découvre une manière de vie ou un pays pour se détacher de l’ étiquette d’ « ouvrier » qui ressemble à un manteau grec, mal cousu sur une tenue européenne.»
D’ailleurs, toute la vie de Nousis en Allemagne est présentée comme une descente aux Enfers. A vrai dire, ce n’est qu’une prétendue descente aux Enfers qui est une parodie profane, car si la chute n’est suivie d’aucune montée est tout simplement une « chute dans le bourbier », symbole usité dans les mystères d’Eleusis.
Le roman de Sourounis donne une image de la “misère de vie” des immigrants grecs. Parmi les personnages campés dans le texte, outre les “esclaves” de naissance et les “esclaves” conformistes qui obtiennent l’affranchissement de leur maître généreux, il y a des “esclaves fugitifs” qui avant d’être marqués d’infamie, parviennent à penser à l’idée d’une vie différente. De ce point de vue, le récit de Sourounis semble être un commentaire détaillé de la fable de la caverne chez Platon : « Μετά ταύτα δη, είπον, απείκασον τοιούτω πάθει την ημετέραν φύσιν παιδείας πέρι και απαιδευσίας » (’’ Figure-toi des hommes installés depuis leur naissance dans un caveau souterrain. Et maintenant imagine une source de lumière venant de l’autre côté de la colline et à l’intervalle un cortège composé d’ hommes et de simulacres d’ hommes, d’ animaux et de simulacres d’ animaux de manière que leur ombre se projette en face des esclaves tournés vers le fond du caveau. Quelle sera l’image du monde que ces esclaves pouvaient imaginer.”) Sourounis donne à sa façon son sentiment de vertige que produit l’entrée brusque de l’ image du soleil inintelligible.
« Τι απόγινε το αύριο του χτες, κυρία, έχετε καμιά ιδέα; Ποιος μας έψαξε καθώς μπαίναμε στη ζωή και μας το πήρε..Ποτέ δε θα το μάθουμε…
Ζούμε για λίγο ένα μέρος κάποιας ατέλειωτης προαιώνιας γιορτής και όταν ζυγώνει η ώρα να φύγουμε, τότε αναλογιζόμαστε τη νύχτα, το κρύο που μας περιμένει και το δρόμο, τον άγνωστο δρόμο, εκεί που θα κυλιστούμε πέφτοντας.
Και όσο πλησιάζουμε το σκοτάδι που μέσα του θα αφανιστούμε, προσπαθούμε κάτι να διακρίνουμε, να ξεχωρίσουμε ένα νανούρισμα, έναν ίσκιο, την κραυγή ενός αντάρτη, μα όλα εκεί πέρα σαπίζουν μουγγά, σκεπασμένα από χώμα, από νύχτα κα από ανυπαρξία. »
« Qui est-ce qui nous a enlevé le « demain » de notre enfance? Nous ne l’apprendrons jamais.. Nous vivons pour peu de temps une partie d’une fête interminable, et lorsque approche l’heure de partir, nous pensons à la nuit, le froid qui nous attend et la route où nous allons nous précipiter. Et tant que nous nous approchons des ténèbres, nous essayons de discerner un bruit, un bercement, le cri d’une guérillero, mais tout est moisi et sourd, couvert de terre, de la nuit et de l’inexistence ».

Les valeurs des Grecs et les valeurs des Allemands

Face aux Allemands qui prennent les immigrants pour des primitifs, Nousis pense aux différences entre les Grecs et les Allemands. Une fois Nousis répondant à la demande de son ami-ennemi allemand dessine le portrait du Grec:
« Ο Ελληνας, κατέληξε, περνάει ένα πολύ μεγάλο μέρος της ζωής του γερμένος σε γωνιές, στην αρχή ψιθυρίζοντας ερωτόλογα, έπειτα πολιτικά και στο τέλος ψιθυρίζοντας μόνος του, χωρίς κανένας να ξέρει τι.. O κάθε Ελληνας έχει το δικό του ατομικό θεό, που τον παίζει μέσα στο στόμα ανάλογα με το κέφι του, έτσι όμως και του τον πειράξει κάποιος άλλος, είναι ικανός να τον σκοτώσει….
Ο Ελληνας έχει εμπιστοσύνη σε όλους τους άλλους εκτός από τους πατριώτες του…
« Le Grec passe une partie importante de sa vie près du coin de la rue, au début en balbutiant des paroles d’amour, ensuite en prononçant des propos sur la politique et enfin en se disant à lui-même des paroles, sans que personne ne sache de quoi il s’agit…
Quant à la vie religieuse, le Grec maintient un dieu personnel qu’il maltraite, mais si un étranger essaie de l’ outrager, il est prêt à le tuer…
En plus, le Grec a confiance en tous les autres sauf en ses compatriotes.”

Les relations de proche en proche. L’amitié des pauvres

L’ami de Nousis est tué : tout autour de son corps, Papalias veut appeler la police par respect pour l’ami mort, tandis que les responsables du massacre proposent de payer Nousis et Papalias contre leur silence. Nousis marchande sur la hauteur de la somme qui est consentie en trente deux mille marks. Devant cette situation difficile, alors que Papalias, le responsable, se prend pour honnête, le moment où c’était lui qui a armé la main de l’assassin, il préfère de profiter de la mort de son compagnon pour empocher les marks, en avilissant la dernière valeur des pauvres gens, la confrérie. C’est ainsi que la victime entre dans la logique des échanges d’argent, de marchandises et de cadavres.

Tout le récit de Sourounis est bâti sur une opposition : d’une part il n’ y a que le bourbier qui caractérise la situation du narrateur et d’autre part est placée la foi en Dieu :
(« Δικαίωμά σου να με πεις αγράμματο, ηλίθιο αλλά εγώ πιστεύω και ελπίζω. Αν είναι έτσι τα πράματα και η ανθρωπότητα φτιάχτηκε από λάσπη, εμένα αυτό σήμερα με βολεύει. Γιατί από λάσπη, μάγκα μου, είμαι φουλ.. Ο μόνος που μου λείπει είναι ο Θεούλης. Αν πάψω να ελπίζω και το πάρω απόφαση, πως θα τη βγάλω μονάχα με τη λάσπη, θα πρέπει να πάω να ζήσω παρέα με τα γουρούνια. »)
« C’est ton droit de m’appeler idiot, mais moi, je crois et j’espère en Dieu. Toute ma vie est dans la boue, et le seul qui me reste est Dieu Si j’arrête d’espérer et que je décide, que je serai toujours plongé dans la boue, je devrai aller vivre avec les cochons »

Les deux histoires Le mélange du rêve et de la réalité

Pendant toute la narration, le narrateur se déplace perpétuellement de la réalité au rêve. C’est ainsi que le lecteur rend compte qu’il s’agit de deux histoires. En effet, au début de la narration, nous relevons l’ouverture d’une parenthèse qui énonce l’arrivée de Nousis et de sa compagnie à Thessalonique. Il se dit encore que Nousis mène une vie très agréable en Grèce, quatorze ans d’ici. En outre dans la page 163, Petros, le cohabitant de Nousis, ayant une fille avec une Allemande, après avoir reçu l’enveloppe avec les trente mille marks, fait sa valise et sort pour aller là où l’on attend depuis longtemps. Enfin, à la page 124 Nousis s’éveille après la partie au poker que nous avons mentionnée plus haut et discute avec Marlo comme si rien ne s’était passé. Et, dans l’épilogue du récit, alors que la première personne du narrateur reste, la parole est portée par un autre personnage qui, lui aussi vient de l’Allemagne, arrive à Edessa, près de Thessalonique, et se plante dans une vieille maison. Il trouve un emploi dans une petite ferme, où il aide à la découpe du volaille et les soirs discute avec le vieillard propriétaire de la maison qui lui montre du doigt une photo représentant un petit restaurant situé en Allemagne et « se vante », car il appartient à son fils, domicilié au pays du mythe. « nous mélangions le rêve avec la réalité.. ».
(« Φτάσαμε ξημερώματα στην Εδεσσα κι΄όπως φανερώθηκε η πόλη από ψηλά, έμοιαζε σαν να την είχες βουτήξει στα λασπόνερα και τώρα απλωμένη στέγνωνε. Το καφενείο δίπλα στο πρακτορείο μόλις άνοιγε, ήπιαμε καφέ κι έπειτα πήγαμε και πλυθήκαμε στη βρύση του πάρκου. Το κορίτσι μπήκε στις γυναικείες τουαλέτες και φόρεσε ένα καθαρό φουστάνι και την ώρα που έβγαινε, ξεπρόβαλε από το βάθος του κάμπου και ο ήλιος και για μια στιγμή πιστέψαμε πως θά ΄ρθει ίσια καταπάνω μας. Ολη τη μέρα έψαχνα για δουλειά και το απόγεμα αποκαμωμένοι πιάσαμε ένα δωμάτιο σε κάποιο ετοιμόρροπο σπίτι και ο γέρος που το είχε, μας έφερε καθαρές πετσέτες και ένα κανάτι με νερό και μας εξήγησε πως το μαγειρείο που βλέπαμε στη φωτογραφία, βρίσκεται πίσω από τούτο τον κόσμο-στη Γερμανία!..-και πως ανήκει στο γιο του. Δίπλα κοιμόταν ένας μεσόκοπος γυρολόγος και ακούγαμε την κούρασή του όλη νύχτα, καθώς άδειαζε με θόρυβο από τις τρύπες του κορμιού του.
Την επομένη μέρα βρήκα μια θέση ανάμεσα σε δυο γύφτους, που ολημερίς έσφαζαν και ξεπουπούλιζαν κοτόπουλα και μετά τά ΄παιρνα εγώ, έχωνα στον πισινό τους ένα καλάμι και τα φούσκωνα πασαλείβοντάς τα και με ένα κουρελόπανο βουτηγμένο στο λίπος.
Τα βράδια καθόμασταν έξω από την πόρτα πάνω σε κάτι μαυρισμένα καφάσια παρέα με το γέρο και μας μιλούσε για τη ζωή του χωρίς κακία πια, χωρίς μίσος, χωρίς ελπίδα, σαν να είχε μόλις βγει από τον κινηματογράφο και μας ιστορούσε το έργο που είδε. Πού και πού κάποιο αχνό χαμόγελο, όπως αν σκάλιζε με τη μασιά σβησμένο τζάκι και με την εμφάνιση μιας καινούργιας σπίθας πάλι να τρέχει από δω κι από κει μέσα στα χρόνια του, ξηλώνοντας τη νοικοκυρεμένη του πουκαμίσα και πασχίζοντας να πλέξει από το νήμα της χιτώνα πολεμικό, να τυλιχτεί και να το κάνει σάβανο στη στερνή του ώρα.
Σαν τέλειωναν αυτά τα βράδια, ο γέρος κοιτούσε πέρα στον κάμπο τις ρίζες της νύχτας, λες και διέκρινε πάνω τους κάποια απειλή πο μας είχε στόχο και γυρνώντας έλεγε αντί καληνύχτα
-Να μου το θυμηθείς, εγώ θα πάω σκοτωτός.
Πώς να πήγε άραγε ο γέρος; Και τι νά ΄γιναν τα μαυρισμένα μας καφάσια; Κι εκείνο το κορίτσι τι νά ΄γινε; »)
« A l’aube nous sommes arrivés à Edessa et comme la ville apparaissait de la hauteur où nous étions, elle donnait l’impression qu’on l’avait plongée dans la boue et qu’ elle était étendue pour se mettre à sécher. Le café qui était proche de la compagnie de transports venait d’ouvrir. Nous avons bu du café et ensuite nous sommes allés à la fontaine du parc où nous nous sommes lavés. La fille entra aux toilettes pour dames et enfila une robe propre et tandis qu’elle sortait, le soleil se levait du fond de la vallée et quelques temps nous crûmes qu’il allait tomber sur nous. Pendant la matinée je cherchais à trouver du travail et l’après-midi, , nous avons loué une chambre, tout épuisés, dans une maison à demi-ruinée, le vieillard propriétaire nous a apporté des serviettes propres et un pot à eau. Il nous a expliqué que le restaurant de la photo se trouvait derrière ce monde-ci, en Allemagne, et qu’il appartenait à son fils. A côté un colporteur d’âge moyen dormait et nous ressentions sa fatigue pendant toute la nuit, alors qu’elle sortait de tous les pores de son corps…
Tous les soirs, nous nous asseyions devant la porte sur des caisses noircies, en compagnie du vieillard et il nous parlait de sa vie d’une voix qui ne montrait plus ni ambition, ni méchanceté, ni espoir. .. A la fin de ces soirées le vieillard regardait au delà du champ jusqu’ aux racines de la nuit, comme s’il avait vu en elles quelque menace nous mettant sur la sellette et, se tournant vers nous il disait au lieu de bon soir: ‘Vous verrez que moi je finirai par me faire tuer.’
Quelle fut la fin de ce vieillard? Et cette fille-là, qu’ est- elle devenue? »
L’oeuvre de Sourounis commence avec un rêve, comme il se passe dans la plupart des romans grecs récents. Le narrateur s’identifiant avec le personnage de Nousis s’éveille angoissé: le conflit qui le trouble consiste à la distance entre la misère de sa vie en tant qu’ouvrier sans statut en Allemagne et ses aspirations pour une autre vie. Entre les épisodes sont insérées les rêveries qui jouent le rôle, que jouaient chez Homère l’apparition du dieu ou du démon. Ainsi, chez Sourounis, chaque situation de la vie de son héros est suivie par un fantasme, tel le fantasme de la « vieille Tasia », sa grand-mère qui habitait dans la région la plus démunie de Thessalonique. Il s’agit d’ un autre exemple qui représente la rêverie accompagnée des vécus douloureux. Nousis, est en ville, dans un bistrot de Francfort, à 3000 kilomètres de son pays natal, et joue à un jeu électronique en pensant: Un étranger vient et se tient debout à l’arrière de Nousis:
« Ο Νούσης κάνει λίγα βήματα πέρα και ρίχνει ένα κέρμα στο « ληστή ». Κόποια καμπάνα χτυπάει μια φορά και σε δευτερόλεπτα μένει ακίνητη μπροστά του. Αμέσως δεύτερη καμπάνα ακούγεται και παίρνει θέση δίπλα από την πρώτη. Ενας περίεργος έρχεται και στέκεται πίσω από το Νούση.
-Αν πέση και τρίτη καμπάνα, κερδίζεις δυο μάρκα..του λέει. Α αχλάδι ήλθε..
-Αυτό ήθελα…λέει ο Νούσης. Δυο καμπάνες, ένα αχλάδι. Εχω κερδίσει εκατό μάρκα από εκείνον εκεί.
(Ελα γιε, σήκω…Είν΄ώρα να κινήσεις..
Ο κόσμος κρατάει την ανάσα του και με μετράει. Πίσω από το Χορτιάτη η μέρα ανθίζει σαν ρόδο ευωδιαστό και
γεμάτο αγκάθια.
-Χώμα να πιάνεις, γιε και μάλαμα να γίνεται. Ν’ αγαπάς και ν’αγαπιέσαι απ’ όλα τα ζωντανά που θ’ ανταμώνεις και σαν ανοίγεις το στόμα σου, μέλι να στάζει, γιόκα μου. Και άκου, να με γράφεις. Να με γράφεις, να μαθαίνω.
-Μα πως θα διαβάζεις, γιαγιά Τασία;
Η πρώτη μέρα του σχολειού…
-Και άκου, να με φέρεις τη σάκα γεμάτη γράμματα!
Η γιαγια Τασία στην κορυφή του δρόμου, εγώ στον πάτο του, μα τη φορά αυτή κρατώ βαλίτσα.
(Κρατώ και τα όνειρά σου, γιαγιά Τασία. Να, τα βάζω εδώ στο πέτο, σαν μικρολούλουδα πού ‘ναι γραφτό να μαραθούν. Μα εγώ θα τα κρατώ πάντα. Θα τα κουβαλώ πάνω στη γη, μαζί με τα όνειρα του αγοριού εκείνου που φυτεύτηκε βαθιά μέσα στην κοπριά, για να δέσω εγώ και να πετάξω τα κλωνάρια μου. »
« ‘Si une troisième cloche apparaît, tu gagnes trois marks’, dit-il. ‘Ah voilà, c’est une poire qui est venue’.
-‘C’est exactement ça que je voulais…’, dit Nousis. ‘Deux cloches, une poire. J’ai gagné cent marks’.
(-Viens mon fils, lève-toi.. Il est temps de bouger. Le monde retient son souffle et me regarde. Derrière Chortiatis le jour fleurit comme une rose musquée et épineuse.
-Mon fils, puisses-tu toucher la terre et puisse-t-elle devenir du platine. Puisses-tu aimer et être aimé par tous les êtres vivants que tu rencontres et chaque fois que tu ouvres ta bouche, puisse du miel couler, mon fils. Et écoute, envoie-moi des lettres.
-Mais, comment pourras-tu les lire, grand-mère Tasia?………
Je m’éloigne. Au coin de la rue je me retourne et je jette un dernier coup d’oeil.
Le premier jour à l’école…
-Et écoute; tu vas m’apporter ton sac plein de lettres!…
La grand-mère Tasia est au bout de la pente de la rue et moi à son point le plus bas, mais cette fois je tiens une valise. Je tiens aussi tes rêves, grand-mère Tasia…Je les mets ici sur ma boutonnière comme des fleurs destinées à être fanées. Mais moi je les garderai à jamais. Je les porterai sur la terre avec les rêves de cet enfant qui avait été planté en profondeur dans le bourbier afin de croître et lancer des semences.) ”

3.3.5. Un « réalisme à la première personne » de Maro Douka

L’oeuvre de Maro Douka se situe près du réalisme. Le problème qui préoccupe son esprit est la relation entre l’idéologie révolutionnaire et l’ honnêteté de ceux qui la prolifèrent. Après des contemplations assidues et consécutives elle aboutit à l’idée qu’au moins dans les conditions grecques le culturel précède l’économique et le politique et elle considère Che Guevara comme celui qui représente ses idées. Nous ajoutons ici que l’affiche de Che Guevara ornait les murs de presque toutes les chambres des jeunes gens grecs pendant la décennie de ’70. Il est connu que pour le guevarisme les guérilleros se substituent aux organisations des partis communistes. Le lecteur connaît déjà de par le résumé de l’oeuvre de Douka que pour la narratrice de L’ Or des fous le premier devoir de la résistance contre la junte était le combat clandestin, la guérilla, réalisée par une poignée d’hommes, parce que une telle stratégie pourrait donner aux couches exploitées une conscience révolutionnaire. Sur le même sujet, l’étude de la psychologie sociale des Grecs conduit la narratrice de préférer la doctrine de Gramsci sur l’hégémonie culturelle, que les classes dominantes imposent sur un peuple peu éduqué.
Observant le caractère de ses amis, elle comprend que l’hégémonie culturelle en Grèce est si solide, parce qu’elle est identifiée au sens commun et devient l’entrave pour tout changement. Le sens commun traverse toute la société civile, l’église, l’enseignement, les associations culturelles et les institutions littéraires.
Elle découvre aussi que même dans le cas où l’institution de l’état est défaillant, elle est défendue par ces organisations, l’église, l’école, et même par la classe ouvrière. Nous avons souligné dans le résumé de l’ Or des fous le fonctionnement dans le système culturel grec du « filotimo », le sentiment de l’honneur et du respect qui caractérise la psychologie collective du Grec.
Envers la « réalité » des contradictions qui caractérisent les idées et le comportement de ses compagnons, elle dresse sa force de réflexion qui l’aide à comprendre l’hostilité du P.C de la Grèce et les polémiques qu’il a engagées vers les partisans de la lutte spontanée pendant le « Mouvement de L’ Ecole Polytechnique »

L’extrait ci-dessous est une preuve de plus du fait que ce qui compte le plus chez les écrivains examinés sont les relations de proche en proche. C’est là qu’ils jugent les « idéologies » et les comportements de leurs héros.
Dans un moment heureux de son élan créateur, Maro Douka élève un constituant des pratiques politiques de l’époque au niveau de technique littéraire. Il s’agit d’un questionnaire que devaient remplir les candidats qui s’intéressaient à adhérer au Parti Communiste de la Grèce. En effet, l’ écrivain aperçoit qu’ un tel questionnaire fait partie du “discours social commun de la vie quotidienne”, peu apte à enregistrer toute la richesse de l’ âme et de la vie : « Après le Noël de soixante-quatorze, une de mes amies me proposa d’adhérer à son organisation; si cela m’intéressait, il me fallait remplir un questionnaire. A vrai dire, sans m’intéresser vraiment, son offre piqua ma curiosité. La perspective de me mettre à répondre à tous ces “comment” et tous ces “pourquoi” me remplissait d’excitation. De plus, j’en avais l’habitude. Depuis mon engagement politique à la gauche j’avais toujours eu à rendre des comptes et à me justifier…Et moi j’avais pris l’habitude de solliloquer continuellement;”
“Je pris donc le questionnaire comme point de départ :
On m’y demande donc
Comment je m’appelle
Où et quand je suis née
Où et avec qui j’habite
Quelle est le métier de mes parents
Si j’ai lutté dans la clandestinité ou la légalité, et sous quelle forme.
Quelles sont les opinions politiques de ma famille
Comment et pourquoi je me suis engagée à la gauche
Si j’ai déjà des ennuis avec la Sûreté.
Quelle profession j’envisage.
Quelles sont mes lectures.
Quels sont, à mon avis, mes points forts et mes points faibles.
Quelle aide j’attends de l’Organisation.
Comment je vois l’Organisation et pourquoi je veux y adhérer…
Je chantonnais les questions pour essayer de bien me les faire entrer dans la tête. Leur caractère simpliste me rebutait, mais je me piquai au jeu.”
Il est évident que l’ écrivain va beaucoup plus loin que de décrire une simple différence entre la position de la narratrice et celle du cadre du Parti Communiste : c’est le niveau de la différence qui l’intéresse, puisqu’ il s’agit de la psychologie même du cadre grec, identique dans toutes les places sociales qu’il obtient. C’est précisément cette dimension essentielle que met en évidence Maro Douka, car elle peigne les rapports structurelles de la société et pas tel ou tel tableau local de la vie.
« Nous avions décidé de nous rencontrer, Maro et moi, pour boire un café et discuter tranquillement…‘Maro, lui dis-je, est-ce que tu as déjà entendu parler de ce minéral qu’on appelle l’or des fous? ‘ Quel or de fous? Ce n’est pas le moment de plaisanter, ‘Myrsini, nous parlons sérieusement!’ L’exclamation s’était plantée impérieusement entre ses dents, ‘C’est seulement dans la discipline et l’action que tu pourras dépasser ta classe’. C’est alors qu’elle avait sorti le questionnaire de son sac. ‘Tiens, remplis ça attentivement, réponds aux questions avec sincérité, ne plaisante plus, regarde la vérité en face, prends la décision. Je l’entendais et je me disais qu’elle est folle. Je balançais la tête affirmativement, je disais oui, oui.. Je voulais lui expliquer qu’il y a longtemps que les actions de mon père ne me concernaient pas et que je n’avais pas l’intention de passer ma vie en refusant soi-disant ma classe. Mon visage me suffit, je voulais lui dire, et je vais vivre comme ça. Mais comme il m’arrive toujours de laisser les autres parler pour mon compte, c’était elle qui aboutit pour mon compte. Mon air l’avait gênée, mais comment elle avait fait une telle erreur ! dit-elle. Elle me demandait de lui rentrer le questionnaire. Je le lui donnai. Ensuite nous nous sommes séparées. Pourtant sa rencontre m’avait fait du bien. Le questionnaire surtout. Il m’avait tellement bouleversée, comme si j’envisageais soudainement toute ma vie réduite, d’une manière impartiale et absurde, à quelques questions. Outre les 14 questions, il y avait aussi une 15ème, si j’avais accompli mon service militaire. Mais celle-ci ne me regardait pas. Ainsi enfin je faisais partie de la contenance d’une feuille de papier. »
Maro Douka développe plus loin ses idées sur le problème des mobiles qui poussent les cadres engagés dans la cause du Grand Changement de la vie sociale depuis la restauration de la démocratie. Ainsi, elle représente les mariages par intérêt de ses copains appartenant aux organisations de la gauche. Or, la dernière unité du roman est consacrée aux mariages des cadres du P.C : le mariage de Photis avec Elvira et de Georges avec Xenia. Pour la narratrice il y a une contradiction dans ce mariage, puisque l’épouse possède trois maisons et une villa à l’île Spetses. Il y a aussi le mariage de Georges, son ex-fiancé, avec Xenia, la femme qui l’avait trahi dans le passé, mais qui est jolie et agréable, parce qu’elle ne gaspille pas son temps pour méditer.. Photis explique ce conformisme en disant: « Nous devons distinguer le rêve pour la société future de la vie quotidienne ».

Critique de son père

Son père est décrit comme bourgeois, dont la narratrice commente la lignée aristocratique, le voyage à Paris en 1947 pour échapper au recrutement à l’armée grecque qui pendant ce temps se livrait aux batailles de la guerre civile, le mariage avec sa mère et la connaissance avec Jean Paul Sartre à Paris. Ainsi son père, propriétaire de mines et directeur d’un journal important, représente la bourgeoisie « éclairée » de la Grèce, puisque cette famille se réclame de la gauche, mais d’une manière superficielle. Le motif du père est repris dans d’autres séquences suivantes. Une d’elles nous transfère de nouveau à l’évolution des choses dans sa famille. Portrait d’un nouveau ami de sa tante Victoria, de Doris, acteur talentueux, fasciste et phallocrate. Elle apprend par l’indiscrétion de Nancy, amie de la famille, que Doris avait des relations avec son père.

Critique de la famille typique de gauche

La narratrice pendant ses recherches afin de retrouver Paul, son amant, dont les traces étaient perdues après le coup d’état, aboutit à la maison de Paul. La maison de Paul est située dans la banlieue d’Athènes. Elle y apprend que Paul est caché parce qu’il appartenait à l’organisation clandestine PAM. La narratrice est désenchantée de la connaissance de la mère et du père de Paul et modifie son image initiale.

Les vieux cadres du P.C.

Anestis, étant récemment sorti de la prison permet au père de la narratrice de le voir avec pitié. Au lieu d’être fier, Anestis aboutit par paraître coupable, parce qu’il est un brave homme.
« Là-dessus, Anestis revient de Parthéni; il n’était plus que l’ombre de lui-même: On l’interroge sur les conditions de vie sur cette ïle désertique. »
Un parmi tant de communistes qui n’ont pas signé. Ce qu’il est devenu ne diminue guère sa dignité; tout au contraire il est un signe vivant d’un régime qui ne pouvait exister qu’en humiliant toute la population, car s’il y a des humiliés, il existe aussi des humiliants et tous ceux qui acceptent une telle situation.

Les milieux des étudiants organisés à la gauche

Une des séquences présente la vie de la narratrice en tant qu’étudiante de la médecine, où elle fait la connaissance de Fondas. Engagée dans l’organisation PAM, elle a pour mission d’enregistrer les victimes de la junte et en particulier les prisonniers politiques. Cette expérience l’a fait révéler parmi les humbles ceux qui étaient les vrais résistants. C’est encore une transformation des contenus stéréotypés de sa conscience. Une nouvelle séquence est consacrée à l’activité politique du groupe de compagnons, où appartient la narratrice. Les divers positions de chaque membre du groupe, de Georges, Dimitris et Fotis. Fotis, représente la tendance staliniste, puisqu’il défend la priorité de l’organisation politique et méprise la thèse de l’EDA, le substitut légal de la gauche pendant la période précédente qui insistait sur le côté de l’éducation du peuple. C’est la dernière thèse qui plaît à la narratrice qui n’a pas pourtant l’argumentation pour affronter ses amis. Par ailleurs, elle constate que la plupart de ces jeunes étudiants, défendent « leurs idées » avec acharnement, non pas parce qu’ils se passionnent de leur vérité, mais pour vaincre l’autre côté. Ainsi, la narratrice elle renverse la valeur de « filotimo », le sentiment d’honneur qui domine le comportement de l’homme grec, en disant qu’au fond c’est une attitude servile que l’école et la famille inculquent aux enfants.

Les représentations des émeutes étudiantes
La narratrice est d’opinion que seule la stratégie de rupture était susceptible à faire agiter les consciences endormies du peuple grec. Bien sûr, lorsque Myrsine, la narratrice, parle des manifestations des étudiants contre la junte, son petit ami, cadre du P.C., la qualifie de gauchiste en lui disant : « Qu’est-ce que tu sais, toi, sur le peuple? ». Mais c’est le peuple qui faisait problème, selon Myrsine.
Voyons aussi l’image des émeutes. Myrsine se trouve dans l’Ecole Polytechnique, le 17 novembre de 1973. Sur un banc un enfant est tout rouge de son sang qui coule par une plaie sur la poitrine. La narratrice sort de la salle où les étudiants avaient établi une équipe médicale. Plus loin, dans la rue Patision, au centre d’Athènes, le mortier de la Police tirait vers L’ Ecole Polytechnique des bombes lacrymogènes. Le peuple réuni dehors de L’ Ecole Polytechnique aidait les étudiants. Les voix des étudiants et du peuple criaient les mots d’ordre: « Aujourd’hui le fascisme meurt ». Mais d’autre part, la stratégie du comité coordinateur, composé surtout par les jeunes communistes critiquant tous ceux qui n’ étaient pas d’accord, en les désignant comme gauchistes et anarchistes. Pendant qu’un mortier gigantesque se dirige vers la porte du bâtiment avec ses canons tournés vers le bâtiment de l’Ecole de l’Architecture. La foule des étudiants et des autres rassemblés dans la grande cour ont commencé à courir, la panique les poussant vers l’intérieur des locaux. La narratrice se met à pleurer, jusqu’à ce que commença la retraite des révoltés, les mains levées. Les flics qui étaient dehors battent Myrsine et la jettent dans un camion policier. Dans les locaux de la police, un policier criait : « Putains, qu’est-ce que vous faisiez pendant trois jours dans le bordel? Je vous ordonne de répéter après moi que le peuple est nul, vive l’armée, Alliende est mort ».

L’ or des fous en tant que pivot littéraire du roman

Lorsque Myrsine, la narratrice, visite son père dans son bureau, un jeune homme, boiteux, vient de demander un emploi à son père, parce que c’est à la mine du père de la narratrice qu’il a perdu son pied. Face à l’ indifférence du père de Myrsine, l’infirme lui rappelle, qu’il n’est pas juste de laisser mourir celui qui a extrait de la mine un volume important de pierres précieuses, parmi lesquelles il y avait une sorte de pierre précieuse appelées « or des fous »..
La narratrice, donc, dιcrit son expιrience des luttes contre la junte avec une honnκtetι exemplaire, parce qu’elle prend en considιration qu’il est besoin d’ une mιthode par laquelle le sujet connaξt et se relie avec soi-mκme et avec le monde.
Le problème esthétique pour l’écrivain concerne la représentation littéraire du désordre dans les faits.242 C’est là la différence entre tous les communistes connus, attachés au futur et la narratrice, ancrée dans le présent et dans les lectures de Heidegger, comme elle déclare. Quant aux réflexions de la narratrice sur chaque événement qui lui arrive, il s’agit plutôt d’une dialectique sentimentale, que d’une méditation intellectuelle. A des différentes hauteurs du texte, la narratrice enrichit ses réflexions. Par exemple, elle pense au sens du comportement de madame Popi, la femme de ménage qui comme tous les gens médiocres, se proclame contre l’égalité: « parce qu’il n’y aurait pas de travail, si tous nous étions égaux ».
La narratrice voit dans de telles positions les traces de l’idéologie dominante, inculquée à l’école. Ainsi, elle rêve et pense que devant le flux d’idées, que chaque camarade soutenait, le plus important était de distinguer d’une part le contenu de ces idées et d’autre part l’usage que les camarades faisaient.
Nous avons présenté pourquoi le roman contestataire de Maro Douka fait suivre l’histoire d’une personne qui finit par se détacher d’un ensemble social. Elle doute si la « conscience sociale » représentée dans les diverses idéologies est vraie ou fausse, car elle a l’impression que la notion de la société globale, proliférée par les couches nationalistes-libérales est devenue mensonge, dans la mesure qu’elle n’est pas accompagnée par l’idée d’une justice sociale et d’un autre type de relations humaines.

3.3.6. L’ ironisme de Nasos Vagenas

Le jeu de Borges caractérise tout le texte de Vagenas. Il se pose le thème de la vérité. Le narrateur fait semblant qu’il s’intéresse d’un poète qui a élaboré la meilleure traduction grecque d’ Eliot, mais il a commis un suicide littéraire, décidant de ne pas imprimer son « chef-d’oeuvre ». Vagenas dénonce par le biais de l’ironie tous les compromis douteux et les arrangements banals qui accompagnent l’ascension d’un homme de lettres au sommet du prestige.
Nous renvoyons au texte de Vagenas: le narrateur se sent obligé de citer une quatrième traduction inachevée et d’ apprécier le mérite de la tentative de Giatras qui est qualifiée d’excellente. Pourtant, les besoins de la vie quotidienne ont absorbé tout l’essor de Giatras. Ce passage, à notre avis, est un grand moment pour la littérature grecque. Il suit de près la trajectoire savamment préparée, la construction d’un tissu d’araignée qui répète in vitro toute la procédure de l’aliénation de l’humanité.

La Poésie en tant que transcription de ce qui est apprécié comme bon dans la vie réelle

Giatras, le personnage de la nouvelle de Nasos Vagenas, est ex-membre du Parti Communiste qui, dans sa prison, commence à lire des poèmes. Petit à petit, dans le but de traduire l’oeuvre d’ Eliot, il apprend la langue anglaise.
« Giatras était autodidacte. Il a eu beaucoup de mal à finir le gymnase, avant d’être malmené entièrement sa lutte pour la vie. Il a travaillé pendant de longues années dans l’ imprimerie…Son contact avec les livres l’a doté d’ une moralité inestimable. Les livres lui ont appris ce qu’il devait éviter. C’est là peut-être la raison pour laquelle il n’a jamais senti le besoin de publier. Il savait que les livres médiocres ne servent qu’à mettre en lumière les chefs-d’oeuvre et il ne supportait pas de faire partie d’un groupe grégaire et vulgaire. Il a vécu pendant plusieurs années en prison…Il n’est pas nécessaire de mentionner les raisons qui l’ y ont conduit. Dans la prison d’ Egine il a appris la méthode de réflexion sur ses propres pensées, pour atteindre ce genre de chagrin qu’ est l’ auto-conscience. .. »
« Sa familiarité avec l’oeuvre d’ Eliot était surprenante. Le sens de la littérature lui apparaissait dans son ampleur.
Dans la vie d’un homme il y a un jour qui résume tous les jours, tous les moments qu’il a vécus. Le moment de la vérité dans la vie de Giatras était le Pays Dévasté. »
Quand il est tombé sur le Pays Dévasté, il était ébloui par la magie de cette poésie prodigieuse et cette rencontre avec l’esprit d’ Eliot fut déci-sive pour lui. Il a abouti à croire que les poè-tes ne sont que des instruments de ce pouvoir souverain et impersonnel qui est la poésie. Il est arrivé au point de considérer les chefs-d’oeuvre comme de grandes annonces de la Poésie adressées à l’ humanité. Or, bien que le Pays Dévasté était pour lui une telle Annonce, il a l’impression que Thomas Eliot a falsifié son don divin.
« Il croyait qu’ Eliot avait falsifié cette Bonne Nouvelle en livrant une oeuvre pour laquelle la Poésie devrait l’ accuser. Et il était convaincu que ce serait lui, Patroclos Giatras, le nouveau mandataire du Pays Dévasté ».
Le narrateur joue ici avec les citations. Dans une note en bas de page il dit:
« A partir d’une note de Giatras, je conclus qu’il considérait la Mort de Ivan Ilitc de Tolstoi comme une annulation de l’ Introduction de l’esprit humain de Luc Clapier et du Mythistorima de Georges Seferis conçu comme l’écriture définitive des Argonautiques d’ Apollonius de Rhodes . »
Il s’agit d’ une ironie tragique, parce que Giatras n’est qu’un personnage fictif qui n’a jamais existé, mais la situation est réelle, parce qu’il y avait beaucoup des militants de la gauche qui ont sacrifié tout au nom de la Poésie.

3.4. La deuxième phase 1981-1990

3.4.1. La contestation anthropologique de Sotiropoulou.

Le caractère fantastique de la scène où l’héroïne mange son amant renvoie aux codes langagiers employés en Grèce. Il s’agit d’une hyperbole du sens. L’image ici est marquée par des descriptions augmentati-ves. Au fond, dans son style simple, les hyperboles comme “il mange mon sexe” ne sont que des hyperboles endormies de la langue cou-rante. Le vocabu-laire de l’ argot grec foisonne en hyperboles : άνοιξε η γη και τον κατάπιε, του ήπιε το αίμα.
Dans le Congé l’histoire linéaire est interrompue par des phases de projection des arché-types. Donc l’anhistoricité du texte de Sotiropoulou se fonde exactement sur cet aspect. L’anthropologie enseigne que le primitif pendant la fête viole les institutions pour remonter le courant du temps. Le temps n’a pas de présent, passé ni futur, car le point de vue du sujet manque. Il n’ est que le produit et le stimule de l’émotion. On y retrouve la relation hiérarchique des personnes qui est une re-la-tion de domination et subordination. On peut donc soutenir avec Zéraffa que le Congé de trois jours à Yannina obéit au même principe que la littérature mythique qui est ensemble organique et anhistorique. C’est la manière exacte pour représenter la victoire de la nature sur la culture qui semble préoccuper la pensée de Sotiropoulou.

Le fantastique

Le fantastique chez Sotiropoulou disloque le discours ratio-na-liste. Pourtant le réalisme reste le fonde-ment du fantastique. Les scènes décrites par la narratrice sont réelles et se déroulent dans un cadre réel : la ville de Yannina, les places, le lac et les cafés au centre de la ville. Ce que refuse ici Sotiropoulou est la narration horizon-tale et les conventions morales.
Les deux motifs dominants, le double et le diable sont subs-ti-tués ici par l’ image de la Ménade et par la « Chose »
Il y a une dilution de l’héroïne qui représente la situation d’une femme sans qualité et sans appartenance. La transformation reste dans la région du mystère, parce que dans ce texte la « causalité » est fantastique. Si l’ héroïne du Congé de trois jours à Yannina a mangé son ami, ce n’est pas que son ami couchait avec sa soeur, ce qui serait un raisonnement ty-pique dans des enquêtes judiciaires. Au contraire, on comprend que l’ idée de l’ écrivain sur la vie et l’ art est donnée indirecte-ment, d’ une manière symbolique. Ce fait, par ailleurs, nous conduit aux contextes des conventions littérai-res qui étaient à la mode à l’ époque où cette oeuvre a été écrite.
Sotiropoulou est une des écrivains qui pendant la décennie de ’80 ne s’ intéressent pas aux choses politiques et ne regardent pas la réalité avec les yeux du sens commun, mais au travers leurs opinions basées sur l’anthropologie. S’il n’y a pas d’ unité de la pensée avec l’acte ou l’être, les vrais motifs des actes des héros sont inextricables. Mais ainsi on n’a pas une proposition concrète en face de la banalité de la vie réelle. C’est seulement une évolution à l’intérieur de l’âme. Les thèmes dans ce cas concernent l’opposition abstraite, c’est à dire une opposition en général en face de la vie quotidienne. Une telle situation ne pourrait jamais arriver dans la réalité. Dans de tels textes il n’y a pas de buts, le monde est inexplicable, la personnalité est déchirée et ce qui manque est la conscience qui pourrait donner au monde une forme cohérente.
Tout ce qui se passe dans ce récit est loin du jugement cartésien « Quelqu’un de tout-puissant qui serait capable de constituer le monde comme songe ne saurait être que trompeur ». Au contraire le rêve, le songe, le fantasme n’est pas accusé comme trompeur. C’est exactement cela qui se passe dans le récit de Ersi Sotiropoulou puisque dans son récit le climat de l’ambiguïté se maintient jusqu’ à la fin du récit.

Les rapports de proche en proche

La narratrice décrivant son itinéraire à Yannina met à jour des scènes absurdes qui tissent la vanité de la quotidienneté. Lors d’ une randonnée dans les rues de la ville, la narratrice donne une claque à un enfant inconnu, accompagné de sa mère, parce qu’il avait déchiré la croix de son petit drapeau grec. Sa mère, lorsqu’elle a compris le mobile du geste, s’est mise, elle aussi, à faire des réprimandes à l’enfant en lui pinçant l’oreille. Et plus tard, dans une taverne, l’ hôtesse s’est mise à préparer la table pour servir, bien que la narratrice lui eût déclaré qu’ils n’étaient pas venus pour manger.
On voit donc que dans le premier cas l’écrivain parodie la manière, dont les parents inculquent la foi aux symboles de la nation. Dans le deuxième cas, elle souligne la situation d’absurdité qui caractérise les plus simples activités de la quotidienneté. Dans le passage suivant, la narratrice utilise des mots interdits dans des endroits publiques par la culture grecque. « J’ai entrevu dans le crépuscule une pelote de fil noir entre ses mâchoires. Une crête de coq rougeâtre jaillissait entre les poils. Il mange mon pubis, pensai-je. J’ai vu que mon clitoris était rose et informe comme la langue d’un embryon. »

3.4.2. Le naturalisme désillusionné de Deliolanis

Le réel vu au travers le trafic des drogues

Baboulés cherchant Foxtrot, une étudiante, visite successivement les amphithéâtres de l’Université de Rome et les maisons, où les copains font des piqûres d’héroïne. Le narrateur se place entre les deux images des groupes estudiantins de l’Italie parmi lesquels il y a grand nombre d’étudiants grecs: la première était l’image des émeutes de 1968 et 1973, pleines d’espoir et de courage, et la deuxième est l’image d’un mouvement qui se déchire entre de buts de plus en plus extrémistes et de plus en plus avilis par l’usage de drogues.
Baboulés, le narrateur de ce récit, vend de la drogue aux étudiants, Grecs et Italiens qui participent aux manifestations violentes à Rome. Il vient d’ arriver de Perouse et dans l’appartement de Stefanos, avec qui il participait à la même organisation terroriste, ren-contre une jolie étudiante, Foxtrot, élève d’une école de Rome qui lui demande une petite quan-tité d’héroïne.
« Je l’ai rencontrée pour la première fois chez Stefanos. Je venais d’une entreprise très rentable à Perouse et j’avais envie de rencontrer le groupe, les copains. Elle était couchée sur le lit et regardait silencieusement tous les gens. A chaque instant elle discutait avec un inconnu qui habitait dans le quartier Appio. Il avait les cheveux courts avec des franges mauves et roses devant les yeux…Elle m’a répondu qu’elle s’appelait Foxtrot. Je suis allé vers Stefanos, pour l’aider à’ enrouler une cigarette.
Nous avons allumé le joint et nous avons mis les Van der Graaf dans la stéréo..
Le Double s’est assis a côté de moi…Nous avons entamé une longue conversation sur le théorème de Fermat, mais après quelques heures la discussion a abouti comme d’habitude à l’héroïne. Je ne voulais pas aller plus loin, bien que tous là savaient que je faisais le « dealer » sans scrupule. »
Un certain journal publia un article traitant d’un vendeur d’ héroïne contenant de la strychnine. Une étudiante, Foxtrot, semble savoir que ce sont des concurrents qui ont mis la strychnine dans l’héroïne vendue par Babules et met au courant ce dernier lors de leur rencontre:
« – ‘Je te connais, lui dit-elle. C’ est donc toi le fameux pusher à la strychnine? Ecoute , moi, j’achète tout ce qui te reste. 150000 lires par gramme, tout de suite.’ »

La vie comme un jeu sans règles

On remarque que le narrateur du Pusher dessine petit à petit son auto-portrait sans le moindre essai d’embellir les choses. Son cynisme envahit toute activité de sa vie, puisque même les scènes d’amour font partie de son commerce misérable de la drogue. Dans une scène d’amour qui a pris place chez Christianos, la communication entre les deux personnages avilis est remplacée par le souci pour l’ héroïne : “Elle serait vraiment belle, sans cette crispation caractéristique chez les héroïnomanes.. Plus tard je l’ai accompagnée et nous sommes allés chez-moi. Ainsi fatalement elle s’est déshabillée et elle est tombée dans mon lit.. Le matin elle s’est éveillée et a commencé à fouiller. -J’ai deux papiers dorés, lui dis-je, dans le petit vase. »
Par la suite, une concurrence sans règles commence, lorsqu’ un autre trafi-quant de drogue, le Chat Sauvage, fait son apparition dans le marché des étudiants. Il s’agit du type de « méchant commerçant fasciste », parce qu’il ne s’intéresse pas si ses clients sont morts à cause de la drogue qu’il vend. Cette concurrence fait coïncider les quatre niveaux de la vie à un seul: Le niveau de la vie personnelle, le niveau des activités politiques, le niveau des études et le niveau du commerce. Mais les termes sont imposées par l’absence de règles. Par exemple, Foxtrot qui avait commencé une relation d’amour avec Baboules lui avoue qu’elle a à sa possession, chez elle, une grande quantité d’héroïne.
La scène que nous citons affiche la dégradation des personnages qui sont privés de la dignité et des préoccupations d’ordre moral :
« – ‘Le problème est de savoir ce que l’on va faire maintenant. J’ en ai environ un kilo chez-moi.’
Cela nous a embarrassés. La petite était mêlée à un réseau dangereux et cela gênait les gars de San Lorenzo. Stefanos l’attaqua:
-‘Alors de quoi parlons-nous depuis des heures, salope. Raconte tes affaires. Quel est ton réseau?’
Je regardais sévèrement Stefanos. A quel titre se mêlait-il de cette affaire? Mais je n’ai rien dit. Cela m’intéressait moi aussi de voir quel était le jeu de Foxtrot.
– ‘Ecoute, ce n’est pas ton affaire. Achète ton tabac et personne ne va te déranger’. Et ensuite s’adressant à moi, ‘ De quoi t’es- tu mêlé aujourd’hui? Est-ce que je t’ai demandé quelque chose?’
Stefanos se précipita vers elle et la frappa à coups de poings sur le visage..
Un peu plus tard nous sommes sortis et nous nous sommes dirigés vers l’université. »

La désidéologisation

L’assemblée typique des étudiants dans une grande ville italienne devient l’espace qui réunit actuellement des étudiants, des idéologues et des commerçants de drogue.
Le motif central du texte suivant est l’ occupa-tion des écoles universitaires de Rome. Par cette image l’écrivain parvient à son but en conduisant le protagoniste à réfléchir sur buts et sur le sens de sa vie. Pendant sa présence à l’Université, il rencontre les héros d’hier qui sont les piégés d’aujourd’hui.
« J’ avançai vers Stefanos qui s’était installé au pied du pontium. Pifano avait alors la parole. Il était partisan de l’ autonomie. Je n’écoutais pas ce qu’il disait et j’essayais de passer entre les corps allongés sur le plancher. Je suis en fin arrivé près de Stefanos qui avait déjà commencé à rouler un « joint » Devant moi a défilé toute la galerie des morts vivants, ex- prisonniers dissidents, ex- clients à moi, résidus du mouvement de ’60, de ’69, de’ 73, des féministes qui cherchaient quelqu’un pour les draguer et d’autres individus bizarres de ce zoo étrange. J’ai rencontré aussi China, une ex- petite amie qui m’a déclaré qu’elle était malade..
– J’ai perdu le sens de la réalité, m’a dit-elle…
-Nous avons tous le même problème, lui dis-je, essayant de la consoler. ..
Soudainement, Stefanos jeta le mégot de sa cigarette et commença à chanter fort, debout, à côté du présidium.
‘Dans le métro viole-moi, viole-moi.’
et il bondissait sur ses bottes noires. Les politiciens du présidium sourirent avec compréhension. Dans l’autre coin de la salle, en face de nous, certains gosses parfumés trouvèrent l’occasion de commencer la bagarre en hurlant les vers d’une chanson anglaise ‘ Il a tué le pauvre ce soir’ . China a levé deux doigts en l’air en criant ‘Autonomie ouvrière, Organisation, Lutte Armée, Révolution’. La réunion qui se prenait trop au sérieux se dispersait déjà. Chaque groupe avait commencé le bordel de son compte et les Autonomes surtout par instinct grégaire sont tous concentrés près du présidium. »
Désormais la violence et le soupçon font partie du jeu qu’est la vie :
« Le film ‘The Rocky Horror Picture Show’ nous l’avions vu au moins quatre fois déjà, mais c’était une occasion pour des bagarres. Foxtrot et moi, nous sommes assis plus loin que le groupe. Le Chat Sauvage était disparu. Richardo et l’ Espagniole au début jouaient dans la salle et ensuite ils ont vomi… Stefanos hurlait à l’écoute de chaque chanson du film. Mais la tension augmentait et après une rixe entre les étudiants et deux spectateurs la Vipère a commencé à casser les sièges. La projection du
film a été interrompue et deux flics sont entrés dans la salle avec le directeur du cinéma…Nous sommes sortis et aux vingt mètres nous avons entendu des coups de feu derrière nous. »
Il se passe de même à Bologne où le protagoniste prend ses distances par rapport à l’idéolo-gie et l’ acti-on des « brigades rouges ». Il y rencontre Minou, un ancien ami, mili-tant des mouve-ments sociaux. Minou croyait jadis à l’ importance centrale de la classe ouvrière, mais main-tenant avait réduit ses buts et dirigé un groupe qui agissait pour les droits de S.D.F. La scène principale du récit représentant une telle assem-blée discrédite le mouvement des étudiants :
« Minou a crié, lorsqu’il m’a vu: -‘Baboules, comment ça va à Rome?’ Je n’ai pas compris s’il faisait allusion aux événement du cinéma ou à l’occupation des universités..
-‘Camarades, un camarade de Rome vient d’arriver et veut annoncer quelque chose devant l’assemblée au nom du mouvement de Rome.’
Certes, c’était moi le camarade de Rome. J’ai regardé avec haine Minou qui souriait, parce qu’il avait interrompu le rhéteur précédent. Je ne savais que dire et j’ai commencé en disant que le mouvement de Rome ne s’épanouissait pas, mais qu’ à l’origine de cet épanouissement se trouvait la poussée revendicative des prolétaires qui dépassait de beaucoup le seuil de tolérance du système de l’état-providence. Seule l’ignorance pourrait parler de répression de la social-démocratie en Italie, puisque l’existence même de ce système s’appuie sur l’organisation d’une certaine bienfaisance visant à décharger la tension sociale. Mais le jeu se déroule au niveau de la domination, de l’arrangement du tissu social sur base de la production, en excluant ainsi des masses immenses, le dispositif ouvrier virtuel. Nous, les étudiants, nous sommes également parmi les exclus. En disant cela, je riais aux profondeurs de mon coeur. En tout cas, la provocation aboutissant au chaos ne doit pas être exclue. »

3.4.3. Le naturalisme magique de Papachristos

Dans une interview accordée au journal Avgi Dimitris Papachristos con-si-dère comme nécessaire la recherche des formes nouvelles, à con-dition que cela repose sur un besoin profond de l’écrivain qui risque sans cela d’ imiter un style qui lui est étranger. Il a réalisé un voyage au Mont Athos en 1983, époque où il y avait un accroissement de l’intérêt autour du christianisme. Le narrateur croit que les relations de proche en proche sont à l’origine du renouveau de l’esprit religieux :
« Nous écoutions silencieux et le vin rouge troublait par son acuité la conversation et les paroles de Makarios (le moine) devenaient belles et séduisantes:
‘ Il était une fois un moine qui était très embarrassé. Je me suis approché et je lui ai demandé ce qui n’allait pas. Lui, soupira et me dit que sa soeur aînée avait mal tourné et se prostituait au Pirée. ‘Voilà, je la vois de mes yeux’. Et il me décrivait l’endroit et la maison où elle accueillait les clients. Jusqu’ici, Milton, l’histoire semble un peu curieuse. Mais ce moine avait interrompu toute communication avec sa maison depuis quinze années. Pourtant tout cela a été confirmé, quand il descendit au Pirée. Les choses étaient, comme il les avait vues par contemplation.’
Nous écoutions comme si quelqu’un nous racontait des contes de fées et que nous voulions les croire. La bouteille était à moitié vide. Spiros ne réagissait pas, Milton était enfoncé dans ses pensées, Jean absorbait les paroles de Makarios. Solonas buvait et remplissait continuellement mon verre.
‘Si l’on nous voyait dans la situation où nous sommes, dit-il, l’air mauvais, ce serait un scandale dans le monastère. Boire avec un moine ivre et bizarre..’. ‘qui ne respecte pas sa soutane’, compléta en riant Makarios
‘Allez, enfants’. On a, tous, trinqué . ‘Bénissez-nous’, avons-nous crié à l’unanimité. ‘Il est nécessaire parfois de faire une fête. Jésus et la Vierge Marie le permettent..’
Je ne sais pas pourquoi j’ai pris la parole. C’était plutôt pour provoquer: ‘Tout est bien, dis-je, mais si jamais il y aurait des femmes aussi, ne serait-ce pas mieux?’
Ainsi Makarios commença à parler de sa vie. .. C’était une fois, dit-il, d’une voix basse, qu’ils étaient son frère et lui à Berlin et il avait demandé d’aller à l’extérieur de la prison aux cellules blanches où l’on avait enfermé les ‘Baader-Meinhof’… »
Déjà nous sommes très loin d’avoir l’absolu comme contenu, car ici le contenu n’est que quelque chose de déterminé, un miracle préannoncé et un voyage de quelques étudiants au Mont Athos. Nous n’avons donc pas une oeuvre littéraire qui représente le sublime, car il n’existe pas une imagination panthéiste qui voit sous une expression extérieure une substance universelle de toutes choses. C’est pourquoi la représentation est supprimée, car l’analogie entre les deux, le miraculeux et sa représentation analogique n’a pas sa justification, puisqu’il s’agit d’un rapport accidentel, car sa source est la subjectivité de l’écrivain. Dans ce sens, l’écrivain prend comme point de départ un phénomène sensible, un voyage vers un endroit qui faisait partie de la culture théocratique byzantine. Mais il ne parvient pas à attribuer à ce voyage une signification spirituelle. Par contre il arrive à un état d’ alchimiste, car dans son rêve les dimensions réelles sont changées et sa fiancée devient l’image alternative de la mère du Christ.

Le rêve

L’ apparence commune du profane et du miraculeux est située à la fin du récit de Papachristos et par ce fait occupe une place prépondérante dans la structuration du sens de l’oeuvre.
“Socratis était aussi avec eux. Je les ai vus soudainement jouer au jeu “ makria gadoura” avec les moines et ils étaient collés l’un à l’autre.
Syméon était là lui aussi, il tenait dans ses bras une Vierge noire et il la caressait voluptueusement. Il a passé à côté sans rien dire. Il m’a fait un signe des yeux pour que je le suive, mais je ne pouvais pas bouger, comme si mes pieds étaient attachés.
Ensuite il y eût un silence absolu. Même l’ écume ne s’entendait pas. La mer et le bord étaient pleins de corps noirs. A l’horizon une lueur était encore visible, comme une rayon qui avait échappé aux nuages noirs qui cachaient le soleil.
Tous autour de moi avaient disparu. Je me suis senti tellement seul, que j’ai commencé à crier du côté de la lueur, à prier en appelant par un seul mot la Vierge Marie (Panagia en grec) et Christina: Panagiotaaa…Je ne sais comment ni pourquoi. »
Il voit alors dans son rêve son amie appelée Christina comme ayant une double substance, Panagiota et mère du Christ à la fois mais il les voit aussi en sens inverse. La Vierge Marie est devenue un amalgame entre un être ordinaire et un être divin. Restant dans cet état contradictoire, le narrateur est une liberté abstraite, une sorte de négativité de toute restriction, parce que située sur le plan imaginaire et donc non réelle. Pourtant, il n’a pas saisi les destinées de l’homme écrasé dans la société contradictoire de la Grèce. Au fond le texte de Papachristos est composé de deux phrases: « La vie actuelle ne vaut pas la peine » et « Le soleil de L’ Ecole Polytechnique » et il veut retrouver ce moment privilégié dans sa vie.
Alors l’interprétation de tous les constituants du texte global doit commencer par là. En effet, l’ écriture de Papachristos est centrée sur un voyage vers le miracle, mais il ne révèle qu’une image de saint qui « pleure », un faux-signe de l’union du particulier avec l’universel. Bien qu’il est irrationnel de penser qu’un dieu immatériel a tiré brusquement le monde matériel du néant, l’écrivain semble attiré par le besoin de chercher si le dogme messianique: Je crois en Jésus est vrai, ou s’il s’agit d’un mythe issu de la pure fantaisie. Au fond l’écrivain se demande s’il existe des phénomènes transcendants et s’il y a en plus des connaissances empiriques des connaissances transcendantes qui sont a priori.
« Nous ne nous sentions pas bien dans notre peau et en plus nos vêtements étaient trop justes. Le bar, triste, nous étouffait, nous avions envie de fuir et d’échapper à quelque chose que nous ne connaissions pas bien. »
Le narrateur avec ses trois compagnons, Elvira, Jean et Solon, tous très jeunes et écoeurés par l’échec des mou-vements sociaux, décident d’aller faire un pèlerinage au Mont Athos. Le narrateur déclare qu’il a déjà trente trois ans, lorsqu’il entame cette narration, mais son histoire se situe dans un temps plus ancien. La signification de la tradition grecque orthodoxe à nos jours en fin du compte ne convainc pas le narrateur. Il avait déjà au début de son aventure spirituelle manifesté un intérêt pour Isaac Syros. Ce qui reste est une possibilité éventuelle d’ orifice mystique qui montre une terre promise douteuse.
« Je feuilletais divers magazines religieux. Parmi d’autres articles un titre m’a beaucoup impressionné: ‘La signification de la tradition grecque orthodoxe de nos jours.’ Je jetais un coup d’oeil au premier paragraphe. La conclusion de l’article disait que si les Grecs devenaient vraiment modernes, ils pourraient comprendre la valeur créatrice. A côté du poêle la conversation était au point culminant de son intérêt. Milton et Spiros voulaient apprendre tout ce qui concernait les monastères et les sites intéressants à voir. Le moine parlait de tout et de rien ».
Il cherche dans son pèlerinage moderne un message du christianisme et il ne prend pour réponse qu’ un récit, car ce qui reste du christianisme est la crucifixion et la vierge Marie et non son message, car aux yeux de Papachristos qui était un des héros de la résistance à « L’ Ecole Polytechnique », tous ces malheureux qui se crucifient tous les jours devant nos yeux sont Jésus Christ.
Le « Pasteur » de Hermas (écrit en 140 p.C) inconnu à Papachristos avait rêvé il y a 1800 ans de la mère de Jésus de la même manière que Papachristos : « Mon patron m’a vendu à une dame, nommée Rodi, à Rome. Après quelques années j’ai commencé à aimer ma nouvelle patronne comme une soeur. Une fois je l’ai vue se laver dans le fleuve et je lui ai tendu la main, pour l’aider à sortir du fleuve. Ayant vu sa beauté je me disais: je serais heureux si j’avais une telle femme. Ma pensée s’arrêtait là. Après quelque temps, pendant que je voyageais vers Kyme en glorifiant les créatures de Dieu, je me suis endormi et un esprit m’a élevé au dessus d’un abîme. Au moment de ma prière les cieux sont ouverts et je vois cette femme (Rodi qui devient la Vierge Marie), que j’avais désirée, m’embrasser et me saluer. » On peut maintenant comparer l’extrait cité avec le passage de Tout va bien si le monastère va bien. Les ressemblances sont remarquables : « Christina: Panagiotaaa.. »
Nous constatons ici la même transformation d’une femme mondaine en dame divine, comme chez Dante et chez Papachristos. Chez Papachristos, d’une part une pensée timidement profane critique l’église, mais en même temps, elle cherche une valeur vraie et mystique parmi les moines des monastères d’Athos. Pour Papachristos comme pour la plupart des écrivains de la littérature contestataire il ne suffit pas de raisonner.
Selon l’anthropologie, à l’opposé du domaine héroïque des symboles d’antithèse il y a le domaine nocturne avec des symboles d’euphémisation des terreurs mortelles en simples craintes érotiques. Le narrateur passe d’un état d’enthousiasme à un désir vide d’objet, puisqu’il se sent déçu de sa rencontre avec le moine Makarios, pour aller ensuite au culte de la Dame, le culte de la femme sublimée. L’hérésie consiste au renversement du dualisme chrétien par une idée des contraires, selon laquelle le principe féminin est nécessaire à l’accomplissement du monde. Si l’on interprète à la façon de l’anthropologie les images qui sont les piliers des romans de Papachristos et Gimosoulis, on dirait qu’ici on a la représentation de la révolution psychique et on trouverait un renversement des valeurs symboliques et une valorisation négative des images nocturnes. L’ambivalence symbolique de Eros, Thanatos, Chronos se trouve à la base des conversions qui achèvent les textes de Gimosoulis et Papachristos.

Pour nous, l’écrivain qui fut un héros de la Révolte de la Polytechnique, est préoccupé de trouver solution au problème politique de la Grèce : comment conjuguer les deux à la fois, le général et le particulier. Cela est exprimé au fond par la question si le pain est égal à la matière et à la notion universelle à la fois. L’action miraculeuse du pain et du vin dans l’Eucharistie est-elle vraie? Son choix est d’ avoir des doutes même s’il s’agit d’une théologie négative selon laquelle d’une part, Dieu n’est pas un être, ni rien de tout ce qui est et d’autre part, il est l’ Etre pur, sans limite de non-être, la source de tout ce qui est. Néanmoins, le narrateur de Papachristos pense que Dieu n’est rien sans ses créatures , car c’est en créant ses créatures que se crée lui-même et alors aucun attribut ne lui convient. Et il ne s’arrête pas à des propositions enveloppant l’incompréhensible, puisqu’ il semble qu’ il n’y a pas de phrases qui unissent le oui et le non : Papachristos évoque le mystique Isaac Syros et cherche le moine Makarios.
A un niveau apparent du récit le narrateur-personnage du Monastère semble balancer entre une vocation sceptique et un besoin de croire à dieu. D’une part se trouve le Symbole de foi qui dit « Je crois en Dieu » et d’autre part l’esprit scientifique qui montre qu’il n’y a jamais eu une création pareille et que Dieu n’est conçu que d’une façon anthropocentrique. D’une part un dieu immatériel a tiré brusquement le monde matériel du néant et d’autre part une telle idée n’est qu’une conception enfantine. Cette ambiguïté ne disparaît pas pendant ce pèlerinage moderne au Mont Athos, puisque le narrateur ne réussit pas à affirmer le dogme messianique: « Je crois en Jésus ». Les inconciliables, donc, restent séparés à cause de son échec de retrouver le « aktiston fos » ( lumière non créée) .
« Soudainement j’ai entendu les cloches sonner très fort… Je vis Georges assis sur son sac de voyage. Il regardait indifféremment les moines descendre les escaliers.. Ensuite je vis Jean vêtu en moine. Il me sourit et il tourna pour me faire voir si la soutane lui convenait bien. Toute la région semblait éclairée, un « tank » jetait ses feux sur nous. J’avais peur et j’essayais de me retirer. Une lueur venait maintenant de l’image de la Vierge qui s’éloignait sur l’ écume. Elle marchait comme si elle était dans les airs, dans son cadre qui la suivait comme une auréole. Les moines nageaient derrière elle. J’avançai jusqu’au bout du rocher pour voir mieux. Mais les moines maintenant s’enfonçaient dans l’eau, il n’y avait pas de salut. Je regardai de nouveau le cadre, dans mon esprit Christine riait maintenant et m’invitait auprès d’elle. Plus loin, je vis Antonis assis à côté de Georges. Il creusait la terre avec son bâton. »
Il y a partout dans le livre une juxtaposition entre le langage profane plein des expressions grossières et l’évocation du miracle. Face au religieux, se déploie le monde laïque des visiteurs, représenté par leur langage profane. C’est dans un tel milieu que le narrateur exprime sa déception à l’égard des mouvements sociaux et son problème existentiel.
Pourtant, le narrateur poussé par un scepticisme accru renonce à saisir la divinité par l’intelligence et cherche à s’ élever vers elle par l’extase. Il déclare que c’est le chaos de la société qui préoccupe son esprit, puisque il semble impossible de penser ensemble l’unité des êtres et leur particularité. Alors, il est en quête d’une preuve que seul le moine Makarios pourrait lui fournir. Le moine Makarios tient la place du mystique Isaac Syros cité souvent par le narrateur. Pourtant, Makarios ne portait pas avec lui la « lumière non créée » et le groupe des pairs critique tour à tour la morale douteuse des moines et des membres du Parti Communiste. Ainsi, le discours de Papachristos ne peut rien dire de dieu et se borne à accumuler des signes particuliers telle l’ “icône qui pleure” et sa rencontre avec le moine Makarios. Mais ces signes qui se contredisent le conduisent à un état entre le mysticisme et le cynisme, ce qui est exprimé par à son rêve qui fait coïncider dans la même personne l’image de sa fiancée et de Sainte Marie. Ainsi, à la fin du compte, dans son rêve son amie Panagiota acquiert une double substance, Panagiota et mère du Christ à la fois. Ainsi, après avoir quitté la trinité et Saint-Esprit, il hésite entre un monde matériel et un monde dualiste, accompagné par l’absence de l’esprit, le produit commun du père et du fils.

3.4.4. L’expressionnisme de Gimosoulis

On va mieux comprendre l’expressionnisme de Gimosoulis si l’on compare son récit avec celui de Kerouac, puisque les deux textes traitent du thème de l’amitié. Il est à noter que l’oeuvre de Kerouac a été traduite et éditée en Grèce en 1981 et était connue à Gimosoulis. Cependant, la ressemblance des deux textes n’est que superficielle. Dean Moriarty, personnage de « On the road », n’est qu’un nominaliste, lorsqu’il affirme: ‘ L’anonymat chez les hommes vaut mieux que la gloire des cieux. Enfin qu’est-ce que le ciel, sinon une idée simple.’
D’ autre part chez Gimosoulis ce sont les liaisons sentimentales qui jouent le premier rôle. En effet, pour le personnage de L’ Ange du moteur, la mémoire est un moyen d’ une recherche plus profonde : Païris est poussé toujours par une obsession et par les vécus douloureux qui lui viennent à l’esprit sans l’intervention du raisonnement. Cette confusion qui caractérise ses actes passe dans la langue du récit qui fonctionne comme une essence dans le sens que nous avons analysé plus haut.
« Il vit à l’extérieur de la salle de billards la HARLEY et entra. Serifis jouait seul au billard situé au bout de la salle. Aussitôt qu’il vit Païris, il lui dit.
-‘Est-ce que tu joues une partie de billard avec moi?’ Païris choisit expressément une queue lourde et solide. Serifis frappa la boule et échoua. Païris dit:
-‘Anghélos n’aurait jamais joué comme ça.’ Et il alluma une cigarette. C’était à lui de jouer. Il frappa la boule tellement fort, qu’elle sauta en dehors du tapis vert. Alors Serifis se moquant de lui lui dit.
-‘Allez, joue encore une fois.’ Païris ne bougea pas, le visage crispé. Le lieu se mit à rougir autour de lui. Une énergie gigantesque le poussait de l’ intérieur. Elle avait envahi tout son corps et cherchait à sortir. La lampe pendue au dessus du tapis vert commença à bouger, bien qu’il n’y eût pas de courant d’air. C’était Païris qui communiquait avec Anghélos Païris avait envie de tuer Serifis, car il avait provoqué le suicide de Anghélos. Il jeta avec toute sa force sa cigarette allumée sur sa poitrine. C’était l’explosion. Serifis commença à dire quelque chose, tandis que Païris attrapait la queue de billard, l’ élevait et frappait avec une force énorme la tête de Serifis. Il répéta le coup à nouveau, plusieurs fois, jusqu’à ce que l’autre s’écroule. »

Une esthétique qui correspond à l’esthétique de la chanson populaire « clephtique »

Nous citons l’analyse d’inspiration allemande de Y. Apostolakis de la langue conçue comme substance par les peuples traditionnels: « Deux sont, selon le critique commenté, les caractéristiques de la chanson « clephtique » (chansons picaresques ): l’individu réel et l’épisode concret. Un exemple en est la « chanson de Milionis » racontant le duel du personnage avec le représentant de l’Empire Ottoman, Souleïman. Pourquoi? S’ il n’y avait aucune anecdote réelle à la base de l’oeuvre, l’affirmation de la bravoure par le groupe manquerait. Chez les plus anciens, tout ce qui se faisait sous le regard du groupe, s’emparait d’une valeur supérieure, car c’était comme si l’esprit de Dieu volait au dessus du monde.
Il faut noter que le nationalisme caractérisant la mentalité du Grec moyen est dû aussi à l’importance de la culture populaire dans l’Enseignement national grec. Le caractère conservateur de l’esprit des chansons populaires est reconnu, parce qu’elles n’ attribuent aucune place à la réflexion dans cet univers organique des communautés grecques pendant l’époque où les Grecs étaient soumis à l’ Empire Ottoman. Nous ne retenons ici que le caractère d’ essence caractérisant la langue des chansons populaires grecques, puisque tout ce qui se dit dans ces produits de l’esprit populaire est nécessaire, essentiel et obligatoire, parce qu’il est identique dans l’esprit de chaque membre de la communauté.
Ainsi, chez Gimosoulis le langage renvoie aux symboles de la culture des déshérités vivant dans les quartiers défavorisés du centre urbain. Face aux difficultés que vivent ces gens, l’honneur, le « filotimo », représente pour eux la seule richesse qui, pour être symbolique, n’ en est pas moins vitale. Ces textes semblent dire: « Le bandit est le vrai et seul révolutionnaire, sans la rhétorique et le bavardage de l’intellectuel ».
Leurs mots renvoient au langage argotique des couches sous-prolétaires habitant les quartiers de Metaxourgeion. Comme il est déjà dit, les sources littéraires renvoient au clephtique et aux idées d’origine allemande de Jean Apostolakis, pour qui le substantif et le verbe caractérisaient toujours ce qui est essentiel dans l’art métaphysique.
Gimosoulis compare son expressionnisme et le langage littéraire qui lui convient avec l’ image du téléphone cassé:
« C’est comme cela se passe avec le jeu du téléphone cassé qui faisait écouter la moitié des paroles et chacun interprétait le reste, comme il lui convenait. »
La participation de l’écrivain narrateur à la passion de son personnage explique son choix du style expressionniste et du type de langage qu’on a nommé langue-essence.
“J’ y vais donc et je trouve Païris avec son ca-mion à Argos. Je ne lui pose pas de questions, car il a perdu la foi et il ne voit pas loin. Il ne cherche à satisfaire que ses be-soins immé-diats pour survivre, comme moi. Il s’irrite, parce qu’ on ne l’ a pas laissé finalement croire en quelque chose”.
Ces traits deviennent plus clairs si nous comparons ce que le narrateur déclare à la fin de son récit : “Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi Païris comme héros et ce qui me pousse à prendre son parti.” avec les déclarations de Costas Gimosoulis citées dans la revue Dendro : “La prose contemporaine ne s’intéresse plus aux expressions de l’ âme, mais elle se borne à décrire la seule surface des choses. »

3.4.5. L’ expressionnisme de Sarantopoulos

La dénonciation opérée par le narrateur lui permet de mettre en cause le « code moral et social ». La comparaison entre le récit cité et la légende de Hiram permet de comprendre le sens de la subversion de toute valeur qui fonde une société : dans la légende de Hiram, trois compagnons tuent Hiram et enterrent le corps, là ils ont planté un acacia, dans la terre remuée. D’autres compagnons découvrirent son cadavre. La signification de ce drame symbolique consiste dans le fait qu’un homme périt victime d’une puissance mauvaise, mais il est ressuscité et par conséquent glorifié dans une existence transfigurée. Hiram c’est Osiris, le soleil, et les maçons se désignent par le nom des “enfants de la veuve”, car veuve est Isis.
Par contre, ce qui se passe dans le texte de Sarantopoulos est l’inversion de la légende de Hiram. Les trois assassins qui tuent César sont envoyés par Loris, le pire de ses ex-compagnons qui a tué la femme otage et victime de viol. Il n’y a pas de sens dans ce meurtre, puisque la société fictive ne fournit aucun système de valeurs aux membres de cette bande. Par conséquent, il n’y a aucun espoir de résurrection.
“Je monte sur la TRIUMPH en m’éloignant du sale trottoir de la discothèque. Cette fos, mon frère, je décolle pour de bon, pour toujours, et je pars seul, dieu et démon sur ma moto. Je déploie mes ailes et je m’élève dans les airs.
Soudain, je aperçois sur le rétroviseur les feux de trois motos qui s’approchent.
‘ Ce sont peut-être les trois cons!’ Je tourne et je me penche. Elles apparaissent au virage. Ce sont trois HONDA sept cent cinquante rouges et trois types au casque et blouson noir.
‘ Que diable ’. Je passe en seconde et je pars, les types derrière moi. C’est un acte intentionnel. Ils m’attendaient, Loris peut-être!”
La bande dont César est le chef se trouvant aux marges de la société se comporte comme une tribu primitive. Le refus de l’autorité du chef par les membres de la bande a beaucoup de ressemblances au refus du chef par les Indiens. Selon P. Clastres, les Indiens instituent le chef et, dans un même mouvement, ils lui dénient tout pouvoir. La rationalité de cette attitude est apparentée à l’attitude des membres de la bande envers César: de même les Indiens neutralisent la virulence du chef identifié à un resurgissement de la nature au sein de la culture pour éviter la coercition liée au pouvoir, de même Loris et les autres attaquent César pour avoir sauvé la femme-otage.
Le dénouement du récit de Sarantopoulos évoque aussi le type de sanction chez les primitifs. En fait, parmi les sanctions surnaturelles il y a la punition après la violation d’un tabou. Cette sanction est automatique et prend la forme de maladies ou de mort qui doivent suivre le crime. Mais dans l’extrait suivant, il n’ y a aucune idée d’un ordre rationnel quelconque.
“La pauvre TRIUMPH est au bout de sa performance! Elle n’a plus rien d’autre à m’offrir! Je roule à 180, eux aussi. Et ils s’approchent.. et ils s’approchent…et moi je ne peux pas m’en sortir.. et ils viennent…et fuuit…la première balle siffle à mes oreilles.. d’autres balles suivent.. et au dernier virage une balle atteint le réservoir et ma pauvre TRIUMPH et moi nous devenons un petit feu de plus, une mouche lumineuse dans les ténèbres de la nuit. »
Si le monde fictif présupposait un droit objectif, le fait que le “ picaro” se peint consciemment tel qu’il est lui permettrait aussi de mettre en cause le code moral et social de “ses supérieurs” et d’ en appeler donc à une juridiction plus élevée dont il attendrait justification et salut. Mais, l’identification de l’être humain à une étincelle qui jaillit de l’enclume signifie qu’ aucune justice n’est possible dans le monde.

4. INTERPETATION GENERALE

4.1. Les rapports entre les traits analysés

Les traits laissés en suspens lors de l’interprétation bornée dans les oeuvres particulières, isolées l’une de l’autre, nous indiquent leurs lieux communs et leurs rapports avec le discours (l’univers culturel ).
.
Etant donné qu’ il y a des rapports entre les traits des oeuvres commentées, si l’on ne rend pas compte de la communauté de ces traits, alors les significations de ces oeuvres resteraient ambiguës et indéfinies.
Ainsi, l’analyse a montré que les rapports qui unissent les aspects de forme des textes examinés sont d’ordre structurel et les rapports qui unissent leurs traits chargés d’allusions sont d’ordre social. Après la découverte du concept général qui réunit les rapports entre les oeuvres citées nous l’avons lié à la crise qui traverse cette fois la société donnée et en particulier le domaine littéraire.

C’est le concept de “communication symbolique” qui nous permet de grouper ces phénomènes par ailleurs distincts sous un dénominateur commun. Cette catégorie de “communication symbolique” est loin de former l’ expression d’une tendance commune, parce qu’ il n’y a pas des convergeances des divers styles dans la littιrature examinιe. Nιanmoins une telle communauté des oeuvres devient possible si l’on prend en considération son caractère négatif : textes contestataires orientés par une optique de communication symbolique n’ont en commun que leur refus envers une réalité commune. Et la logique classique nous apprend que la négation n’est pas une définition de prédicat et, étant indéterminée, elle peut englober des phénomènes différentiés.
Comme on a remarqué déjà, les ressemblances entre les oeuvres étudiées représentent leurs rapports structuraux. La notion qui les généralise peut être désignée comme une forme d’ action basée sur la communication effectuée par le biais des symboles culturels.
Il s’agit bien sûr d’une notion scientifique qui en deux mots veut dire ceci : lorsque deux personnes se parlent, ils échangent des paroles qui ne répondent pas seulement aux besoins présents, mais elles renvoient aux mémoires collectives de la culture.
Transposé dans notre objet d’étude le concept de “communication symbolique” est un mode de rationalité qui donne un sens spécifique aux mots : temps, intrigue, langage, personnage, linéarité, réalité, volonté, valeurs morales. C’est tout. Mais à partir de cette position tout change. C’est comme si nous passons de la clef d’ut à la clef de fa.
Par ailleurs, vu que le caractère des textes donnés est une négation, alors il est clair qu’il ne s’agit pas d’une relation d’ordre cognitif, comme il se passe avec la représentation, mais d’ un rapport d’ordre pratique. Ce n’est pas l’enfant qui porte les caractéristiques de son père, mais l’enfant qui contrarie ou communique avec son père. Ce rapport est développé dans les cadres du texte même, lieu où l’écrivain met à jour son optique de “communication symbolique” de manière qu’il réponde aux problèmes généraux de l’actualité ou plutôt à la logique qui les accompagne.
Alors, le concept de “communication symbolique” ne va pas tout seul, mais il présuppose un rapport d’opposition. L’ écrivain aussi bien que son personnage se trouvent dans un processus de conflit où confrontant l’ « adversaire » adoptent une stratégie en essayant de disposer de leurs ressources et de leurs informations.
Ainsi, le narrateur ou le personnage du texte contestataire grec fait certaines manipulations sémantiques, à savoir des choix de mots et de motifs, de manière qu’il réalise la meilleure interprétation de la situation.
Il transforme les formes et les sens de ses sujets littéraires de sorte qu’il les fasse différentes par rapport au sens de la littérature reçue et à la syntaxe normale.
Les idées des écrivains mêmes confirment le bien fondé du concept proposé. Voyons par exemple les idées de Maro Douka sur le “discours social commun”
« Le problème de la langue était toujours lié aux luttes sociales. Donc la dégradation actuelle de notre instrument langagier est liée à la dégradation de notre vie…une dégradation sentie comme l’ annulation de nos visions et imposée comme conséquence immédiate de la prospérité trompeuse de l’ après-guerre. Quand les idées des militants se transforment en annonces de bonheur et que les références aux transformations historiques se réduisent en oracles populistes, alors les valeurs mêmes qui inspirent le comportement du peuple ne s’appliquent pas dans la vie.
L’ enseignement officiel du grec reflète plus particulièrement les intérêts politiques et idéologiques de chaque gouvernement.. Mais aujourd’hui ce processus imprègne toute la surface du problème.. parce que les connaisseurs actuels et les enseignants de la langue imposent la modernisation depuis le sommet. »
Voyons aussi les déclarations de Costas Gimosoulis citées dans la revue Dendro
« Vous me demandez de vous parler de la décennie ’80. Je ne peux pas répondre à chacune des questions séparément…Entre les crochets de la décennie, la littérature est incluse en tant qu’une parenthèse. La déclinaison de la politique est une autre parenthèse. La retraite des valeurs une autre. Un bâtiment géant s’est effondré devant nos yeux encore pleins de poussière. Nous devenons au jour le jour plus aveugles à cause de l’acceptation sans termes de la technologie. L’intrusion de l’image a diminué le rôle du cerveau. Mais la parole n’a pas disparu. Elle suit un trajet souterrain pour se sauver. Il faut attendre pour trouver des sons nouveaux. Mais il y a des gens qui intercalent des interférences ( line noises). Des installations sont financées pour tisser des réseaux de pouvoir plus puissants pour que le monde soit unifié sous la domination d’ une police universelle toute puissante. Leur but est de séparer le discours du corps, pour que le discours cesse de signifier. La littérature fait partie d’un corps malade. Le mur de Berlin est tombé, mais la « réaction » actuellement n’a pas de sens déterminé et en plus elle est toujours là. Les politiciens ont échoué.. La littérature actuelle manque d’unité. Elle n’a pas saisi le temps comme unique. La nouvelle littérature grecque ne s’appuie pas sur une tradition, comme celle de. Vizinos et Roïdis. La prose contemporaine ne s’intéresse plus aux expressions de l’ âme, mais elle se borne à décrire la seule surface des choses. »
On peut voir que son langage opère une généralisation de ses expériences douloureuses. Chaque fois qu’une situation nouvelle rappelle l’ expérience douloureuse, le personnage réagit avec un comportement identique. Ce fait est exprimé par un langage qui déforme la perception de la situation, car le sujet lui donne une signification particulière, expressionniste. Et il continue à le faire, chaque fois qu’il se trouve devant le “mal de vivre” ( παλιοζωή ). .
Païris ne peut pas échapper à l’ étrangeté de la situation où il est impliqué, mais au contraire il nous fait repenser l’ordre de nos idées sur ce qu’est la littérature et la structure de notre pensée.
Et tout d’abord ce texte met en évidence comment le langage dans son usage actuel nous trompe. Jadis la langue par la médiation du pouvoir divin présentait les mots comme témoins de quelque chose qui dépassait ce qui est présenté dans la vie quotidienne comme vérité. Et le contenu des symboles était toujours quelque chose d’universel. Les symboles représentaient la contrainte sociale et les mots étaient des empreintes représentant les universalia. C’ est une telle vérité que Gimosoulis cherche à présenter par son oeuvre.
« Païris arrive à l’usine de Drapetsona après l’assassinat de son ennemi.
Il passa la porte, entra dans une vapeur de fumées blanches sous le bruit des moteurs. Les vibrations de l’usine imprégnaient son corps. Le paysage industriel faisait partie de son être. Le haut fourneau partait de son complexe solaire et arrivait jusqu’à sa gorge.. Il respira profondément du soufre et se dirigea vers le plateau. Il y trouva son camion et il bondit au volant. A ce moment là, il vit la patrouille de la police, en bas, devant le grand dépôt. C’étaient deux policiers, l’un était assis devant le volant, l’autre était sorti et parlait avec un ouvrier du dépôt. L’ouvrier éleva la main et montra l’endroit où il se trouvait. Païris mit au point le moteur. Il entendait avec une lucidité remarquable l’aller et retour des pistons dans les cylindres. Mais Païris ne savait pas que faire. La police arriverait bientôt et il n’avait pas encore compris comment il était mouillé dans cette affaire.”
Nous devons, donc, caractériser les relations existentielles du protagoniste avec le moteur, les vapeurs et le soufre. Bien que le héros ne peut pas saisir son cas individuel par rapport à la condition générale, pourtant le langage du narrateur en fait allusion. Ce point de vue sur la langue est expressionniste et phénoménologique.
Natacha Hatzidaki par ailleurs présente expressément l’opposition entre “communication symbolique” et “discours social commun” par sa remarque que l’écriture est la chose la plus étrange du monde, car elle est comme une réaction à cette « électricité statique » qui provient de l’intérieur. Le « quoi » de l’écriture dépend du comportement « acrylique » de l’écrivain et la poésie est la réponse autodestructrice à la mesquinerie de la vie quotidienne d’une femme grecque
Il est aussi intéressant de nous informer sur l’opinion de Nasos Vagenas sur la langue : “ Aujourd’hui, notre langue traverse une des phases les plus décisives de son histoire. La crise actuelle est due à deux facteurs : a) à l’institutionnalisation de la démotique et b) aux profonds changements sociaux et culturels. Mais il n’était pas besoin de supprimer le cours du grec ancien dans l’ Enseignement public..Il est besoin d’introduire à nouveau l’enseignement du grec ancien, car il peut nous aider à l’exercice de notre sensibilité de sorte qu’ on puisse saisir ce qui est essentiel dans le flux des produits culturels qui opèrent une vraie invasion à notre pays. La diachronie de notre langue contribuera à élaborer notre goût qui est toujours question de fond”.
En fin Nana Issaïa se prononce pour le caractère codé de la langue:
“Nous devons codifier seulement les mots les plus fréquents et rejeter tout le reste. Je ne suis pas d’accord avec ceux qui s’amusent à sélectionner des éléments langagiers de toutes les phases de la langue.. Cette coutume laisse tous les éléments du langage dans un état nébuleux, alors qu’il est imposé de distinguer entre le centre et la périphérie, car le centre est supérieur et est habité par le discours des écrivains”.
Par ailleurs, en Grèce, depuis 1970, d’après l’analyse de E. Kapsomenos, les cercles de l’intelligentsia progressiste de la Grèce de la jeunesse et des marginaux par l’adoption de l’argot expriment une contestation anarchiste sans message défini. Les intellectuels veulent dénigrer la rationalité de l’idéologie dominante par le renouveau du langage et en même temps de dessiner une autre perspective vers le changement social. De même l’argot des marginaux exprime la réaction des groupes marginaux qui ne peuvent pas être intégrés dans la société. Par le langage déviant les marginaux visent à neutraliser le sentiment de l’exclusion sociale. Leur langage fermé devient aussi un signe de reconnaissance et d’identité sociale, qui consiste dans l’écart.
Or, comme l’enquête empirique que nous avons opérée montre le caractère contestataire des oeuvres examinées, on peut compléter leur définition aux termes des jeux, puisqu’ elles sont parues comme actes de critique.

Plus bas, on regroupe les figures des oeuvres étudiées vues sous l’angle de leur dénominateur commun, le concept de “communication symbolique”.
 Les formes d’interaction entre les personnages fictifs. Le fait que la vie aux yeux des écrivains cités est pleine des conflits dus aux différences profondes entre les gens.
 La nature des représentations par lesquelles les gens font des désignations.
 La déviance.
 La distinction entre la pensée et le langage.
 La distinction entre les valeurs symbolisées et les symboles.
 La mise en doute de la certitude de l’homme du commun que la connaissance est donnée.
 Les désignations
 La présentation de soi
 Le concept de jeux et la présentation de la vie comme un jeu truqué.
 La contestation due à la dégradation de l’intellectuel.
 La négativité des « héros » des textes cités.
 Le constat que les symboles de la culture sont mis en doute.
 Le rejet de la certitude de l’homme du commun que la connaissance est donnée.
 L’ absence d’ une vraie communication entre les gens

4.2. Une remarque d’importance primordiale.
On doit faire attention au fait que dans les thèmes rencontrés dans la vie réelle et dans les sujets littéraires il ne s’agit pas d’une correspondance un à un, entre le fictif et la réalité, parce que nous avons tiré la catégorie de communication symbolique de l’unité de chaque oeuvre. Sans cette condition notre étude ne servirait à rien.

4.3. LE DISCOURS SOCIAL COMMUN SPECIFIQUE POUR LA GRECE

La recherche a décelé toute une série de traits communs que se réfèrent à la mémoire collective et préexistent.
Tout d’abord, il faut distinguer le type de la culture grecque des types culturels rencontrés dans les pays industrialisés. A partir du constat qu’on a ici un type spécifique on ne peut pas appliquer des oppositions entre rationalisme et humanisme. En ce qui concerne la Grèce, ce qui est décisif est qu’ après la guerre mondiale l’Etat formé par les conservateurs a continué la guerre en d’autres moyens. L’anticommunisme mêlé avec l’idéologie « helléno-chrétienne » a été la base de toute politique, de l’éducation et de la littérature officielle. Par ailleurs, la politisation de la société grecque de 1974 à 1982 et la désidéologisation qui l’a succédé ont déformé les notions de la valeur morale et de la valeur esthétique.
Alors que, dans le passé récent, les formes de la vie culturelle de la société grecque avaient un con-tenu cohérent consistant dans la tradition orale du peuple, depuis 1960 le tissu de la tradition orale est rompu, parce que la tra-dition est dépassée historiquement sans être remplacée par la tradi-tion écrite qui se-rait capable de confronter le nouveau mode de vie. L’analyse des phénomènes folkloriques et ethnologiques de la société grecque prouve que l’ es-tompement de deux traditions, orale et écrite, conduit à la disparition de la cul-ture populaire.
Le néo-socialisme du PASOK a donné lieu à un effort de pensée vraiment original qui a exercé une influence déterminante sur de nombreux socialistes et même sur des non-socialistes. Il s’agit d’un socialisme volontariste qui a imprégné le socialisme de valeurs morales et religieuses. Il ne se limite pas au seul prolétariat et le socialisme fait appel à d’autres éléments négligés dans la division marxiste, à la classe moyenne. Ce type de régime combine socialisme et nation et regroupe aussi des libéraux. Une division donc est opérée : d’une part un secteur groupant les industries et d’autre part l’accroissement du rôle de l’ Etat. Une remise des moyens de production du secteur public de l’économie à l’Etat. Les avantages: il est mis un terme à l’exploitation de la classe inférieure par la classe dominante. Les défauts: le danger que présente pour l’individu un régime étatisé. A l’intérieur même du parti plusieurs protestent contre l’assujettissement de l’individu à un état totalitaire. Il faut aussi l’épanouissement de la personnalité.
Ainsi la spécificité de la société grecque présente l’image que décrit Vasilis Filias.
“Dans notre pays, la crise présente une particularité issue du fait que nous sommes devenus une société “post-industrielle” avant de passer par le stade du développement industriel. Il s’ensuit que a) les institutions ne fonctionnent pas bien, b) n’ ont pas pris naissance des cadres moyens susceptibles à résister au flux de la publicité et aux tentations de la société consommatrice et la société grecque est demeurée une société non structurée qui fait détruire ses forces créatrices ». L’éminent professeur constate aussi le fait que la production par des auteurs grecs d’ oeuvres originales se référant à la réalité grecque est très faible. Il attache ce phénomène à la crise culturelle grecque.
Et selon Nikos Mouzelis le sous-développement de la société grecque consiste dans un capitalisme informe qui est un type spécial d’articulation de deux modes de production différents : d’une part le mode capitaliste domine dans la grande industrie, mais d’autre part la petite production domine dans le domaine de l’agriculture et dans l’artisanat. Ainsi il y a une transposition fiscale unilatérale du secteur agricole au secteur du commerce et de l’industrie qui entretient des relations avec L’Europe et les Etats Unis et y transporte ses gains.

L’ aspect du contrôle social du « discours social commun » depuis 1970.

Depuis que la politisation a pénétré dans la vie quotidienne, toute transformation du sommet se répercute à la base, parce que l’ état des choses amène logiquement les officiers et presque tous les citoyens à placer leur opposition sur le terrain politique. Ce fait oppose les employés recrutés dans un même milieu social . Ainsi, à l’échelon inférieur de la société, les expériences de la vie dépendent des cadres intermédiaires.

4.4. LE CONCEPT DE LA “COMMUNICATION SYMBOLIQUE”

4.5. Applications de l’ optique de communication symbolique (Goffman, Habermas)

4.5.1. La communication symbolique comme une technique de mise en doute des opinions des autres gens sur les valeurs existantes

Les deux phases de la critique des valeurs, des institutions et de la littérature

D’ après les extraits cités il s’ensuit que le narrateur n’a pas de réponse sur ce que ce sont les valeurs, mais il apprécie les définitions de valeurs des gens. De là résulte l’importance de l’ interprétation qui domine cette attitude. L’écrivain contestataire adopte la communication symbolique, car il s’intéresse plutôt au processus des prises de décisions dans les instances sociales, qu’à l’évolution de n’importe quelle institution.
Etant donné que la littérature imperceptiblement passait pour de la valeur sacrée grâce à son prolongement aux valeurs morales chez les écrivains martyrs ( Jean Ritsos, Dimitris Doukaris, Tasos Libaditis ), on était grand poète en raison de ses relations personnelles. A la fin, la signification profonde de l’oeuvre ne pèse pas.
La réaction de la part des jeunes écrivains grecs est exprimée par les formes exposées ci-dessous.

4.5.2. Le concept de communication symbolique explique le fait que la littérature examinée est une littérature sémantique (la langue est le protagoniste).

Il est indéniable que la littérature étudiée critique la littérature reçue pour n’avoir pas prêté attention au moyen d’expression qu’est la langue. Cet intérêt pour la langue est dû au dysfonctionnement déjà commenté de la culture grecque consistant en la rupture entre la culture orale et la culture écrite. C’est le facteur qui a conduit au foisonnement de stimules nouveaux. Vu le dépassement des idées stables par le flux des objets et des impressions dans la vie quotidienne, une nouvelle technique littéraire était nécessaire pour l’exprimer.

4.5.3. La place prépondérante du langage dans les dix textes en tant qu’application du concept de “recherche de la communication symbolique”

Les écrivains examinés mettent le langage au premier plan, car le langage, au lieu d’être le support de quelque chose qui se trouve au delà de lui devient le producteur de toute situation. Pour les uns la littérature ne se fait pas passer pour du réel et pour les autres le langage est senti comme une substance. Dans les deux cas, les barrières de l’intrigue sont dépassées.
Ainsi, tous les textes examinés s’occupent plus ou moins des signes et des symboles. Au préalable, nous retenons ici le constat auquel a abouti notre recherche que la littérature examinée est surtout une littérature sémantique, puisqu’elle a privilégié le rôle du langage dans ses produits symboliques.
La récurrence de figures et de schémas, où le langage acquiert une place prééminente dans ces récits met en évidence la nature sémantique de la “communication symbolique”, car au fond ces textes élèvent le langage à la place de protagoniste. Il est évident que la mise en relief des « signes » veut dire: a) que la « chose en soi » est mise en doute, ce qui conduit l’écrivain à la présentation continuelle des « médiations », c’est à dire des formes qui ne se réfèrent pas à une totalité (l’être, le dieu, la société globale). Si ce n’était pas ainsi, alors on n’aurait dans la littérature que de représentations. b) Une autre idée est aussi présupposée aux oeuvres modernes, que personne ne sait ce que c’est une oeuvre. C’est seulement à ce titre que les écrivains construisent toujours des médiations au lieu des représentations. Cette remarque explique le fait qu’une partie des textes examinés présentent une forme d’ « hybride », dont parlait Bakhtine, qui se présente comme:
1) narration directe
2) stylisation des diverses formes de la narration orale traditionnelle
3) stylisation des différentes formes de la narration écrite, semi-littéraire et courante: lettres, journaux, intimes.
4) diverses formes littéraires, mais ne relevant pas de l’art littéraire: écrits moraux et philosophiques
5) discours individualisés des personnages.
Il est important de citer ici les remarques de Bakhtine sur l’essence de la prose narrative, parce que ses conclusions nous rappellent les caractéristiques d’une partie de nos textes, notamment les oeuvres de Hatzidaki et de Geronymaki. Ainsi, selon Bakhtine, bien que le discours romanesque soit un discours poétique, différents courants à différentes époques nuancèrent diversement les concepts du système du langage, de l’énonciation monologique et de l’individu locuteur. La proposition de Bakhtine sur ce sujet constitue un anarchisme linguistique: Ainsi, il prône que le langage unique n’est pas « donné », mais posé en principe et il s’oppose à tout moment au plurilinguisme.

A l’autre bout de l’échelle, si nous appliquons la « courbe de Zipf » comme critère qui définit le type de langage utilisé par Nana Issaïa, nous allons trouver qu’il appartient à ce qui est désigné comme « silence d’en haut ». La « narratrice » se trouve devant une situation dramatique dans sa vie, puisque elle vit seule, s’approche du seuil de la vieillesse et a un caractère, que son compagnon ne pouvait pas supporter. Seul son mysticisme plotinien et volontariste peut lui offrir le moyen spirituel d’échapper à un monde indifférent et hostile. En d’autres mots Nana Issaïa peut trouver une place dans le monde si le sens du monde n’est pas le changement éternel, mais la durée qui fait le monde homogène et donc connu.
« Le monologue d’une lettre, qu’aucun style, aucune phrase inopportune, aucun facteur d’interruption ne serait possible d’altérer, était la seule manière pour exprimer les choses qui n’avaient pas pris de forme précise même pour moi-même… Alors la raison insurmontable de mon silence était la colère. Et la colère dans sa tension initiale ne signifie que le silence, car les paroles qu’on pourrait dire dans une situation pareille, sont susceptibles de briser la vérité, même maximale et universelle. »
Il est évident dans cet extrait que l’esprit de l’écrivain se heurte au ca-ractère matériel de l’art et de la langue qui à cause de son historicité lui paraît un piège. En cherchant l’authenticité elle rêve la transcendance, refusée par l’art. Les effets de telles préoccupations sur le plan esthétique sont manifestés encore par une absence presque totale de l’image et par l’insertion des pages vides dans le texte
L’essence des textes examinés est un rapport qui appartient à la fois au monde et notamment à la société grecque et à la littérature. Cette structure, que nous avons désignée comme “communication symbolique” consiste surtout en une intervention « métalinguistique » des écrivains étudiés sur le “discours social commun”, parce que ces textes font des commentaires sur leur propre sens. Ce point de vue est à l’origine de la production littéraire dont nous parlons qui est une littérature « sémantique », centrée sur la langue.
Le langage, donc, tient un rôle primordial dans les textes que nous étudions. Par exemple Hatzidaki et de Geronymaki mettent le langage au premier plan de façon que le langage au lieu d’être le support de quelque chose qui se situe au delà de lui devient le producteur de toute situation, pour que la littérature ne se fasse pas passer pour du réel.

4.5.4. L’institutionnalisation de la démotique en 1976 et la réaction de la littérature

Pour comprendre les rapports des écrivains cités avec la langue, nous soulignons d’emblée que deux courants sont développés pendant les derniers siècles, celui de la langue savante (surtout à l’écrit) et celui de la langue populaire (démotique). D’ailleurs, la langue grecque moderne actuelle est la langue officielle (en tant que lingua franca, que tous utilisent) à la place de Katharévousa depuis 1976 et elle emprunte à toutes les phases antérieures de son histoire linguistique: la langue classique, la koiné hellénistique, la koiné byzantine tardive et la katharévousa. Ayant conscience de ce fait plusieurs écrivains grecs introduisent des éléments archaïques dans la langue parlée et semblent réfuter le point de vue que le langage unique est « donné ».
L’ éminent critique Alexis Ziras a aussi constaté que le texte de Hatzidaki, comme beaucoup de textes contemporains, ouvrent les cadres du récit vers tous les codes langagiers. En plus, suivant le point de vue de Bakhtine, il observe que, dans les textes de Hatzidaki, de Sourounis et de Douka, coexistent les différents styles langagiers dans le même personnage, parce que le narrateur et le ‘héros’ sont identifiés. Ainsi le discours narratif est mêlé au discours poétique.

L’une des écrivains cités, Hatzidaki, ne représente pas, dans la lan-gue, la succession linéaire des événements d’une histoire. Ainsi, elle évoque quelque chose et en même temps elle évoque les circonstances concrètes, parce qu’elle fait apparaître d’une façon béhavioriste la prépondérance du champ de gestes sur le champ de concepts, parce qu’il n’ y a pas une différen-ciation entre le plan pragmatique et conceptuel. Il s’agit bien sûr d’une tâche difficile de faire apparaître les choses mêmes, représentées par leurs équivalents langagiers dans un texte. Comme elles sont l’ effet d’ un travail prodigieux, les phrases de son oeuvres pénètrent le sens d’une manière extraor-di-naire. Ainsi, alors qu’ au début du récit tout était fusion de l’ espace et des choses, par la suite tout prend sa place dans ce ta-bleau de la vie contemporaine. Ce texte par les moyens de sa méthode littéraire parvient à dessi-ner une perception globale du monde. En un mot, son récit porte sur des unités successives et indé-pendantes, opérant une sorte d’ énumération dans une structure délibé-rément amor-phe. L’extrait suivant par exemple contient des phrases écrites dans la Katharévousa:
“La Police a annoncé qu’après une enquête il a été constaté que Georgios Tasopoulos s’est suicidé pour des raisons inconnues le ministre auprès du premier ministre s’est adressé hier aux étudiants de l’Ecole de Défense Nationale et a développé le sujet ‘ Mass média et leur rôle à la formation de la Politique Nationale.’ ”
d’autres dans la langue de la Bible:
“ Buvez-en tous, ceci est mon sang qui a coulé pour vous, stérilisé et implacable..Prenez et mangez, ceci est mon cadavre de l’Annonce Nouvelle, brisé, démembré et inconscient qui va être répandu en rémission des péchés.”
et d’autres dans la démotique:
“ J’irai boire un wisky sec aux glaces à « Ena », t’ai-je dit, et tu m’as tourné le dos et t’es endormi tranquillement, mais aussitôt tu m’as mis un billet entre mes jambes nues et moi, je suis allée dans la cuisine et je me suis allongée sur les plaques froides du plancher jusqu’au matin.”

4.5.4.1. Les aspects non communicatifs du langage narratif

Dans les textes commentés, souvent la pensée immatérielle est présentée comme identique à l’ énoncé matériel. Prenons comme exemple un extrait de Hatzidaki : “J’avais l’espoir que son bras était de bois…Je le lui ai dit à haute voix” Il s’agit de la scène de la première expérience amoureuse de la narratrice avec un Crétois violent et estropié. La narratrice voyant son bras, une pensée lui vient en tête, que ce bras était une prothèse. Ainsi, le fait que l’ homme énonce à haute voix que son bras était une prothèse donne le dialogue suivant :“-J’avais l’espoir que son bras était de bois” : il s’agit d’une simple pensée jamais exprimée sous forme de paroles : “-Je le lui ai dit à haute voix” : ici on a un énoncé normal. On a alors un dialogue entre la pensée immatérielle et l’ expression langagière matérielle. L’écrivain encore une fois met sur le tapis la communication non verbale basée sur la ressemblance entre une pensée et une phrase langagière. Il s’agit de la forme d’ écart de la littéralité la plus évidente. Ce phénomène central dans les communications a été étudié par Deindre Wilson:
“La ressemblance joue un rôle important dans la communication non verbale. Quelqu’un demande à sa femme à boire lui faisant un geste de boire. Tout objet peut être utilisé pour représenter un autre objet avec lequel il partage des propriétés saillantes. Un énoncé aussi peut être utilisé pour représenter un objet auquel il ressemble. Le style indirect libre l’utilise souvent. Soit qu’ un narrateur dit « il dit la vérité », il le dit du politicien qu’il regarde à la télé, sans citer mot à mot, il résume à l’usage de son interlocuteur la teneur du discours qu’il a entendu. Ce style en littérature représente non le discours mais la pensée du personnage. Ici l’énoncé représente de façon tacite la pensée d’autrui. La ressemblance est entre le contenu de l’énoncé et du contenu de la pensée, comme il se passe dans les métaphores, les approximations d’une conversation.”
Il se passe de même avec les résumés des textes qui sont fidèles dans une certaine mesure, bien que leur contenu ressemble seulement à celui de la pensée que les textes expriment. Et Deindre Wilson se demande, en fin du compte, comment l’auditeur peut reconnaître une telle ressemblance. Quelle est la mesure objective? Pour aboutir à l’ idée platonicienne non acceptée par nous qu’ en dernière instance la littéralité n’ est qu’ un cas limite de ressemblance. Nous abordons le même problème dans les textes des expressionnistes qui établissent une identité idéale sur la stabilité et la répétition de leurs vécus, comme l’avait fait jadis à sa manière géniale Marcel Proust.

4.5.5. La rupture sur le plan du langage littéraire.

Voyons l’ “intervention métalinguistique” des écrivains modernistes sur les codes langagiers de la quotidienneté.
Ce que caractérise les codes langagiers dans la société grecque est une com-munauté apparente et artificielle, parce qu’elle est régie par le pro-fit, la publicité et la propagande. La tendance à privilégier l’aspect syntaxique du langage ac-croît petit à pe-tit dans un cadre où une idéologie technocratique se joint aux moeurs traditionnels. Dans l’ ensemble la langue apparaît comme un ensemble de signes conventionnels qui se présente comme un nominalisme de la vie quotidienne. D’ailleurs, comme l’image et le mot se mêlent on a le glissement perpétuel de l’image vers le langage et vice versa. Ainsi, comme Athènes concentre des populations issues de la pro-vince, être ensemble existe dans le cadre de la fa-mill-e qui se ferme de plus en plus davantage et par ce fait elle devient hostile aux au-tres. Il n’existe pas de code uni-taire et les mem-bres des groupes particuliers perdent conscience d’appartenir à une classe ou à la nation.
Cette situation autorise une série des tricheries, des menson-ges et des manipu-lations. Les mots temps, espace, loi, Etat, monde, vérité, démocra-tie, capital, énergie deviennent non-réalité. Ainsi, les héros révoltés, Païris, la narratrice de Hatzidaki, Baboules de Déliolanis et César de Sarantopoulos s’éloignent des valeurs sociales, morales et religieuses, parce que la société l’avait fait plus tôt. La publicité, en outre, diffuse le message que la société est consom-ma-trice, ce qui n’est pas vrai, puisque la plus grande partie de la population est dé-munie et ne consomme que peu de choses. Le dis-cours de la presse et de la télévision cachent la vérité, car les propos de la fa-meuse liberté propagent le res-pect des droits mais ils ne disent rien sur les réseaux eux-mêmes.
En plus, le “discours social commun” dans le système culturel grec emploie avec un ton de mépris tous les mots qui se réfèrent à la vie sexuelle et aux communistes, présentés comme des bandits. Ces mots sont chargés de toutes leurs significations antérieures qui appartenaient à un code ancien, antérieur à la nature du monde moderne.
Bien que les symboles ne possèdent pas une réalité matérielle, pourtant les effets qu’ils provoquent dans la vie des gens sont réels. Et prendre certaines personnes pour des déviantes devient critique lorsque ces personnes perdent beaucoup plus qu’une amende fiscale. Elles perdent leur réputation. Il en est de même avec l’emploi des formules langagières utilisées par les couches supérieures en tant que signes de prestige social. Etant chargées d’une expérience de discriminations sociales, elles sont devenues signes de discrimination.
Les ressemblances observées entre les textes examinés nous ont donné un ensemble des traits mixtes qui appartiennent à la fois à la structure des textes et à la société dans laquelle ils sont créés et sont lus. Dans ce cas on possède un système des traits socio-structu-rels. La “communication symbolique” en tant que négativité par rap-port au dis-cours quotidien employé dans les pratiques quotidien-nes par les Grecs montre les écarts par rapport aux discours des autres. Cette optique sous-jacente dans les textes examinés af-fi-che à la fois les écarts du héros ou du narrateur par rap-port aux dis-cours des autres personnages fictifs et, du même coup, l’ écart des écrivains cités par rapport au langage de la vie quo-tidienne.
Dans leur style indirect libre, les narratrices des textes de Hatzidaki et de Geronymaki évoquent de scènes de la vie où l’on parle le lan-gage qu’on utilise dans les transactions, sérieusement et le plus souvent iro-niquement. Maro Douka fait usage aussi de phrases employées à l’école, à l’église, à la sphère professionnelle et à l’ autorité ci-vile. Ainsi chez plusieurs écrivains modernes la variété linguistique représentant le langage offi-ciel s’applique le plus souvent avec ironie.
On remarque une liaison étroite entre le langage employé dans des si-tuations concrètes par les personnages fictifs et le com-porte-ment qui y corres-pond: on trouvera plusieurs exemples dans les textes de Hatzidaki, Geronymaki, Douka, Gimosoulis, Sourounis et Sarantopoulos. Par contre, la lan-gue n’est pas vraiment adaptée dans les situations décrites par les textes de Sotiropoulou, Issaïa, Papachristos et, Vagenas. La linguisti-que suggère que la plus petite unité sociolinguistique est un acte de pa-role et est identifiée dans la vie sociale: des plaisanteries, des interjections ou des re-marques. Ainsi chez les écrivains cités nous avons remarqué que des variétés langagières diverses sont utilisées dans des situations diverses. C’est une linguistique au micro-ni-veau qui s’appelle eth-nométhodolo-gie. Nous rappelons ici au lecteur que Erving Goffman, auquel nous avons emprunté la catégorie interactionniste, pratique une doctrine ethnométhodologique.
Chez Hatzidaki, Geronymaki, Deliolanis et Gimosoulis, le hé-ros-narrateur et les personnages passent d’une langue à l’au-tre. La transition se fait dans des moments caractéristiques où un contraste important est intro-duit. La narratrice par exemple de Hatzidaki pas-sant du sarcasme à la prière lyrique se différen-cie selon les situa-tions évoquées:.
(« Εγνώσθη ότι το ευρεθέν εις την οδόν Βαλτετσίου πτώμα, ανήκει εις τον Γεώργιον Τασόπουλον, ετών εικοσιτεσσάρων., φοιτητήν της ΑΣΚΤ του Εθνικού Μετσοβίου Πολυτεχνείου. Η αστυνομία ανακοίνωσεν ότι κατόπιν ανακρίσεων και ερευνών απεδείχθη ότι ο Γεώργιος Τασόπουλος ηυτοκτόνησεν. Οι λόγοι δεν εγνώσθησαν.
Οι σημειώσεις αυτές είχαν κρατηθεί πριν δυόμισυ χρόνια αν και έχω ςήσει παράλογα λίγο ακόμη κι αν κινδύνεψα δεν το κατάλαβα, παρά πολύ αργότερα
όταν ο κίνδυνος είχε περάσει
Δυο οπτικοί θάλαμοιείναι τρία υπέροχα μινωικά πτυελοδοχεία….Θα πάω στο « Ενα » να πιω ένα σκέτο ουϊσκυ με πάγο, σου είπα και μου γύρισες την πλάτη και κοιμήθηκες άνετα, μου έβαλες όμως αμέσως μετά ένα χαρτονόμισμα ανάμεσα στα γυμνά μου σκέλη κι εγώ πήγα στην κουζίνα και ξάπλωσα στις κρύες πλάκες ως το πρωί.
Λόβετε, φάγετε, τούτο εστί το πτώμα μου το της Καινής Διαθήκης
κλώμενον, διαμελιζόμενον και ανίδεον εις άφεσιν αμαρτιών.
Πίετε εξ αυτού πάντες
τούτο εστί το αίμα μου
το υπέρ υμών και πολλώ εκχυνόμενον,
αποστερούμενον και ανοικτίρμον, θέλω να ξανάρθει το καλοκαίρι που σού ΄λεγα …
υφυπουργός παρά τω πρωθυπουργώ ομίλησε χθες προς τους σπουδαστάς της Σχολής Εθνικής Αμύνης με θέμα Μέσα ενημερώσεως και ο ρόλος των εις την διαμόρφωσιν της Εθνικής Πολιτικής». )
« Le corps qui a été trouvé dans la rue Valtetsiou appartient à Georgios Tasopoulos qui avait vingt quatre ans et était étudiant en Génie Civil. La Police a annoncé qu’après une enquête il a été constaté que Georgios Tasopoulos s’est suicidé pour des raisons inconnues
Ces notes avaient été déjà prises il y a deux ans et demi et bien que j’aie vécu absurdement peu, même si j’ai été exposée à un danger, je ne m’ en suis rendue compte que beaucoup plus tard, lorsque le danger était déjà passé.
Deux globes oculaires
sont trois crachoirs minoens excellents…
J’irai boire un wisky sec aux glaces à « Ena », t’ai-je dit, et tu m’as tourné le dos et t’es endormi tranquillement, mais aussitôt tu m’as mis un billet entre mes jambes nues et moi, je suis allé(e) dans la cuisine et je me suis allongé(e) sur les plaques froides du plancher jusqu’au matin.
Prenez et mangez, ceci est mon corps de l’Annonce Nouvelle
brisé, démembré et inconscient qui va être répandu en rémission des péchés.
Buvez-en tous
ceci est mon sang
qui a coulé pour vous, stérilisé et implacable..
le ministre auprès du premier ministre s’est adressé hier aux étudiants de l’Ecole de Défense Nationale et a développé le sujet ‘ Mass média et leur rôle à la formation de la Politique Nationale’ »
Le passage d’un idiolecte à l’autre est dû aux rôles so-ciale-ment déterminés que l’écrivain évoque chaque fois. Lorsqu’elle se ré-fère aux groupes des femmes ma-riées, aux couples modernes, aux conduites sur le plan sexuel, elle choisit la variation qu’utili-sent les membres de chaque groupe pour se par-ler. Geronymaki, Hatzidaki et Douka jouent souvent avec la diffé-rence entre la katharévousa et la démotique. La démotique s’emploie dans les contacts personnels, tandis que, lorsque sont évoquées des rela-tions transactionnelles, la katharévousa donne aux énon-cés une allure ironi-que. D’ailleurs, les contacts représen-tés dans ces récits entre les personnes dé-terminent la variation langagière qui va être utilisée: des contacts avec les amis, les amants ou les membres de partis. Nous avons aussi remarqué qu’ un langage approprié est employé selon l’endroit et selon le rôle du personnage: ville, hôtel, rue, rôle d’ami, rôle de compa-gnon, rôle d’amante. En plus, c’est dans le langage que les personnages fictifs se sont séparés les uns des autres. Dans le texte de Hatzidaki, de Geronymaki et d’autres le contact de-vient chaotique de manière que les contrastes de situation sont divergeants et il se passe comme si deux amis au cours d’une ren-contre s’ apercevaient qu’ils sont étrangers l’un à l’autre.

4.5.5.1. La conception de la langue comme une question de forme. Les formalismes de Geronymaki et de Hatzidaki.

Chez les formalistes grecs, le texte narratif n’est écrit que pour constituer des différences.. Seulement qu’il ne s’agit pas d’un jeu simple, car les formes véhiculent des valeurs, des tranches de vie pleines de références. Chez Geronymaki les personnages sont représentés comme le produit du discours même. L’ époux fouillant les affaires de son épouse défunte essaie de faire exactement ce qu’ elle pratiquait dans toute sa vie : communiquer avec autrui par le biais des symboles. Mais David ne peut pas le faire, parce qu’ il se bornait toujours aux clichés de la vie quotidienne et aux besoins de la communication pratique, sans contact avec les symboles de la culture. Cependant, tous ces vestiges du passé, ces souvenirs, le journal intime de sa femme, même sa photo continuent à ne signifier rien pour lui. Et au lieu de pleurer lui sa femme morte, c’est la défunte qui le pleure, car il est malheureux, puisqu’ il ne peut rien comprendre, même maintenant.
« Κι΄αυτός; Στο πάτωμα ανοιγμένο το παλιό βαλιτσάκι, αγορά της Βιψανίας από κάποιο παλιατζίδικο, αράχνες αναδυόμενες των πηγαδιών, γράμματα, φωτογραφίες, το « βιβλίο » της μισοτελειωμένο, το ημερολόγιό της, ελαφρές σκιές, θροίσματα, τι πλήξη ( ). Πόσο τα βαριόταν πάντοτε όλ΄αυτά. Αλλά σήμερα, νά, πέρασε η ώρα του, ίσως για κάτι τέτοιες ώρες χρησιμεύουν, έ Βίψυ; … Α, νά κι΄αυτή η φωτογραφία…Την έβαλε μπροστά στα μάτια του ο Δαβίδ καιτην κοιτούσε, την κοιτούσε…
Αν τον έβλεπε η Βιψανία θα τού ΄λεγε δεν κάνει να κοιτάς πολλή ώρα στον καθρέφτη Δαβίδ, ζαλίζει ο καθρέφτης. Ω, παραξενιές, περάσανε πια. Κι όμως σα κάτι νά ΄λαμψε στο μυαλό του, εύθραυστο κι΄ευαίσθητο, μια υποψία φλόγας, κάτι πώς να το πει, σα διαύγεια, υπέροχη κι αστραπιαία. Θέ μου τι τού ΄ρθε τώρα… Δεν μπόρεσε να το συλλάβει, πάει.
Η φωτογραφία τώρα είναι πεσμένη στο χαλί, δίπλα στη μεγάλη πολυθρόνα. Ενας άντρας όρθιος έξω από τον τοίχο του νεκροταφείου σαν κάποιον να περιμένει. Με μαύρα γυαλιά του ήλιου. Γύρω-γύρω όλα είναι χιονισμένα. Ομως τώρα έχουμε Μόη. Κόνας συγγενής της θά ΄ναι, κάποιος απ΄το σόι της, χασμουρήθηκε ο Δαβίδ, άαααχ, μια φάρα ήταν όλοι, θεοσχωρέστους, ασυνεννόητοι, καλά τό ΄λεγε ο θείος του. Αλλα τους έλεγες, άλλα καταλαβαίνανε. Κακήν κακώς πήγανε, φάγαν το κεφάλι τους.
Εγειρε στον ώμο του, το τελευταίο του βλέμα έπεσε στα κιτρινισμένα χαρτιά της, οι καθρέφτες, ψιθύρισε. Απ΄την πόλη έρχομαι και στην κορφή κανέλα. Ούτε για ένα καθρέφτη δεν είδα να γράφει μέσα. Τον πήρε ο ύπνος στην πολυθρόνα, βράδυασε. Ούτε φωτογραφίες ξεχώριζες πια ούτε γράμματα.
Ξέχασέ τα όλα αυτά Δαβίδ, κοιμήσου. Και να καταλάβαινες, ποιο το όφελος. Τίποτα. Δε βγαίνει τίποτα. »
« Après la mort de Vipsania, David rêve : sur le plancher, la vieille petite valise ouverte, achetée par Vipsania dans une brocante, décorée d’ araignées de puits. Partout des lettres, des photos, son « livre » inachevé, son journal intime, des
frissonnements, quel ennui [ ]. David s’ennuyait toujours de tout ça. Mais aujourd’hui ils lui ont servi de passe-temps. Peut-être parce qu’ à des moments comme ça, ils servent à quelque chose…Et il regardait sa photo…Si Vipsania l’avait vu, elle lui aurait dit qu’ il ne faut pas regarder longtemps dans le miroir, David, le miroir étourdit. Mais quelle bizarrerie, heureusement que tout ça est passé. Pourtant, quelque chose étincela dans son cerveau, fragile et sensible, un soupçon de flamme, quelque chose, comme une lucidité, culminante et momentanée. Mon dieu, qu’est-ce qui lui arrive maintenant… Il n’a pas pu le saisir.
La photo se trouve maintenant tombée sur le tapis. Un homme debout derrière la balustrade du cimetière semble attendre quelqu’un. Il porte des lunettes noires pour le soleil. Tout autour, tout est recouvert de neige. Mais nous sommes en mai.
Peut-être est-il un de ses parents… Ils étaient tous des fous-furieux, peu susceptibles à communiquer, comme me disait mon oncle. On leur disait une chose et ils en comprenaient une autre. Ils ont mal tourné. Ils ont été foutus par leur faute.
Elle s’est inclinée sur son épaule, son dernier regard (il s’agit de lui maintenant) est tombé sur ses papiers jaunis, les miroirs, chuchota-t-elle. Des bourdes! je n’ ai trouvé nulle part ces miroirs dans son journal intime. Le sommeil l’a envahi sur le fauteuil. La nuit est tombée. On ne pouvait plus distinguer ni photos, ni lettres.
Oublie tout ça, David, dors. Même si tu comprenais, rien ne changerait. Ca ne marche pas. »
Dans le passage, reviennent plusieurs fois les termes de l’opposition entre les deux discours, celui du veuf et celui de la défunte : d’une part la valise ouverte, l’étincelle passagère dans le cerveau de David, le soupçon de flamme, la photo, les parents fous-fourieux, leur incapacité de communiquer directement avec autrui, les miroirs chargés par une signification spéciale et le journal intime ; d’autre part l’homme du commun, insoupçonné, qui n’apprécie pas les « miroirs », ni les journaux intimes, ni l’ouverture de l’esprit vers d’autres horizons. Alors c’est la défunte qui le pleure, puisque c’est lui le mort. C’est là le sens du titre Ca ne marche pas.

4.5.5.2. Le langage comme lieu de possibilités expressives

Le discours indiscipliné de Hatzidaki fait montre des possibilités expressives du langage. Dans le même paragraphe, des arrangements de propositions violant les règles élémentaires du discours tirent leur sens, à part des signifiés mêmes, de l’ enchevêtrement des personnes grammaticales. L’ acte de dépuceler la fille est ainsi représenté nu, vrai et violent en dépit des normes grammaticales.
“ A la cui-sine nous nous sommes disputés. Il m’ a attrapée par les cheveux et m’ a frap-pée. Elle me bat avec son pied – tu dois enfin prendre ta décision – et elle m’a coupé la joue de son ongle jusqu’aux gencives, Thomas l’ a aidée à ramasser le sang avec un morceau de coton”. Nous présentons ci-dessous en grec et en français l’ensemble de l’unité de sorte que le connaisseur du grec puisse apprécier la technique de l’original.
Faisons aussi attention à la technique de la succession des majuscules aux minuscules qui met en relief la mise en dérision des grandes paroles de l’ Evangile. D’ailleurs, l’ acte d’amour ici est la réduction de toute communication : “ JE DIS ALORS suivez l’esprit et n’ obéissez pas au désir de la peau et pendant que je le re-garde avec stupeur, allongée sur le plancher, IL EST TOMBE sur moi.”
On doit ajouter les deux références philologiques, l’ une au vers de Denis Solomos, le poête national de la Grèce ( qui à son tour l’ avait emprunté à Shakespeare ) : “ Το μπαμπάκι που λες και ξεκολλιέται ” et l’autre à l’ Evangile : “ Περιπατείτε κατά το πνεύμα”.
Mais il y plus ; Par la technique de l’alternance du tu et du il grammaticaux une partie de la communication passe du sujet grammatical sur le sujet parlant. Le je en tant que catégorie grammaticale et objective donne sa place au moi parlant de la narratrice. Mais c’est un passage de l’objectivité à la subjectivité qui quoique proche de la poésie lyrique n’a aucun rapport avec la prose lyrique de la Décadence.
Les écrivains contestataires grecs dépassent la définition de la communication selon laquelle elle implique un locuteur, un auditeur et un troisième terme; la personne ou la chose dont on parle est ambiguë.
Les oeuvres citées montrent que le sujet parlant est toute autre chose que le je. Le tu aussi est distinct du toi écoutant et le il du lui parlé. C’est une personne objective. Le ‘loquens’ observe ce je qu’il détache de lui-même pour lui attribuer un temps un espace et les autres modalités de son existence parlante. Mais d’autre côté l’expressivité est un attribut du sujet parlant au moment où il est en train de parler. Lorsque le narrateur des oeuvres analysées dit « Va t’en », sur un ton coléreux, la colère n’ est pas celle du tu ou de lui, mais de celui qui prononce ces mots. Alors l’expressivité est par définition subjective, mais d’une subjectivité qui est celle du sujet parlant car le sujet grammatical est toujours objectif. Comme le je du narrateur est plus subjectif que le il, ou le tu, c’est le je qui est utilisé à la littérature expressionniste.
Voici maintenant un exemple pris dans le texte de Hatzidaki où la narratrice joue avec l’alternance des personnes grammaticales :
( « Υποκρίθηκα πως δυστυχώς δεν μπορούσε να υπολογίζει σε μένα ΑΥΤΟΣ Ο ΒΗΧΑΣ ΜΕ ΒΑΣΑΝΙΖΕΙ ΔΙΑΡΚΩΣ και τα ζεστά που πίνω επιδεινώνουν γενικώς την κατάσταση
Τότε χτύπησε το κουδούνι
Ηταν ένα αγόρι με γυαλιά, τον έλεγαν όντως Θωμά
Στην κουζίνα τσακωθήκαμε.
Με άρπαξε από τα μαλλιά και μου χτύπησε το κεφάλι στον τοίχο. Με χτυπά με το πόδι της-πρέπει τέλος πάντων να το πάρεις απόφαση και με το νύχι της μου έσκαψε το μάγουλο ώσπου το δάχτυλό της συνάντησε τα σφιγμένα μου ούλα, ο Θωμάς τη βοήθησε και μάζεψαν το αίμα σε ένα βαμβάκι. Υστερα κάτω από τη λάμπα το μοιράστηκαν σιγά σιγά κόβοντας αργές μπουκιές…
ΛΕΓΩ ΛΟΙΠΟΝ
περιπατείτε κατά το πνεύμα και δε θέλετε εκπληροί την επιθυμίαν της σαρκός.. και καθώς τον κοιτάζω με απορία και προσπαθώ να του χαμογελάσω όπως είναι ριγμένη στο πάτωμα ΕΠΕΣΕ επάνω μου. »)
“Je faisais semblant que, malheureusement, il ne pouvait pas compter sur moi, CETTE TOUX ME TOURMENTE TOUT LE TEMPS. A ce moment-là, on a sonné à la porte. C’était un garçon qui portait des lunettes, on l’appelait en effet Thomas. A la cui-sine nous nous sommes disputés. Il m’ a attrapée par les cheveux et m’ a frap-pée. Elle me bat avec son pied – tu dois enfin prendre ta décision – et elle m’a coupé la joue de son ongle jusqu’aux gencives, Thomas l’ a aidée à ramasser le sang avec un morceau de coton. Ensuite, sous la lu-mière de la lampe, ils l’ont partagé petit à petit et l’ont mangé… JE DIS ALORS suivez l’esprit et n’ obéissez pas au désir de la peau et pendant que je le re-garde avec stupeur, allongée sur le plancher, IL EST TOMBE sur moi.”
L’idée, donc, sous-jacente met l’accent sur la liberté au niveau de la syntaxe. Ainsi on a l’impression que c’est la langue qui détermine le contenu et pas l’inverse. L’ écrivain considère les gestes, les paroles et les comportements de la vie comme ridicules et incompréhensibles, car elle les regarde sous une autre perspective que celle qui est en usage dans la vie quotidienne. Tout ce qui est habituellement compréhensible y devient absurde. La réalité est non familière. Ainsi l’ écrivain révèle au lecteur la non-réalité du monde dans lequel nous vivons.
Selon notre hypothèse, Geronymaki et Hatzidaki libèrent l’homme de son assujettissement linéaire et font éclater le système de perception fermé introduisant la multiplicité des points de vue, la simultanéité du temps et la « réalité » d’un monde où tout se passe en même temps. Par une telle démarche le moi parlant de ces écrivains peut enfin s’exprimer sans médiateurs, car leur langage devient vivant et leurs sens acquièrent la synesthésie souhaitable par le chevauchement des mots de diverses sensations dans le même paragraphe.

4.5.5.3. Le langage conçu comme une essence chez les expressionnistes.

On peut noter au préalable que le terme de discours phatique que nous appliquons ici est introduit par la recherche sociologique la plus objective.
A l’opposé de l’usage formaliste du langage, la langue fonctionne comme essence dans les trois oeuvres expressionnistes, de Sourounis, Sarantopoulos et Gimosoulis. La langue obtient le statut d’une essence, lorsqu’elle fait partie d’une ambiance spécifique d’action dans un groupe traditionnel. Joshua Fisher, socio-linguiste, affirme que chez les communautés traditionnelles le langage est une substance. Ce mode de communication est désigné phatique et intentionnel parce qu’ au fond il s’agit d’une communication non verbale, différente de la communication syntactique ou conceptuelle.
Le terme de la communication phatique est introduit dans la science en 1930 par Malinowski dans son essai « The Problem of Meaning in Primitive Languages », inclus dans le livre de C. K Ogden,. et I.A Richards, The Meaning of Meaning. Ainsi, la communication phatique consiste en une communication émotive, réalisée parmi des gens réunis dans le seul but d’avoir un contact et une solidarité sans la médiation de la pensée. Dans ce sens les mots « halo, ça va, bon jour » sont des mots qui n’ont d’autre but que d’établir une chaleur et une situation opportune.
Le monde extérieur est perçu ici sous le prisme du monde intérieur de l’écrivain. C’est sous l’effet d’un tel emploi du langage que le narrateur parle directement sans passer par le système des pronoms, comme il se passe chez les narrateurs de La Nuit et des Joueurs qui sont des « narrateurs parlants » et s’expriment directement. Le discours principalement dans ces trois textes ressemble à la langue parlée et il est parsemé par des impératifs, des interjections et des phrases elliptiques.
En outre, plusieurs scènes des textes cités contiennent des expressions qui exercent leur influence non par la parole, mais par des actions de fait, comme l’ enlèvement (Sarantopoulos), les tortures (Sarantopoulos), les dépossessions (Sourounis), les offenses et le « filotimo » qui signifie sentiment de l’honneur (Gimosoulis), perte de fonction (Sourounis), mise à l’écart (Hatzidaki, Sourounis ), humiliation (Gimosoulis), dérision de l’entourage (Sourounis ). C’est pourquoi dans ces textes la règle de littéralité est enfreinte, parce que le principe de la ressemblance domine au lieu du principe de l’identité de la grammaire classique.
Ainsi, nous avons relevé dans les textes commentés un grand nombre d’énoncés « illocutoires » qui sont expression de deux choses à la fois : le personnage dit quelque chose et du même coup manifeste une autre chose, par exemple un sentiment quelconque. Nous avons aussi relevé des endroits dans les textes où les personnages répondent ou interrogent par des gestes. Par exemple, un motard qui roule derrière César dans la Nuit, lui exprime son désir de passer en avant en lui faisant des gestes et des signes avec sa motocyclette. L’explication sous-jacente du caractère substantiel du langage des textes « néo-expressionnistes » relève d’une thèse philosophique qui s’analyse ainsi: si les signes linguistiques sont conventionnels, donc, il n’y a de ressemblance que dans les onomatopées et dans les métaphores, où le nom d’une chose fait le signe d’une autre.

4.5.6. L’optique de “communication symbolique” en tant que critique des institutions sous la forme de parodie

Parodie des tournures du style langagier de la Police et des prières vers Dieu.

Dans le récit Rencontre-la ce soir de Hatzidaki, la langue savante (katharévousa) des annonces de la Police va de pair avec la brutalité de ses pratiques et donne un résultat bouleversant. Les annonces de la police en Grèce avant la réforme de 1976 étaient écrites dans le style de la langue savante, incompréhensible et lointaine pour le Grec des couches inférieures. Le fait que les tortures opérées par la police sur les détenus sont écrites dans cette langue donne un tour ironique.
(« ΣΗΜΕΙΩΣΗ Νο 2: Υπεκφαίνονται τάσεις υπεκφυγής, με αντικειενικό σκοπό την παραπλάνηση του αναγνώστη. Ως εκ τούτου η διάρκεια διοχέτευσης ρεύματος υψηλής τάσεως. προς επίτευξιν εγκαυμάτων βαρυτάτης μορφής και τελικού σμπαραλιάσματος, του περιφερειακού νευρικού συστήματος. της -του συγγραφέα, θεωρείται απαραίτητος. Ηλεκτροσόκ επί των όρχεων ή των μεγάλων χειλέων, των θηλών και των βλεφαρίδων, επί των ρινικών πτερυγίων, των λοβών των ώτων και της ουροδόχου κύστεως, συνιστάται κατ΄εξαίρεσιν εις άτομα τυπικώς άρρενα, τυπικώς θήλεα. παρουσιάζοντα ηυξημένην ευαισθησίαν επί της έδρας και ειδικώτερον ευαισθησίαν εντοπιζομένην εις το δαχτύλιον tou πρωκτού: όθεν συνιστάται ο έλεγχος δια του αντίχειρος.. »).
« NOTE no 2: Des tendances de détour sont constatées visant à tourner le lecteur en dérision (c’est toujours le style de la police écrit en langue savante). Par conséquent, l’augmentation de la durée du courant électrique afin de provoquer des brûlures trop graves sur le système nerveux de l’écrivain est considérée comme indispensable. Electrochoc est indiqué sur le pubis ou sur les lèvres du pubis, sur les aréoles, sur le nez et sur les paupières. On lui conseille particulièrement la sodomisation. Commentaire: la femme torturée considère qu’il est utile d’ ajouter les traits ci-dessous pour la facilité du lecteur: elle a vingt neuf ans, elle n’a pas de toit fixe, ni de profession, ni de revenus, ni de compte en banque ».
Dans l’ emploi du morphème δαχτύλιον, le x de la démotique au lieu de δακτύλιον met en dérision tout cet édifice de la Katharévousa.

4.5.7. Parodie des emblêmes nationaux et des valeurs morales de la société
4.5.7.1. Parodie de la statue de Nelson situé à Londres

. Dans la dernière scène de son récit la narratrice se moque de la statue de Nelson, située à la place Trafalgar de Londres et par cet acte elle évoque ce que disait le philosophe Stilpon de Mégare à propos de la statue d’Athéna situé en dehors de Parthénon: « Athéna est la fille de Phidias et non de Zeus ». Dans les deux cas les notions générales (nation, dieu, héros national) n’ont pas de substance. Chez Hatzidaki la parodie avance beaucoup plus loin, puisqu’elle dénonce le système social même, basé comme il est sur les relations patriarcales.
(« Η Ντόρα αποφάσισε να την επισκεφθεί. Η μητέρα του συζύγου της ήταν όντως εκεί. Καθισμένη με την πλάτη στην πολυθρόνα ακουμπούσε το αριστερό της πόδι σ΄ένα μαλακό πουφ και το άλλο σε ορθή γωνία πατούσε σταθερά στο πάτωμα. Στα χέρια της ένα πελώριο μωρό, τυλιγμένο σε φίνες φαρδιές πάνες, με τα αντρικά του πόδια σε πλήρη ανθοφορία τριχών, θήλαζε αργά και με απόλαυση από τον καταρρακτώδη μαστό της μητέρας του. Είχαν και οι δύα τα μάτια κλειστά παραδομένα σε μια σιωπηλή ένταση. Η Ντόρα οπισθοχώρησε αργά. Στάθηκε για λίγο στο διάδρομο. Υστερα πήγε στο δωμάτιό της και στάθηκε στο δικό της παράθυρο. Στο βάθος του ορίζοντα, όχι πολύ μακριά, ο ναύαρχος Νύλσων ήταν όπως πάντα γενναίος και μόνος στην κορυγή της φαλλικής στήλης του. Νόμισε πως τα χαρακτηριστικά του της ήταν οικεία. Κότω από το ναυαρχικό του πηλήκιο, σκουπίζει με τη γλώσσα λίγο γάλα που στάζει στα χείλη του και της ψιθυρίζει κλείνοντάς της το μάτι: -Θηλάζω, άρα υπάρχω. Επίλογος: Αυτά τα λόγια είπε η γυναίκα που φορούσε δυο χρυσές αράχνες στ΄αυτιά της. Αλλωστε η Κριστιάνα δεν είχε συναντήσει ακόμη τον Ντόριαν Γκάλβεστον, αλλά είχε τη χειρότερη γνώμη γι΄αυτόν. Στο κάτω-κάτω, αυτός ο Ντόριαν, δεν ήταν παρά ένας πλούσιος, κακομαθημένος πλαίη-μπόυ, που κολλούσε θρασύτατα σ΄όλες τις κοπέλες των καλών, αλλά ξεπεσμένων οικογενειών. »)
« Dora, cherchant son mari entre dans la chambre de sa belle-mère. La mère de son époux était en effet là. Assise dans le fauteuil elle avait placé son pied sur un pouf. Entre ses mains un bébé énorme, enveloppé par de larges linges, avec ses jambes d’homme adulte poilues, tétait lentement avec plaisir les seins de sa mère qui tombaient comme une cascade.
Dora recula lentement. S’arrêta pour quelque temps dans le corridor. Ensuite elle alla dans sa chambre et se tint debout devant sa fenêtre. Au fond de l’horizon, pas très loin, l’amiral Nelson était comme toujours brave et solitaire à la pointe de son obélisque phallique. Elle avait l’impression que ses traits lui étaient familiaux. En dessous de sa casquette d’amiral il léchait un peu de lait qui coule sur ses lèvres en disant: « Je tète, donc je suis ».
4.5.7.2. Parodie des symboles de l’ église

Dans le paragraphe suivant pris dans le texte de Sourounis, apparaissent les termes de l’épicerie et de l’église dans le même ensemble dans une alliance dérisoire.
(« Καθόμασταν τότε σε τούτη τη χαραγμένη πλάκα της βρύσης στην κορυφή του δρόμου, με κουρεμένα κεφάλια κσι περιμέναμε να πέσει ο ήλιος…
Σήμερα, εκτός από την εκκλησία και το σπίτι του μπακάλη, ελάχιστα πράματ θα βρεις να έχουν αλλάξει. Ομως αυτά τα δυο δικαιολογούνται. Και τα δυο είναι απαραίτητα, γιατί πουλούν με πίστωση. Και έχουν ανάγκη από Θεό και από λάδι οι άνθρωποι του δρόμου αυτού για να κρατηθούν στη ζωή. »)
« Pendant ce temps-là nous nous asseyions la tête rasée sur la pierre de la fontaine jusqu’ au coucher du soleil… Depuis, les seules choses qui ont changé sont l’église et l’épicerie. Mais toutes les deux sont justifiées. Toutes les deux sont indispensables, car elles vendent à crédit, puisque les gens de cette rue ont besoin de Dieu et d’huile pour rester en vie. »

4.5.7.3. Parodie de l’esprit conservateur de l’ Organisme National de la Manufacture

Dans le texte de Hatzidaki, on retrouve une tendance du Grec de faire des allusions ironiques sur tout ce qu’il hait ou méprise. Mais la narratrice va plus loin en mettant ensemble un acte qui est tellement méprisé par le peuple et un produit de l’Organisme National de la Manufacture, géré jadis par les cercles les plus conservateurs.
(« Ετσι ξέχασα τα πάντα γύρω από σένα και τη νοσηρή σου μανία για την Ακρόπολη, με κοίταξαν καλά καλά όλοι και δεν είπαν τίποτα, ύστερα αυτός σηκώθηκε και κρατώντας σφικτά το πέος του άνοιξε ένα μπαούλο και έβγαλε ένα πακέτο από γκλασέ χαρτί του Εθνικού Οργανισμού Χειροτεχνίας. Το άνοιξε προσεκτικά, πάντα με το ένα χέρι ενώ με το άλλο εξακολουθούσε να αυνανίζεται ».)
« Ainsi j’oubliai tout sur toi et ta manie malsaine de penser à l’Acropole, ils m’ont regardée tous et ils n’ont rien dit, ensuite lui, il s’ est levé et serrant son pénis, a ouvert un coffre et en a retiré un paquet de prospectus en papier glacé sur l’ Organisme National de la Manufacture. Il l’ a ouvert soigneusement d’une seule main, tandis qu’avec l’autre il continuait à se masturber »
La mention du sexe et de l’acte sexuel dans des images caricaturales, confortées par des expressions de la langue vulgaire, comporte une parodie du comportement pudique de la classe petite bourgeoise et de sa littérature caractérisée par un moralisme à l’égard des rapports sexuels. Notons d’ailleurs que la description ou la mention des mots et des actes « profanes » jusqu’ aux années septante était quelque chose d’ impensable, surtout si de tels actes étaient commis par des femmes-écrivains: Hatzidaki, Sotiropoulou, Deliolanis, Geronymaki, Sourounis. Description de l’acte sexuel: Sotiropoulou, Hatzidaki, Deliolanis, Sarantopoulos, Sourounis. Mention d’autres fonctions de l’organisme humain: Excrément des matières de l’organisme.

4.5.7.4. Parodie du puritanisme de la petite-bourgeoisie grecque

Le passage cité ci-dessous parodie le type moralisateur qui avait imposé dans le passé ses valeurs à la culture grecque. Etant donné que la morale des Grecs de la classe moyenne avant et après la dictature est centrée sur le comportement sexuel de la femme, l’ emploi de l’argot par une femme afin de décrire des actes sexuels des petites bourgeoises constitue une hardiesse libératrice.
« Ησαν μαζί κάθε βράδυ, ζωγράφιζαν όρθια πέη στα στόματα αφελών νοικοκυρών, στις διαφημιστικές σελίδες εβδομαδιαίων περιοδικών, αγόραζαν λαδερά από την ταβέρνα της γωνίας-είναι καλό να έχετε μερικά πέη στο δωμάτιό σας έστω και ζωγραφιστά-Παιδί μου Βέτα πως έγινε έτσι η φωνή σου από τα τσιμπούκια, πότε επιτέλους θα κόψεις όλες αυτές τις ακάθαρτες συνήθειες, Τώρα θυμούμαι το θάνατό σου Θέλω να πω την ήρεμη και απαθή κατάκλισή σου στη μέση της σάλας. Σου τραβώ το σεντόνι και είσαι γυμνός. μ΄ένα μεταλλικό καθετήρα στο πεθαμένο σου πέος, η κοιλιά σου σαν βούτυρο λιώνει μέσα στη λεκανοειδή της κοιλότητα, κρύα καλύπτονται τα γεμάτα σου έντερα, πάρε ένα σταφύλι να το έχεις στο χριστιανικό σου νεκροταφείο για υγρασία, πάρε και ένα χάρτινο κουτί να φτύνεις όταν σου έρχεται βήχας ή να εκσπερματώνεις στον τελευταίο ασπασμό ».
« Ils étaient ensemble chaque soir, ils peignaient des pénis dressés dans les bouches de dames naïves ainsi que dans les pages publicitaires de magazines hebdomadaires; ils achetaient des plats prêts à emporter à la taverne du coin -il est bon d’avoir quelques pénis dans votre chambre, même s’ils ne sont que peints- Veta, mon enfant, comme ta voix est dégénérée par les pipes, quand vas-tu enfin arrêter ces sales habitudes?”
Maintenant j’évoque ta mort, je veux dire ton air indifférent et impassible d’ être couvhé au milieu de la salle ( de la morgue ). Je te tire le drap et t’es nu, avec une sonde métallique dans ton pénis décédé, ton ventre fond dans ton bassin comme du beurre; froids, tes intestins sont recouverts, prends un raisin pour l’avoir dans ton cimetière chrétien, afin d’avoir de l’humidité, prends encore une boite de papier pour cracher chaque fois que tu tousses ou pour éjaculer pendant le dernier baiser. »

4.6. LE CONCEPT DE “SOI” COMME UNE DES FORMES DU CONCEPT DE “COMMUNICATION SYMBOLIQUE”

Dans la plupart des textes l’essentiel est une telle représentation du rôle du personnage fictif, que le “soi” ne soit pas tra-hi.
Dans la société actuelle l’accent est porté sur le réseau de positions sociales, parce qu’ étant donné que les rôles de chaque individu sont très divers, il n’est pas possible de fonder leur apprentissage sur une théorie d’intériorisation des modèles culturels communs. La vie donc est question d’anticipations et de rôles qui se définissent par rapport aux autres rôles. Alors, le culte de la personnalité morale avec une intériorisation du rôle n’a aucune valeur dans la société actuelle.
Le soi dans les oeuvres étudiées se dégage de l’action entre les protagonistes des situations de la vie. Alors, lorsque le personnage fictif est obligé de prendre ses distances par rapport aux va-leurs de son ambiance, il est poussé par les autres à la déviance.
En effet, nos analyses ramènent à ceci : pour la nouvelle littérature grecque, la “communication symbolique” est une forme de rapport au présent et surtout un mode de relation qu’il faut établir par rapport à soi-même.
Nous citons par exemple parmi les écrivains et les lecteurs contestataires plusieurs qui ont participé à l’ insurrection de l’ Ecole Polytechnique au 17 novembre 1973. Dimitris Papachristos mérite d’être mentionné ici. Par ailleurs, les textes d’une ving-taine de résistants à la dictature, publiés par l’écrivain Dimitris Papachristos dans la collection sous le titre “Par après”, con-firment l’image des jeunes contestataires, lecteurs ou écrivains que nous avons présentée dans ce travail. On peut ajouter les noms d’ une pléiade de professeurs universitaires comme Dimitris Maronitis, Dimitris Fragou, Aristotelis Manesis, Dimitris Tsatsos et Dimitris Fatouros.

4.6.1. Noms propres vides d’ essence

Dans nombre de textes les personnages ne sont pas créés par des situations psychologiques, mais par l’activité langagière des écrivains. En particulier, chez Hatzidaki, Sotiropoulou et Vagenas les personnages ne s’élèvent point à l’existence, mais, au contraire, ils sont réduits à des noms vides, comme les ombres.
Le lecteur averti comprendra facilement la différence entre le fait que chez Hatzidaki d’une part les noms propres ne sont que d’ombres, « nomina flata », sans histoire et sans évolution, mais d’autre part les détails sensoriels alliés à ces noms propres sont tellement vrais, qu’ils déchirent le coeur. Et puis, il est connu que le scepticisme et l’empirisme depuis les sophistes n’acceptent la vérité que dans les choses perçues. Chez Hatzidaki, il s’agit de quelque chose de plus, puisque la narratrice dénonce la pauvreté du “discours social commun” qui est surtout conceptuel. Il est vrai que la plupart des gens ne pensent pas beaucoup à la richesse de sens que comportent les mots, puisqu’ils répètent l’image du mot écrit et rétrécissent son sens.
Nous relevons la distinction commentée plus haut dans les quatre portraits des humbles femmes qui fréquentent le Lancashire hôtel de Londres, avec leurs compagnons: Marion, une belle Canadaise qui avait un copain, Johny, Holy avec Lucky, Mo et de Phyllis.
On renconte la même absence de noms propres chez Sotiropoulou. Ainsi, la narratrice du Congé de trois jours à Yannina appelle son compagnon par un nom archétypal, Robinson : “ ‘J’ ai réservé une chambre’ dit l’ ami à côté de moi. -‘Robinson’. – ‘ Ta gueule’ » Nous nous sommes assis autour de la table. La femme nous a servi et a disparu. Lui, ne mangeait presque rien. L’ homme était debout à quelques pas de moi. ». De même ni les camionneurs, ni les clients du restaurant ne sont désignés par des noms propres. Il n’y a pas de noms propres dans ce récit, car les relations sont présentées comme archétypales.

4.6.2. Noms propres pleins d’essence

A l’opposé des textes formalistes, on retrouve chez Gimosoulis, Sarantopoulos et Sourounis des noms propres pleins d’essence. Il se passe comme ça, parce que le rapport entre le sens du nom et son résultat consiste dans le fait que la signification dépend de sa valeur sentimentale et non de sa valeur formelle.
Il y a plus. Vu que d’ habitude dans le cas d’un nom propre, comme Georges, il y a une coïncidence entre le trait mâle qui est sémantique et le trait masculin qui est grammatical, on relève dans le texte de Sarantopoulos deux voyous, les protagonistes d’ un viol, qui ont des prénoms au genre féminin : Lucia et Denise. Le genre féminin accentue le côté sémantique du nom et lui accorde une expressivité extrême.

4.7. L’ OPTIQUE DE LA « COMMUNICATION SYMBOLIQUE » BASEE SUR L’ ANALYSE DU JEU

La logique du jeu comme preuve de l’appauvrisse-ment de la vie.

Dans les textes examinés la plupart des personnages fictifs n’acceptent pas être jugés aux termes de règles des institutions littéraires et sociales existantes. Ici encore c’est le concept de “communication symbolique” et son équivalent, le concept de jeux, qui peuvent expliquer le coeur de la problématique des textes étudiés. Prenons un extrait de Geronymaki : “Et je ne sais où va ce train. Je ne sais pas s’ il se meut à la fois en avant et en arrière. Et là, où il va arriver, ce sera à la fois le début et la fin. Il n’y a plus de communication entre David et moi.. »
Ici donc il n’y a pas de distinction entre moyen et fin. Les deux situations s’identifient. La narratrice l’exprime d’une manière très claire. Le train est identifié à la vie en général et si le train se dirige vers un point indéfini, on doit comprendre que la vie aussi pour Vipsania est quelque chose d’indéfini et les tranches de vie ne sont pas ordonnées selon une échelle d’objectifs et de moyens. Il faut remarquer que la narratrice exprime ces pensées dans son journal intime qui sert de refuge spirituel. Or, cette pensée se trouve opposée au “discours social commun” qui pose les deux notions de moyen et de fin comme tout à fait distinctes. C’est cela que représente son époux, car autrement il n’y aurait pas besoin de déclarer à la fin qu’il ne communique pas avec elle.
Alors, Le « discours social commun » s’analyse ici à une forme d’action sociale où la notion du moyen est séparée de la notion de la fin. Vu que le principe économique domine dans la vie contemporaine, toutes les conduites suivent le principe de mini-max qui prive tout individu de choisir sa manière de vivre, puisqu’ il doit choisir le minimum de risque pour le maximum de gain. Une adéquation donc est imposée entre les moyens et les buts selon un principe de minimax dans une foule de situations . Le parallélisme entre la vie et le jeu avait été opéré par Blaise Pascal : « Tel homme passe sa vie sans ennui, en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l’argent qu’il peut gagner chaque jour, à charge qu’il ne joue point: vous le rendez malheureux. On dira peut-être que c’est qu’il cherche est l’amusement du jeu et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s’y échauffera pas et s’y ennuiera. »
On voit que Pascal préfère la forme d’ une vie motivée par l’espoir et l’amusement. Pour y réussir on doit oublier la distinction entre fins et moyens, car la propriété caractéristique de ce type de vie ou de jeu consiste dans l’ambiguïté, parce qu’ aucun joueur ne peut affirmer s’il joue pour obtenir ce léger état passionnel d’énervement, ou s’il joue pour gagner. Il est évident que cette dimension réduit toute va-leur de la culture en valeur économique et on a donc un appauvrissement de la vie. Les valeurs sont réduites surtout dans les cadres du groupe où chacun appartient, car maintenant la stra-tégie de mi-nimax dépend de l’appréciation concertée entre les membres de l’équipe. Ainsi le caractère de la réalité change radi-calement dans l’es-pace social, car, lorsque le critère qu’on va choisir est l’attitude raisonnée, il n’y a pas une riche dé-finition de la situation, mais la réalité est réduite à l’obligation de se comporter toujours conformément aux exigences des règles imposées par le « discours social commun ». Mais la vie n’est pas cela selon les écrivains de contesta-tion, parce que la vie quotidienne n’est pas un jeu rationnel où les informations sont très bien précisées (voir la notion de l’escalade pendant la guerre froide et la notion de la technique en tant qu’idéologie), car dans la vie quotidienne l’information est incomplète et on ne peut pas toujours décider quel est le moyen et quelle est la fin. Mais alors dans la vie il n’y a pas de situation pri-vilégiée et chacun censure diffé-remment l’in-formation qu’il donne de lui-même selon la situa-tion.

Le jeu truqué. Le joueur mise selon la somme de l’enjeu et sans se demander quel est le sens du jeu même

Le récit de Deliolanis présente la vie comme un jeu truqué. Un étudiant qui est aussi marchand de drogue essaie de faire comprendre pourquoi la masse ne peut pas avoir accès à la conscience de classe sous les conditions actuelles.
“L’existence même de ce système (de l’état-providence) s’appuie sur l’organisation d’une certaine bienfaisance visant à décharger la tension sociale. Mais le jeu se déroule au niveau de la domination, de la cohésion du tissu social sur la base de la production, tout en excluant des masses immenses, à savoir tout le dispositif virtuel des ouvriers.”

Le jeu truqué comme allégorie de la vie contemporaine

L’ oeuvre de Sourounis Les joueurs est une allégorie de la vie contemporaine comme un jeu de cartes désavantageux, dominé par le principe de minimax. Sourounis en fait allusion explicitement. Or, dans le roman de Sourounis, à partir de la rencontre de Nousis avec Papalias jusqu’à la fin du récit, tout est organisé autour d’un jeu de cartes. Le projet de Papalias prévoit d’aller à Cologne, où, dans une maison il est organisé un jeu de cartes.
« J’ai fait de la fortune, (dit Papalias à Nousis, pendant qu’ils boivent assis dans un restaurant grec de Francfort ), comme tu vois.
-C’est bien évident.
Tout spontanément Papalias jette un coup d’oeil sur soi-même en disant: -Chic! est-ce que tu approuves? ..Il y a une petite qui s’affole à travailler pour moi..Et toi, comment ça va?
-Moi, je travaille pour mon propre compte.
-A l’usine, heu?
-Mmm…
-Et moi, je me demandais, comment ça se fait que les dupes sont à tel point multipliés! Et tu ne joues plus aux cartes? Dans une petite heure il y aura un coup de cartes. Si tu veux venir?
-Où?
-Chez une amie allemande. Une personne de confiance..
-J’ai deux cent marks. Ca suffit?
-Pas tellement. Je vais t’ajouter encore mille. Si tu gagnes, tu me rends le vingt pour cent. D’accord?
-Si je perds? D’ailleurs, je n’ ai plus de travail.
-Mais non. Si c’est comme ça, alors tu vas sûrement gagné.
-Mettons un pari, pour être assurés.
-Quelle sorte de pari, tu veux dire?
-Toi, tu mises sur ma victoire; alors, si je perds, tu perds toi aussi. Si je gagne, tu gagne le vingt pour cent, que tu as proposé….
-Ca va, ma puce, comme tu veux…J’accepte ta merde de pari, mais je te préviens que tu vas perdre. Tu vas empocher leur argent, je veux dire. »
Tout d’abord, on doit souligner ici une ressemblance remarquable du pari de Nousis à l’histoire du rhéteur Tisias, disciple de Corax de Syracuse et l’autre histoire de Protagore et son disciple Evathlos. Corax avait fait un accord concernant la condition de paiement de ses honoraires par son disciple, Tisias. Si Tisias emporte son premier procès, alors il va payer son maître. Cependant, Tisias s’attardait d’exercer son métier d’avocat, ce qui a obligé son maître de porter plainte contre lui, pour récupérer ses honoraires. Alors Tisias a soutenu devant le tribunal : « Je ne dois pas payer mon maître, car si je perds ce procès, alors selon l’accord je ne dois rien, et si je gagne, je ne dois rien non plus, puisque je l’emporte contre sa plainte ». Mais Corax dit à son tour : « Si je gagne dans cette affaire, alors Tisias doit me payer selon la décision du tribunal et si je perds, il doit encore me payer selon l’accord ».
Nousis accepte la proposition de son amis Papalias, malgré ses réticences, et tous les trois, Papalias, Jovani et Nousis partent pour le lieu du rendez-vous. Ils y rencontrent une foule de joueurs, parmi lesquels deux Allemands, Walter et Manouel et plusieurs Grecs. Ce jeu récapitule toute la vie de ces hommes-là. Il est alors évident que la mise en relief d’un jeu de poker sans règles est une parabole de ce qui est la vie contemporaine:
« A la station de Cologne Papalias les attend (Nousis et Jovani)..Il les conduit à une cité se situant à l’extrémité de la ville qui donne l’air d’une caserne…
Une dizaine d’hommes les attendent dans une salle pleine de lits… Après les recommandations, Papalias prend place autour de la table, face à Nousis et Jovani s’est assis derrière Papalias. Dès le premier tour les pièces misées font une grosse pile. Nousis mise par politesse et avant qu’il prenne conscience comment ça se passe, il sort plus pauvre de 500 marks. Il apprend que tous sont issus du même village et qu’entre eux se perpétue une lutte qui va s’imposer et avoir le pas sur les autres. Une lutte qui a eu comme point de départ le moment où ils fréquentaient la place de leur village. Il s’aperçoit que les mises ne dépendent pas de la valeur de leur carte et de la carte de leur adversaire, mais de l’argent dont ils disposent… »
Dans ce paragraphe reviennent tous les termes qui signifient le jeu truqué qu’aux yeux du narrateur est la vie même. Dans un coup, au moment où une somme de cinq mille cinq cents marks a fait une grosse pile sur la table, Nousis attend un as pour gagner. Papalias qui fait le partage des cartes lui a servi déjà un as trèfle, mais à ce moment une main lui attrape la sienne et une voix effarouchée lui demande de montrer la carte qui se trouve en dessous de la pile. Un as apparaît et la bagarre commence, pendant laquelle Nousis se blesse et s’évanouit. Lorsqu’il s’est éveillé, il a trouvé Jovani, son meilleur ami, mort.
Où est la tromperie ici? Selon les mathématiques « tout joueur aux jeux de pur hasard voulant gagner une grosse somme avec un petit capital est certain de perdre ce capital si le jeu est désavantageux. Telle est la raison pour laquelle les organisateurs de jeux (jeux de boule, roulette, pile ou face) ont imposé des conditions qui les avantagent considérablement : ils sont certains de gagner à la longue et de gagner beaucoup, de gagner à chaque instant d’autant plus qu’il se présentera plus de joueurs ».
Tout d’abord, le narrateur et ses partenaires organisent une fraude lors du jeu narré dans le paragraphe cité. Leurs adversaires sont aussi des tricheurs. D’ailleurs, ceux qui imposent toujours leurs termes dans la vie quotidienne sont également des tricheurs. Mais, à la fin du compte la plus grande imposture s’accomplit, lorsque le narrateur se désiste de la vengeance pour la mort de son ami en échange d’une somme d’argent. Enfin, le fait que le protagoniste accepte de l’argent de la part des assassins de son ami contre son silence ne constitue pas une compensation de la perte, car l’amitié devrait rester en dehors du jeu.

Le jeu de formes

Chez Geronymaki on retrouve l’image de la vie comme un « groupe de combinaisons ». L’ idée sous-jacente est que la vie et le monde sont des entités discontinues comme un jeu infini de combinaisons différentes. Le désordre du monde n’ empêche pas le retour périodique d’ harmonies numériques, ce qui fait de la vie une des incarnations de l’art cosmique.
Nous renvoyons à la citation du passage pris dans le roman de Geronymaki où la narratrice exalte la capacité de son mari, lorsqu’il joue dans le Casino de Mont-Parnès. Le lecteur se souvient que dans cet extrait Vipsania, la narratrice, regarde David exercer un pouvoir magique sur le retour périodique des figures de la roulette. Mais ce qui intéresse au fond Vipsania est le jeu de formes. A ses yeux, David combinait les formes d’une manière magique, se livrant à des combinaisons d’une beauté mathématique. Si par exemple tombait le 12, sa mise suivante était sur le 21. Il est certain que Geronymaki applique dans ce passage ses idées esthétiques.

4.8. LE TEMPS
4.8.1. Le temps grammatical et son annulation

Bien que nous ayons déjà fait allusion du temps en tant que variante du texte narratif, nous présentons certaines de ces analyses pour expliquer les formes de conception du temps chez les écrivains examinés ici..
L’emploi du temps par ces écrivains a comme trait commun l’écart par rapport au temps réel. A partir de là il y a de différences entre les textes de notre échelon: a) Dans les textes qui semblent utiliser le temps objectif l’ordre chronologique est primordial. C’est ce qui se passe chez Gimosoulis, Sarantopoulos, Douka, Deliolanis. b) Dans les textes qui ne respectent pas les règles de la succession temporelle le temps est un temps vécu, pas linéaire: Hatzidaki, Geronymaki, Sotiropoulou présentent un passage perpétuel du temps, ce qui provoque le changement et la multiplication des émotions, tandis que le roman traditionnel faisait sentir certains moments de la vie qui échappent au chaos des phénomènes.

Le temps en tant que composante de la littérature narrative se traduit en question de la grammaire. Ainsi, dans grand nombre des textes narratifs contemporains, sont enfreintes les règles au niveau du temps et du système pronominal. Il est connu que les marques du temps narratif sont a) la double temporalité et b) l’emploi du passé qui réunit un faisceau de marques concomitantes qui opposent l’énoncé direct du récit. Nous soulignons l’importance de ces règles, puisque que le récit est réalisé par la séparation du destinataire et de l’histoire de façon que le temps du verbe dans le récit marque certaines différences par rapport à l’énoncé direct.
Tandis que dans le discours direct le présent affiche une temporalité autonome par rapport aux contraintes du code grammatical, l’imparfait montre la durée temporelle, le passé montre le résultat d’une action antérieure par rapport au point zéro qui est le présent du locuteur, au contraire, dans le récit conventionnel, le passé simple et le présent historique est le centre qui montre un rapport avec l’événement extérieur et l’imparfait montre le cadre du temps simultané au rapport mentionné plus haut.
Quant au système pronominal, on a déjà dit que dans le discours direct on a « je », « nous » du locuteur et « tu », « vous » du destinataire, alors que dans le récit classique on a toujours il, ils, elle, elles et le personnage.
D’ailleurs, alors que dans le récit conventionnel, les deux temporalités, du narrateur et de l’histoire ne se confondent pas, par contre dans grand nombre de textes narratifs modernes ces deux temporalités sont souvent confondues, ce qui conduit à un vrai présent et à l’ abolition du récit.
Ces conditions donc tour à tour sont enfreintes expressément par les textes que nous étudions. A l’une extrémité, dans les romans expressionnistes, on a le temps qui évite la réalité du coin de la rue, pour se reconstruire aux profondeurs de l’âme. A l’autre extrémité, il y a un kaléidoscope et une explosion des temps chez Hatzidaki et Ceronymaki.

4.8.2. La suspension du temps linéaire en tant que subversion du discours social commun de la vie quotidienne

« ΑΠΟ ΤΟ ΗΜΕΡΟΛΟΓΙΟ ΤΗΣ ΒΙΨΑΝΙΑΣ
Τρίτη
Η ζωή μας φεύγει έτσι σα τραίνο αδειανό κι΄όπου και αν πάει κάνει το ίδιο. Εχω κατα- λάβει πια από καιρό πως προορισμοί και τέτοια, αέρας κοπανιστός. Κόθομαι κι΄εγώ στο παράθυρο του τραίνου, χαζεύω απ΄έξω τον τόπο των πανικοβλημένων αλεξιπτω- τιστών. Το χάζεμα είναι ο προορισμός μου. Και δεν ξέρω πού πάει αυτό το τραίνο μόνο ξέρω πως κινείται ταυτόχρονα και μπρος και πίσω. Και όπου και να φτάσει θά΄ναι και τέλος και αρχή.

Ο Δαβίδ είναι απλησίαστος πια. »

« LE JOURNAL INTIME DE VIPSANIA
Mardi
Notre vie s’enfuit comme un train vide et ce sera la même chose, où qu’il se dirige.(voir Einstein). J’ai compris que tout ce qui est des déterminations et des astuces comme ça ne sont que de l’air. Je m’assieds, alors, près de la fenêtre du train, je traînasse en regardant au dehors le monde des commandos paniqués. Traînasser est mon but à moi.
Et je ne sais où va ce train. Je ne sais pas s’ il se meut à la fois en avant et en arrière. Et là, où il va arriver, ce sera à la fois le début et la fin. Il n’y a plus de communication entre David et moi.. »
Le lecteur peut comparer cette image du train qui suspend les limites entre le début et la fin avec la notion interactionniste de “jeu”. Il est évident que l’accent est mis sur le rejet de la vie quotidienne et la narratrice recherche un lieu où les contraintes n’existent plus.
C’est dans ce sens que la narratrice dit qu’elle est plus libre dans l’espace de la littérature. Il n’y a plus de rupture ici entre le rêve et le quotidien. Ainsi elle se réfugie dans l’imaginaire ou dans la littérature, c’est à dire elle crée, elle aussi, un espace alternatif pour y mener une autre vie. Vipsania avait créé un monde à part dans son journal intime où elle se réfugiait de temps à temps : « Il n’y a plus Vipsania qui semait partout le désordre et déstabilisait les saisons. »
On retrouve le même sentiment pour un temps sans début et sans fin dans le récit de Hatzidaki : « Je ne savais donc pas où je me trouvais, je savais si c’était le soir ou le matin.”

4.8.2.1. Abandon du temps des romans traditionnels et narration de pensées.
Dans l’extrait suivant de La tactique de la passion, les citations du temps, de l’espace et des personnes sont très rares et tout est talonné à l’échelle personnelle d’un temps relatif qui relie entre elles les pensées de la narratrice évoquant les états de son âme avant et après une relation amoureuse.
Le sujet du texte se réfère aux états de la conscience de la narratrice qui précèdent et suivent une relation d’amour entre la narratrice et un poète grec qui a duré pendant trois mois et a eu lieu en 1979, alors que la narratrice avait quarante cinq ans. Tout ce qui intéresse la narratrice est le futur absolu, son union avec l’un dont le récit est le silence. Par conséquent, Issaïa se détache de la chaîne de la causalité temporelle. Dès le début de son récit la narratrice commence son itinéraire intérieur en se demandant pourquoi au moment de sa première rencontre avec l’homme qui est devenu son amant, bien qu’elle a senti une réaction ironique de la part de lui, elle s’est tue.
“ Elle commence toujours par un sujet froid’ dit quelqu’un du groupe. Et nous avons enfin entrecroisé nos regards. Nos yeux vieux osaient les phases d’un rituel et d’un culte ancestral, pour le moment vacants. Les symboles de la ‘chambre de l’époque’ étaient suspendus, de même que le temps et l’espace. » Dès la deuxième séquence du « récit », la narratrice s’aperçoit que son problème central n’était pas sa réponse à la manière dont son amant lui a proposé de lui faire l’amour, mais sa volonté de décrire à fond sa personnalité. Elle s’aperçoit donc qu’un axe coupe son espace imaginaire en deux pôles clairement définis: d’un côté il y a son soi profond, identifié avec la lumière, l’état du créateur et d’autre part la surface de son existence qui est conçue comme la figure des ténèbres.

4.8.2.2. Le temps englobant le futur et le passé du héros.

Le futur du héros dans plusieurs textes renvoie à un volontarisme du type de mage-alchimiste, car le changement de la nature de l’ « objet-valeur » se fait dans l’imaginaire. Les possibilités de l’avenir pour nombre d’ écrivains sont innombrables, car l’idéal est la totalité de l’âme: tel est le cas de Geronymaki. Il s’agit d’une attitude sentimentale, car envers l’aujourd’hui ils opposent leur désespoir, leur consternation et leur haine. Par contre, si l’écrivain avait présenté son héros dans un milieu social, il devrait poser la problématique politique, élément inséparable de la réalité sociale.

4.9. Conclusion sur l’usage du temps par les textes cités.

Quant au sens politique de cette conception de la discontinuité du temps, nous l’interprétons également par rapport à l’unité d’ une oeuvre littéraire : ce n’est pas une simple rupture de la tradition, un sentiment de la nouveauté ou un vertige de ce qui passe. Au contraire, on doit l’expliquer par rapport au dysfonctionnement de la société grecque.

On a observé que dans la plupart des textes étudiés, il n’y a pas de temps continu qui précède les actes des personnages fictifs, car c’est tantôt l’ éphémère et tantôt le discontinu qui sont mis à jour. Ainsi, il n’y a pas un avant qui puisse faire changer leur histoire, car c’est exactement l’ histoire qui est absente. Ce trait structurel des oeuvres examinées correspond à l’ immédiateté qui caractérise la vie de la masse des chômeurs.
La marginalité comme thème dans ces textes est seulement le prétexte ou des traductions des sentiments des écrivains et de leur classe, car s’il s’agissait d’une description des moeurs des marginaux, nous aurions un simple naturalisme. C’ est cette connotation des signes dans les textes qui nous conduit à les considérer comme des symboles et pas comme des descriptions naturalistes.
Cependant, on doit distinguer l’usage politique et esthétique que les textes dont du temps de celui qu’on rencontre chez certains conservateurs dont la philosophie tenait un rôle très important pendant la dictature : en Grèce depuis la restauration de la démocratie il y avait certains hommes de lettres qui se proclamant de l’existentialisme abordaient le temps de une façon qui rappelle les écrivains contestataires: c’est le cas de Malevitsis et de Moutsopoulos. Le premier, éditeur de la revue Efthini , disait : “La société actuelle est obligée de regarder le temps comme un horizon extérieur, parce qu’elle dépend de la nécessité du progrès. Dans le jeu qui s’y déroule ceux qui perdent sont périmés, parce que le temps extérieur est infini et l’homme a cessé d’être temps lui-même. Cela veut dire que tous les autres sens de la vie sauf le sens imposé par la consommation sont exclus. Par contre, l’homme ayant besoin d’un temps spirituel contenant le passé, le présent et le futur pour accorder un sens à son passé, doit vivre à la marge de la société. Seule une telle marginalisation voulue pourrait conduire à l’auto-perfectionnement.” De son côté, Moutsopoulos, professeur de la philosophie de l’ Université d’Athènes prolifère aussi dans ses cours une idée profondément romantique sur le sens du temps.

4.9.1. LE CONCEPT DE COMMUNICATION COMME REPONSE AU DYSFONCTIONNEMENT DES RAPPORTS ENTRE GROUPE ET INDIVIDU DANS LA REALITE GRECQUE

Dans le concept de “discours social commun” nous entendons les rθgles du systθme culturel grec, telles qu’elles sont modifiιes dans la vie quotidienne, exprimée dans le “discours social commun”. Nous avons donc ajouté à la définition de l’ ensemble social perplexe la notion du “discours social commun”, parce que ce sont les oeuvres mêmes qui mettent le langage au centre de leur intérêt.
Dans ces textes effectivement tout se passe comme s ‘ils voulaient déraciner la foi naïve à la positivité du langage utilisé au jour le jour.
Les mots se présentent au milieu en tant que médium entre l’homme ordinaire et les notions « universelles ». C’est précisément cette masse des signes qu’ on connaît au premier abord et ceci se fait par l’intuition, parce que le premier contact avec la connaissance a comme objet non les choses concrètes, mais leurs genres représentés par le langage commun à partir duquel la connaissance de chacun se différencie. Il est donc évident que celui qui demeure dans l’univers du “discours social commun”, comme il subit l’influence de mille choses qui affectent son esprit, a des sentiments confus sur toutes les qualités des choses, les couleurs, les schémas, les mouvements et le temps.
On peut représenter la conception préalable qu’on a de la langue quotidienne de la manière suivante : « Notre point de départ n’est ni le particulier, ni le général, mais les sentiments intermédiaires, clairs-obscurs. Ces sentiments tissant le quotidien sont des sentiments confus, parce qu’ils partent de cette similarité pour engendrer par la suite l’un et l’autre, le partiel et le général ». C’est exactement ce qui se passe, lorsqu’ on parle des animaux. « Nous ne regardons pas le chien, ou le chat comme des individus mais comme des genres ».
En particulier, ce qui fait la différence dans le “discours social commun” de la Grèce s’assume à une certaine confusion due aux conditions historiques. Des querelles historiques soulèvent souvent des pas-sions: par exemple, au début de la décennie de ’80 on voit l’éclatement de grands débats a)sur la langue et notam-ment sur la suspension de l’enseignement du grec ancien à toutes les classes de l’enseignement secondaire. b)sur l’opposition entre l’église et le laïcisme c) sur les changements étendus que le PS avait promis dans l’ensemble de la vie publique d)sur l’émancipation du mariage de la tutelle de l’église. e)sur la différence entre la gauche traditionnelle et la gauche moderniste. Une telle expérience de mé-fiance caractérise donc le “discours social commun” grec de 1970 à 1990.
On peut remarquer que le sens dans les pratiques langagières de la vie quo-tidienne tend à se réduire à une interaction prati-que entre les membres de la so-ciété, parce qu’ en Grèce, depuis les années ’70, la culture devient petit à pe-tit identi-que à travers tous les phénomènes culturels : T.V., Radio, Presse. Même les ma-nifesta-tions artistiques des opposés sur le champ politique aboutissent par s’intégrer à la culture massive. Tout appa-raît comme preuve d’une identité fausse entre le tout et la partie. Une grande partie des biens symboliques de-viennent des valeurs d’échange et la vie devient un moyen pour la cir-culation de mar-chandises, car la culture de masses transforme les valeurs en mar-chan-dises cul-turelles.

4.9.2. Les cadres intermédiaires : leur rôle dans les textes. Le dysfonctionnement des groupements en Grèce
Le “personnage fictif” piégé par les groupements

Le personnage se sent piégé dans les groupements qui jouent le rôle d’intermédiaire entre l’individu et la société globale. Il est motivé par une indignation envers ceux qui représentent des associations qui sont une étape pour les buts d’organismes professionnels, syndicaux ou politiques et ainsi ces associations deviennent une forme d’anomie parce qu’elles poussent l’individu à d’isolement. Dans ces cas les groupes masquent une ségrégation culturelle
Mais ce fait met en relief l’insuffisance exactement des organisations et groupements ( manque de communication symbolique), qui pourraient assurer un contact entre le sommet et la base sociale par l’extension des étroits intérêts de chacun.
Il fallait pour cela que les cadres intermédiaires incarnent certaines valeurs.
Le problème en Grèce était si la personnalité de celui qui a dans la société le rôle de l’animateur dans les divers groupements sociaux possède la qualification nécessaire pour remplir son rôle et éviter de limiter le groupement à un clan, une chapelle, une bureaucratie en miniature.

4.9.2.1. Le “récit folklorique” grec comme dramatisation du sectarisme opéré par le groupe

On retrouve dans des études anthropologiques le sens social de la “narration rituelle” du folklore grec. Ainsi, d’après le système culturel grec, le sens de la narration folklorique est la mise en dérision du système des valeurs adversaires. Le processus même de la dérision altère à la fois la réalité favorisée et la réalité critiquée par le narrateur. D’après les observations du professeur Grigoris Gizelis : a) Le Grec se bat pour vaincre, non pas pour créer. b) Il préfère la rhétorique au lieu de la dialectique, dans le sens qu’il aime à trouver des oppositions dans un jeu continuel. c) Il a la coutume d’établir une comparaison entre son propre profil et celui de tous les autres. En fin, le système culturel grec semble produire par lui-même le conflit, car chacun estime avoir le droit de critiquer tout succès fait par un autre membre du groupe social.

4.9.3. Les relations de proche en proche : la communication parfaite

Dans tous les textes examinés il y a d’une manière implicite ou explicite une nostalgie des relations humaines pleines de sens.
Par exemple, la narratrice de la Tactique de la pas-sion se sépare de son amant, parce qu’il représente l’ homme déterminé de l’extérieur et qu’ il n’ accorde aucun sens d’ authenticité à leur lien amou-reux.
Il est donc besoin d’ une mesure pour savoir de quoi nous parlons.
« Οσα δέ εστιν ανθρωπικά και ανήκει εις τα ήθη και τα πάθη, ταύτα επισκεψώμεθα, οίον πότερον εν πάσιν γίνεται φιλία ή ούχ οίόν τε μοχθηρούς όντας φίλους είναι, και πότερον έν είδος της φιλίας έστιν ή πλείω. »

4.9.4. Le contrôle social. Désignations effectuées par le groupe

Dans tous les cas étudiés le soi du pro-ta-goniste émerge lors de son refus d’accepter les valeurs is-sues de son en-tourage au travers le mécanisme de la langue. Dans les cas de Vagenas, Geronymaki, Hatzidaki, Sarantopoulos Issaïa et Gimosoulis, le narra-teur entre dans une interaction qui conduit loin des définitions du groupe. Leur optique contestataire n’a pas de ré-ponse sur ce que ce sont les valeurs, mais apprécie les défini-tions de va-leurs des gens en les critiquant.
Etant donné que sous les conditions exceptionnelles de la Grèce il n’était pas au pouvoir des classes dominantes de nier ou de supprimer les antagonismes, le mouvement a été canalisé par Pasok et a fait des antagonismes la charnière de sa politique.
Dans ce contexte historique l’intellectuel inorganisé ou l’indigné agit à la marge des partis de la gauche ou de la droite.
En outre, depuis la victoire du PASOK en 1981 l’ intérêt gouvernemental pour la culture de masses nécessite une marginalisation encore plus importante chez les intellectuels.
Ce fait est confirmé par les cadres mêmes du parti dominant en Grèce à partir de 1981. Tel est le cas de. Menelas Givalos, ex-ministre du PASOK. Son témoignage donc vient de l’intérieur de la gauche et du gouvernement : “ La dégradation des valeurs est un fait. Elle est issue du fait qu’ en Grèce actuellement c’est le modèle de Max Weber qui est appliqué selon lequel il existe plusieurs centres de décision appelés sous-systèmes. L’ effet de ce modèle d’administration consiste dans la parcelisation de la société qui cesse de constituer un tout. La seule chose qui est effectuée par tous ces groupes de pression est de fonctionner et de persister sur les procédures mêmes. Il s’ensuit une discordance à chaque pas, car tous ces groupes ne s’accordent à rien. »
Voici maintenant ce caractère des groupements en Grèce dans le récit de Gimosoulis. Il s’agit exactement de cette discordance qui ne conduit nullepart : « Koulis est un type du quartier. -‘Comment me vois-tu?’ dit-il à Païris. ‘Regarde-moi! Est-ce que j’ ai l’ air fou. J’ai déjà avalé un cachet. Si je n’en prends pas, alors je regarde les gens d’un air différent. Ils m’ apparaissent comme des vieux de six cent ans, affreux et laids, surtout les vieillards.’
-‘Tu me parais bien’, dit Pairis sans intérêt. -‘Ne réfléchis pas trop’, dit le fou avec un air conspirateur. ‘Cela m’ est arrivé, à moi, parce que je réfléchissais trop, comme dit le docteur.’ C’était le regard des autres qui veillait sur Koulis qui cherchait à leur échapper. Le regard des autres était comme une caméra. Il veillait aussi sur Païris et le suivait partout à partir du moment où il avait tué Serifis en lui cassant la tête. »
Tout comme les écrivains contestataires, d’autres facteurs aussi de la vie spirituelle en Grèce critiquent les manières par lesquelles les Grecs voient les valeurs sociales. On mentionne par exemple la plaidoirie de Manos Hatzidakis, le fameux compositeur, pour les étudiants qui en 1984 occupaient les locaux de la Faculté de Chimie au centre d’ Athènes et pour les manifestants qui disputent la rue Harilaou Tricoupi à la police. Ajoutons que Hatzidakis édite pendant ce temps un magazine littéraire pour critiquer les pratiques politiques et culturelles dominantes de l’époque
“Nous les Grecs, nous avons lutté contre trois dictatures et pourtant, depuis la Guerre, nous en avons construit trente trois…Car les policiers craquent au nom de la Patrie, la Religion et la Famille quelques centaines d’ enfants qui contestent autour du bâtiment de la Faculté de la Chimie. Ainsi ces notions sacrées sont discréditées.”
Comment réagissent les écrivains contestataires à cette situation? Face aux groupes d’interconnaissance qui définissent le continuum de la vie comme un “jeu à information complète” les personnages fictifs s’ écartent. Maro Douka exprime explicitement cette idée que la vie n’accepte qu’une seule interprétation.
“Car ils ont tout à fait raison, les divers classiques. La vie suit son cours. Même s’ il m’ est impossihle de lui trouver un sens, de dire, la vie, c’est ceci ou cela, et ceci et cela en même temps, ou encore ni ceci ni cela – quoi qu’il en soit, elle ne s’arrête pas. Apostolos a été nommé présentateur des informations. Ghiorghos épouse Xénia, avec, pour demoiselle d’honneur, Katerina et pour témoin, Nancy. Une obscurité douce, veloutée qui fascine et engourdit – tout le monde pourtant se bat et se débat au sein de cette obscurité. Nous nous entendons maintenant bien avec les irnposteurs, qui ne sont d’ailleurs pas tout à fait des imposteurs, bien sûr, et c’est cela justement qui rend triste : les entendre à nouveau, toujours les mêmes.”
Il est évident que la problématique de ce texte s’appuie sur la recherche d’ un sens de la vie. La narratrice sait bien qu’elle doit se battre contre des imposteurs pour chercher ce sens. Et le lecteur va comprendre qu’il ne s’agit pas ici d’un repli sur soi-même, tel qu’il était pratiqué chez les décadents, puisque l’oeuvre toute entière est la suite de sa lutte sociale à un autre niveau.
Et comment les nouveaux écrivains grecs impliquent leur intérêt pour le langage littéraire aux façons par lesquelles les Grecs pensent les mots-symboles des valeurs, les mots-clefs ?
Vu que le défaut dans la vie quotidienne consistait dans le fait que depuis la dictature et surtout depuis l’installation du PASOK au pouvoir les symboles étaient compris sous de nouvelles significations, les écrivains contestataires révèlent le caractère idéologique de ces interprétations. Prenons les symboles les plus récurrents.
Ainsi, le terme « réalisme socialiste » ne prend d’ autre sens que comme la caractéristique des écrivains appartenant au Parti Communiste ou au PASOK. La revue une appelée : POLITISTIKI ,créée en 1984, exprime précisément les cercles littéraires des deux partis
Pourtant, au fond, le sens du réalisme socialiste grec ne réside pas au jugement si un écrivain est progressiste dans le sens que le contenu de son oeuvre s’inscrit dans la culture du prolétariat. Tout au contraire, les nouvelles productions « réalistes » à partir de 1970 prolongeaient l’ idéalisation et la sacralisation caractérisant la littérature de la classe dominante. A notre avis, le texte Peut-être c’est comme ça de Jean Ritsos, le plus grand poète de la gauche, était une critique implicite de telles opinions stéréotypées sur le réalisme. La narration d’ une scène de relation homosexuelle signifie à notre avis que l’ éminent poète laisse les partisans du Parti Communiste dans le plus grand embarras. La presse officielle de la gauche n’ ose rien dire sur ce sujet. Un autre symbole, celui du «statut», commence à être compris depuis 1970 comme une simple position sociale ou comme un contrat assurant certains droits.
De même la «motivation» n’ est désormais que question d’anticipations. Alors chaque rôle n’est pas défini par lui même, mais il se définit par rapport aux autres rôles. Mais ainsi la formation d’un type de personnalité avec une intériorisation du rôle n’intéresse plus.
Et la «socialisation» est ce qui est effectué par rapport aux anticipations, ce qui diminue le rôle de la conscience, car chaque individu se laisse orienter par les anticipations des autres. Alors le fait que le contrôle social s’exerce par ces anticipations tous les mots-clefs de la vie quotidienne tirent leur sens de ce fait. Et la politique culturelle dominante donne naissance au “populisme» qui laisse les groupes de pression dominer.
Ces sens et leur rationalité sont mis en cause par la littérature contestataire qui consiste dans la critique de la manière dont les gens abordent les valeurs, comme nous avons déjà dit.

Refus des écrivains d’ être désignés sur la base des critères du groupe d’interconnaissance

A titre d’exemple nous citons Hatzidaki qui dans son interview commentée plus haut soutient qu’ écrire signifie une réaction à la mesquinerie de la vie quotidienne d’une femme grecque. On retrouve dans l’oeuvre de Nana Issaïa l’importance qu’elle accorde à l’expression poétique comme un modus vivendi, un « être ».
On retrouve dans l’ Or des fous le refus de la narratrice d’être désignée par les autres. Pendant un rendez-vous avec Giorghos, elle feigne l’indifférence, parce qu’elle n’admet pas d’être la nana qu’on a laissée tomber. Elle critique aussi le sens approximatif que son ami donne aux mots du langage quotidien.
« Nous nous trouvions à nouveau dans la rue Patission. J’envisageais de prendre le métro place Victoria. Brusquement, il me demanda ce que je dirais si nous nous séparions. Je lui répondis: ‘Je n’en sais rien.’ Il me reposa la question, sur un ton quelque peu radouci, est-ce que je l’aimais ? Je lui dis que je l’aimais. Mais je regrettai de le lui avoir dit si facilement. ..je n’aimais pas cette image que je voyais de nous…En me touchant les épaules, il me regarda droit dans les yeux. ‘Nous resterons de bons amis’ dit-il.. (l’approximatif dans l’interaction quotidienne) Je lui répondis en riant que nous utilisions sans vergogne des phrases de roman. Je n’avais en fait jamais eu de sentiments amicaux à son égard. L’amitié, lui dis-je, est autonome et se suffit à elle-même, il n’y a pas de place pour l’amitié dans un amour qui se défait…j’avais de la peine à me tenir debout et je m’aggrippai à la rampe. Voyant cela, il me rattrapa. »
Dans l’extrait suivant Myrsine se ressent rejetée, parce que le milieu où elle essaie de s’intégrer la rejette.
« Je ne sais pas où les choses se gâtaient et pourquoi j’avais tant de difficultés. D’un côté j’étais rejetée par le milieu auquel j’essayais de m’intégrer. Je me demandais pourquoi continuellement aggraver ma position et me lier par les engagements les plus importants, si importants, qu’à mes mesures ils confinaient à la sortie…Pourquoi ma fuite en avant s’égare dans tant d’impasses ».
Dans le texte de Maro Douka, les termes qui désignent le refus du rôle que les autres attendent de nous reviennent presque à chaque séquence.
“Phontas me demandait quel rôle je cherchais donc à jouer à la fin. Et il m’analysait avec tristesse le caractère inévitable de l’usure, chacun de son côté, on se raccroche à quelque chose, quelque part; L’un se raccroche à son parti, l’autre à son mariage, à ses livres et à ses phantasmes, au football ou aux cartes… Je l’écoutais affligée..”
Dans un autre passage l’esprit de la narratrice est préoccupé par les étiquettes qu’on fait dans le groupe d’ interconnaissance :
“Cette étiquette me semblait la pire des humiliations. Probablement parce qu’à cause de la scission du Parti, entre autres raisons, nous identifiions le dogmatisme avec l’audace d’ avoir une opinion et avec la force aussi de nous y accrocher, de ne pas changer inconsidérément de positions et de points de vue, même quand, parce que nous n’étions pas prêts ou pas assez doués, nous n’étions pas capables de les défendre avec des arguments sérieux.”
Aux yeux de la narratrice Ghiorghos, bien qu’il était membre du P.C., se comporte comme un homme du moyen, cherchant toujours à détruire ce qui était essentiel dans la personnalité de son amie.
“Et ma belle-mère, Loukia, me le disait un jour, il faut beaucoup de concessions mutuelles pour que deux êtres puissent vivre ensemble harmonieusement. Elle scandait ses paroles de mouvements de tête .. je ne pouvais pas me faire autre que je n’étais. Ghiorghos détruisait celle que j’étais.” “Et quand je pensais que je ne le reverrais plus, le désespoir me prenait. Puis, je me ressaisissais, me disant qu’après tout nous ne nous séparerions peut-être pas. Mais quand je lui dis que j’avais l’intention de reprendre des cours de danse et ensuite que j’irais en Angleterre, il s’étouffa de colère. I1 m’appela même Zozoka, je ne sais pas où il était allé chercher ce mot, en tout cas, il le dit très méchamment. Bien sur, les paroles n’atteignent pas toujours le but voulu facilement. I1 se peut même qu’il n’ait pas voulu me blesser. Peut-être y avait-il de notre part à tous les deux un parti pris de méchanceté. Ainsi moi, souvent et avant même qu’il ouvre la bouche, j’étais sure d’avance qu’il allait dire une bêtise. Maintenant que j’y repense, cela se passait toujours ainsi. J’étais continuellement de mauvaise humeur.”
“Sauf qu’ au début, chacun à son tour, nous faisions de petites concessions, entraînés ou trompés par cette attirance qui rapproche Ies gens dans les premiers temps d’une relation.”

Soit un autre exemple qui pose le même problème vu sous l’angle de Nana Issaïa Cette séquence de l’oeuvre d’ Issaïa est consacrée à la première rencontre avec Dimitris, poète et homme d’affaires à la fois qui a vécu à l’Afrique du Sud et partage son temps entre sa famille, ses affaires et la « poésie ». Ce partage est impensable pour la narratrice.
(« Ομως και πάλι ποιος ήτα αυτός που ηθελημένα αγνόησε κάθε άλλη μου διάσταση εκτός από τη γυναικεία, στην αρχή, για να ειρωνευτεί λίγο μετά από μία από τις πολλές εκδηλώσεις κάποιας άλλης υπόστασης, που δεν ήταν δυνατόν παρά να του διαφεύγει; Γιατί όπως ίσως ως τώρα δεν άφησα να φανεί, τα θέματα αυτά και η συζήτησή τους δεν ήταν μόνον ένας τρόπος να έλθω σε σύγκρουση με τους πολλούς άλλους, τους περισσότερους, που ξέρω ότι κοιμούνται ύπνο βαθύ σ΄αυτόν τον τόπο, αλλά και ένας τρόπος ύπαρξης στον κόσμο των ιδεών, έξω από τον οποίο, με μόνη εξαίρεση τις στιγμές μιας δραματικής διάθεσης, μου είναι αδύνατο για πολύ να υπάρξω.)
«Mais qui était celui ( elle parle de son amant ) qui a expressément ignoré toute aspect de ma personnalité excepté la féminité et qui a déclaré avec ironie que les manifestations d’un autre aspect de mon âme ne pouvaient pas être percçus? En effet, de tels sujets et la discussion qui les entoure n’étaient pas seulement une façon de m’affronter avec grand nombre de gens, la majorité des hommes de ce pays qui dorment profondément, je le reconnais, mais aussi un mode d’exister dans le monde des idées, en dehors duquel il m’est impossible d’exister . »
Or, la narratrice fait allusion de la partie des littérateurs grecs qui à son avis ne sont pas dignes de leur fonction. En plus, ses opinions concernant les Grecs sont extrêmement négatives.
Son refus d’ accepter la manière dont les autres nous regardent : dans l’avant-dernière séquence du texte d’ Issaïa sont exposées les causes de sa séparation de son amant. Lui, il prétend qu’il ne peut pas sortir avec elle les soirs, car il a beaucoup de préoccupations, une famille, son travail et la « poésie ». Elle lui a demandé dans une explosion de colère de le voir deux fois par semaine, et elle se rend compte qu’elle avait vis-à-vis d’elle un homme étranger. Il lui a dit qu’il ne pouvait pas continuer leur relation:
« Je ne peux travailler, ni écrire et en plus j’ai une famille à ma charge ».
Après son départ la narratrice s’est mise à pleurer en vain et à boire du whisky. Ses sentiments sadomasochistes explosent, malgré son idéal d’acquérir la pure abstraction du néant-substantiel.
La mythification des actes héroïques d’une minorité pendant l’ insurrection de l’Ecole Polytechnique et l’exploitation de ce fait par les classes dominantes et les partis politiques sont dénoncées par la narratrice de l’ Or des fous : « Lentement tout le monde se retrouvait. J’avais décidé de prendre les choses à la rigolade, parce que, soudain, je me sentais exposée de tous les côtés. Ils raccommodaient leurs désaccords avec le masque convaincu et intact du sérieux, ils avaient remis sur le tapis les idéologies et les opportunités, je ne pouvais les saisir nulle part; et ils me débordaient de partout. Phontas, mon bon ami, regardait sa montre de peur de se mettre en retard.. Je partageais seulement la passion de Phontas qui consistait à toujours se sentir tenu à s’expliquer face aux autres. A trouver un alibi. J’avais moi aussi l’alibi que je ne jouais pas tout à fait la comédie. L’alibi de dire que je vivais chaque journée comme si elle était unique et devait être la dernière de ma vie.” “Ils raccommodaient leurs désaccords avec le masque du sérieux, ils avaient remis sur le tapis les idéologies et les opportunités, je ne pouvais les saisir nulle part; et ils me débordaient de partout.”

4.10. Le dysfonctionnement des relations dans la société grecque depuis 1970

Dans dix années, de 1974 à 1984 3500 membres de Pasok (PS) sont expulsés, parce que dans leur majorité ils voulaient conserver la pureté de leur idéologie. On peut énumérer des intellectuels très impor-tants, comme Amalia Fleming, S.Karagiorgas, Costas Simitis, Georges Arse-nis, Costas Laliotis, Vasilis Filias. Il se passe de même dans le Parti Communiste. Alors, la pleine liberté de la pensée et de la création n’était pas assurée. On peut voir ce phénomènes dans les pages lit-téraires de “Rizospastis” et de la revue “Papok”. Les penchants individuels n’étaient pas libres.
Les expulsions de nombreux intellectuels par les partis de la gau-che confirment notre hypothèse que l’esprit de la con-testa-tion détermine les goûts littéraires et que les groupes domi-nants dans les organisations politiques sont déterminés par une stratégie basée sur le résultat immédiat de l’action politique. Même dans les conditions nouvelles les intellectuels qui essaient d’ élaborer des théories sont mis à côté, parce que les théories ne pèsent pas à la gestion actuelle des choses. On a tiré de ce fait toute une série des conclusions que nous présen-tons aux chapitres consacrés au public et au fonction-nement de la littérature.

4.10.1. Le contrôle social et l’auto-conscience

Le système de contrôle projeté par tous les êtres campés dans le roman de Maro Douka est présenté comme superficiel et oppressif. Mais la narratrice essaie d’atteindre à l’auto-conscience pour donner un sens dans la vie et se trouve en quête d’une vraie communication par le biais des symboles.
“Maintenant les bourgeois ont reçu le signal de gouverner sans roi. Voilà pourquoi, pendant une semaine, Loukia, avair cherché de vieux articles sur Frédérique. Elle avait aussi trouvé 1’Hymne de la dictature avec la voix veloutée de Bithikotsis. Et des photos de Despina, chaussée de ses bottines. C’est ainsi qu’ils allaient fêter la chute de la royauté et ils étaient tout excités de joie. C’étaient des gens importants, parlant des langues étrangères, fidèles à leur idéal d’une patrie bien gouvernée – ils sont toujours à évoquer une Grèce ruisselante de flots de sirop. Pendant ce temps-là, nous, les provocateurs, nous criions «EAM ELAS POLYTECHNIQUE même combat”. Et nous nous retrouvons à ployer sous le fardeau de Grhammos et Vitsi. Je suis meme incapable d’expliquer mon bonheur. Un mélange d’indigestion et de faim, une vague tristesse paisible, il ne s’agit pas d’une démission, simplement j’ai retrouvé mon calme et je fête en secret la jubilation de mon âme.”
Devant la situation de la Grèce décrite par Maro Douka, la narratrice s’ écarte petit à petit des termes imposées aux idées du socialisme par ses camarades qui au fond ne sont que des personnes conditionnées par la culture dominante, nationaliste et traditionnelle. Toute l’oeuvre est bâtie sur cette montée graduelle de la narratrice vers l’auto-conscience :
“C’est alors que j’ ai commencé tout doucement à me former, moi aussi, des opinions personnelles. Phontas me trouvait absolue et naïve dans mes jugements. Mais moi, au contraire, je m’admirais en secret et j’étais toute contente quand je rencontrais par hasard dans un livre une pensée que j’avais eue par moi-même. C’ était un dernier vestige de ma confiance en moi.” “Je finis par comprendre, j’identifiais les autres avec tout ce que je détestais. A savoir que tout se passait comme si les masques que je plaquais sur eux étaient, en fait, destinés à exorciser mes peurs. Et je m’aperçus, de plus, tout à fait clairement, que jamais je n’avais pu accepter les gens comme ils étaient, respecter leur équilibre et leurs choix, ce qui échappait à mes propres échafaudages de pensées, je le rejetais, même si ce n’était pas toujours chose facile pour moi.” “Les vieux succès sont revenus à la mode ainsi qui les classiques, et des balcons et des haut-parleurs se font entendre des voix semblables qui chantent toutes les mêmes paroles. Et me voilà, moi aussi, inchangée dans les mêmes rues – j’entends en sourdine tous les sons qui forment comme un cocon qui m’enveloppe Je dis que j’ai commencé à vieillir ( Auto-conscience), mais d’une façon différente. sans rides, ni cheveux blancs, je vieillis et me transforme Voilà pourquoi je me suis remise à la danse classique, dans l’espoir de revenir à mon corps ou de l’aider dans l’épreuve qui l’attend. Car je sais qu’elle l’attend et le guette. Phontas me disait naguère de laisser mon âme se mettre au beau. Cependant, cette éclaircie, si elle devait se faire, viendrait d’elle-même.”

4.11. L’ IMPOSSIBILITE DE COMPRENDRE A FOND LES CHOSES

Il n’ existe pas une vue d’ensemble de la Grèce contemporaine. Même les sociologues les plus compétents avouent qu’ il n’existe pas un panorama ordonné et global de la société grecque. D’après eux, la société grecque ne peut pas être désignée comme structure cohérente. En plus, les travaux sociologiques existants ne font que transposer des notions qui étaient appliquées à l’étranger. Les erreurs les plus fréquentes des sociologues grecs sont dues aux “monismes politiques” qui négligent la dimension humaine et historique et cette défaillance fait montre du vide qui caractérise l’ étude des problèmes purement grecs. Par exemple, la sociologie grecque n’a pas encore étudié le problème de l’intelligentsia grecque, bien qu’elle constitue le problème majeur de la société actuelle. Il suffit de remarquer que, pendant les dernières décennies, l’augmentation des salariés intellectuels monte au 85% du chiffre total de l’augmentation des salariés grecs en général. Mais la sociologie grecque n’a pas une image définitive sur le statut social des intellectuels dont la partie la plus importante travaillent dans le secteur public. Ce n’ est pas vrai qu’il faut ranger les intellectuels à la petite bourgeoisie, puisqu’ en majorité ils sont des fonctionnaires du secteur public.
Enfin, Elefteriou décrit le dysfonctionnement de l’intelligentsia dans la société comme le problème le plus important de la Grèce : “Nous, les Grecs, nous sommes intolérants et impatients. A cela est ajoutée la partialité et la politisation accrue qui caractérise la recherche scientifique grecque. Et nous, les scientifiques grecs, adhérons aux partis pour faire carrière. Cet inconvénient est dû au fait que les cadres du secteur public sont voués au particularisme et se donnent aux querelles partisanes”. Les supposées luttes pour les idées deviennent peu à peu des palabres politiques qui cachent des conflits culturels et familiaux. C’est exactement ce que pensent les personnages d’ une grande partie des textes analysés : “Pour ma part, jamais je n’ai réussi à me plier à cette façon d’argumenter sur tout. C’était une époque où on se collait mutuellement au mur et où on en était fier, on appelait cela une lutte d’idées. Je me collais donc perpétuellement toute seule au mur, justement pour ne pas donner aux autres la joie de m’ y coller eux-mëmes.134”
Hatzidaki le dit d’une manière différente : « NOTE no 1: ce livre est un livre comme tous les autres, à la seule différence que celui-ci manifeste l’incompétence de percevoir parfaitement; ce fait est à l’origine de notre défaillance de réagir correctement » De sa part Maro Douka critique aussi ce langage de bois proliféré par la majorité des cadres des partis politiques : “Je restais pétrifiée de la facilité avec laquelle Phontas (un des nouveaux membres du KKE ( P.C. de la Grèce) raisonnait abstraitement sur les problèmes et les élevait à un statut de déontologie idéale, jusqu’à leur faire perdre insensiblement tout contact avec le concret quotidien. On était ainsi privé de la joie d’une revendication personnelle, on devenait l’adepte d’une idée,comme on pourrait être également adepte de la fraternité, de la sainteté ou de je ne sais quelle autre déviation mystico-maçonnique. En d’autres termes, Phontas etait capable de conduire les autres au sacrifice absolu ou au rejet parfait.”

4.11.1. La désidéologisation

Dès 1974 les concepts du conservatisme et de la gauche sont petit à petit estompés, ce qui obscurcit l’image de la réalité.

Nous présentons les traits généraux des deux grands champs idéologiques, pour montrer que la littérature avant-gardiste et moderniste grecque ne s’identifie en entier à aucune des deux. On pourrait dire que les littérateurs cités se méfient de l’idéologie politique, mais ils sont dans leur majorité de la gauche..
1. Ainsi, le conservatisme préfère l’évolution spontanée des insti-tutions et considère toute programmation à cet égard comme utopie.
2. La pensée de la droite opte pour plusieurs associations intermédiaires, pour que le pou-voir soit distribué et divisé: une telle pensée ne vient pas à l’esprit des écrivains cités.
3. D’ailleurs, le conservatisme est soutenu par des propriétaires.
4. L’homme d’après le conservatisme n’est pas susceptible d’être éduqué d’une ma-nière complète.
5. Le conservatisme prolifère l’idée autoritaire que les pouvoirs sont installés pour contrôler les individus indociles.
6. Les changements politiques et sociaux ne sont pas sou-haitables et on doit retourner aux anciennes formes de gouver-nement
7. Selon l’optique de la gauche l’ homme est susceptible d’être éduqué,
8. Confiance à la possibilité des institutions d’ influencer le com-portement vers le bien commun.
9. Une autre thèse progressiste est la défense des droits individuels sauf ceux qui sont sou-tenus par les forces traditionnelles, comme l’église.
10. Passion pour un changement rapide de la société.
11. Pour la gauche la violence est inévitable dans la mesure où elle accompagne des changements révolu-tionnaires.
12. Une autre idée de la gauche consiste dans la nécessité d’intervention gouvernementale pour contrôler la produc-tion et la distribution des biens.
13. La gauche opte aussi pour la protection de la liberté individuelle et l’égalité.
14. La gauche rejette tout nationalisme. Seul le droit de la défense de la patrie est accepté, tandis que, dans tous les au-tres cas, les sentiments nationalistes sont rejetés.
Etant donné qu’ aucun de ces postulats n’est présenté d’une façon claire dans la société donnée, les textes narratifs contestataires dénoncent exactement la confusion qui existe à leur place.
A part nos références sur le « discours social commun grec » et sur la situation du champ littéraire, le lecteur peut aussi voir les commentaires de Constantin Caramanlis sur la confusion dans la vie publique pendant la période examinée : Andréas Papandréou avait promis qu’il allait éloigner les bases américaines en Grèce, mais il a cédé aux pressions de C. Caramanlis, ex-président de la Démocratie, et les bases sont restées. Il avait aussi accepté des modifications recommandées par Caramanlis en ce qui concerne les entreprises étatisées, les ministres de son gouvernement et ses relations avec le KKE. En outre, les pages des Archives de Constantin Caramanlis font apparaître le fait que les projets et les tentatives de dictature faisaient partie de la vie quotidienne de 1958 à 1975. En fin, Caramanlis malgré son conservatisme reproche à Andréas Papandréou pour son nationalisme. Ces commentaires donc concernent les deux personnalités qui gouvernent la Grèce pendant la période examinée et par ce fait sont très importants.

4.12. Conclusion sur ce qui est considéré en Grèce comme image réaliste de la société. Au fond, selon les écrivains cités, le “discours social commun” réalise un regroupement arbitraire de di-vers aspects disparates de la vie et le présente comme la représentation de la réalité.

En récapitulant les conclusions de nos analyses sur le changement de la rationalité du discours quotidien de la société grecque et sur la critique de la rationalité de la littérature reçue en Grèce, on a trouvé que le “discours social commun” réalise un regroupement arbitraire de di-vers aspects disparates de la vie d’une personne ou d’une communauté et en forme leur image.

4.13. LA RETOMBEE DES IDEOLOGIES ET LE RECOMMENCEMENT DU ROMAN DE VIOLENCE 1982-1990
4.13.1. L’ absence du couple des valeurs de l’honneur et du déshonneur.

Le grand problème pour l’interprétation est pourquoi, dans les textes de Sourounis, Gimosoulis, Deliolanis et Sarantopoulos, le narrateur ne prend pas ses distances par rapport au mal, mais, d’une part s’identifie avec le personnage du truand, et d’autre part il n’oppose point pour autant une autre morale.
Mais selon notre concept interprétatif, le personnage picaresque refuse d’accorder tout sérieux à ce monde et à soi, parce que la justification métaphysique qui existait dans les picaresques antérieures en est absente. Les oeuvres picaresques récentes dénoncent le fait que certains côtés du système de contrôle social grec pousse à la situation picaresque.

L’analyse nous a montré que c’est toujours la “communication symbolique” qui est la logi-que profonde dans les textes de la deuxième phase 1982-1990. En effet, les liens qui unissent les divers éléments des romans modernes depuis 1982 sont généralisés dans le concept de l’opposition entre la “communication symbolique” et le “discours social commun de la vie quotidienne”.
Lorsque en 1981 le PASOK s’empare du pouvoir politique, fait entrer dans la vie publique les groupes de pression de toute sorte, la vie et l’ évolution de tous dépendent des représentations effectuées par les mem-bres de ces groupes qui recueillent des informations discontinues en une histoire ordonnée. C’est par de tels regroupe-ments interprétés d’une façon ar-bitraire que la réalité est compo-sée. Et, comme petit à petit l’ enthousiasme accompagnant l’espoir pour le Grand changement diminue, tandis que le système des étiquettes du contrôle social reste, on peut comprendre l’ indignation par laquelle les au-teurs de textes modernistes abordent la réalité sociale.
Tel est le sens donné à la réa-lité par les nouveaux textes narratifs grecs qui renouvellent le roman picaresque. Il s’agit du roman picaresque qui s’ écarte du « récit pittoresque » des aventures d’un gueux qui amuse. Mais ce genre est dénoncé.
Mais ce n’est pas le cas ici. L’ensemble des rapports dans le récit avec cette étourdissante absence de valeurs récuse la société, car le code moral de cadres supérieurs et l’appel à une juridiction plus élevée dont le « picaro » attend justification et salut, tout ce fondement n’existe pas.
Résultat de cette situation : quand le picaro transcende l’opposition honneur-antihonneur imposée par la société contemporaine par le moyen de son mécanisme de produire des déviants, alors ladite opposition devrait disparaître aussi.
Pourtant, quand la rupture est réalisée, l’opposition reparaît malgré la punition du malfaiteur, car c’est la société qui excommunie son contradicteur, rejeté ainsi dans une condition qui était celle du picaro. Pourquoi? Parce que ladite opposition étant factice, basée comme elle est sur le système de désignations, elle n’ existe pas dans l’arrière-plan spirituel du public.
Et surtout, si l’ idée du bonheur est permise et promise par l’ appel à la consommation et si l’égalité est établie dans la société, même si le bonheur apparaît un leurre, le personnage retrouve l’attitude du picaro pour participer de ce bonheur. Dans l’oeuvre de Sarantopoulos le truand accomplit tout ce programme :
« Qu’est-ce qu’ elle va faire maintenant? Le « porte-lunettes » est mort, moi je ne la veux pas. Je vais la laisser quelque part à Roa.
Oh, mon amour! La route!
L’autoroute s’ouvre devant nous, obscure comme un trou, un serpent, comme une chose inconnue. C’est une petite chanson qui me vient dans la tête.
Route, route, route,
où m’ emmènes-tu, où m’emportes-tu?
Aime-moi, comme je t’aime,
Route, route, route.
D’autres aussi sont morts là.
Route, route, route,
Ma nuit et mon jour
Repos de mon corps perdu.
C’est ainsi que la chantaient les SILKYRATS. Et cela me faisait jouir et apparaissait dans ma manière de presser à fond la pédale de gaz, mon vieux…
La femme s’éveille et je la sens s’ adapter sur la moto en laissant l’air lui lever la jupe..
Mais je me suis dit « laisse tomber ». C’est seulement une vie que nous obtenons, foutue, fausse et une seulement. Le Plaisir, la Moto et la Liberté. La vitesse et la mort. La mort colle à la vie. Au moment de la vitesse finale, la mort va apparaître quelque part et la course va se terminer sur un mur, ou sur une voiture, ou n’importe où. »
On voit que le récit La nuit de Sarantopoulos s’achève à l’ immédiateté de la vie du marginal qui fait la mort égale à la vie.
Si le personnage n’a rien à attendre, alors seule la route et l’ aventure pèse. Ainsi, le sentiment d’immédiateté de César sépare le personnage de la communauté et fait de la mort quelque chose d’intime. Dans cette séquence, César essaie de sauver la femme qui est prise comme otage par la bande, mais il n’avance aucun rapport sentimental avec elle. L’esprit de Heidegger traverse ses méditations ou, en d’autres mots, les méditations du marginal font naître des idées heideggeriennes.
Ceci veut dire que César, le chef jusqu’à maintenant de sa bande, pendant cette nuit doit réfléchir et prendre une décision : de sauver la femme-otage. Il a à confronter Loris, le rival, qui est selon lui méchant, car il est impotent, tue la femme sans raison et inspire la zizanie parmi les membres de la bande contre César : « -César, ta conduite n’était pas correcte! dit Lucia! Je le regarde.
-Pourquoi? je dis et je laisse Loris passer. Pendant cet épisode une foule de motards se sont approchés tout autour en rigolant.
-Tu ne devais pas te mêler avec la femme, répète Lucia.
‘Quel con, je pense, c’est Loris, cette crapule qui l’a convaincu.’
-Et toi, Denise, qu’est-ce que tu dis? Faudrait-il mieux laisser la femme à la merci de Loris? »
Nous remarquons dans cet extrait qu’ à l’opposé de l’attitude réelle d’un truand, César prend la route vers l’ auto-conscience.
« Je me suis dit: ‘Si je passe à l’offensive, je vais réussir. Il n’est pas question, car ils ont du respect envers moi et personne n’osera lever la main contre moi. Si je mets de côté Loris, alors Lucia et Denise vont peut être dire: ‘Laissons tomber. Ce n’est qu’une poule: que le chef la prenne le premier. Ensuite, ce sera à nous.’
Mais Loris, lui, est chef. Et je me demande ce qu’ il fait ici avec nous, pourquoi il ne va pas dans une autre bande…
La tarte est nickel, elle est de celles qui ont pris des cours de ballet. En d’autres mots elle est un trophée pour un chef…
Je réfléchis : ‘Est-ce que Loris va avoir des objections? M’ attaquera-t-il? Ah! Cette nuit! S’il me casse la tête aujourd’hui, tous les trafiquants de drogue seront contents. Parce que tu vois, mon vieux, je les tiens! Les miens prennent leur dose une fois par semaine et pas tous les jours. Tandis que les autres, après un « trip » de six mois, obéissent aux demandes du trafiquant, le Sourd. »

Conclusions sur le picaresque

Alors les textes picaresques grecs commentés n’ ont pas le ton amusé ni les caractéristiques du genre. On pourrait citer comme produits de cette production stéréotypée les romans populaires, romans photos, romans policiers, chansons, proverbes, à savoir tous les éléments du penser inconscient qui rythment la vie quotidienne. Par contre, nos textes transgressent les « lieux communs » de la culture ou le “discours social commun”.

4.13.2. Le concept de déviation (application de notre catégorie de « communication symbolique ») répond pourquoi les récits picaresques grecs constatent l’absence de l’opposition de l’honneur et du déshonneur.

Ici c’est la sociologie qui nous informe que l’ écart dans la société contemporaine n’ est pas un fait instantané. L’attitude critique des textes examinés semble appliquer la pratique critique des doctrines connues sous le nom d’« ethno-méthodologie » et d’ « interactionnisme ».
Le point de départ de l’analyse des institutions et de l’ordre social est fondé sur le fait que l’écart d’une personne ( qui dans la plupart des cas n’est pas une personne déviante ) n’est pas accompli le moment où un individu trans-gresse une règle, mais un processus au cours duquel l’ indi-vidu vient à être désigné comme déviant, car des phases intermédiai-res in-terviennent où des conditions doivent être remplies. Alors ce n’ est pas la première confrontation du sujet avec les au-tres qui est détermi-nante, mais le déclenchement des mécanismes so-ciaux de désigna-tion. Alors, le phénomène central deviennent les réactions de la société qui tendent à désapprouver, dé-grader et isoler l’individu qui, étant ainsi dé-signé, se défend.
Et nous avons déjà dit que, le groupe étant une réalité en Grèce, il est évident que tout individualisme est extirpé lors de sa naissance même.
Sous la lumière de ces remarques on comprend la rupture absolue entre César, le personnage de la Nuit et la société dans son ensemble. Il s’agit d’une rupture philologique ( il n’y a pas des marginaux qui vont jusque au bout, comme les rapports de la police nous informent). Roa est une ville imaginaire. Le nom Roa est employée dans les jeux ( cd rom, bande dessinée). Comme peu d’attribus sont attachés aux quatre personnages qui constituent la bande, on peut leur attribuer nous-mêmes des attribus. Chacun d’eux pourrait être un chômeur, un bricoleur, un déserteur. Ou encore violent, battailleur, brutal, indiscipliné, indomptable, désobéissant, rusé, meneur, intolérant sans regards pour rien ni personne, arriéré, exclu, renvoyé de l’armée, impliqué à des conflits avec les supérieurs et insubordonné.
Mais le texte selon nous est un essai politique.
Le manque du couple d’oppositions honneur-déshonneur caractérise aussi les oeuvres de Sourounis, Gimosoulis et Deliolanis. Ce dernier introduit son personnage dans une sale affaire de commerce de drogues.
Il est par ailleurs étonnant que Baboules, le personnage du Pusher, le pas du renard, ne se sent pas obligé de suivre le code social, lorsque d’une part vend des drogues aux étudiants et d’autre part il plaide devant l’assemblée des étudiants sur les maux du système capitaliste.
Normalement le héros picaresque ne s’explique pas, ne se commente pas. Mais ici il se passe le contraire : ‘En disant cela, je riais aux profondeurs de mon coeur.’ Le large passage pris dans le texte commenté fait montre de nos analyses sur la déviance.
« Minou m’appela, lorsqu’ il me vit.
-Baboules, comment ça va à Rome? Je n’ai pas compris, s’il insinuait les épisodes du cinéma ou l’occupation des universités..
-Camarades, un camarade de Rome vient d’arriver et veut annoncer quelque chose devant l’assemblée au nom du mouvement de Rome.
Certes, c’était moi le camarade de Rome. J’ai regardé avec haine Minou qui souriait, parce qu’il avait interrompu le rhéteur précédent. Je ne savais quoi dire et j’ai commencé en disant que le mouvement de Rome s’épanouissait, mais à l’origine de cet épanouissement se trouvait la poussée revendicative des prolétaires qui dépassait de beaucoup le seuil de tolérance du système de l’état-providence. Nous, les étudiants, nous sommes également parmi les exclus.
‘En disant cela, je riais aux profondeurs de mon coeur.’
En tout cas, la provocation de la décomposition ne doit pas être exclue. »
L’affinité de l’optique exprimée dans le texte à l’analyse de l’ethno-méthodologie est impressionnante.
Selon cette doctrine le contrôle social est des principaux facteurs de la déviance. Au lieu d’une vision stucturelle il y a la considération de la déviation comme une conséquence de l’étendu et formel contrôle social.
Ainsi conçu le contrôle devient plutôt une cause qu’un effet des formes de déviations. Ceci signifie que c’est la société qui est décadente et non les produits faits dans ses cadres.

La thématisation des vécus douloureux dans les textes expressionnistes

Dans les oeuvres que nous désignons comme expressionnistes un trait socio-structurel majeur est le schéma de généralisation d’un vécu douloureux, provoqué par la « paliozoi » (mal de vivre). Par exemple Pairis, le personnage de l’ Ange du moteur porte avec lui l’image douloureuse de son ami qui se prostitue et qui à la fin se suicide. César chaque fois qu’une situation de persécution est présentée, se rappelle de son ex-chef de bande, l’ « Indianos ». Enfin Nousis est perpétuellement pourchassé par les fantasmes de son enfance à Thessalonique, où il vivait avec sa grand-mère dans un « bourbier ». Ainsi, ces personnages déforment la perception de la situation et thématisent toutes les situations similaires avec agressivité et frustration. Parmi les formes d’écart qui sont utilisées pour exprimer la thématisation douloureuse sont les figures du rêve et de la descente aux Enfers à laquelle aboutissent la plupart des textes examinés. Une telle descente est la figure de la « chute dans le bourbier » de Sourounis évoquant un rituel profane des Grecs Anciens.
Ce trait va de pair avec les références expressionnistes aux vécus qui installent des identités de conscience correspondant aux « madeleines » de Proust et sont la base de toute l’argumentation phénoménologique.
« Diable! Ce sont beaucoup ceux qui nous arrivent aujourd’hui! D’abord le porte-lunettes. La vie n’est qu’un souffle de vent.. Tu roules à la moto et soudainement une voiture saute devant toi. Tu n’as pas eu le temps de l’éviter, t’es mort. Comme il s’est passé avec Indianos. Indianos s’enfuit, mais la Jaguar n’a eu le moindre dommage. On a décollé Indianos du mur avec la digue. Sa casque rebondissait pendant des heures! Comment il m’en souvient ! Moi et Indianos jadis! Lui, le chef et moi le novice. Quand j’avais acheté la TRIUMPH et nous descendions la 35ème avenue, soudainement la Jaguar nous entrecroisa issue d’une ruelle d’ à côté. Indianos mort. Alors, toi, porte-lunettes, va te baiser ! T’as vécu mieux que lui. T’as eu une mort égale.. »
Il se passe de même avec la rue des Muses du texte de Sourounis. L’évocation de cette rue en tant qu’ image spirituelle permanente est l’équivalent de l’église de Saint-André des Champs et des madeleines chez Proust. Une identité de conscience appuie un platonisme atténué comme celui de Bergson et de Husserl, puisque l’idée n’existe pas dans le monde objectif mais dans la mémoire. « Et maintenant ici où nous nous sommes le Kaffé-Koulé est toujours le coeur de la Pano Poli de Thessalonique, comme il était jadis..»

4.14. Conclusions sur la base vécue à partir de laquelle chaque écrivain a combiné les composantes de son oeuvre

Les analyses jusqu’ici de la littérature examinée fondent notre thèse qu’il est imposé de voir le rapport de la “littérature contestataire” avec son environnement global et montrer que dans la société donnée la seule possibilité pour une littérature sincère était d’ être dysfonctionnelle dans le contexte littéraire et social donné.
Et notre enquête nous a mené à la conclusion qu’ avant tout la production de la littérature étudiée est acte social, exprimé par un refus de s’allier aux agents des cénacles littéraires qui imposent un jeu de compromission sans règles pour promouvoir tel écrivain au lieu d’un autre. Ainsi les écrivains contestataires par leurs oeuvres renoncent à obtenir une place de prestige contre leur intégrité.
Nous avons exprimé ce fait par le concept de “communication symbolique” qui nous a offert la base vécue à partir de laquelle chaque écrivain a combiné les autres composantes de son oeuvre, à savoir les types de personnage, de langage, de temps et de valeurs.

4.15. La question qui reste au moment présent à expliquer est pourquoi ne pas céder à la routine philologique qui regarde tous les réseaux jusqu’ici présentés comme simplement existants Pourquoi dire non à l’individualisme historique, au hasard, à la biographie et au sociologisme?

4.16. CETTE FOIS LA CRISE DU DOMAINE LITTERAIRE GREC POUSSA LA LITTERATURE AU CHANGEMENT DU TYPE DE RATIONALITE MEME

Le jeune écrivain de la période examinée pose la double question:
A) si les sociologues grecs mêmes n’ont pas une image de ce qu’est la Grèce à cause du particularisme et B) si les juges du champ littéraire portent leurs jugements de la façon que nous avons analysée, pourquoi le jeune écrivain doit être dépendant dans ses créations littéraires?
On revient alors au même. Le contestataire s’aperçoit que dans le champ les styles préfabriqués prescrivent comment on doit avancer et se pose la question: “Est-ce que le jeune écrivain peut choisir le genre de son écriture, la valeur de ses découvertes?”
Soudain, la “vérité” des idées reçues dans la société grecque est mise en question. Point de départ l’édition des 18 Textes en 1970.
Notre enquête nous a conduit à l’ idée que c’ était la crise de la société grecque accentuée par la dictature qui était à l’origine de la littérature contestataire.
Le point de mire des nouveaux écrivains sont ceux qui mettent la littérature au service de la manipulation des crises de la société et les professionnels de la littérature qui sont attachés soit aux partis, soit à l’église, soit à l’Etat, soit à un des nombreux groupes de pression existant en Grèce. Ces derniers dans la période donnée ont atteint une frontière et cela est a la source de la crise actuelle dans le champ.
Par contre, pour les contestataires la question était d’ordre moral : Un écrivain ne peut pas à la fois obéir aux buts subjectifs et garder sa liberté. Chez l’écrivain se manifeste la difficulté de combiner engagement politique et vérité. Et aux yeux des nouveaux entrés dans le champ littéraire grec les littérateurs dominants entretiennent avec la société une relation pas claire, en produisant une illusion dans ce qu’ils font.
Pour ces raisons tous ces traits ramènent
a) aux mobiles qui se trouvent à l’origine de la création des oeuvres reçues, même s’il s’agit des oeuvres se proclamant pour le socialisme, car le conformisme conscient ou non assure la gloire facile.
b) Au mobile de l’attitude de l’écrivain contestataire qui choisissant la contestation risque le danger d’ être exclu..
Voici la cause de l’originalité de la littérature grecque moderne: Selon cette problématique toutes les oeuvres faciles paraissent comme la transposition d’un schème conventionnel . Elles sont considérées comme du bricolage inspiré par des intérêts autres.
la contestation émerge de l’opposition entre, d’une part, les critères locaux dominant sur la nouvelle situation sociale en Grèce depuis 1970 et, d’autre part, l’intérêt général : les problèmes sont de caractère général, problèmes de valeurs et de buts, c’est-à-dire dans les relations de divers groupes sociaux.
B) Sur le champ littéraire
La contestation ici porte sur la redéfinition de toute la culture contre les prιoccupations locales manifestées par les cénacles dominants.
La littérature en tant qu’authenticité, selon les oeuvres examinées, devrait reposer sur autre chose que sur les cercles, les chapelles et la bureaucratie littéraire.
La méfiance envers la littérature même est due au fait que les pratiques littéraires grecques qui étaient démasquées pendant la dictature avaient remplacé le critère de la valeur par le compromis entre littérateurs du même clan, puisque les littérateurs du sommet acceptaient comme allant de soi que des motivations politiques et autres sont nécessaires pour réussir. Nous citons deux témoignages encore sur la situation de la critique en Grèce: celui de Vitti et celui de Debaisieux. L’absence de critères universels et surtout systématiques des pratiques critiques en Grèce est confrontée implicitement et explicitement par les textes dont nous parlons. Elle conditionne tous les schémas de mise en abîme dans lesquels les textes examinés font des commentaires sur leur propre sens. Dans le même cadre on peut citer le fait que la forme naïve du réalisme pratiqué en Grèce avant 1970 n’est pas utilisée consciemment par les nouveaux écrivains. En effet, la sacralisation des grands idéaux apportés par Ritsos et beaucoup d’autres et l’exploitation de ce fait par l’idéologie dominante change la scène littéraire toute entière: On peut remarquer que parmi les mesures répressives du gouvernement grec lancées depuis la Guerre Civile contre quiconque pourrait représenter une menace pour la sécurité ‘nationale’ était la mise en exil ou l’exécution de plusieurs écrivains de la gauche. Par exemple, en 1950, Ritsos (prix Lenine) se trouvait en exil, dans le camp de concentration d’ Ai Strati, dans les îles, d’ où il écrivit la longue «Lettre à Joliot-Curie». Aris Alexandrou avait aussi écrit en prison, où se trouvait jusqu’ à 1959, plusieurs de ses oeuvres. De ce même domaine d’expériences relevaient également les oeuvres de toute une série d’écrivains grecs. La littérature s’y était engagée aux luttes sociales et avait passé le message que la grande oeuvre décrit des grandes causes. Pourtant les produits d’ une telle littérature ont été utilisés comme preuves d’ une littérature moralisatrice et ont servi à l’idéologie officielle et à l’idéologie des partis politiques. La réaction à cet usage de la littérature était de mettre l’accent sur la difficulté d’élaborer la forme et le contenu d’ une oeuvre sincère et actuelle. Et les oeuvres importantes n’ apportent pas le résultat des recherches dans la forme brute et ne le désignent pas directement : Par une telle démarche les nouveaux écrivains grecs voulaient montrer l’importance de réfléchir sur les moyens langagiers et sur les rapports entre les symboles et les symbolisés dans le langage même d’un texte littéraire. Ainsi, l’écrivain qui se veut sincère n’accepte pas la logique même qui domine les produits littéraires utilisant la représentation et les sujets sacralisés d’une littérature glorifiée par des écrivains martyrs et héros comme Ritsos et Seferis. Il y aura donc les changements à partir de 1970 :
1. Tous les symboles employés par des écrivains accusés pour être complaisants au régime de la junte sont discrédités.
2. De 1974 à 1982, il y avait un renversement brusque, bien que superficiel, de l’idéologie conservatrice, identifiée avec l’idéologie de la junte.
3. L’horizon spirituel était marqué par l’espoir et le désir indéterminé, flou et passionné, du Grand Changement promis par les partis de la gauche.
4. Le bouleversement de la représentation réaliste va de pair avec
a) le « Mouvement Socialiste » et le mouvement de la gauche qui a embrassé toutes les formes de contestation en Grèce, jusqu’aux élections d’ octobre 1981, ce qui a apporté à ces partis le 65% des votes.
b) la prolifération graduelle de l’ idéologie « technocratique » qui évolue parallèlement avec une idéologie nationaliste et religieuse tout puissante. Mais après les changements importants au début de la décennie de 1980, la désidéologisation a éparpillé l’espoir. Et la droite se trouvant dans l’opposition depuis 1981 fait la même chose en adoptant toutes les contestations contre ceux qui sont au pouvoir.

4.17. EXPLICATION GENERALE DES TEXTES PAR LEUR “DYSFONCTIONNEMENT”

4.17.1. La littérature en soi est dysfonctionnelle dans la société donnée.

Après nos analyses, il a été évident que la contestation affichée dans les textes cités de la rationalité même du discours social commun ne pouvait pas être fonctionnelle dans la société donnée. Nous avons utilisé la définition du fonctionnel et dysfonctionnel de Henri Mendras et Pantazis Terlexis, professeur de l’Université d’Athènes. « Mais il y a des éléments fonctionnels et d’autres dysfonctionnels, comme est bien évident qu’ il y a des éléments afonctionnels.”
La littérature donc que nous avons étudiée ne pouvait pas remplir dans la société donnée une fonction idéologique et politique. On note pourtant qu’ il se pose très souvent la question si la littérature donnée n’est qu’ une affaire purement esthétique. La réponse est négative, parce que cette production contrarie la culture et la littérature conventionnelle qui sont des entités existantes et ne sont pas bornées dans les méditations esthétiques d’ un cercle fermé de littérateurs. La thèse fonctionnaliste donc soutenue par Morse Penckham doit être rejetée. Ce dernier définit la thèse fonctionnaliste sur le fonctionnement de la littérature dans la société comme désordre. Selon lui, la littérature doit se borner à poser les problèmes nus et ne pas aller plus loin, pour laisser le lecteur dans le doute, l’intrigue doit être imprévisible et le comportement du personnage discontinu. En outre, ce programme ne peut s’accomplir que par l’emploi de l’antigrammaticalité dans l’usage du langage littéraire.
On peut critiquer le point de vue de Penkham, car à propos de la “littérature contestataire grecque” il ne s’agit pas de simple innovation. La plupart des nouveaux écrivains grecs prolongent l’effet qu’ils ont recherché dans la vie sociale : les écrivains “contestataires” ne sont pas seulement des écrivains qui opèrent des innovations. Leurs rares affinités avec le décadentisme sont extérieures.

4.17.2. Crise de légitimation de la littérature

Ainsi, la motivation de ces écrivains semble provenir de la crise du marché de la littérature et de la participation des partis politiques au débat sur le sens de l’art. Ce fait a nécessité le discours de légitimation de l’ oeuvre littéraire. Il semble que ce dont les auteurs contemporains ont besoin, est une réflexion critique sur la manière dont nous concevons notre rapport aux oeuvres .
Les problèmes de légitimation découlent des essais des écrivains pour fonder leurs expérimentations d’ où il ressort qu’ils ne pensent pas à un jugement d’objet, mais à un jugement qui rapporte le texte narratif au récepteur et au marché des biens symboliques.
Le problème de légitimation de la littérature grecque depuis 1970 s’ aggrave par le dysfonctionnement dans les jugements par lesquels la critique et l’ édition décident la consécration ou la disparition d’un écrivain. Selon grand nombre d’écrivains grecs de la période étudiée l’ intérêt pour le style est conçu comme une expression des conflits sociaux et des préoccupations existentielles.
Il n’y a rien qui évoque les manières de la Décadence. La littérature actuelle n’est pas question du culte d’ un style oisif qui vise à la seule innovation formelle, mais elle opère une contestation des valeurs sociales par le biais des formes littéraires appropriées, tels le sarcasme et l’ironie d’une part, le désespoir et le nihilisme d’autre part.
Il est évident que la littérature grecque marque une rupture par rapport à la littérature précédente et à l’idéologie qu’ elle véhiculait. Alors, le postulat des nouveaux écrivains pour un langage libre des contraintes est parmi d’autres d’ordre moral. Les nouveaux littérateurs élaborent leur discours comme réponse au langage social commun qui produit les conditions de la stérilité du discours poétique et ils prolifèrent l’idée que c’est la langue qui détermine le contenu social et pas l’inverse.

4.18. Les formes exprimant la rupture entre la littérature examinée et la littérature reçue
4.18.1. Parodie des écrivains reçus

On retrouve à plusieurs reprises des allusions des textes cités aux thèmes posés ci-dessus. Voyons par exemple les commentaires de Maro Douka :
“ Beaucoup de temps s’est écoulé depuis J’ai fouillé en moi-même jusqu’à satiété. I1 m’a fallu beaucoup de temps. C’est à peine, et en me faisant violence, si je peux me souvenir des irritations qui se cachent derrière chaque phrase. Je me demande comment font les écrivains, quelle satisfaction ils éprouvent, si toutefois ils éprouvent une satisfaction en écrivant. Moi, j’ai eu l’impression que je disais continuellement les choses à moitié, que j’étais sur le point de les dire et que malgré moi, peut-être par impuissance, j’avais peur de les dire complètement”
Les écrivains dont nous parlons et notamment Natacha Hatzidaki dénoncent le point de vue selon lequel le texte n’est que la somme des idées exprimées sous la forme d’images littéraires, tandis que pour elle le correct est de faire attention au moment décisif de l’assimilation de la réalité ou d’épurer la manière de percevoir les choses. Donc les écrivains qui ne donnent qu’ une illustration didactique dans leurs pensées préfabriquées sont explicitement ou implicitement méprisés dans les textes que nous examinons. Il y a des exemples presque dans tous ces textes, tels de Geronymaki, de Hatzidaki et de Vagenas. Selon leur point de vue, la réalité dans laquelle vit l’écrivain a été mille fois exprimée dans les formes déjà désuètes et ne saurait pas être la substance du roman, puisqu’elle ne peut pas être source d’une création authentique. Par contre, la réalité qui est mise en relief dans ces récits est la réalité individuelle de l’écrivain, sa propre réalité qui ne ressemble pas à la réalité commune, au “discours social commun”. En effet, leur réalité est volontairement présentée comme discontinue.
« -Σε παρακαλώ, άφησέ με να φύγω, αύριο πρέπει να ξυπνήσω νωρίς για το γραφείο, έχω μια μικρή υδρία με τέφρα, και ότε έγινεν εσπέρα έφερον προς αυτόν δαιμονιζομένους πολλούς. Εφτασα νύχτα, γύρω στις δώδεκα τα μεσάνυχτα, όπως γίνεται σε όλα τα ευτελή και πλήρη αστικά μυθιστορήματα, η δωδεκάτη νυχτερινή είναι μία ώρα ευκάμπτου ανάγκης, μια ώρα με πολλά περιθώρια ανταποκρίσεων, στον ανατολικό αερολιμένα κι έκλαιγα καθώς χάναμε ύψος με το σαγόνι μου βυθισμένο στη νάυλον σακούλα του εμετού. Δεν ήξερα λοιπόν που βρισκόμουν. δεν ήξερα αν ήταν βράδυ ή μόλις πρωί.»
“ Laisse-moi partir, s’il te plaît, demain je dois m’éveiller tôt pour le bureau, j’ai une petite urne pleine de cendre. Et lorsque la nuit tomba, on a amené devant Lui beaucoup de possédés par le démon. Je suis arrivée dans la nuit, aux alentours de minuit, comme cela se passe dans tous les romans bourgeois banals mais achevés, la douzième heure est une heure de nécessité adaptable, une heure ouverte à beaucoup de possibilités d’échanges, à l’ aéroport de l’est et je pleurais pendant que nous perdions de la hauteur avec le menton enfoncé dans le sac plastique pour vomir. Je ne savais donc pas où je me trouvais, je savais si c’était le soir ou le matin.”
La thèse du narrateur des Joueurs de Antonis Sourounis sur les pratiques littéraires existantes met en doute toute littérature dont il veut changer la ponctuation même.
(« Τις μέρες αυτές ο Νούσης σκέφτεται έμμονα να ξαναπιάσει χαρτί και μολύβι. Διαβάζοντας για πολλοστή φορά εκείνο το αποτυχημένο βιβλίο, έχει συλλάβει ολοκάθαρα τα αίτια της αποτυχίας του και έχει διαπιστώσει, ότι εντός του έχουν συντελεστεί ριζικές μεταβολές, μεταβολές τέτοιες που θα μπορούσαν σήμερα να οδηγήσουν ένα βιβλίο από διαφορετικούς δρόμους. Αυτό δεν είναι σχήμα λόγου, είναι η αλήθεια χωρίς βρακί. Οι μεταβολές του έχουν γίνει από την βάση, δηλαδή από τα σημεία στίξεως, δηλαδή από τα κυκλοφοριακά σημεία στην πορεία της γραμμής ενός βιβλίου. Με σπάνια αυτοκριτική ομολογεί, πως αν ξανάγραφε το ίδιο βιβλίο, εκεί όπου υπάρχουν θαυμαστικά, σήμερα θα αρκούνταν στην τοποθέτηση αποσιωπητικών.
Πανικόβλητος κάνει μεταβολή κι’ αντικρύζει τη μιζέρια του. Νούση, μάγκα μου, άφησε τις στέγες στην ασπρίλα τους και φρόντισε να ξεμαυρίσεις το δικό σου χάλι….Και μην ξεχνάς πως υπάρχουν κάτι άλλα παιδάκια, ειδικοί στο να μαυρίζουν στέγες, μια και οι ίδιοι ξούνε πάντα κάτω από στέγες κάτασπρες.)
« Pendant ces jours Nousis, pense constamment à reprendre papier et crayon. En lisant une fois de plus ce livre raté, il a saisi très nettement les causes de son échec et a constaté que à intérieur de lui des changements radicaux ont été effectués. Des changements tels, qu’ils pourraient aujourd’hui mener à bien un livre par des chemins différents. Ceci n’est pas un schéma rhétorique, il est vérité crue. Ces changements commencent à partir de la base même, c’est à dire à partir de la ponctuation. Il avoue avec un esprit autocritique que là où aujourd’hui sont mis des points d’exclamation il aurait mis des points de suspension…
Mais, épouvanté, il fait demi-tour et aperçoit sa misère. ‘Nousis, mon vieux, laisse tomber.. Va trouver du travail…Et sache qu’il existe aussi d’autres écrivains, mais ils vivent toujours sous des toits tout blancs’(aisément) ».
Un autre passage de l’ Or des fous, prévoit qu’après le sacrifice des révoltés contre la junte viendront les poètes pour spéculer sur le mythe de la Polytechnique.
4.18.2. Parodie des pratiques littéraires de la société.
4.18.2.1. Par l’ironisme de Nasos Vagenas

L’ oeuvre de Vagenas est animée par un style ironiste. Vagenas y opère une critique des pratiques littéraires et de la poésie même. Il a emprunté peut-être son thème à Barthelme Donald, écrivain ironiste qui dans un de ses récits évoque un musée Tolstoi qui n’existe pas. L’esprit ironique de Borges survit dans le passage suivant.
Toutes les traductions du Pays Dévasté citées par le narrateur sont réelles sauf celle de Théofile Giatras. Il s’agit d’une personne imaginaire créée par un grand ironiste.
« Des traductions du Pays Dévasté, publiées jusqu’à maintenant, c’est certainement la traduction de Seferis qui est la meilleure. Pas la première édition, celle de 1936, mais la deuxième de 1949 rééditée en 1965 et en 1967. Il semble curieux que Papatsonis ( O Kyklos, juin 1933 ) malgré sa parenté spirituelle avec Eliot ne préserve que de miettes des dîners piquants de son prototype. Nous ne pourrions pas soutenir la même chose pour la première traduction de Seferis… La cause est, je crois, simple: ces traductions étaient prématurées. ».
Le lecteur avisé peut découvrir toutes les allusions de Vagenas dans ces extraits. Tout est fondé sur la différence entre un poète pur et un poète héros. Plus bas nous faisons l’hypothèse que le personnage de Vagenas est peut-être Ritsos, poète majeur, un vrai ascète de la poésie.
« La traduction de Sarantis (Editions « Nea Tekni » 1958 ) ne semblait pas avoir des grandes ambitions. Cependant elle vaut d’ être étudiée pour les mobiles qui lui ont donné naissance. En effet Sarantis traduit une oeuvre, mais il ne peut pas dire avec assurance s’il l’aime ou s’il la réfute (Avant-propos, p. 20-22 ). Cette ambiguïté profonde détermine aussi la signification de sa tâche; une tâche qui nous laisse à la fin dans l’aporie parce que le traducteur fait tout ce qu’il peut pour rester indifférent envers sa tentative. En conséquence, si je ne me trompe, s’y exprime une intensité dans les sentiments .. Les vers par exemple: ‘The meal is ended, she is bored and tired, Endeavours to engage her in caresses Which still are unreproved, if undesired. Flushed and decided, he assaults at once? Exploring hands encounter no defence? His vanity requires no response, And makes a welcome of indifference’.(236-242).
Il est évident que ces vers chez Sarantis fonctionnent avec une autonomie propre :
Το δείπνο τελείωσε κι αυτή αποσταμένη μοιάζει,
με προστυχοχαιδέματα ζητάει να τήνε μπλέξει
που ακόμα είν’ ελαφρά, ώσμε κι αυτή να στέρξει,
ανάβοντας της ρίχνεται στα ίσα,
τα χέρια του την ψάχνουνε με λύσσα,
η ματαιοδοξία του τον πόθο της δεν απαιτεί,
ακόμα και η αδιαφορία της του είναι καλοδεχτή.
Par contre Seferis reste fidèle à la température de l’original:
Απόφαγε, βαριέται και είναι κουρασμένη,
Κάνει μια απόπειρα να την μπλεξει σε χάδια
Που εκείνη δεν ποθεί μήτε αποδοκιμάζει.
Πυρός και αποφασιστικός, ρίχνεται αμέσως,
Χέρια ερευνητικά δε συναντούν αντίσταση,
Η ματαιοδοξία του δεν απαιτεί ανταπόκριση,
Και παίρνει για παραδοχή την αδιαφορία. ».
Cependant le narrateur se sent obligé de citer une quatrième traduction inachevée et d’ apprécier le mérite de la tentative de Giatras qui est qualifiée d’excellente.
« La déontologie philologique ne me permet pas de passer sous silence une quatrième tentative de traduction qui achevée aurait une importance décisive non seulement pour la trajectoire entière de la poésie grecque, mais aussi pour la notion même du terme de traduction. Il s’agit de l’essai d’un littérateur discret, de Patroklos Giatras. Son texte ne dépasse pas soixante vers dont n’est publié qu’une seule partie. Je ne sais pas quel serait leur sort, s’il n’ avait l’opportunité d’être accueilli par une des revues sérieuses (un essai de publication dans la revue Nea Estia n’a pas réussi à force d’une bizarre indifférence de son directeur) ».
Vagenas pouvait mettre à la place de son personnage énigmatique et imaginaire Jean Ritsos, grand poète de la gauche, qui en 1950 se trouvait en exil, dans le camp de concentration d’ Ai Strati, dans les îles, d’ où il écrivit la longue «Lettre a Joliot-Curie» : “ voila maintenant plusieurs années que nous allons d’ île déserte en île déserte avec sur nos épaules le fardeau de nos tentes sans parvenir à dresser nos tentes, sans parvenir a dresser deux pierres pour y mettre notre marmite sans parvenir à nous raser ni à fumer un bout de cigarette”. Aris Alexandrou avait aussi écrit en prison, où se trouvait jusqu’ à 1959, plusieurs de ses oeuvres.
Cependant, Vagenas, qui appartient aussi à la gauche rénovatrice, a préféré la technique de l’ironisme pour pouvoir nous faire montrer une vérité au delà des complaisantes images littéraires qui étaient à ses yeux discréditées.

4.18.2.2. Par la parodie du genre narratif même

Dans le Rencontre-la ce soir le schéma de parodie constitue une mise en cause du genre narratif même. On cite le texte grec et la traduction française pour mettre en lumière toutes les graphies de l’original.
«Τρεις νεαροί υπάλληλοι της ΤΡΑΠΕΖΑΣ ΤΗΣ ΕΛΛΑΔΟΣ έχουν σταλεί από το τμήμα της μηχανογραφήσεως να παρακολουθήσουν ένα σεμινάριο για κομπιούτερς. Ο ένας είναι αρραβωνιασμένος.
ΔΟΚΙΜΑΣΤΙΚΗ ΑΦΗΓΗΣΗ ΓΕΓΟΝΟΤΩΝ ΣΕ ΙΣΟΡΡΟΠΙΑ
ΙΣΤΟΡΙΚΟΥ ΧΡΟΝΟΥ
-να πάρει ο διάβολος ήταν ο πιο νόστιμος-ο άλλος είχε μια γκόμενα καλή όπως έλεγε
ΑΠΑΡΑΔΕΚΤΟΣ ΤΡΟΠΟΣ ΑΦΗΓΗΣΗΣ
ΣΕ ΠΡΩΤΟ ΠΡΟΣΩΠΟ
ΑΛΛΑΓΗ ΠΑΡΑΓΡΑΦΟΥ
ΔΥΝΑΤΟΤΗΤΑ ΕΠΑΝΑΠΡΟΣΑΡΜΟΓΗΣ ΔΕΔΟΜΕΝΩΝ
ΣΗΜΕΙΩΝΕΤΑΙ ΠΛΗΡΗΣ ΑΔΥΝΑΜΙΑ ΠΡΟΣΛΗΨΗΣ ΕΡΕΘΙΣΜΑΤΩΝ
ΤΕΛΙΚΑ όλοι οι Ελληνες
επιχειρούν τις πολιορκίες
αυτού του είδους
με αφάνταστη έλλειψη καλού γούστου
ΑΠΑΡΙΘΜΗΣΗ ΚΑΙ ΕΠΑΝΑΠΕΡΙΓΡΑΦΗ ΔΕΔΟΜΕΝΩΝ
Ι: Ξενοδοχείον Lancashire::
1) Αίθουσα τηλεόρασης-άνετος βικτωριανός χώρος
δυνατότητα εξυπηρέτησης περιοδευόντων εμπορικών αντιπροσώπων.
2) των καμαριερών -που φορούν μακριές κόκκινες φούστες από συνθετικό γυαλιστερό βελούδο.
3) των τριών υπαλλήλων της ΤΡΑΠΕΖΗΣ ΤΗΣ ΕΛΛΑΔΟΣ
4) του Αιγυπτίου εξ Αλεξανδρείας νυκτερινού τηλεφωνητή και πληροφοριοδότη
5) της ημερήσιας βάρδιας ρεσεψιονίστ και
6) των γυναικών του μαγειρίου, χλωμών με πλατύγυρα βαμβακερά φουστάνια
7) της Κέητ με το κομμένο χέρι ύστερα από μια έκρηξη βόμβας στο Μπέλφαστ
8) του Ιωάννη Στράους που κρατά μια κονσέρβα μπύρας ο ΜΑΥΡΟΣ ΚΟΚΚΟΡΑΣ και
9) του υπερκόσμιου χίπυ Χίθκλιφ με την Εμιλυ Μπροντέ στα γόνατά του ενώ η Φιλολογική Δόξα των πέριξ είναι ριγμένη στον καναπέ και διαβάζει την πρωινή έκδοση της Ηβνινγκ Στάνταρτ. »
« Trois jeunes employés de la BANQUE NATIONALE DE GRECE sont envoyés par la section de mécanographie pour suivre un séminaire d’informatique. L’un d’eux est fiancé;
NARRATION EXPERIMENTALE D’EVENEMENTS
DANS UN TEMPS HISTORIQUE
-Que diable ! c’ était le plus séduisant-l’autre avait une petite amie qui était bonne comme il disait.
MODE DE NARRATION INACCEPTABLE
A LA PREMIERE PERSONNE
CHANGEMENT DE PARAGRAPHE
POSSIBILITE DE READAPTATION DE DONNEES
ON A OBSERVE UNE IMPOSSIBILITE COMPLETE DE RECEVOIR DES STIMULES.
ENFIN tous les Grecs
essaient les sièges de ce genre
avec un manque incroyable de bon goût
ENUMERATION ET NOUVELLE DESCRIPTION
DES DONNEES
I. Hôtel Lancashire
1) description de la salle de télévision – milieu spacieux dans le style victorien, possibilité de logement de colporteurs.
2) description des servantes qui portent de longues jupes rouges en velours synthétique brillant.
3) description des trois employés de la BANQUE NATIONALE DE GRECE
4) description du téléphoniste égyptien, espion de la nuit..
7) description de Kate avec son bras brûlé
8)description de Johan Strauss qui tient dans sa main une boîte de bière LE COQ NOIR et
9) description de Hithclieff, le hippie supraterrestre avec Emily Brontë sur ses genoux, le moment où la Gloire Philologique des alentours est jetée sur le canapé et lit l’édition matinale de l’ Evening Standard ».
On remarque que le grec de l’original était volontairement incorrect et nous avons traduit littéralement.

4.18.3. Critique des pratiques littéraires par la « mise en abîme ». Le schéma de la « mise en abîme » comme preuve de la séparation de la langue de la pensée

Prenons comme exemple le texte de Nana Issaïa. La narratrice commence sa narration en disant qu’ il ne s’agit pas d’ une narration des événements mais des pensées. Il est évident que chaque fois que l’écrivain décèle les secrets de son travail, il s’agit d’une figure d’écart qui s’appelle « mise en abîme ». Ainsi, dans plusieurs endroits du texte la narratrice saute hors des cadres du récit enfreignant le système de pronoms même. Nous citons, par exemple, la mention d’ une interview accordée à la Radiophonie Nationale-au niveau réel celle-ci- qu’elle insère dans son récit. D’ailleurs tout se dit à la première personne du singulier et par cette technique l’écrivain a l’occasion d’exprimer directement les choses qui torturent son esprit. En plus, il y a dans le texte un passage où l’écrivain s’identifiant avec la narratrice donne l’impression que le texte est une interview.
La signification de cette technique est très importante pour notre travail; car elle fait preuve que la mise en relief du discours intérieur par les « mises en abîme » fait apparaître une séparation du signe (du langage ) de la pensée : ainsi le sens de l’oeuvre littéraire s’ éloigne du thème représenté pour s’installer dans le processus de la création même.

4.18.4. Critique de la littérature engagée

Une question donc se pose : pourquoi le Congé est-il structuré comme un mythe d’ engloutis-se-ment de l’homme par la femme ? Il ne suffit pas de l’expliquer par le dénouement du récit. Par contre, c’est par là que nous devons commencer. A première vue, le récit semble répéter le mythe ancestral du retour symboli-que à la modalité germinale qui précède toute existence temporelle, comme prétend Mircea Eliade. Cependant, le fait que de tels récits sont présentés fréquemment dans la littérature oc-cidentale pendant les dernières décennies et que l’écri-vain est diplômée en anthropologie, conduisent à considérer l’oeuvre comme délibérément construite, pour donner la preuve de la suspension du temps et du rationalisme .
Par ce recul, l’écrivain peut exprimer sa pensée globale sur le monde, au lieu de s’occuper de la lutte de classes sociales. La poésie lui of-fre la possibilité d’opérer des synthèses sur les grandes catégories de la vie qui sont par ailleurs communes pour toutes les classes de la société : l’amour, le monde, les rap-ports de deux sexes .
Tel est le sens des scènes d’ amour sous les images archétypales qui suivent:
« Il commencait à se déshabiller. ‘Déshabille-toi’, chuchota-t-il.
-‘J’ai honte, mon corps est trop brûlé.’
Je l’ai regardé. La chose entre ses cuisses semblait tranquille maintenant. Elle ne bougeait pas et n’était pas plus grosse que le poing d’un enfant de deux ans. J’ai commencé à me déshabiller. A chaque brusque mouvement je sentais un coup de lance dans le flanc droit.
-‘Ferme les yeux’, dit-il à voix basse. J’ai senti qu’il s’approchait de moi. Quelque chose comme une boue gluante envahit ma tête…L’homme se tenait debout à quelques pas de moi, les jambes ouvertes. Une grosse tentacule glissait.. déjà elle descendait et venait vers moi. J’étais affolée. J’ai sauté au dessus du lit et suis allée vers la salle de bain. Derrière la porte bloquée je sentais son haleine lourde.. ‘Quelle belle situation en échange d’ une excursion à Yannina’, pensais-je…
Deux larges dents droites sont enfoncées dans mon talon.
-‘Robinson’.
Je savais qu’il me mangeait. Au début, j’ai évité de regarder. L’horloge d’une église a sonné trois fois et une autre lui a répondu de loin par trois carillonnements… Je ne ressentais aucune douleur. Je m’asseyais tranquille et suivais attentivement le bruit sourd de l’engloutissement. C’était comme de petits oiseaux rapaces qui s’attaquent furieusement à un épouvantail de paille dévoré petit à petit..Moi, je me sentais comme cet épouvantail. Je savais que d’ici peu il ne resterait que le poteau qui me soutenait, mais cette histoire me laissait indifférente. J’étais contente, parce que le poteau resterait fixé dans le champ et que plus tard un autre épouvantail me remplacerait. »
Ainsi, dans ce passage, on applique un raisonnement par analogie et il semble que Sotiropoulou adopte le type de raisonnement des doctrines préscientifiques et parascientifiques qui installe une correspondance entre le macrocosme de l’univers et le microcosme du corps humain. Au fond, il s’agit d’une connaissance intuitive de similitudes. Nous avons remarqué l’ absence de signes de la culture au profit des signes de la nature de sorte que le naturel l’emporte sur le culturel.

4.18.5. Le rapport personnel de l’écrivain manquait du « réalisme faux »

Un exemple de réalisme dénoncé par les contestataires

On peut citer par exemple deux ro-mans de A.Dimasos et de K. Hiotakis, édités en 1980 et 1981 par les éditions “Sinchroni Epochi”, contrôlées par le P.C. Le premier texte qui est doté d’une certaine valeur littéraire se réfère aux luttes sociales du passé pour enregis-trer la dichotomie entre la famille riche et les pauvres du village et adopte un naturalisme trivial qui n’a qu’une ressemblance lointaine avec le naturalisme insurmontable d’ Emile Zola. L’au-tre met en place toute l’armature du discours plat et faux du dogme : la lutte, l’optimisme, les héros positifs qui chantent la victoire du peuple, chaque fois qu’ils ren-dent visite l’un à l’autre. Ils menacent verbalement la classe dominante, ils sont ex-pulsés, jugés et condam-nés. Malheureusement rien n’a le juste ton, ni la juste dimen-sion. Le discours est arrondi et faux dans ce mixage arbitraire. La bonne cause du socialisme perd ici son sens.
Le formalisme révolutionnaire était une de formes de négation du réalisme et de la représentation. Dans ce sens, les textes de Hatzidaki et de Geronymaki n’appartiennent ni à la décadence ni au « réalisme véritable». Il suffit d’ évoquer les “realia”, les idées de Platon et le réalisme de Balzac pour ne pas confondre le réalisme à l’impressionnisme. Leur formalisme pourtant est un formalisme moderne qui introduit les valeurs dans la narration et la description.

4.19. Critique aussi du roman reçu, parce qu’il se désintéresse à l’écrivain réel.

Au fond, les codes littéraires dominants dans la période donnée ne s’intéressent pas à l’écrivain, ni au lecteur réels, ce qui est une des causes entraînant les jeunes écrivains de produire une littérature sémantique
Nous avons en effet observé que sur les deux plans, le plan de la vie publique ou du discours social commun et le plan du type de la littérature reçue, on ne s’intéresse ni à l’écrivain, ni au lecteur réels. C’est l’institutionnalisation de la « koiné néa elliniki » en 1976 et l’ imposition du modèle de la littérature politique qui prouvent nos remarques. Bien qu’ on nous invite à une liberté polysémique, il s’agit d’une liberté plutôt théorique.
Or, pour les écrivains examinés la question naît quand on s’interroge si toutes les variétés du langage sont couverts par les règles soit de la langue normalisée, soit de la littérature imposée. L’analyse de Barthes sur la primauté du code au lieu du discours est assez claire : “Le récit ne fait pas voir, il n’imite pas; la passion qui peut nous enflammer à la lecture d’un roman. n’est pas celle d’une « vision » (en fait, nous ne « voyons » rien), c’est celle du sens, c’est-à-dire d’un ordre supérieur de la relation, qui possède ses émotions, ses espoirs, ses menaces, ses triomphes : « ce qui se passe » dans le récit n’est, du point de vue référentiel (réel), à la lettre rien . « Ce qui arrive c’est le langage tout seul, I’ aventure du langage, dont Ia venue ne cesse jamais d’être fêtée.”
Or, la littérature grecque moderne a rompu avec les restrictions concernant les relations entre le discours et le roman par l’ exploitation du fait que le narrateur n’est pas l’écrivain. Ainsi, les écrivains contestataires s’appuyant sur le fait que le narrateur n’est pas l’auteur, mais un rôle inventé, s’ouvrent à plusieurs possibilités : tel narrateur est un ingénu, tel autre un humoriste, un autre se laisse émouvoir, tel autre montre de l’ironie. Son attrait tient aussi à ce qu’il est le récit d’un locuteur individuel. Mais ces possibilités ont un dénominateur commun : la contestation.
En fait, plusieurs sont les formes de telles interventions sur les formes de l’intrigue. L’écart devient affaire des moules mêmes du récit, puisqu’il consiste dans la confusion des différentes fonctions du discours, contrairement à la distinction des fonctions du message. Nous présentons ici les constituants des modifications de l’intrigue chez les dix écrivains : les motifs, la perspective, le récit enchâssé, le mélange entre la prose et le discours poétique, le temps, les manières de présentation de la réalité.

4.19.1. La mise en relief de la perspective au détriment de la représentation

La mise en relief de la perspective par les écrivains cités pousse la représentation à l’arrière-plan. Pour les raisons qu’on a exposées plus haut, nous avons abouti à la conclusion que parmi les constituants du texte narratif moderne, dont nous faisons l’examen, c’est la perspective qui joue le premier rôle et s’avère le porteur de la “communication symbolique”.Les types de statut du narrateur en ce qui concerne les textes commentés sont :
Récits à narrateur « intradiégétique »:
a) Dans la Nuit de Sarantopoulos, César est à la fois protagoniste et narrateur, racontant sa propre histoire,
b) Baboules, narrateur dans le Pusher.
c) L’ héroïne-narratrice du récit de N.Hatzidaki
d) L’ héroïne-narratrice de la Tactique de N.Issaïa
e) L’ héroïne-narratrice du texte de P.Geronymaki
f) Le héros-narrateur des Joueurs de A.Sourounis
g) La héroïne-narratrice du Congé de Sotiropoulou
h) Le héros-narrateur du Monastère de Papachristos
j) L’ héroïne-narratrice de L’ or des fous de M.Douka
Récits à narrateur extradiégétique.
a) Le narrateur du texte de Vagenas
b) Le narrateur du récit de K.Gimosoulis
C’est par la perspective que l’écrivain fait les commentaires des événements présentés et des possibilités de changement des situations, rend compte des formes de la relation du sujet à l’ « objet-valeur » et rend possible l’examen des deux dimensions de ces récits, la pragmatique et la cognitive, le paraître et l’être. Le narrateur se veut complice du héros.
Par exemple, le narrateur dans l’oeuvre de Gimosoulis participe au drame de son personnage:
“A ce moment le narrateur intervient en disant : Moi aussi je n’ai jamais compris, pourquoi je suis mêlé à cette histoire. Pourquoi ai-je choisi Païris pour héros? Qu’est-ce que je voulais prouver à moi même? Et Païris ne savait pas, Païris avait à faire un choix, soit rester là et se faire arrêter, soit se jeter contre eux avec son camion et les faire exploser en mille morceaux. La situation était difficile, parce que cet homme ordinaire devait comme d’habitude choisir entre oui et non. Il devait choisir et était fatigué de faire passer tous les jours d’une rive à l’autre, porter son être d’un jour à l’autre. Il voulait cesser de porter son corps, cesser enfin cette chasse paranoïaque. Il voulait que ses actes aient un but, car il s’était fatigué à se faire peur à lui-même et aux autres. Il ne savait pas. Il ferma les yeux et demeura là, neutralisé, le moteur allumé et la vitesse au point mort. C’est à ce moment-là que son ange gardien eut pitié de lui et descendit. Il creusa un trou profond dans la terre et l’ y cacha. Le lieu devint un puits. »
Dans les textes de Geronymaki et Sourounis, il y a un rapport entre le récit dans l’enclave et le discours englobant. Dans d’autres textes, ceux de Douka, Sotiropoulou et Papachristos le « deuxième monde » est représenté par des rêves. Enfin, dans les textes de Sarantopoulos et de Gimosoulis ce sont des thématisations d’une dépression psychique qui fonctionnent comme les « voix de Jeanne d’Arc » et comme les « madeleines » de Marcel Proust et servent de substitut du récit enchâssé.

4.19.2. Le mélange du langage poétique et de la prose narrative

Bien que la prose évitait l’organisation paradigmatique propre à la poésie lyrique, on constate que dans la nouvelle production narrative des années ’70 une large application des figures rhétoriques a eu lieu. Ce constat nous a conduit à nous interroger sur les relations des textes étudiés avec la « réalité », puisque le langage poétique introduit dans l’écriture de ces textes a donné des images d’une « réalité » ambiguë et étrange. Cette question se divise à deux questions spécifiques: a) s’il y a eu une assimilation artistique de la réalité et b) qu’est-ce que c’est la réalité pour ces écrivains.
Ainsi la « réalité » selon les dix écrivains semble être une notion complexe qui n’est pas toujours définie dans son ampleur. Au premier abord, nous avons constaté les aspects absents de la réalité des nos textes, tels le monde naturel, l’univers des conditions de la vie sociale, des formes de l’existence quotidienne et l’ensemble global des rapports sociaux et politiques. Plus fréquentes sont les références à la culture spirituelle, ce qui est déjà un rétrécissement de la réalité . Dans plusieurs cas à part du monde visible, la réalité englobe les phénomènes inconnus (Issaïa, Geronymaki, Sotiropoulou et les expressionnistes).
Les traits repérés dans ces textes sont basés sur le fait qu’il y a dans ces oeuvres des contradictions internes: la vie conjugale contre les évasions du rêve, le temps historique contre le temps vécu, la société consommatrice contre le monde à part des démunis. Cependant, c’est la forte influence de la réalité qui a poussé ces écrivains à enfreindre les clichés pour peindre la vie telle qu’ils l’imaginent.
Ainsi, inspiré par son amour pour la poésie, Ciatras fait un compromis avec le gouvernement en signant la déclara-tion qu’il renonce au communisme. « Il décide de consacrer sa vie au Pays Dévasté.. Le 23 juin 1958 il signe la déclaration. Le 5 juillet il sort de prison. Il loue un flat à Perissos et se met à écrire pendant la matinée. L’ après-midi il travaille dans un dépôt de médicaments. En peu d’années il réussit seulement à traduire quelques vers… »
Ce point culminant de l’histoire montre le contraire de ce que le narrateur affecte de soutenir. L’effet est déchirant, car en réalité Eliot connaissait Giatras. Tout son prestige est dû au fait que Giatras existe. Ainsi, poussé par un sentiment de justice, le narrateur énumère les différences entre les deux personnalités, celle de Giatras et celle d’Eliot. L’ un était riche, réussi, royaliste et amateur du Moyen Age, tandis que l’ autre était un re-belle raté. Lorsque Eliot passait son temps en voyageant aux divers pays de l’Europe, Giatras travaillait dans une taverne à Langada, près de Thessalonique. En 1935 Giatras lisait La mère de Gorki et la Critique de l’Economie Civile de Karl Marx, tandis que Eliot pu-bliait le Meurtre dans la Cathédrale. Et en 1948 Eliot voyage à Stockholm, pour l’at-tribution du prix Nobel, tandis que Giatras est transporté de la pri-son de Makronisos à la prison d’Egine.
Le narrateur pense que, si le monde est fabriqué d’ une manière injuste, alors ne pas écrire des poèmes est mieux, parce que c’est ainsi que le mythe du poète serait bouleversé. Vagenas nous fait voir que son personnage, Giatras avait forgé tout seul le mythe de la Poésie. En plus, il avait donné une nature corporelle à ses fantasmes. Même par sa négation il plonge encore plus profondément dans l’illusion de la Grande Poésie.
« Giatras accusait Eliot de quelque chose d’affreux. Il l’accusait d’avoir dé-libérément échoué à mettre en évidence la mission de la Poésie dans le monde. Eliot a choisi un style obscur, pour empêcher le peuple de comprendre le message de la Poésie ».
C’est ainsi que l’ écrivain confirme nos thèse que cette fois en Grèce c’était l’institution littéraire même qui était mise en question.

4.20. Conclusions sur la relation entre les programmes figuratifs des oeuvres et la « communication symbolique »

L’idée de la distinction entre le langage et la pensée ou la continuité thématique des oeuvres étudiées s’avère un argument encore parmi d’autres qui fonde notre thèse que la littérature étudiée place au premier plan le souci des écrivains contestataires grecs pour faire apparaître les difficultés que leur écriture a dépassées pour effectuer une relation personnelle de l’auteur avec son oeuvre. Le sens de ces oeuvres devient alors le processus même de l’émergence de l’acte de création.
On retrouve ici notre thèse sur la prépondérance du langage dans les textes cités. C’est que les nouveaux auteurs de la Grèce depuis 1970 se posent à leur tour le problème permanent de l’esthétique : l’ oeuvre littéraire nous montre-t-elle simplement ce qui existait déjà dans la société?
Malgré leurs différences les textes étudiés semblent soutenir qu’ en tant qu’ un objet global l’oeuvre renverse l’ordre des signes que présente le discours commun de la société où elle voit la lumière. L’idée sous-jacente est que la langue n’exprime pas ce qui existe, mais elle le façonne. Barthes trace cette distinction entre langue et langage du récit de la manière suivante : “ Les fonctions seront représentées tantôt par des unités supérieures à la phrase (groupes de phrases de tailles diverses, jusqu’à I’ oeuvre dans son entier), tantôt inférieures (le syntagme, le mot). Lorsqu’on nous dit qu’étant de garde dans son bureau du Service secret et le téléphone ayant sonné, « Bond souleva I’ un des quatre récepteurs », le monème quatre constitue a lui tout seul une unité fonctionnelle, car il renvoie à un concept nécessaire à L’ensemble de L’histoire (celui d’une haute technique bureaucratique). En fait L’unité narrative n’est pas ici l’unité linguistique (le mot), mais seulement sa valeur connotée.”

A partir de ladite distinction entre langue et pensée nous avons constaté
1) qu’ une partie des oeuvres que nous étudions, les formalistes, interprètent le rôle de mots de la façon de Roland Barthes. Dans ce cas, le mot quatre, commenté par Barthes dans l’extrait cité, en tant qu’ unité fonctionnelle est exemple de l’idée que les significations dans la langue diffèrent des significations dans l’ oeuvre littéraire. Le mot quatre et la notion “une haute technique bureaucratique” ont une relation de correspondance au lieu de signifier, c’est-à-dire il ne s’agit pas là d’une relation existentielle.
2) Cependant, une autre partie de nos textes, les expressionnistes, accordent la primauté non pas aux mots qui fonctionnent comme des pivots de l’intrigue, mis aux mots-indices qui mettent en relief l’intention ( ou intentionnalité) de l’écrivain.

4.21. LE CHANGEMENT DE LA NOTION DE LA « REALITE » , DU « LANGAGE » ET DE L’ « OEUVRE D’ ART »

On dirait que la somme des traits communs et des traits différentiés de la littérature examinée évoque une idée vague d’une totalité : imaginaire, intuition, rêve, interaction symbolique par le moyen de la langue.
Dans nombre des textes existent beaucoup d’indices qui renvoient à la « société », en tant qu’opérateurs de la réalité, mais il n’y pas de reflet. La réalité se présente comme une notion complexe, pas toujours définie dans son ampleur. D’abord le monde naturel et les conditions de vie de l’homme, les formes de l’existence quotidienne, les rapports sociales et politiques. Elle englobe aussi la culture spirituelle, car la culture agit aussi sur d’autres aspects de la vie. Dans ces oeuvres, à part du monde visible, leur « réalité » englobe aussi les phénomènes inconnus, car ces écrivains sont à la recherche de l’évolution et du mouvement. La réalité, mille fois exprimée dans les formes déjà usées du roman traditionnel, ne saurait pas être la substance du roman pour Hatzidaki, Geronymaki, Sotiropoulou, Papachristos et les autres. A sa place apparaît la réalité individuelle de l’écrivain, sa propre réalité qui ne ressemble pas à la réalité commune.
Au lieu d’établir une relation entre le subjectif et l’objectif, certains écrivains contestataires se réfugient dans des formes magiques ou au concept de la volonté conçue comme le principe de tout être. Il se passe de même avec le monde du sorcier qui devient objet pour son sujet. Pour Sotiropoulou, par exemple, l’action de la volonté s’identifie avec l’énergie de son corps..
La réalité, donc, est vue par la plupart des écrivains modernes, comme la psychologie enseigne : l’ image fixe n’est pas toute la vérité. Sur le plan de la psychologie sociale, les « slogans » allient souvent une valeur symbolique à ce que nous voyons, car la psychologie collective nous l’a inculquée. Il ne faut pas oublier que nous sommes à deux pas de l’ère animiste de l’humanité.
On retrouve là le noeud crucial de la littérature contesta-taire, c’ est-à- dire la dénonciation de la part des écrivains d’une littérature basée sur des slogans faux qui donnent libre cours à l’ injustice de ceux qui possèdent le pou-voir , au nom de la “vérité”.
Dans ce cadre de réflexions, nombre d’écrivains fondent leurs oeuvres sur l’intuition, car elle permet la confusion entre le réel et le possible. Ainsi l’image est indépendante des notions qui sont entrées dans l’intuition artistique ayant perdu leur caractère et sont devenues des éléments d’une intuition. Ainsi, souvent, le résultat général de l’oeuvre est une intuition-représentation..
L’intuition n’est pas perception, car elle ne se compose pas des impressions provoquées au moment présent par les objets-stimules, parce qu’il est possible d’ avoir d’intuition des probables du futur ou du passé.
C’est pour embrasser les mémoires et les anticipations que plusieurs écrivains contemporains accordent une grande importance à l’intuition et l’imagination.
Il est indéniable que l’intuition consiste dans des impressions qui s’accumulent dans la mémoire et que nous n’avons pas encore organisées. Bien que les intuitions existent sans les maillons mis par notre intellect, elles ne sont pas éloignées de la vérité.
Il est de même avec l’ imagination créatrice, concept revendiqué par les romantiques, car c’est le nouveau que l’écrivain doit chercher dans la nature et dans la société.
Ainsi, d’une part les écrivains Sotiropoulou, Geronymaki, Hatzidaki, et d’ autres accordent à l’ « intuition » la première place parmi les capacités de la connaissance humaine et d’autre part les expressionnistes exploitent plutôt la force de l’imagination créatrice..
Mais au demeurant tous aboutissent au résultat voulu par le créateur : dans la littérature donnée ce résultat est la contestation.

4.21.1.1. L’absence de “conception du monde” chez les écrivains étudiés

Les écrivains contestataires évitent de former une conception du monde, car ils s’écartent de l’approche intellectuelle de la réalité. Chez certains écrivains, l’homme est un être solitaire. Il n’y a pas de temps avant son existence, ni après. Donc il n’y a pas une réalité qui pourrait changer sa vie. Il se passe comme ça chez Issaïa, Hatzidaki, Papachristos, Sarantopoulos. Par conséquent l’homme solitaire ne peut pas avoir un conflit avec le monde pour le modifier. Ici, on peut attendre une révélation de l’essence inchangeable de l’homme. Dans le cas du texte de Nana Issaïa, l’héroïne est un être solitaire. La solitude est l’essence de son existence. Le temps ici est divisé par rapport à un moment privilégié qui est le retentissement d’une rencontre de la narratrice-héroïne. Il n’y a pas de temps qui précède. Cette conception du monde considère l’homme comme un être solitaire et isolé des relations humaines. L’histoire est absente. Il n’y a pas un avant qui puisse faire changer son histoire. C’est le momentané qui est présenté. Le futur du héros dans plusieurs textes renvoie à un volontarisme du mage-alchimiste. Le changement de la nature de l’objet-valeur se fait dans l’imaginaire. Les possibilités de l’avenir chez maints avant-gardistes sont innombrables, car l’idéal est la totalité de l’âme. Il s’agit d’une attitude sentimentale: c’est vrai que plusieurs modernistes écrivent avec un style journalistique, sans avoir une conception philosophique. Ils ont seulement une attitude sentimentale envers l’aujourd’hui: de l’espoir, de la haine ou du désespoir. Si l’écrivain avait présenté son héros dans un milieu social, il devrait poser la problématique politique, élément inséparable de la réalité sociale.

4.21.1.2. La double substance des choses sous le prisme d’une partie des textes commentés.

Il est évident que des écrivains modernistes grecs réalisent par leurs textes sauf la société existante une société parallèle : ainsi on a d’une part la réalité et d’autre part le rêve (Sourounis), la rêverie (Douka), le journal intime ( Geronymaki et Sourounis ). Or, chaque personnage de cette littérature se partage à deux existences. Vipsania par exemple a une double existence, celle d’ une épouse ordinaire et celle d’un visionnaire. Nousis a l’existence d’un ouvrier démuni et celle d’un tricheur. Le narrateur du texte de Papachristos, a l’existence d’ un étudiant errant et celle d’un initié.
Au fond les personnages fictifs ne vivent pas, ou ils ne vivent que dans leurs pensées : « Je dois, pourtant, dire que c’est en écrivant que j’ai pris conscience de la double substance des choses. Soudainement j’ai senti mon propre moi comme un être affreux. Je recours à la première prise de conscience de ce sentiment, comme elle est enregistrée dans mon journal intime. Les lignes que je vais citer ont été écrites après une interview à la radio que j’ai accordé pendant que nous étions ensemble (elle avec son amant ) et que je savais que cette relation m’avait presque bouleversée. »

4.21.1.3. La foi à une autre dimension du langage

Une idée platonicienne sur la langue et la vie surgit de la permanence des éléments similaires qui caractérisent des expériences de la vie. On remarque ce phénomène chez Hatzidaki : “-J’avais l’espoir que son bras était de bois” : il s’agit d’une simple pensée jamais exprimée sous forme de paroles:
“-Je le lui ai dit à haute voix” . Ici la communication non verbale est basée sur la ressemblance entre une pensée et une phrase langagière. La répétition des vécus chez les expressionnistes ressemble à l’idée maîtresse de Marcel Proust. Il s’agit de l’ idée platonicienne de la réminiscence : “Η μάθησις ουκ άλλο τι ή ανάμνησις τυγχάνει ούσα και κατά τουτον τον λόγον ανάγκη που ημάς εν προτέρω τινί χρόνω μεμαθηκέναι ά νυν αναμιμνησκόμεθα.”
Denis Solomos, le poète national grec, fut le premier à introduire l’idée platonicienne dans la littérature grecque moderne. Nous citons deux extraits tirés des poèmes écrits en italien et en grec :
B) « Il fiore della divinità spunto nell’ anima loro, e nel coglierlo repentinamente aperto s’allegrarono, e, come in sogno, si ricordarono di averlo, gran tempo addietro, posseduo. » I
“ Ελεγα πως την είχα ιδεί πολύν καιρόν οπίσω καν σε ναό ζωγραφιστή με θαυμασμό περίσσο, κάνε την είχε ερωτικά ποιήσει ο λογισμός μου”
On retrouve une tendance analogue chez les écrivains grecs dès 1982. Ainsi, nous avons lié le culte des religions orientales et n’importe quelle préoccupation mystique à la désidéologisation qui a commencé à pénétrer l’esprit de la société grecque depuis 1982.
Dans le Tout va bien si le monastère va bien par exemple le narrateur critique les discours et la manière de penser des jeunes grecs affiliés au P.C. Il déclare que sa déception de ces pratiques était le mobile qui l’a poussé au « pèlerinage vers le Mont- Athos. Quant à lui, il préfère de s’occuper de la pensée de Isaac Syros, un mystique du Moyen Age.
Ce commentaire vient à la suite d’un autre où le narrateur avait noté qu’après le « mouvement », c’est à dire après la révolte de L’ Ecole Polytechnique contre la dictature, il était à la mode de se replier sur soi-même et de s’intéresser aux religions orientales. Le narrateur ainsi attache l’ axe narratif même de son oeuvre aux mouvements sociaux.
Si l’on jette un coup d’oeil à ce qui se passe en Grèce à ce moment-là, on va comprendre que l’ oeuvre littéraire même nous conduit à relier l’atmosphère du roman à celle du changement d’orientations d’une partie de l’intelligentsia grecque. Ainsi, c’est en 1983 que commence le mouvement qui débat publiquement dans la presse quotidienne des rapports entre le christianisme et le socialisme. Ce mouvement, connu sous le nom de « néo-orthodoxie » a été ranimé par la participation d’une part des professeurs de l’Ecole Théologique de l’Université d’Athènes, Nikos Giannaras et Ceorges Nellas et d’autre part de Kostis Moskof, membre du Bureau du P.C., et cadre du corps diplomatique. La « néo-orthodoxie » est au fond un retour en arrière, un renouveau du théïsme du mouvement des « ησυχασταί ».

4.22. Notre méthode face aux autres .

La division basée sur le seul style des oeuvres examinées serait erronée. Si nous établissons le style comme l’essentiel dans une littérature, il y aurait des défauts, car il n’est qu’un des aspects de la littérature contestataire.
A titre d’exemple, l’ oeuvre de Hatzidaki pourrait être expliquée de la façon suivante : le criticisme de l’héroïne qui se moque de la statue de Nelson est un symbole d’ambiguïté et veut dire que chaque choix opéré par le personnage vis à vis d’un emblème de la culture est un danger ou une ouverture, ce qui suscite l’angoisse. Son symbolisme, donc, n’est pas clair et, par conséquent, demande une interprétation active de la part du lecteur. Car c’est le croisement de deux esprits, celui de l’écrivain avec celui du lecteur qui signifie l’ouverture à une nouvelle conscience que le héros obtient par son attitude en face des situations difficiles de la vie. A la fin d’une telle lecture, le lecteur modifie sa perception et la manière de voir les choses jusqu’à présent.
B) En contrepartie, le même texte accepterait aussi une interprétation formaliste: Hatzidaki fait disparaître le temps du récit qui, à l’encontre du temps de l’histoire, est la succession de signes linguistiques et par conséquent il est conçu comme espace, l’espace étant le texte même. Donc, la seule temporalité du texte est le temps de la lecture. En plus, Hatzidaki rejette l’emploi des techniques par lesquelles l’écrivain conventionnel donne l’impression du flux temporel, à savoir la succession de descriptions, la modification graduelle de motifs et les changements de perspective. Ainsi, le texte de Hatzidaki dans son ensemble ressemble à un bricolage composé par des répétitions d’images et d’évocations, ce qui est interprété par les formalistes par le « principe de répétitivité » esthétique, basé à son tour sur une « pulsion biologique de répétitivité ». Ainsi, ce texte est construit par la présentation d’ une série de signes ou d’ une série de phrases équationnelles. Nous citons sur ce point le fameux extrait de Roman Jacobson qui dit: « Le bloc d’un écrivain que nous citons est énoncé à l’intérieur d’un énoncé et aussi un énoncé sur un autre énoncé. Nous citons les autres, nous citons nos propres paroles passées destinées à rendre des citations ». En plus, tout ce qui est dit dans cette oeuvre est composé par des signes, divisés en symboles, index et icônes. Hatzidaki utilise surtout les « indices » qui se trouvent dans une relation existentielle avec l’objet, tandis que les symboles, tels les noms propres et les idées générales consistent en une convention. Nous devons aussi au formalisme le fait que le texte de Hatzidaki fonctionne comme un texte poétique, car toute séquence des significations construit une équation, étant donné qu’ il y a une superposition de la similarité sur la contiguïté.
Essayons d’ interpréter un autre exemple par la méthode psychanalytique :
Sotiropoulou dans le Congé de trois jours fait évoluer son oeuvre comme un théorème anthropologique. Dans ce récit tout se passe de la façon d’ un mythe rituel. Et l’écrivain semble soutenir avec Gilbert Durand, le plus important anthropologue de nos jours que c’ est la culture folklorique à titre de projet « naturel » qui surdétermine tout, même la civilisation technologique, parce que la profondeur folklorique fournit les réflexes dominants de la société moderne. C’est pourquoi, selon la pensée qui imprègne l’oeuvre de Sotiropoulou, l’accord entre les pulsions instinctives et obscures du sujet enracine les grandes images dans la représentation.
Son regard anthropologique rejette également l’emblème et l’allégorie comme « symbole refroidi ».
Cependant, si nous interprétons de la façon anthropologique les images qui jouent un rôle important dans les textes de Papachristos, Gimosoulis, Sourounis et Sarantopoulos, cela signifierait que nous renonçons à l’explication scientifique de leurs oeuvres pour adopter des interprétations psychologiques. Si nous devions achever notre interprétation par l’ anthropologie, les images archétypales qui sont relevées dans les textes cités ne seraient que la représentation de la « révolution psychique » des « images nocturnes » de Eros, Thanatos et Chronos, comme nous l’enseigne Gilbert Durand. Dans ce cas, l’ « héroïne » de Sotiropoulou prouverait une situation opposée au Discours de la méthode de Descartes et au combat victorieux contre le fantasme. L’objection qu’on pourrait dresser contre une telle thèse est fondée sur l’argument qu’une telle interprétation anthropologique utilise un type de faux raisonnement par analogies.

En fin du compte, la vraie question que nous pose l’apparition simultanée des oeuvres citées qui débouchent sur des rêves ou des mystères est pourquoi tous ces oeuvres sont parues dans la même société et dans la même époque.
Même si chaque cas séparément peut solliciter une interprétation anthropologique et psychanalytique, tous ces cas concentrés dans une société donnée ne peuvent que demander une analyse valide pour toutes les oeuvres d’une production littéraire.

4.23. Conclusions

Voici notre analyse socio-critique achevée: elle a dévoilé un ensemble de faits que nous avons délimités, classés et interprétés. Mais ces faits sont d’importance inégale et souvent contradictoires. Le moment est venu de dégager la réponse qu’ils apportent aux cinq problèmes majeurs, que nous cherchions à résoudre.
1. Comment devons-nous entamer une interprétation objective d’une oeuvre littéraire contemporaine sans céder aux facilités des interprétations partiales?
2. Quel est le rendement d’un examen parallèle de l’oeuvre donnée avec les oeuvres du même genre qui ont vu la lumière dans une période de la vie d’une société donnée?
3. Quelles sont les démarches méthodologiques qui nous autorisent de relier les oeuvres littéraires avec un ensemble de faits sociaux et littéraires qui sont supposés comme relatifs à celles-ci? Si de telles relations existent, quels sont leurs traces dans les oeuvres particulières?
4. Quelles dimensions qui étaient jusqu’ici mal connues ou altérées, nous sont révélées par le dégagement du concept de “communication symbolique” comme le seul dénominateur commun dans des oeuvres tellement diverses, comme celles que nous avons choisies pour notre travail?
5. Comment se développe la relation dialectique entre la littérature contestataire et les diverses instances de l’institution littéraire grecque?
Le lecteur se souviendra que nous avons répondu à la première question par une série de tâches. Nous avons, d’abord, essayé d’utiliser les méthodes critiques des principales doctrines littéraires, mais nous sommes tombés devant deux contradictions: a) le nombre des interprétations diverses, contradictoires et idéologiques dans le sens large du terme a suffi pour nous confirmer l’idée qu’il n’est pas possible d’opérer une « interprétation » incontestable d’une oeuvre littéraire. b) chaque fois que nous commençons à lire un texte littéraire, nous nous rendons compte que la clef de son interprétation n’est pas incluse dans ses limites.
Revenons aux cinq questions auxquelles nous avons tenté à répondre. La première chose qui se pose avec ces questions est qu’elles doivent être étudiées ensemble et être abordées dans leurs relations systématiques.

La production du type d’oeuvres commentées semble être un phénomène à la fois linguistique, social et esthétique. De son côté esthétique, il pose pendant les dernières années en Grèce des problèmes d’écriture. En tant que phénomène social, il pose des problèmes de rupture du tissu social. Enfin, en tant que phénomène linguistique, il met en cause le ”discours social commun”.
Ces constats nous ont conduit à l’idée qu’ un examen interdisciplinaire était imposé. Etablir des corrélations entre des textes littéraires et des situations sociales de la Grèce pendant la période donnée de 1970 à 1990; déterminer pour chaque phase distincte de cette période les rapports entre les facteurs historiques, économiques ou autres et la production des nouvelles formes de la littérature narrative; élaborer une définition objective tant que possible; tels étaient les objectifs d’une étude scientifique d’ensemble.
Au début, il a paru nécessaire d’opérer une démarche euristique et nous avons constaté que le texte narratif moderne en tant qu’ écart esthétique, d’une part a exprimé la contestation d’une partie de la société grecque.
Mais d’autre part le message est passé dans les manières de la littérature sous la pression de forces exercées dans le champ littéraire.

Une autre présupposition beaucoup plus importante pour que notre étude soit menée à bien consistait dans la recherche d’un point de départ dans des limites systématisées. Pour nous le besoin de limites a orienté notre démarche à l’observation du changement de la production narrative dans la société grecque depuis 1970 jusqu’ à 1990. Toute la valeur de notre travail dépend de ce point crucial qui seul pouvait fonder la preuve que le changement de la littérature narrative grecque n’était pas le résultat des mutations intérieures à la littérature, dues à la saturation du goût qui dominait jusqu’à ce moment-là, mais l’impact d’une série des phénomènes sociaux et littéraires, liés à l’appa-rition d’un public nou-veau, composé par des intellectuels mar-gi-nalisés pour des causes bien précises. Cette relation établie, tout ce qui est étrange dans la production littéraire contemporaine en Grèce, a pu avoir une explication cohérente. Et ceci signifie que, dans les conditions de la crise sociale et culturelle grecque, les nouveaux écrivains ont déformé les règles de la littérature narrative d’une telle manière et avec une telle passion qu’ils ont mis en question le sens de toute représentation.
Les changements dans la littérature française à partir les événements de mai ‘68 et dans l’ « underground » américain n’avaient pas la même signification que les changements dans la littérature grecque qui ont marqué a) la fin du visage autoritaire de la « civilisation helléno-chrétienne », obligé désormais de revenir avec une tenue différente, b) le conflit entre la mentalité traditionnelle et les intellectuels dissidents et c) l’état de désespoir de milliers d’intellectuels qui doivent attendre cinquante ans pour trouver une place dans l’Enseignement public.

Ainsi, l’ approche que nous proposons postule de ne pas rester à l’oeuvre isolée, mais de rechercher des rapports entre l’oeuvre littéraire donnée, les autres oeuvres du même contexte socio-temporel et ses caractéristiques structurelles. Ce point est également décisif, car pour obtenir le plus grand degré d’objectivité, nous avons délimité l’objet de notre recherche à un genre et dans ses cadres nous avons pris des oeuvres qui devaient être différentes entre elles selon le principe de maximisation des différences. Ainsi, le fait que dans notre échantillon il y avait à côté d’une oeuvre formaliste une oeuvre expressionniste avec une conception tout à fait différente nous a obligé de les interpréter dans un premier stade avec des méthodes nuancées et de les expliquer sur la base du concept de “communication symbolique” dégagé de leurs traits dans le stade final.
En outre, le besoin d’objectivité nous a imposé de ne pas élaborer de concepts par déduction, puisque notre objet est principalement empirique, mais d’ appliquer à la fois une méthode analytique depuis les oeuvres examinées et une méthode synthétique qui applique les concepts acquis empiriquement dans l’objet examiné..
D’ailleurs, l’étude d’un genre dans son évolution pendant une fraction de temps dans une société donnée ne devait pas être exhaustive, car la liste ne constitue pas une démarche scientifique.
Par cette procédure nous avons observé qu’ entre les schémas esthétiques majeurs des textes examinés, comme la « narration lyrique ou poétique » et le champ littéraire et social grec il existe un rapport d’interdépendance. Le pont de ce rapport était la catégorie vécue de la “communication symbolique”, catégorie qui est attitude pratique, idée et attitude esthétique à la fois.
Ainsi, par notre méthode nous avons expliqué les éléments ambigus qui dans la plupart des travaux littéraires restent inexplicables.
En outre, notre méthode nous a autorisé d’envisager les techniques littéraires dans leur façon de présenter les choses, parce que nous avons trouvé le sens que chaque écrivain a donné à ses différences par rapport aux autres oeuvres du contexte.
C’est ainsi qu’ à la fin de notre examen nous avons encore devant nous les figures vivantes de l’oeuvre littéraire sans les réduire à des notions abstraites.
Le pont qui a relié chaque oeuvre particulière avec le champ littéraire grec est localisé sur ses rapports avec les éditeurs et les critiques.
Nous n’ avons pas trouvé donc la «vérité» dans le niveau de l’oeuvre isolée, mais elle fait la vérité avec les contextes auxquels elle est reliée.
La liaison est vécue : c’est le postulat de la “communication symbolique”, principe d’ orientation» qui guidait les pas de la littérature moderniste grecque.
D’ailleurs, la littérature vécue que nous avons examiné nous a révélé des aspects qui étaient jusqu’à maintenant mal connus ou mal présentés dans les oeuvres reçues, car le souci de la cohérence freine la recherche : il s’agit des faits intermédiaires (de quelque manière pré-littéraires, la “communication symbolique”, le “discours social commun”, les rapports de proche en proche, le jeu ). Cette catégorie vécue est de quelque manière une sémi-littérature, car elle est rencontrée chez des oeuvres littéraires aussi
bien que dans des attitudes sociales et positions esthétiques.
Mais cet espace intermédiaire composé du langage, des idées vulgarisées, des sentiments est mis en relief dans la société grecque après la chute de la dictature. Ainsi, nous avons vu qu’en face du secteur organisé du champ littéraire est situé le secteur spontané, où les discours divers font l’inverse de ce qui se passe avec les idéologies cohérentes au sommet du champ organisé. Là, au niveau de la quotidienneté, les discours traduisent l’intérêt général et universel en termes des intérêts individuels.

4.24. ANNEXE II

Résumés des dix textes narratifs grecs, publiés pendant les dernières décennies

Nous présentons un sommaire de chaque texte pour faciliter le lecteur de s’adapter à l’atmosphère de l’oeuvre. .

PREMIERE PHASE 1970-1982

Natacha Hatzidaki : Rencontre-la ce soir (1979 )

L’écrivain montre son intention d’étonner par le titre même du récit qui par l’emploi de l’impératif bouleverse la convention de toute narration qui situe d’ordinaire l’histoire racontée dans le passé et cela au mode indicatif. Le lecteur se trouve devant un discours qui se déroule à la façon du « courant de conscience ». Dans la première séquence, après la phrase en tête du récit « La rouge blanche-neige était toujours rouge” la narratrice présente un couple, qui se réunit tous les week-ends en at-tendant jusqu’à ce que Mairie prépare le moussaka.
Le couple fait l’amour et s’ énonce tantôt à la première personne du pluriel et tantôt à la troisième. Il est ainsi jusqu’à la fin du livre, car le système pronominal n’est pas installé d’une manière stable. Il y a l’ évocation d’un jeune homme blond qui porte des chaussures aux talons hauts et se promène à Hyde Parc de Londres. Cette figure est répétée à différentes hauteurs de la narration.
Par la suite elle présente une scène d’amour de la narratrice avec Thomas : « Thomas, jeune homme blond qui a existé dans mon imagination et s’appelait par la suite Thanassis, a enlevé son veston et a stationné sa voiture au bout de la route, ceci m’a impressionné et j’avais le temps de penser. Soudainement, elle le toucha de sa tête, je ne peux jamais oublier une femme que j’ai déshabillée. Une autre scène d’amour est présentée dans la page 12, mais la narratrice évite toujours d’ instaurer une isotopie pour donner au lecteur la possibilité de suivre une histoire linéaire.
Dans la séquence suivante, non coordonnée avec le reste de l’ « histoire », il s’ agit d’ une relation d’ amour de la narra-trice-héroine avec Ybert qui, lui aussi, demeure inconnu.
La narratrice, par la suite, raconte six petites histoires qui se situent à un hôtel de Londres, propriété d’un immigrant chypriote, marié avec Bella, une Italienne. La première histoire se réfère à Phyllis, une prostituée, venue à l’hôtel avec son compagnon qui ensuite l’a abandonnée dans une chambre sans payer. Comme elle n’acceptait pas quit-ter la chambre à cause du froid, le propriétaire a fallu l’ arracher par la force. Il lui criait en demandant l’argent dû et la pauvre femme après avoir quitté au propriétaire à titre de gage son manteau, s’enfuit dans la nuit froide. Par la suite, sont dessinés quatre portraits de femmes humbles qui fréquentent le même hôtel, le Lancashire hôtel de Londres, avec leurs compagnons: Marion, une belle canadaise qui avait un copain, Johny, Holy avec Lucky, Mo qui a participé à une partouse et la boucle de femmes de hôtel ferme avec la réapparition de Phyllis. A la fin de cette partie, sont représentés cinq motifs déchirants: la description des modes par lesquels un individu s’accoutume à l’usage de l’héroïne, écrite avec le style officiel de la police grecque, l’image de la narratrice qui se trouve dans sa chambre hôtel, étourdie par une dose d’héroïne ou de cocaïne, l’image d’un homme et de la narratrice qui se sont drogués dans un bateau navigant à la mer d’Egée. Cet homme va à la toilette pour rester là à jamais. Une phrase indépendante suit, comme une notation: « Heu! nous détestons la société. Qu’on en finit avec le désir de l’homme pour la femme et de la femme pour l’homme. Elle va passer dans un instant sur sa motocyclette noire, au sens inverse, avec de la vaseline autour les yeux, aux poches pleines de tuyaux contenant du sperme et des mécanismes explosifs…
« NOTE no 2: Des tendances de détour sont constatées visant à tourner le lecteur en dérision (c’est toujours le style de la police écrit en langue savante). Par conséquent, l’augmentation de la durée du courant électrique afin de provoquer des brûlures trop graves sur le système nerveux de l’écrivain est considérée comme indispensable. Electrochoc est indiqué sur le pubis ou sur les lèvres du pubis, sur les aréoles, sur le nez et sur les paupières. On lui conseille particulièrement la sodomisation. Commentaire: la femme torturée considère qu’il est utile d’ ajouter les traits ci-dessous pour la facilité du lecteur: elle a vingt neuf ans, elle n’a pas de toit fixe, ni de profession, ni de revenus, ni de compte en banque ».
Ce passage correspond à un autre qui a la même valeur référentielle: « Le corps qui a été trouvé dans la rue Valtetsiou appartient à Georgios Tasopoulos qui avait vingt quatre ans et était étudiant en Génie Civil. La Police a annoncé qu’après une enquête il a été constaté que Georgios Tasopoulos s’est suicidé pour des raisons inconnues
C’est à la dernière scène que Hatzidaki donne l’identité du personnage central. Il s’agit d’une femme, appelée Dora qui est venue une fois de plus à Londres avec son mari et sa belle-mère. Pourtant la narratrice insiste à ne pas être identifiée avec Dora. C’est le mari-mâle qui manque à Dora qui cherchant pour lui entre dans la chambre de sa belle-mère et regarde qu’elle tenait un bébé géant qui tétait. De sa fenêtre Nelson était comme toujours brave et seul à la pointe de son obélisque, mais il lui semblait qu’il léchait ses lèvres d’où coulait du lait en disant: « Je tète, donc je suis ».

Antonis Sourounis : Les joueurs (1979 )

Nousis est un immigrant grec en Allemagne, un parmi 833.000 Grecs dépaysés pour travailler à l’étranger entre 1960-1971. Pour les Grecs qui ont été obligés de choisir le dépaysement, face à la « paliozwh » se dressait l’espoir de la réussite.
La première séquence commence avec un rêve. Le narrateur s’identifiant avec le personnage de Nousis s’éveille angoissé : ce qui le trouble consiste dans la distance entre la misère de sa vie en tant qu’ouvrier en Allemagne et ses aspirations pour une autre vie.
Le petit appartement de Francfort que Nousis partage avec Petros, ouvrier grec, est médiocre. Quelques verres et assiettes sur le plancher sont les signes du désordre. Cet état inspire le dialogue imaginaire que Nousis entretient avec un certain monsieur May qui tient le poste de manager dans l’usine où travaille Nousis. Nousis s’indigne contre monsieur May, parce qu’il n’a pas obtenu encore l’ ascension au poste de l’ouvrier-surveilleur qui lui était promis.
La deuxième séquence situe l’action à l’usine où Nousis ayant transporté et noué ensemble les dernières barres de fer vient de prendre une douche. Un autre Grec, Michel, se bat contre Nousis, mais c’est Nousis qui l’a emporté.
A la séquence suivante Nousis va se distraire dans un restaurant grec de Francfort, nommé Acropolis et appartenant à Vanghélis. Il passe la plupart de son loisir dans ce restaurant médiocre, parce qu’il y rencontre des amis grecs. Tous les personnages de ce texte appartiennent à cette ambiance où Nousis maintient des relations avec des gens humbles. Cet après midi il rencontre Giovani qui a comme profession de se laisser battre pendant les concours de boxe truqués. Giovani a rencontré le refus de son ex–épouse, Greta, d’aider leur fils qui vit dans un orphelinat publique.
La séquence suivante présente Dora qui monte les escaliers de la maison de Nousis pour lui rendre visite. Elle a aidé en tant qu’avocat pendant vingt cinq ans de centaines de Grecs et elle s’est donnée à chacun qui lui racontait une histoire triste. L’amour semble être la seule chose qui intéresse tous les personnages de cette histoire, Nousis, Dora et Petros, le cohabitant de Nousis qui vient de rentrer d’un rendez-vous. Quand Nousis lui a raconté son conflit avec Michel qui lui a fait des réprimandes, Petros lui a répondu avec mépris pour ses compatriotes. « A cause de nos compatriotes, on va nous chasser des fabriques, comme on nous a éloignés des chambres à coucher. Si ma couleur était différente, je serais converti déjà.»
Un petit intermède éclaire davantage la dimension paradigmatique de cette oeuvre et prouve que ce sont ces connotations qui jouent le rôle le plus important ici. Il s’agit d’une nouvelle rêverie de Nousis : « Qui est-ce qui nous a enlevé le « demain » de notre enfance, lorsque nous étions entrés dans la vie? »
Il est lundi matin et Nousis arrivant à l’usine où il travaille apprend qu’il est mis à la porte, parce que Michel, l’ouvrier grec, l’a dénoncé pour se venger.
De retour de l’usine, Nousis, ayant avec lui les deux cent marks de sa compensation erre sans but précis dans les rues de Francfort. Rendu à son appartement il accepte la visite d’un Allemand nommé Schwartz, un ami-ennemi qui regarde tous les immigrants comme ayant à peine dépassé le niveau primitif. Nousis pense qu’il n’a jamais réussi à parachever une conversation avec Schwartz à cause d’une foule de choses qui les séparaient. Cette fois Nousis répondant à la demande de son visiteur dessine le portrait du Grec: le Grec, donc, selon Nousis, passe une partie importante de sa vie près du coin de la rue, au début en balbutiant des paroles d’amour, ensuite prononçant des propos sur la politique et enfin en se disant à lui-même des paroles, sans que personne ne sache de quoi il s’agit. Quant à la vie religieuse, le Grec maintient un dieux personnel, qu’il maltraite, mais si un étranger essaie l’ outrager, il est prêt de le tuer. En plus, le Grec se méfie de ses compatriotes, puisqu’ils sont éduqués avec le soupçon, que tout autour du pays il y a des ennemis et en plus, chaque fois que le gouvernement change, l’enseignant fait une évaluation tout à fait différente des héros nationaux, dont il avait exalté la vertu pendant le cours précédent.
Dans une autre rêverie Nousis affirme que dieu nous a dupés tous: « C’est ton droit de m’appeler idiot, mais moi, je crois et j’espère. Toute ma vie est dans la boue, et le seul qui me reste est dieu . Si j’arrête d’espérer et je décide, que je serai plongé toujours dans la boue, je devrai aller vivre avec les cochons »
Essayant d’oublier la perte de son travail, il décide d’aller faire un tour à la Rudolfplatz de Francfort pour essayer de trouver une femme. Il aboutit dans un restaurant italien et il commande un whisky.
C’est à ce moment, que Nousis entend la voix d’un vieux ami, de Papalias, un homme de trente ans, portant un costume rayé et s’imposant lui à l’Italien avec l’air de nouveau riche. A partir de cette rencontre jusqu’à la fin du récit, tout est organisé autour d’un jeu de cartes.
Les projet de Papalias prévoit d’aller à Cologne, où, dans une maison il est organisé un jeu de cartes. Nousis accepte malgré ses réticences et tous les trois, Papalias, Jovani et Nousis partent pour le lieu du rendez-vous. Ils y rencontrent une foule de joueurs, parmi lesquels deux Allemands, Walter et Manouel et plusieurs Grecs.
Ce jeu récapitule toute la vie de ces hommes-là. Comme ils n’ont pas de travail stable et pour survivre ils sont réduits à accepter de petits boulots et à se lancer dans des coups dangereux, il est raisonnable de concevoir le « jeu » comme l’essence de leur vie. Pour Nousis il y a davantage: Marlo, la jolie prostituée qui lui donne l’impression d’accepter ses regards pleins de désir.
Autour de la table du poker sont assis parmi les autres certains Grecs issus de villages voisins qui font des bluffs inattendus, visant d’impressionner et de s’imposer. C’est un jeu, donc, sans règles et dans un coup de jeu il y en a quelques uns qui montent de cinq cent ou mille marks. Jovani ne joue pas, puisqu’il n’a pas d’argent, et il regarde seulement. Dans un coup, au moment où une somme de cinq mille cinq cents marks a fait une grosse pile sur la table, Nousis attend un as pour gagner. Papalias qui fait le partage des cartes lui a servi déjà un as trèfle, mais à ce moment une main lui attrape la sienne et une voix effarouchée lui demande de montrer la carte qui se trouve en dessous de la pile. Un as apparaît et la bagarre commence, pendant laquelle Nousis se blesse et s’évanouit pour trouver son ami, Jovani, mort..
Tout autour du cadavre de l’ami, Papalias veut appeler la police par respect pour l’ami mort, tandis que les responsables du massacre proposent de payer Nousis et Papalias contre leur silence. Nousis marchande sur la hauteur de la somme qui est consentie en trente deux mille marks. Devant cette situation laide, alors que Papalias, le responsable, se prend pour honnête, le moment où c’était lui qui a armé la main de l’assassin, il préfère de profiter de la mort de son compagnon pour empocher les marks, en avilissant la dernière valeur des pauvres gens, la confrérie. C’est ainsi que la victime entre dans la logique des échanges d’argent, de marchandises et de cadavres.
Portant sa petite fortune avec lui Nousis visite Marlo dans sa maison, mais il y perd son argent. Le soir même, Nousis entre dans l’appartement de Marlo, découvre le cachot, où Marlo cachait tout son argent, met l’argent dans son sac et ressort. Au conducteur du taxi demande de faire trois arrêts: au premier, il fait glisser sous la porte de Petros trente mille marks. Au deuxième, il cherche l’enfant du mort et lui dit qu’ils vont en Grèce et au troisième prend le train pour la Grèce. Pourtant il n’a pas de chance, car Manouel et Walter, le coincent dans le corridor et lui arrachent le sac. Enfin, à l’exilé qui a pris le train pour la « patrie » il ne reste rien.
Dans l’épilogue, alors que la première personne du narrateur reste, la parole est portée par un autre personnage qui, lui aussi vient de l’Allemagne, arrive à Edessa, près de Thessalonique, et se plante dans une vieille maison. Il trouve un emploi dans une petite ferme, où il aide à la découpe du volaille et les soirs discute avec le vieillard propriétaire de la maison qui lui montre du doigt une photo représentant un petit restaurant situé en Allemagne et « se vante », car il appartient à son fils, domicilié au pays du mythe.
C’est ainsi que le lecteur rend compte qu’il s’agit de deux histoires. En effet, au début de la narration nous relevons l’ouverture d’une parenthèse qui énonce l’arrivée de Nousis et de sa compagnie à Thessalonique. Il se dit encore que Nousis mène une vie très agréable en Grèce, quatorze ans d’ici. En outre dans la page 163, Petros, le cohabitant de Nousis, ayant une fille avec une Allemande, après avoir reçu l’enveloppe avec les trente mille marks, fait sa valise et sort pour aller là où l’on attend depuis longtemps. Enfin, à la page 124 Nousis s’éveille après la partie au poker que nous avons mentionnée plus haut et dit à Marlo: « J’ai vu dans mon rêve qu’on me battait avec des marteaux. Or, pendant toute la narration, il y avait un va-et-vient de la réalité au rêve.
A la fin du livre, il n’existe même pas pour Nousis les bras ouverts de gens du peuple qui assistaient jadis les rapatriés, et surtout il n’y pas le « mythe grec » de la « civilisation helléno-chrétienne » qui nourrissait jadis les déshérités, bien que les « mages de la race » restent toujours dans leurs postes. Enfin, cet homme qui n’est pas Nousis, aime entendre le vieux parler de sa vie passée d’une voix qui ne montre plus ni ambition, ni méchanceté, ni espoir. ..

Nasos Vagenas : Patroclos Giatras ou les traductions hellé-niques du “Pays Dévasté” (1980 )

Le langage du texte de Vagenas est celui qu’on emploie dans les essais philologiques. Le texte commence ainsi: “Parmi les traductions du Pays Dévasté celle de Georges Seferis est naturellement la meilleure.” Le lecteur, donc, pourrait croire que Vagenas , professeur universitaire , ana-lyse vraiment les tra-ductions du fameux poème de Thomas Eliot. Effectivement, on suit les remar-ques du narra-teur-critique avec attention, lorsqu’ il soutient que la traduction est au fond le plus difficile des genres de la critique littéraire et il compare les diverses traductions d’ Eliot en grec: “La traduction de Sarantis n’ est pas fort ambitieuse, parce que Sarantis traduit une oeuvre, sans être certain s’ il l’apprécie, ou s’ il la rejette. Ce doute est exprimé dans sa traduc-tion de l’extrait: « The meal is ended, she is bored and tired ». Sarantis traduit ce passage ainsi : “Le dîner a fini et elle semble être fati-guée”, tandis que Seferis est plus proche à la température du prototype : “Elle man-gea , elle est fatiguée et elle en a marre”. En effet, Seferis a réussi pour une série des causes. Mais le narrateur ajoute qu’ il existe une autre tentative de traduction encore, qui doit être annoncée au public et qui, si elle était ac-complie, elle pourrait s’ avérer très importante pour l’évolution de la poésie Cette tâche a été opérée par Patroclos Giatras qui est un personnage fictif. Giatras a traduit à peine soixante vers de l’oeuvre d’Eliot, perdus dans les pages d’ une revue peu impor-tante. Or, ces vers en eux-mêmes ne seraient pas suffisants, pour met-tre à jour la valeur de son travail, mais le narrateur ajoute qu’en lisant cer-taines pages dans les notes du journal intime de Giatras a apprécié son honnêteté et son intégrité. Ainsi, ce fait a obligé le narra-teur d’ apprécier le mérite de la tentative de Giatras qui est qualifiée d’excellente. Pourtant, les besoins de la vie quotidienne ont absorbé tout l’essor de Giatras qui à peine a fini l’école secon-daire. Autodidacte, il a travaillé aux imprimeries, où il a réalisé la mise en page de centaines des livres. Plus tard, prisonnier politique, Giatras a appris d’ élabore un style cohérent et plein à la fois, en évitant le superflu. Dans la prison, où il a passé une grande partie de sa vie, il a appris petit à petit la langue anglaise en s’ effor-çant de traduire Milton, Byron et Eliot. Ainsi, quand il est tombé sur le Pays Dévasté, il était ébloui par la magie de cette poésie prodigieuse et cette rencontre avec l’esprit d’ Eliot fut déci-sive pour lui. Il a abouti à croire que les poè-tes ne sont que des instruments de ce pouvoir souverain et impersonnel qui est la poésie. Il est arrivé au point de considérer les chefs-d’oeuvre comme des grandes annonces de la Poésie adressées à l’ humanité. Or, bien que le Pays Dévasté était pour lui une telle Annonce, il a l’impression que Thomas Eliot a falsifié ce don divin. Par contre, Giatras a commencer à croire que c’ était lui le nouveau porteur de la grande an-nonce. Ayant une telle idée pour sa « mission », Ciatras fait un compromis avec le gouvernement en signant la déclara-tion qu’il renonce au communisme, pour lequel il avait jadis battu. Ainsi, il sort de la prison et il a commencé à travailler jour et nuit sur la traduction du poème fameux d’ Eliot.
Ainsi, poussé par un sentiment de justice, le narrateur énumère les différences entre les deux personnalités, celle de Giatras et celle d’Eliot. L’ un était riche, réussi, royaliste et amateur du Moyen Age, tandis que l’ autre était un re-belle raté. Lorsque Eliot passait son temps en voyageant aux divers pays de l’Europe, Giatras travaillait dans une taverne à Langada, près de Thessalonique. En 1935 Giatras lisait la “Mère” de Gorki et la “Critique de l’Economie Civile” de Karl Marx, tandis que Eliot pu-bliait le Meurtre dans la Cathédrale. Et en 1948 Eliot voyage à Stokcholm, pour l’at-tribution du prix Nobel, tandis que Giatras est transporté de la pri-son de Makronisos à la prison d’Egina. C’ est à cause de tout ça que Giatras était convaincu que Eliot a dé-libérément échoué de créer une “oeuvre vraie” et a choisi un style obscur, pour empêcher le peuple de s’approcher de la vraie poésie. Par le moyen de ces réflexions, le narrateur a construit une histoire où les faits objectifs et les objets imaginaires ne font pas contradiction. Sous ce prisme, si le monde est fabriqué de cette manière injuste, alors ne pas parler et ne pas écrire des poèmes est mieux, parce que c’est ainsi que le mythe du poète sera bouleversé.

Nana Issaïa : La tactique de la passion (1981)

La narratrice ici est identifiée avec l’écrivain et le personnage. Elle commence sa narration en disant qu’ il ne s’agit pas d’ une narration des événements mais des pensées. C’est pourquoi tout se dit à la première personne du singulier. Elle cite le roman A Fairly Honorouble Defeat de Irish Murdock qui traite de la même façon une histoire d’amour.
Le livre est divisé en deux parties, la première en prose et la deuxième en poésie, et l’écrivain nous explique que la première partie en prose rend compte de ce qu’elle désigne comme faits de temps, tandis que la deuxième partie en poésie exprime les états de l’essence dans lesquels s’est trouvée la narratrice.
L’écrivain s’identifie avec la narratrice, ce qui donne l’impression que le texte est une interview. Le sujet du texte se réfère aux états de la conscience de la narratrice qui précèdent et suivent une relation d’amour entre la narratrice et un poète grec qui a duré pendant trois mois et a eu lieu en 1979, alors que la narratrice avait quarante cinq ans. L’écriture de ce texte est présentée comme le moyen essentiel qu’a utilisé l’écrivain pour rendre compte de ses prises de conscience.
Par ailleurs, les citations du temps, de l’espace et des personnes sont très rares et tout est talonné à l’échelle personnelle d’un temps relatif qui relie les pensées de la narratrice qui commentent ses états d’âme avant et après l’incident de sa relation.
Ainsi à la première séquence la narratrice commence son itinéraire intérieur en se demandant pourquoi au moment de sa première rencontre avec l’homme qui est devenu sont amant, bien qu’elle a senti une réaction ironique de la part de lui, elle s’est tu.
A la séquence suivante, la narratrice s’aperçoit que son problème central n’était pas sa réponse à la manière dont son amant lui a proposé de lui faire l’amour, mais sa volonté de décrire à fond sa personnalité. Elle s’aperçoit donc qu’un axe coupe son espace imaginaire en deux pôles clairement définis: d’un côté il y a son soi profond, identifié avec la lumière, l’état du créateur et d’autre part la surface de son existence qui est conçue comme la figure des ténèbres et de la nuit. La narratrice déclare que tout son livre est déterminé par ce dualisme entre corps et âme qui imprègne chaque événement de sa vie.
Dans la troisième séquence de son oeuvre, Nana Issaïa continue à étudier, comme elle dit, sa double tâche: la construction de son texte mélangeant la prose et la poésie et sa constatation que la poésie révèle mieux que la prose la réalité. En d’autres mots, elle travaille comme un « sociologue de la connaissance » sur les présupposés philosophiques et psychologiques de sa relation.
La séquence suivante est consacrée à la première rencontre avec Dimitris, un « poète » et entrepreneur qui a vécu à l’Afrique du Sud et partage son temps entre sa famille, l’entreprise et la « poésie ». Sur ce point, la narratrice fait un clivage des littérateurs grecs qui à son avis ne sont pas dignes de la leur fonction dans la société grecque. D’ailleurs, ses opinions pour les Grecs sont aussi négatives.
Elle s’intéresse pourtant à cet homme et elle écrit pour lui un poème qui a pour titre « A la stratégique de la passion ». Ce poème, écrit deux jours avant la fin de sa relation avec Dimitris, prévoyait l’aboutissement sinistre de cette relation. Quant à la phrase « la stratégique de la passion » lui est venue dans l’esprit, pendant le retour après une promenade que le couple avait réalisée au bord de la mer. Pour la narratrice toutes les promenades du passé, comme celle de ce jour-là, lui ont apparu brusquement comme un vide. « Nous sommes assis sur quelque chose qui n’existe pas, lui dit-elle qui va éclater dans le vide et va nous jeter tous les deux en l’air ». Plus tard, la narratrice s’aperçoit que les vers du poème qu’elle a écrit portaient déjà quelque chose d’essentiel qui a eu lieu avant la décision consciente du couple de se séparer.
Dans l’avant-dernière séquence sont exposées les causes de la séparation. L’homme ne peut pas sortir avec elle le soir, car il a beaucoup de préoccupations, une famille, son travail et la « poésie ». Elle lui a demandé dans une explosion de colère de le voir deux fois par semaine, et elle se rend compte qu’elle avait vis-à-vis d’elle un homme étranger. Il lui a dit qu’il ne pouvait pas continuer leur relation: « Je ne peux travailler, ni écrire et en plus j’ai une famille à ma charge ». Après son départ la narratrice s’est mise à pleurer en vain et à boire d’whisky.
Enfin, l’attitude magique chez la narratrice devient claire, lorsqu’elle lui écrit une lettre, choisissant ainsi le « monologue qu’aucune objection ne pourrait altérer » . Or elle prend conscience que la colère, comme celle que nous avons mentionnée plus haut, est équivalente au silence, puisque les paroles amoindrissent toujours les passions. L’écrivain croit en la matière que la situation de la passion qui précède la raison est la source de la connaissance profonde du monde. La lettre résume tout ce qui s’était passé jusqu’à ce moment: la narratrice reproche à Dimitris son comportement ordinaire qui visait à profiter d’une relation basée sur des sentiments intermédiaires, clairs-obscurs qui existent dans le quotidien. Elle, au contraire, a avancé cette relation par libre arbitre, connaissant que les relations d’amour détruisent l’art qui pour elle est au sommet de toute activité. Dans un effort de privilégier ce qui est essentiel dans la vie, Nana ajoute qu’elle est déçue par lui, parce qu’il est tant dif-férent de ce qu’ elle avait voulu et qu’elle est mécontente de la fausse impression qu’il lui avait donné.
Ce qu’elle voulait, était de le faire comprendre que tout ce qu’il possédait, son travail, sa famille, son statut parmi les cercles littéraires et son entreprise n’avaient pas autant d’importance, parce que la vie « réelle » est absente dans toutes ces possessions. D’ailleurs elle avait le droit de demander une égalité dans leur relation. Pour elle c’était la dernière chance qu’elle avait de franchir le barrage de ses inhibitions.
Après l’envoi de la lettre, Nana constate qu’étant une mauvaise élève du bouddhisme elle ne pourrait jamais saisir la beauté du néant.
Tout isolée qu’ elle soit dans la recherche de la profondeur de ce qui lui est arrivé, Nana re-trouve petit à petit sa propre image dans le fond au risque d’ être étrangère parmi les gens. Mais elle se sent que la narration est in-compatible avec sa vocation de poète et c’ est pourquoi la deuxième partie du texte est écrite en vers.
Les points stables dans les pro-fondeurs inextrica-bles de la vie sont tracés dans les quarante trois poèmes qui suivent répètent les mêmes oppositions entre la vie et la mort. Nous citons certains de ses titres: A la tactique de la passion, Temps, L’autre soi, Eclat blanc, Nuit de rendez-vous, La décision du temps, Saisie du moment, Plus jamais, Ange, Enigme, Paragraphe érotique, A coup de souffle, Etat de l’âme, Ombres, Retour, Adieu, Monde d’automne, Enfer, Dangereuse, Changement d’amants, Coup de fusil, Région de rêve, Illumination .
Comme Heidegger, elle réduit l’étant à une simple présence et la poétesse
remplace maintenant le philosophe. C’est Heidegger qui soutient que le poète seul peut dire l’être, comme les présocratiques qui écrivaient en poésie, comme on récite une formule sacrée.
C’est son point de vue phénoménologique que l’empêche de jouir des charmes des sentiments et de belles tournures poétiques, puisque l’idée de Heidegger est sous-entendue: « Nous ne pouvons pas traiter le problème de l’être à cause du langage traditionnel qui est marqué par une erreur originelle qui empêche d’exprimer le sens de l’être. Tous les êtres divers, les choses, les animaux, les végétaux, les hommes ont un être. Lorsque nous disons cette chose est, nous ajoutons un prédicat définissant la chose. Mais nous n’examinons jamais le mot être, dont le sens se perd dans l’usage commun. Mais l’homme n’est pas une chose, mais une ouverture au monde à travers les sentiments (car il se sent abandonné), l’intelligence et la langue qui structure les deux autres. C’est par ces modes que nous prenons soin du monde, ce qui s’analyse au temps qui rend possible l’action ».
Ainsi, nous avons prouvé notre thèse que le texte de Nana Issaïa suit à la lettre à travers ses sources américaines le programme de Heidegger: par sa poésie elle révèle l’être dans le silence loin des paroles humaines, pour rattraper ce qui jadis lui avait échappé.

Popi Geronymaki : Ca ne va pas (1980)

L’écrivain met en place la seule « héroïne » qui lit des livres littéraires et en est influencée, parce qu’elle se sent plus libre dans l’espace de la littérature.
Vipsania, la narratrice de l’oeuvre répète d’une certaine manière et dans un contexte différent l’histoire de Madame Bovary. Elle est une petite bourgeoise dans le ca-dre d’ une fa-mille moderne d’ Athènes après la période de la dic-ta-ture.
Une succession de vingt séquence présente deux histoires parallèles, l’histoire « réelle » et l’histoire que construit la narratrice dans son journal intime. Il n’y a pas donc une intrigue qui fait évoluer une histoire réelle. Tout se passe dans un voyage autour de la chambre intérieure de la narratrice, comme avait fait cent septante ans d’ici Xavier de Maistre: « Qu’il est glorieux d’ouvrir une nouvelle carrière et de paraître tout à coup dans le monde savant, un livre de découvertes à la main, comme une comète inattendue étincelle dans l’espace. Non, je ne tiendrai plus mon livre in petto; le voilà, messieurs, lisez. J’ai entrepris et exécuté un voyage de quarante-deux jours autour de ma chambre. Les observations intéressantes que j’ai faites et le plaisir continuel que j’ai éprouvé le long du chemin me laissent désirer de le rendre publique. Le plaisir qu’on trouve à voyager dans sa chambre est à l’abri de la jalousie inquiète des hommes; il est indépendant de la fortune. »
Ce qui caractérise l’attitude de l’héroïne envers la vie n’est pas la rupture avec le quotidien pour trouver un refuge dans l’imaginaire et le rêve, mais la volonté de faire coïncider l’imaginaire avec le quotidien, ce qui est plus difficile.
La première séquence met en scène Vipsania, la narratrice qui crie à son mari, David, de s’éveiller, pour aller au travail. David admire les régimes fascistes, écoute de la musique américaine et travaille dans une entreprise de voyages. Vipsania grogne à ses deux enfants qui sont éveillés.
Le soir, pendant que tout le monde dormait, Vipsania fait sortir son « livre » et continue l’écriture du cinquième chapitre. Les protagonistes de son histoire, Groussy et Liona, vivent quelque part dans le monde.
Un vieux ami, Théodorakis qui vivait dix ans en Angleterre, vient en Grèce avec Antis et demande voir le couple, Vipsania et David. Ils vont tous à une taverne.
Une promenade au casino qui se trouve au sommet du mont Parnès, cinquante kilomètres d’Athènes en compagnie de ses amis. Son mari joue à la roulette et la narratrice fait attention aux combinaisons qu’il fait pour miser. Vipsania est ravie de tout ce qui donne l’impression d’une vie aisée et confortable .
La suite de son roman, auquel la narratrice a ajouté le titre « Les miroirs ». Sauf les deux protagonistes, Groussy et Liona, les autres personnages sont communs aux deux histoires. Groussy est heureux avec Liona et souhaite que leur relation se perpétue sans être obligé de se marier.
La narratrice cite des mots-symboles qui renvoient aux sectes secrètes: Siva, Acherousia.
Vipsania rend visite à Xenia, une amie qui appartient à la classe moyenne et se rend compte que la famille de Xenia vit dans des conditions beaucoup plus favorables que la sienne. « C’est une famille « en rose », elle déclare avec ironie, « et Jésus d’en haut la bénit ».
Elle revient à son « roman intime » et se livre de nouveau à des contemplations en constatant que la forme réelle de la réalité n’est jamais « réelle »
A la séquence suivante Vipsania dessine le portrait de son mari, David. Un homme grand, de belle apparence, mais incliné devant la « misère de vie » et aspirant à une évasion ou une fuite à Monte-Carlo. Il aime jouer aux cartes dans des réunions chez lui ou ailleurs et d’ordinaire il perd son argent.
Mais le personnage qui enchante vraiment Vipsania et correspond à sa culture de la petite bourgeoisie est Esma . Et un jour, comme elle en a marre, elle décide de téléphoner à son amie. Esma court toujours avec sa motocyclette, toujours occupée, allant le matin au bureau de l’organisation et l’ après-midi chez un peintre. Lorsqu’ Esma est venue chez la narratrice, c’était la fête. Les deux femmes avaient étalé sur la table et ailleurs des verres de boisson, des livres, des cahiers. Son mari, voyant Esma dans le salon, a pris les enfants avec lui et est sorti pour faire un tour en disant: « Elle est autant folle que toi ». Les « analyses » de Esma pour la situation politique et économique de la Grèce et d’autres pays transfèrent la narratrice dans d’autres mondes de même comme ses rêveries. Mais le centre de l’intérêt est passé à un numéro, le 14, de la revue parisienne Digraphe. La semaine suivante, la narratrice passe tout son temps avec cette revue, parce qu’elle assume son goût pour le libre cours de ses pensées.
Dans quatre pages de cette revue transférées dans le texte traitent le sujet de la psychologie associationniste de la connaissance en termes de l’ anthropologie structurale. La narratrice lisant une combinaison de signes tout à fait dissociée d’une substance quelconque comme: « Cogito » « un cheval? » « trame de mort » « somnus XY= A2:2 » et en s’extasiant se demande si elle pourrait faire en contrepartie un livre qui fasse sortir de la musique.
David de retour du travail lui dit un jour qu’il voulait aller aux Etats-Unis, car la vie en Grèce lui semble comme un cauchemar.
Une des amies de la narratrice, Glykeria, lui rend visite et répond à ses complaintes contre son mari, en lui disant: « Il fait bien ton mari, quand il va avec d’autres femmes, puisque tu ne lui fais pas de brioches ». Mais Vipsania, la narratrice pense: « Moi, je veux rire et je veux pleurer, car la vie n’est pas de brioches ».
C’est après cette visite, que la narratrice évoque dans sa mémoire toute une série de personnes dans son entourage qui se sont affolées à cause de la répression de la part de leur famille.
Son imagination se nourrit lorsqu’ elle regarde dans la rue une femme noire et son regard la conduit à d’autres mondes, car son monde est noir comme les chaussures des femmes sont noires et le soleil dépense son énergie en vain.
Un jour d ’ été Vipsania et ses proches vont à la mer. Deux associations évoquées par la narratrice définissent sa position par rapport au “discours social commun” : pendant que Vipsania avec une amie dans le cinéma suivant les scènes de tortures dans un film de Wajda exprimaient leur horreur, un inconnu leur dit: « Camarades, rien ne peut se faire avec les pleurs. C’est la lutte qui vaut la peine… ». Et la narratrice fait son commentaire en disant: « Eux aussi sont des sentimentalistes à la différence que leur sentiment est organisé ».
Nouvelle visite de Sotirakis chez eux. Il leur propose de sortir pour aller suivre une conférence sur la « crise de l’orthodoxie ».
La boucle de ce voyage « autour de sa chambre » ferme avec la mort de Vipsania, survenue dans un accident, pendant qu’elle était montée sur la motocyclette d’un ami. Ce sont dix ans que sont passés et l’évolution du temps était normale, l’été suivait l’hiver qui précédait le printemps. Mais Vipsania n’était pas là pour les dérégler.
David continue de vivre comme d’ordinaire et chaque fois qu’il demeure seul dans la maison, il regarde triste la photo de Vipsanie.
Enfin, pendant que David regarde une fois de plus la photo de sa femme morte, dix ans déjà après sa mort, Vipsania lui dit « oublie tout ça, David. Dors maintenant. Même si tu comprenais, rien ne changerait. Ca ne marche pas. Il n’y a plus Vipsania qui semait partout le désordre et déstabilisait les saisons.

Maro Douka : L’ or des fous (1979 )

Notre résumé est exposé de manière qu’il fasse émerger à des hauteurs précises du récit les moments où la narratrice expose sa prise de conscience par rapport aux événements narrés. Ceci ne peut pas se faire, si nous adoptons la recherche du carré sémantique. Quant aux réflexions de la narratrice sur chaque événement qui lui arrive, il s’agit plutôt d’une dialectique sentimentale, que d’une méditation intellectuelle.
Le roman de Maro Douka est le plus proche au réalisme critique, mais l’écrivain cherche ses propres moyens pour faire y entrer une épopée contemporaine et ses « prises de conscience » par rapport aux événements qu’elle raconte. Dans le préambule la narratrice commence son histoire in medias res, au moment où une vieille amie lui a proposé en 1974 de devenir membre du PC et pour ce faire elle lui a demandé de répondre à un questionnaire du PC.
Cet incident lui donne l’occasion de donner son propre portrait. Comme elle a la coutume de parler à soi-même, elle perd le contrôle de ses pensées, car elle parle sans un but précis de prouver quelque chose, comme dans un état
d’ivresse et d’équilibre face à sa mort. Sous ce prisme la narratrice a commencé à réfléchir sur les questions du questionnaire du PC qui la fait souffrir par son esprit étroit de certitude.
Ainsi, réfléchissant sur la question qui la demandait depuis combien de temps elle était devenue de la gauche, elle a commencé à songer son histoire d’amour avec Paul, un étudiant de l’Ecole de médecine.
Dans une vingtaine de séquences, les passages du déroulement de l’intrigue succèdent des passages consacrés aux rêveries ou aux prises de conscience de la narratrice, comme il se passe dans la plupart des textes narratifs, que nous analysons.
La première séquence débute de la rencontre de la narratrice avec Paul, un étudiant charmant qui appartenait au Parti Communiste. La jeune femme de vingt ans partageait son amour à son flirt et aux lectures de Ritsos et d’ Elytis, l’un « poète du peuple », l’autre poète élitaire. Elle devient l’élève attentive de Paul à tout ce qu’il disait, parce qu’il lui avait donné l’impression qu’il s’est mêlé à quelque chose de très sérieux. Comme il ne l’avait pas trouvée vierge, il s’est mis à l’interroger, comment il s’était passé, mais quand elle l’a demandé s’il l’aime, il a évité de répondre.
La séquence suivante est consacrée à la description de sa famille Dans la maison paternelle, ses parents s’apprêtent à recevoir des visiteurs. Les personnages qui s’y réunissent sont: son père, sa tante et marraine Victoria, Xenia, ex-petite amie de son père, Loukia, amie d’enfance de sa mère, un ex- partisan communiste, Anestis, Tonia, jeune romancière, Julia, amie de la famille et son père bourgeois, dont la narratrice commente la lignée aristocratique, le voyage à Paris en 1947 pour échapper au recrutement à l’armée grecque qui pendant ce temps se livrait aux batailles de la guerre civile, le mariage avec sa mère et la connaissance avec Jean Paul Sartre à Paris. Ainsi son père, propriétaire de mines et directeur d’un journal important, représente la bourgeoisie « éclairée » de la Grèce, puisque cette famille se réclame de la gauche, mais d’une manière superficielle.
Le matin suivant, le père a annoncé à la famille avec un air dramatique qu’un coup d’état avait éclaté la veille.
Les méditations de la narratrice sur la situation politique en Grèce. Jusqu’à ce moment elle entendait parler de coups d’état, de dictatures, mais elle n’en avait pas l’expérience. Malgré les réticences de son père, elle avait adhéré à l’Organisation de la Jeunesse de Georges Papandréou et ensuite à l’Organisation de Lambrakis, de la gauche. Son père avait des réticences par rapport à la gauche à cause de la bureaucratie qui l’accompagne.
Les considérations de la narratrice. Prise de conscience par rapport aux idées politiques. La narratrice accepte des informations de deux parts, de son père et de Paul. Les réactions des amis à l’annonce du coup d’état et l’arrestation de Anestis.
Le lendemain, la radio n’émettait que de marches militaires. La conscience de la narratrice change en regard de ses parents et de ses amis. C’est à ce moment, qu’elle voit clair: les membres de sa famille riche et ses amis composaient un monde étrange. Ils vivaient l’un près de l’autre sans se regarder et sans réfléchir. Ils se laissaient rouler. La seule personne qui avait du mérite, est Anestis, partisan contre les Allemands, emprisonné, sorti de la prison en 1958 et emprisonné de nouveau en 1967. A l’autre bout, son oncle, général, fait partie du cercle dominant des colonels.
Dans une méditation d’inspiration phénoménologique, la narratrice décrit en détail la faiblesse et l’ennui de sa famille.
Dans la séquence suivante, la narratrice reprend le fil principal de sa narration, pour raconter ses recherches afin de retrouver Paul, son amant, dont les traces étaient perdues après le coup d’état.
Elle trouve enfin la maison de Paul, situé dans la banlieue d’Athènes, et apprend que Paul est caché parce qu’il appartenait à l’organisation clandestine PAM. La narratrice est désenchantée de la connaissance de la mère et du père de Paul et modifie son image initiale.
Dans la séquence suivante est présentée la vie de la narratrice en tant qu’étudiante de la médecine, où elle fait la connaissance de Fondas. Engagée dans l’organisation PAM, elle a pour mission d’enregistrer les victimes de la junte et en particulier les prisonniers politiques. Cette expérience l’a fait révéler parmi les humbles ceux qui étaient les vrais résistants. C’est encore une transformation des contenus stéréotypés de sa conscience.
La séquence suivante nous transfère de nouveau à l’évolution des choses dans sa famille. Portrait d’un nouveau ami de sa tante Victoria, de Doris, acteur talentueux, fasciste et phallocrate. Elle apprend par l’indiscrétion de Nancy, amie de la famille, que Doris avait des relations avec son père aussi.
Dans le trajet intérieur, la narratrice enrichit ses réflexions, quand elle approfondit au sens du comportement de la femme de ménage, Popi qui comme tous les gens médiocres, se proclame contre l’égalité, « parce qu’il n’y aurait pas de travail, si tous nous étions égaux ». La narratrice voit dans de telles positions les traces de l’idéologie dominante, inculquée à l’école.
A l’autre bout, Anestis étant sorti récemment de la prison fait le père de la narratrice de le voir avec pitié. La narratrice voit à cette scène l’inversion de l’image vraie: au lieu d’être fier, Anestis aboutit par paraître coupable, parce qu’il est un brave homme.
Une nouvelle séquence est consacrée à l’activité politique du groupe de compagnons, où appartient la narratrice. Les divers positions de chaque membre du groupe, de Georges, Dimitris et Fotis. Fotis, représente la tendance staliniste, puisqu’il défend la priorité de l’organisation politique et méprise la thèse de l’EDA, le substitut légal de la gauche pendant la période précédente qui insistait au côté de l’éducation du peuple. C’est la dernière thèse qui plaît à la narratrice qui n’a pas pourtant l’argumentation pour affronter ses amis. Par ailleurs, elle constate que la plupart de ces jeunes étudiants, défendent « leurs idées » avec acharnement, non pas parce qu’ils se passionnent de leur vérité, mais pour vaincre l’autre côté. Ainsi, la narratrice se livre à une sorte de « sociologie de la connaissance », puisqu’elle renverse la valeur de « filotimo », le sentiment d’honneur qui domine le comportement de l’homme grec, en disant qu’au fond c’est une attitude servile, que l’école et la famille inculquent aux enfants.
Il est vrai que le système culturel grec utilise un mécanisme d’équilibre qui résout les différences importants entre les classes sociales au niveau narratif et symbolique.
C’est la culture même qui produit toujours des conflits. L’anthropologue Gizelis Grigoris soutient que le « système de règles » du système culturel grec fait ainsi que chacun regarde tout succès dans son entourage comme quelque chose qui le concerne, de manière que le groupe demeure fermé. Il s’agit de la « culture de la honte ».
Ayant appris que leur compagnon, George, avait été arrêté, Myrsine et Fondas changent de domicile, mais après une vingtaine de jours on arrête aussi la narratrice.
Emprisonnée pendant trois mois, la narratrice subit l’humiliation et les tortures, que tous les prisonniers subissaient pendant la junte. Les premiers jours, les tortionnaires étaient plus durs, car ils espéraient la faire parler. L’un d’eux a éteint sa cigarette dans sa bouche, sur son palais.
Séquence de prise de conscience. Elle rêve et pense que devant le flux d’idées, que chaque camarade soutenait, le plus important était de discerner le contenu de ces idées de leur fonctionnement, c’est-à-dire de la façon de les affronter.
Enfin, après trois mois de tortures, son oncle, le général, intervient pour la libérer de la prison.
Par la suite, la narratrice apprend que son père et sa mère divorcent, parce que le père veut se marier avec Nancy qui avait de lui un enfant de dix ans.
Lorsque Myrsine, la narratrice, visite son père dans son bureau, un jeune homme, boiteux, vient de demander un emploi à son père, parce que c’est à la mine, où monsieur Panagiotou est copropriétaire, qu’il a perdu son pied. Devant la réserve et l’indifférence du père de Myrsine, l’infirme lui rappelle, qu’il n’est pas juste de laisser mourir celui qui a extrait de la mine un volume important de pierres précieuses, parmi lesquelles il y avait des pierres appelées « or des fous ».
A la séquence suivante, une amie étudiante, Hélène informe Myrsine, que trois mille étudiants sont réunis dans le bâtiment de l’école universitaire de droit. La narratrice semble partager l’opinion de la plupart des étudiants de l’époque, que seule la stratégique de rupture était susceptible de faire agiter les consciences endormies du peuple. Presque tous les étudiants de l’époque se proclamaient de Che Guevara. Pourtant, lorsque Myrsine a parlé de cette manifestation héroïque des étudiants au coeur d’Athènes à George qui était encore dans la prison, il l’a qualifié de gauchiste. « Qu’est-ce que tu sais, toi, du peuple? », il a ajouté. Mais c’est le peuple qui faisait problème, selon l’avis de Myrsine.
Sur le plan familial, le suicide de la mère de Myrsine qui était partie à Londres après le divorce, bouleverse sa vie.
Et à son désenchantement pour toutes les « valeurs »de la société, dans laquelle elle vit, s’ajoute la désillusion que lui a provoquée la visite de Anestis, prisonnier pendant dix ans pour sa participation à l’armée des partisans lors de la guerre civile. Il était pour elle jusqu’à ce moment un « héros », mais son comportement banal pour la faire accepter son amour et les trucs futiles, qu’il a employés, ont fait abaisser l’idée que Myrsine avait pour lui.
Après la sortie de George de la prison, la narratrice espère, qu’elle pourrait enfin faire l’amour. Pourtant, la relation n’évolue pas, comme elle l’aurait voulu. Elle ne sent pas bien, quand il s’exprime, car il y a une distance culturelle entre eux. Mais, comme elle sent une admiration pour lui, elle décide faire un effort, bien que George, comme la plupart des étudiants qu’elle avait connus, n’aime pas que l’on contrarie, quand il expose son idéologie. D’ailleurs, l’invasion de l’armée russe à la Tchécoslovaquie et l’éclatement de la gauche en Grèce entrent dans les conversations quotidiennes de tout le monde. La tension dans sa relation avec George devenait intolérable, quand sa soeur, Hélène, parlait avec mépris et prétention des Toupamaros et insultait ainsi Myrsine, dont elle connaissait bien les idées sur cette question. On peut se demander comment tous ces gens là qui « font la révolution », pourraient vraiment changer la vie de la Grèce, puisque tout ce qu’ils apportaient dans la communauté était l’esprit de famille grecque, son conservatisme sexuel et son intolérance.
A la dernière séquence de sa narration, Myrsine se trouve dans l’Ecole Polytechnique, le 17 novembre de ‘73. C’est tout un panorama, qu’elle essaye de dessiner. Sur un banc un enfant est tout rouge de son sang qui coule par une plaie sur la poitrine. La narratrice sort de la salle, où les étudiants avaient établi une équipe médicale. Plus loin, dans la rue Patision, au centre d’Athènes, le mortier de la Police tirait vers L’ Ecole Polytechnique de bombes lacrymogènes. Le peuple réuni dehors de L’ Ecole Polytechnique aidait les étudiants. Les voix des étudiants et du peuple criaient les mots d’ordre: « Aujourd’hui le fascisme meurt ». Lorsque la narratrice s’aperçoit un autre jeune au milieu de la rue se balancer et tomber, elle pense les poètes qui restent en pantoufles dans leurs appartements, prêts de réciter leurs petits vers, quand tout aurait été calmé. Et sa résignation est encore plus grande, lorsqu’elle voit les membres du comité coordinateur, composé surtout par les jeunes communistes, de critiquer tous ceux qui en avaient marre de la prudence et du défaitisme du P.C., en les désignant comme gauchistes et anarchistes. Pendant qu’un mortier gigantesque se dirige vers la porte du bâtiment avec ses canons tournés vers le bâtiment de l’Ecole de l’Architecture. La foule des étudiants et des autres rassemblés dans la grande cour ont commencé à courir, la panique les poussant vers l’intérieur des locaux. La narratrice se met à pleurer, jusqu’à ce que commença la retraite des révoltés, les mains levées. Les flics qui étaient dehors, battent Myrsine et la jettent dans un camion policier. Dans les locaux de la police, un policier criait: « Putains, qu’est-ce que vous faisiez pendant trois jours dans le bordel? Je vous ordonne de répéter après moi que le peuple est nul, vive l’armée, Alliende est mort ».
La narratrice de son retour de la Police commence de nouveau à saisir la situation. Elle pense comme tous ceux qui ont participé aux événements, que les autres qui vont venir vont créer des mythes petits et faciles, les musiciens vont créer des chansons et les Organisations politiques vont spéculer sur le sacrifice des resurgis.
Face à la perplexité des situations, 242 la narratrice s’aperçoit qu’elle ne peut pas mettre de l’ordre aux faits. Elle pense que son angoisse consiste peut être à la différence entre tous les communistes connus, attachés au futur et elle, ancrée dans le présent et dans les lectures de Heidegger, ce qui était à la mode. Elle comprend que Georges se cache chez Xenia qui le séduisait encore, malgré son infidélité.
La méditation de Myrsine va plus loin, lorsque la junte décide de céder le pouvoir aux politiciens. Pendant une parmi les innombrables réunions qui sont organisées en Grèce, un homme dans la foule lui adresse la parole en disant: quel serait le sort de la Grèce sans les Turcs?
La séquence finale met en place les préparations des partis et du peuple pour les premières élections après la junte. La critique acharnée de la narratrice n’épargne personne, ni soi-même. Elle s’attaque aux réunions ayant pour seul but de attirer des votes, aux pratiques des partis, au passéisme. Dorénavant, chacun devrait être soit instructeur, soit apprenti, mais jamais conscient.
La dernière unité est aussi la séquence des mariages: le mariage de Fotis, le cadre du PC, avec Elvira. Pour la narratrice il y a une contradiction dans ce mariage, puisque l’épouse possède trois maisons et une villa à l’île Spetses. Fotis explique ce conformisme en disant: « Nous devons distinguer la vision de la société future de la vie quotidienne ». Il y a aussi le mariage de son ex–fiancé Georges avec Xenia, la femme qui l’avait trahi dans le passé, mais qui est jolie et agréable, parce qu’elle ne gaspille pas son temps pour méditer.
Et la boucle ferme au moment où Hélène, le membre acharné du PC, attend la réponse de la narratrice, se elle accepte de compléter le formulaire pour adhérer au P.C. Et la narratrice considérant qu’il n’est pas possible de faire entrer tout ce qu’elle avait passé dans une feuille de papier refuse.

DEUXIEME PHASE 1982-1990

Thodoros Sarantopoulos : La nuit (1983 )

Dans ce texte narratif, le narrateur tient le rôle du chef d’une bande de motards qui contient quatre membres. Les “hé-ros” sont des personnages brutaux : César, le chef, Loris, le rival, Lucia et Denise qui portent des surnoms féminins.
Le système pronominal dans ce récit joue un rôle principal, car il permet au narrateur de passer de la première personne à la troisième per-sonne de la narration, de sorte qu’il puisse exprimer la pensée directement chaque fois qu’il prend conscience de ce qui se passe.
La narration se divise en sept séquences et l’action se situe dans un lieu indéterminé; néanmoins deux références, l’une à la « 35ème avenue » et l’autre à une ville nommée « Roa », indiquent vaguement qu’il s’agit des Etats-Unis
Dans la première séquence César, le narrateur qui est le chef d’une bande de « Blousons Noirs » présente l’état de carence de ses trois compagnons, pendant qu’ils attendaient dans sa chambre en désordre Le Sourd, un commerçant de drogue. Après l’arrivée du Sourd et la délivrance de l’ héroïne, il commence le plaisir.
La deuxième séquence est consacrée à la description du tour à bicyclettes. Leur chef, César, dessine son autoportrait comme un homme affranchi de toutes les normes habituelles, tout en se livrant à des méditations sur le sens de tout ce qui se passe. Ceci différencie donc cette histoire d’un cas simple judiciaire et ce fait nous oblige de chercher pour le côté symbolique de cette oeuvre.
Les autres membres de la bande à l’exception de Loris sont dévoués à César, car il incarne leur modèle de vie, il est le plus fort et le plus sage. Maintenant comme l’amour de la motocyclette les unit, le chef les conduit vers l’autoroute et tous jouissent sillonnant de virages hardis et animant de pétarades assourdissantes. Ils flânaient ainsi dans l’autoroute pour dix minutes, lorsque ils se sont mêlés malgré eux à une aventure.
S’apercevant une Alfa Roméo devant eux ils font des gestes à la belle femme qui s’asseyait à la place du coéquipier. Au début tout avait le caractère d’un jeu. Le conducteur de l’Alfa Roméo, symbole de la réussite sociale, au début n’ a pas perçu les quatre truands qui faisaient des signaux à sa jolie compagnon. Le conducteur de l’Alfa, le « porte-lunettes », lors- qu’ il perçoit l’un de motard faire des signes à la femme, déboîte vers la droite de façon de le faire heurter sur la balustrade de l’autoroute. Mais les quatre motards après l’accident deviennent persécuteurs qui se sont lan-cés à la poursuite de l’Alfa. Lorsqu’ils l’ont atteint et pendant que César lui faisait signe de s’arrêter Le conducteur de l’Alfa, agressif, tourne de nouveau le volant à droite de manière que César se précipite au fossé du bord de l’autoroute.
La scène par la suite se déroule en termes de guerre, alors que les quatre « haschichins » provoquent le dérapage de l’Alfa Roméo et la mort du conducteur.
La trosième séquence décrit le viol de la femme par les quatre hommes, les relations de subordination et de rivalité entre eux et le coup de couteau de la femme par Loris qui était le plus sauvage.
Avant le déroulement des événements, César se met à penser à la situation, à la décision qu’il devait prendre au sujet de la femme qui était sauvée pendant l’accident et aux réactions de Loris qui était le plus dangereux.
Cette nuit alors était la plus décisive de la vie de tous ceux qui étaient impliqués dans cette histoire. Le chef enfin donne sa permission et commence une scène qui est étrange. D’une part la femme espérant qu’elle pourrait imposer un langage commun pour tous et pour se débrouiller leur dit qu’elle accepte de les satisfaire tous. Elle n’a pas manqué de leur dire qu’elle une actrice fameuse. Pourtant les malfrats, renégats du langage commun réagissent violemment et en plus l’un d’eux, Loris, la poignarde au sein.
La séquence suivante est consacrée au chef. C’est le moment où César doit décider. Enfin il se décide de sauver la vie de la femme, la prend en croupe sur sa bicyclette et se dirige vers l’autoroute ayant pour but de laisser quelque part la femme.
La femme violée pendant ce tour lui demande de la conduire chez lui, car elle n’avait pas de domicile fixe. Pourtant, César, pendant qu’il sillonne l’autoroute dans la nuit, se rappelle de la mort violente de son ex–chef survenue, lorsqu’il appartenait comme membre à une autre bande et son chef, l’ « Indianos », a perdu sa vie pendant une persécution par la police. Après qu’il a abandonné la femme, il retrouve ses compagnons qui avaient consenti à se rallier avec Loris qui vient de tuer la femme violée.
César devant cette situation évite l’affrontement et part avec sa Triumph et pendant son voyage il se rend compte que trois Honda le persécutent. Il connaît que ce sont des mandataires du nouveau leader de la bande et le moment où il a une prémonition mystérieuse, comme un livre qui se ferme, la première balle trouve le réservoir de la Triumph et tous les deux, lui et la motocyclette deviennent un petit feu parmi d’autres dans les ténèbres de la nuit.

Ersi Sotiropoulou : Congé de trois jours à Yannina (1982)

Un couple arrive à Yannina, une ville provin-ciale de la Grèce, la veille de la fête nationale de 28 Octobre. Le 28 Octobre en tant qu’ anniversaire de la victoire grecque contre l’ armée de Mussolini devrait évoquer normalement l’ unanimité du peuple grec vis à vis de l’envahisseur. Par contre il n’ y a pas de valeur qui attire un intérêt quelconque à ce couple. La narratrice se réfère à l’homme qui est son compagnon, en utilisant tantôt des pronoms indéfinis toujours à la troisième personne, tantôt le nom Robinson. Dans d’autres endroits du texte la protagoniste appelle son ami Robinson malgré son objection.
L’ entourage est moche aussi, vu que l’ absence de tout luxe et la pluie font un cadre bien triste. La femme s’ auto-présente, dans un monologue, comme une employée dans un restau-rant médiocre situé à trente kilo-mètres de Yannina.
Des camionneurs sont les seuls clients de ce restaurant. Mais un jour la narratrice a vu une Renault 5 s’arrêter devant le restaurant et le conducteur lui a proposé un voyage de trois jours à Yannina. Toute cette histoire est présentée comme une relation archétypale et primitive sans aucun attachement affectif.
Dès leur arrivée à un hôtel de Yannina, le compagnon de la femme lui déclare qu’il sortirait pour conclure une affaire. Comme la narratrice était seule dans cet hôtel, elle a senti le besoin de sortir pour faire un tour dans la ville. A la place centrale De Yannina, où se trouvent les plus importants restaurants de la ville, un soldat lui propose de lui offrir un riz-au-lait dans une cafétéria et tout de suite il lui a demandé de faire l’ amour avec lui dans un bâtiment en construction.
La narratrice décrivant son itinéraire à Yannina et tout ce qui se passe met en relief des scènes absurdes qui tissent la quotidienneté. Ainsi, elle donne une claque à un enfant inconnu, accompagné par sa mère, parce qu’il avait déchiré la croix de son petit drapeau grec. Sa mère, lorsqu’elle a entendu le mobile de ce geste de la narratrice, s’est mise à serrer l’oreille de son enfant. Plus tard, dans une taverne la hôtesse s’est mise à préparer la table pour servir, bien que la narratrice lui avait déclaré qu’ils n’étaient pas venus pour manger.
Après son retour à l’hôtel, la narratrice décrit ses sentiments primitifs pendant une scène d’amour archaïque, pendant que son compagnon se transforme en une chose énorme qui la suit partout, même dans la salle de bain où elle s’est réfugiée. La description continue à utiliser des termes alimentaires pour représenter les scènes d’amour. Par la suite l’héroïne réalise un tour transformée en une balle et lorsqu’elle retourne elle trouve son compagnon dormir. A la fin, l’héroïne a l’impression qu’elle n’est qu’un épouvantail, dont les pulpes sont englouties par des oiseaux. Mais, le matin du jour suivant, quand son compagnon lui a dit qu’ils allaient partir pour Thessalonique, elle semblait très contente, bien qu’elle avait perdu son travail pour réaliser ce congé de trois jours à Yannina.

Dimitris Deliolanis : Pusher, le pas du renard, (1983)

Baboulés, le narrateur de ce récit, vend de la drogue aux étudiants, Grecs et Italiens qui participent aux manifestations violentes à Rome. Il vient d’ arriver de Perouse et dans l’appartement de Stefanos, avec qui il participait à la même organisation terroriste, ren-contre une jolie étudiante, Foxtrot, élève d’une école de Rome qui lui demande une petite quan-tité d’héroïne. Le narrateur a une nouvelle ren-contre avec elle qui lui avoue son dégoût pour un autre trafi-quant de drogue, le Chat Sauvage qui est le type du « mauvais commerçant fasciste », parce qu’il ne s’intéresse pas si ses clients sont morts à cause de la drogue, qu’ il leur procure. Baboulés cherchant Foxtrot visite successivement les amphithéâtres de l’Université, occupée par les étu-diants et les maisons, où les copains font des piqûres d’héroïne.
Dans la séquence suivante, Foxtrot avoue à Baboules qu’elle a à sa possession, chez elle, une grande quantité d’héroïne. Dans la perspective du personnage central ce paquet d’héroïne est considéré comme une cible accessible. Mais l’ an-nonce de l’ occupa-tion des écoles universitaires de Rome le con-duit à repen-ser à ses buts. Pendant sa visite à l’Université, des personnes connues par lui depuis les mouvements univer-sitaires de ’68 et de ’73 passent devant lui comme un défilé triste. Des sé-quences des “partys” et des drogues succèdent aux séquences qui décrivent des émeutes, des assemblées et des discours politiques. Le” pusher” prend ses distances par rapport avec l’idéolo-gie et l’ acti-on des « brigades rouges ».
Dans la séquence suivante, Alexandra, une étudiante belle et riche, lui de-mande de l’héroïne pour elle et pour son amie. Ce serait pour la première fois. Mais lors de l’ initiation l’ une des filles s’ évanouit. Ensuite Baboulés trouve le paquet de l’ héroïne et part pour Bologna. Il y rencontre Minou, un ancien ami, mili-tant des mouve-ments sociaux. Minou croyait jadis à l’ importance centrale de la classe ouvrière, mais main-tenant réduit ses buts et dirige un groupe qui agit pour les droits de ceux qui n’ont pas de domicile fixe. Pendant l’ assem-blée des étudiants, Minou, après avoir plaidé sur la signification des mouvements estudiantins aux grandes villes de l’ Italie passe le microphone au protagoniste en lui donnant la pa-role .
Babulés, devant un auditoire révolté, expose son idée qu’ il ne faut pas chercher les causes de l’ émeute estudiantine aux dé-fauts de l’état so-cial-démocrate , mais aux besoins des mas-ses mar-ginalisées qui doivent être intégrés à la production. Il s’agit donc d’ une ques-tion ce confrontation et de pouvoir. C’ est pourquoi les masses ne doivent pas rejeter la possibilité du renversement et de la destruction du système capita-liste.
Plus tard dans l’ appartement de Minou ses amis toxicomanes se dro-guaient et une femme a dérobé à Baboulés, pendant la nuit, le paquet de l’hé-roïne qu’ il avait en sa possession. Baboulés s’est mis à sa recherche et arrive dans l’ apparte-ment du Chat Sauvage qui était le “dealer” qui n’avait pas de scrupules du quartier et qui procurait des dro-gues même à Minou.
Par la suite, pendant les émeutes des étudiants, le “pusher” vend presque toute sa marchandise aux membres des bandes contestataires qui avaient occupé un bâtiment au cen-tre de la ville. Pendant une assemblée, une jeune femme parlait de la classe des agri-cul-teurs et de leur culture qui à son avis est une culture fond-ée sur la magie qui est une vision du monde plus riche que la vision fondée sur la raison de la civilisation industrielle. Les initiés à l’ usage des drogues sont le plus capables de compren-dre le sens de la culture magique des agriculteurs, ajouta-t-elle.
Ensuite, lors de l’occupation de cet immeuble, les groupes contesta-taires font des plans de dévaster les magasins, tandis que d’ au-tres étudiants propo-sent de faire une manifestation au centre de la ville.
Le narrateur tient ses distances des extrémistes, car il ne veut pas s’infil-trer dans la foule. La description qu’ il fait des manifes-tations et des événe-ments a un ton de critique et d’iro-nie.
Plus tard, l’ occupation de l’Ecole universitaire de médecine par une organisa-tion chrétienne provoque la réaction des extrémistes et le combat aboutit à des atrocités.
Enfin Baboules, Minou et une femme, s’évadent en voiture vers Rome. Pendant qu’ ils roulaient vers l’autoroute, des poli-ciers ont tiré contre eux. Le narrateur entend les coups de feu autour de lui et voit ses deux compa-gnons s’écrouler, tandis que les ambulances arrivent sur place.

Dimitris Papachristos : Tout va bien, si le monastère va bien: Un roman d’orthodoxie, de foi et d’ anarchie (1983 )

Le narrateur avec ses trois compagnons, Elvira, Jean et Solon, tous étant très jeunes et écoeurés à cause de l’échec des mou-vements sociaux, décident d’aller faire un pèlerinage au Mont Athos.
Le narrateur déclare qu’il a déjà trente trois ans, lorsqu’il entame cette narration, mais son histoire se situe dans un temps antérieur. Un groupe de pairs, composé de six étudiants, de Elvira, Jean, Solonas, Milton, Makis et le narrateur opèrent un « pèlerinage » au Mont Athos, où il existe vingt deux monastères byzantins. Pendant le voyage, dans le ferry-boat l’un d’eux, Makis fait sortir de son sac des brochures à contenu religieux et il se met à lire les prévisions sur la fin du monde d’un moine qui était mort en 1913. La plupart des compagnons rigolent en écoutant toutes ces histoires et le narrateur se trouve dans un état d’âme équivoque. Tantôt il rit avec « ces conneries » et tantôt il se sent chercher quelque chose. Un article surtout l’a frappé, qui était intitulé: « La signification de la tradition gréco-chrétienne à notre époque ». La conclusion de l’article disait que si les Grecs devenaient vraiment modernes, ils pourraient comprendre la valeur créatrice du néant.
Lors de sa méditation le narrateur se réfère à la coutume de certains cercles en Grèce de se replier à une contemplation par le culte des religions orientales et son attention se concentre à la pensée d’un mystique du Moyen Age, de Isaac Syros.
Dès leur arrivée à la « Cité des cieux », le narrateur se livre à une description minutieuse de l’espace où sont situés les vingt deux monastères byzantins et de tout l’éventail de voûtes, de styles architecturaux, de porches et de narthex. Ce passage ressemble à une icône byzantine qui présente dans une description synchronique des églises, des cloches, des croix et des portails. Le narrateur y voit momentanément le centre du sens, mais il a besoin d’une preuve, que seul le moine Makarios, dont il avait écouter parler, pourrait la fournir. Face à la dimension religieuse, les visiteurs avec leur langage profane plein d’ expressions grossières et argotiques. C’est à ce moment que le narrateur exprime sa déception à l’égard des mouvements sociaux et il fait l’aveu qu’à ses trente trois ans il affronte un problème d’existence. Surtout, il critique les discours et la manière de penser des jeunes grecs adhérés au PC. Le narrateur déclare que cette désillusion était le mobile qui l’a poussé au « pèlerinage vers le « Mont Athos ». Ce commentaire vient à la suite d’un autre, où il a noté qu’après le « mouvement », c’est à dire après la révolte de L’ Ecole Polytechnique contre la junte qui gouvernait la Grèce, avec l’autorisation des Etats Unis, c’était à la mode de se replier à soi-même et à s’intéresser aux religions orientales.
C’est pour cette raison, donc, qu’il cherche le signe d’une divinité dans les monastères du Mont Athos, mais il ne découvre que des faux-signes, comme l’icône qui « pleure » que des indigènes ont tirée de la mer et la rencontre du narrateur avec le moine Makarios. Ainsi, les signes qui se contredisent le conduisent à un état entre le mysticisme et le cynisme, ce qui n’est pas loin de la névrose. A la fin il aboutit à un rêve, où l’image de sa fiancée et de Sainte Marie coïncident. Pourtant, le narrateur sous l’influence de la spéculation et du scepticisme quotidien renonce à saisir la divinité par l’intelligence et il cherche à se soulever vers elle par l’extase. Il déclare que c’est le chaos de la société qui préoccupe son esprit, puisque il semble impossible de penser ensemble l’unité des êtres et leur particularité. Les deux ensemble sont insupportables à l’esprit du narrateur, tandis que les autres personnages du Monastère ne le prennent pas ensemble et ne rendent pas compte qu’ils les laissent disparates.
Il lui semble que les moines et les drogués sont aux marges de la société. Après avoir ren-contré un moine, Makarios, doté d’ une sagesse exemplaire, il voit dans son rêve son amie appelée Panagiota comme ayant une double substance, Panagiota et mère du Christ à la fois.

Kostis Gimosoulis : L’ ange du moteur (1990 )

Le héros, Païris, conducteur de camion, est un homme vio-lent et passionné, parce que sa jeunesse passe dans les locaux déserts et hosti-les de l’ usine de Drapetsona, près du Pirée.
La première séquence décrit la scène d’une bagarre entre Païris et son ex-femme, pleine de haine et de mépris.
Pendant la séquence suivante, le narrateur suit son héros au stade, où Païris suit une partie de football et s’ identifie avec son équipe préférée, ce qui lui permet de crier, de s’attaquer verbalement aux joueurs de l’équipe adversaire. Toujours en colère, en partant du stade va à la recherche d’ une prostituée. Il haïsse les ouvriers membres des partis qui lui manifestent une cer-taine complaisance seulement à la veille des élections du syndicat.
Le seul idéal de sa vie est Anghélos, son ami d’enfance. Païris après avoir passé une crise de dépression va à la re-cher-che de son idéal, Anghélos, mais il apprend de Serifis que son ami se prostitue dans une entreprise de massage pour se payer la drogue.
Païris a besoin de l’image d’ Anghélos, mais après avoir visité l’ endroit où Anghélos travaillait et l’ avoir vu dans une telle humiliation, son idéal s’écroule et il cesse à croire. Le narrateur dit : “Je vais donc et je trouve Païris avec son ca-mion à Argos. Je ne lui pose pas de questions, car Il a perdu sa foi et il ne voit pas loin. Il ne cherche à satisfaire que ses be-soins immé-diats pour survivre, comme moi (le narrateur). Il s’irrite, parce qu’ on ne l’ a pas laissé à croire enfin à quelque chose”. Le lendemain Païris apprend qu’ Anghélos avait été tué à un accident de motocy-clette.
Après quoi, sans rendre compte pourquoi, Païris va à la salle de billard pour trouver et punir Serifis. Il commence à jouer une partie de billard contre lui et quand à un mo-ment Serifis, son adversaire, fait une allusion honteuse contre Anghélos, il se sent comme un dervis qui entre en transe, et enragé bat à coups de la queue de billard Serifis, jusqu’ au point qu’il s’effondre.
Ensuite, tel un animal piégé, se met à fuir et à la fin de son errance il se trouve dans les locaux de l’usine où épuisé s’arrête et se met à dormir dans son camion. Mais, pendant qu’ il se trouve dans le ca-mion, fait son apparition le véhicule de patrouille de la police. Pendant ce moment décisif pour toute sa vie Païris se sent qu’ il doit choi-sir: se jeter avec son camion sur la voiture de patrouille, ou res-ter là passif dans son abandon, jusqu’ à ce qu’on l’arrête. Il voulait enfin cesser transpor-ter son corps, cesser cette chasse paranoïaque, car il était fatigué de faire peur à soi-même et aux autres. Et à ce moment là son ange gardien eut pitié de lui et il descendit. Il a fait un fossé à profondeur dans la terre et il a caché dedans Païris. Le lieu est devenu un puits qui a englouti Païris. Enfin, terminant son récit le narrateur se confie : “Je ne sais pas pourquoi j’ai choisi Païris comme héros et ce qui me pousse de prendre ses côtés.”

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I. Table des romanciers grecs traduits en français

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d’Athènes, collection du Centre de la Traduction
Littéraire dirigée par Catherine Vélissaris.
Nous avons conservé ici le type original des notations.

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Monts et merveilles. Trad. Marie-Claude Cayala. Paris: Noël
Blandin, 1992.
ALEXANDROU Aris
La Caisse, roman. Trad. Colette Lust. Paris: Gallimard (Du
monde entier), 1978.
ALEXIOU Elli
La Fontaine de Brain-Baba. Trad. L. Ferriel. Paris: Klinksieck.
ATHANASSIADIS Nikos .
Au-delà de l’humain, roman. Trad. Jacques Lacarrière. Paris:
Albin Michel (Grandes traductions), 1965.
Une jeune fille nue, roman. Trad. Christine Notton. Paris:
Albin Michel (Grandes traductions), 1966. (Livre de poche
A.M., 1989).
DAVVETAS Demosthène
La Chanson de Pénélope. Trad. Xavier Bordes. Paris: Gali-
lée. 1988.
Le manteau de Laocoon. Trad. X. Bordes. Paris: Galilée.
1991.
L’incendie de l’oubli. Trad. Gisèle Jeanperin. Paris: Galilee.
1992.
DOUKA Maro
L’or des fous. Trad. Paul Rossetto. Arles: Institut Français
d’Athénées/Actes Sud. 1993.
DOXAS Takis
La lumière d’Olympe. Trad. G.-H. Aufrere. Athenes: 1972.
DRACODAIDIS Philippos
Sainte-Maure. Trad. M. Volkovitch. Paris: Le Seuil
(Méditerranée). 1984.
Commentaires sur le cas, chronique. Trad. Sophie Le Bret.
Paris: Denôel. 1985.
Sur la route d’Ophrynio, roman. Trad. Sophie Le Bret. Paris:
Le Seuil (Méditerranée). 1986.
Le Message. Trad. Karin Coressis. Arles: Institut Français
d’Athénes/Actes Sud, 1992.
FAKINOS Aris
Les derniers barbares, roman. Trad. Sophie Le Bret- Paris:
Le Seuil, 1969.
Zone de surveillance, roman. Trad- Sophie Le Bret. Paris: Le
Seuil, 1972-
Les Rats de Hambourg, roman- Trad. Sophie Le Bret et
l’auteur. Paris: Le Seuil (Méditerranée), 1976.
L ‘homme qui donnait aux pigeons, roman. Trad. Josette Do-
ron. Paris: Le Seuil (Méditerranée), 1980. ,
Récit des temps perdus.Trad. Roselyne Majeste-Larrouy.
Paris: Le Seuil, 1982. (Points-Roman, 1985).
L’aieul, roman. Trad. R. Majeste-Larrouy. Paris: Le Seuil
(Méditerranée), 1985. (Points-Roman, 1992).
Les Enfants d’Ulysse. Trad. R. Majeste-Larrouy. Paris: Le
Seuil, 1989.
La Citadelle de la mémoire. Trad. R. Ma jeste-Larrouy. Paris:
Fayard, 1992.
FAKINOU Eugenia
La Septième dépouille. Trad. Marie-Claude Cayala. Paris:
Climats, 1991.
FRANGIAS Andreas
La Grille, roman. Trad. Nicole Zurich. Paris: Gallimard (Du
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L’épidémie, roman. Trad. J. Lacarriere. Paris: Gallimard (Du
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GALANAKI Rea
La vie d’lsmail Ferik pacha. Trad. Lucile Famoux. Arles:
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GRITSI-MILLIEX Tatiana
L’Arbre de Cain, roman. Trad. Anne-Marie Olivier. Paris: Le
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De l’autre rive du temps. Trad. Anne-Marie Olivier. Paris: Le
Griot, 1992.
HADZIARYIRIS Costas
Le peintre et le pirate. Trad. Michel Volkovitch, Sophie
Goldet. Paris: Le Griot (Lettres d’ailleurs), 1992. 11
HADZIS Dimitri .
Le Cahier du détective (La fin de notre petite ville), nouvelles.
Trad. M. Volkovitch. Paris: Complexe (L’heure furtive),
1990.
Le Testament du professeur (La fin de notre petite ville),
nouvelles. Trad. M. Volkovitch. Paris: L’ Aube, 1990. .
HOULIARAS Nikos
Bakakok ou le chemin d’Ali Baba. Trad. Michele Lapaquel- ,
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Le Colonel Liapkine. Trad. Rene Bouchet. Paris : Hatier
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Le Somnambule, roman. Version française de l’auteur. Paris:
Gallimard (Du monde entier), 1987. [Prix du meilleur livre
étranger].
KAVV ADIAS Nikos
En bourlinguant, roman. Trad. Michel Saunier. Paris: Stock,
1969.
Le Quart, nouvelle traduction du titre précèdent par Michel
Saunier. Paris: Climats, 1989.
Lit suivi de La Guerre et A mon cheval, nouvelles. Trad.
Michelle Barbe. Paris: Climats, 1990.
KAZANTZAKI Nikos
Le Lys et le Serpent. Trad. Jacqueline Moatti-Fine,
Bemard Gestin. Monaco: Le Rocher (Alphee), 1990.
KONDOLEON Manos
Nous deux et les deux autres. Trad. Marie-Christine Ana
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Maitre d’école. Paris: Payot, 1932.
KONDYLIS Fontas
L’Expulsion, roman. Trad. Christine Notton. Paris: Fayard,
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La Verrerie. Trad. Marcel Durand. Paris: Hatier
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LIBERAKI Marguerite
Trois étés, roman. Trad. Jacqueline Peltier. Paris: Gallirnard
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L’autre Alexandre, roman. Trad. J. Peltier et llauteur. Paris: ~
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LIONTAKIS Christophoros
Le Minotaure déménage, poernes. Trad. M. Volkovitch,
Annick Poulhazan. Paris: Les Cahiers du Confluent, 1985.
LOULIS V assilis
Hecube échevelée. Trad. Claire Sainte-Soline. Paris: Grasset,
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MAGLIS Jean
Le soleil n ‘est pas encore couché. Trad. Henry Miiller. .
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MATESSIS Pavlos
L’enfant de chienne. Trad. Jacques Bouchard. Paris: Galli- .
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MISSIOS Chronis
Toi au moins, tu es mort avant. Trad. Michel V olkovitch.
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MYRIVILIS Stratis
La Vie dans le tombeau IDe profundis]. Trad. A. Protopazzi,
L.-C. Bonnard. Paris: Flammarion, 1933.
Notre-Dame la Sirène, roman. Trad. Andre Mirambel. Paris:
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Comberousse. Paris: Pierre Belfond (Littératures étrangères),
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Une peau douce. Trad. Françoise Arvanitis. Paris: Hatier
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PAPADIMITRIOV Maria
Les Grilles, 1969. roman. Trad. Laurence Dupouy. Paris: Julliard.
PAPADIMITRIOV Sakis
La Deviation. pièce en prose. Thessalonique: 1973. Trad. Loukia Kantina.
PATATZIS Sotiris
La Cité ivre, roman. Trad. Jacques Lacarrière. Paris: Casterman. 1963.
PENTZIKIS Nikos-Gabriel
Le jeune homme, la mort et la resurrection. Trad. Bruno
Dulibine. Paris: Hatier (Confluences), 1992.
PLASCOVITIS Spyros
Le Barrage, roman. Trad. Béatrice Starakis. Paris: Gallimard
(Du monde entier), 1968.
POLITIS Kosmas
Lemonodassos [Le bois de citronniers]. Trad. Leon Krajewski et l’auteur. Athenes: Govostis, 1941.
Eroica. Trad. Henri Tonnet. Paris: Le Griot, 1992.
PREVELAKIS Pandelis
Le Cretois, roman. Trad. Jacques Lacarrière, préf Jacques de
Lacretelle (2 vol.). Paris: Club bibliophile de France, 1957.
Gallimard (Du monde entier), 1962. ( 1984).
Chronique d’une cite, Trad. Jacques Lacarriere, introd. Andre
Chamson. Paris: Gallimard (Du monde entier), 1960. ( 1966).
Le Soleil de la mort, roman. Trad. Jacques Lacarrière. Paris:
Gallimard (Du monde entier), 1966.
Crète infortunée: chronique du soulevement crétois de 1866
à 1869. Trad. Pierre Coavoux. Paris: Les Belles Lettres
(Connaissance de la Grèce), 1976.
L’ Ange dans le puits: une semaine sainte, roman. Trad. Pierre
Coavoux. Paris: Les Belles Lettres (Connaissance de la
Grèce), 1978.
Le Compte a rebours, roman. Trad. Pierre Coavoux. Paris:
Les Belles Lettres (Connaissance de la Grèce), 1984.
Poèmes 1933-1940. Trad. J Constant. Paris: Les Belles Lettres (Connaissance de la Grèce), 1987.
SAMARAKIS Antonis
La Faille, roman. Trad. Sophie Le Bret. Paris: Stock, 1970.
Lausanne: La Guilde du livre, 1971. Paris: Le livre de poche
(1973).
SOTIRIOU Dido
D’ un jardin d’Anatolie, roman. Trad. Marie Dimou, adapt. .
Christiane Merigon. Paris: Les Editeurs Français Réunis
(Romans d’ailleurs), 1965.
TAKTSIS Costas
Le Troisième anneau, roman. Trad. Jacques Lacarrière. Paris:
Gallimard, 1967 (Folio, 1981).
La Petite monnaie, nouvelles. Trad. Michel Volkovitch. Paris: Gallimard (Du monde entier), 1988.
THEOTOKAS Georges
Le Démon, roman. Trad. Castanakis. Paris: Stock, 1946.
Le Pont d’ Arta, légende dramatique. Trad. Ph. F. Paris: 1955.
Montagnes Saintes du Proche-Orient,
Athos, recits de voyages. Trad. Renée Richer. Institut Français d’ Athenes (Litterature – auteurs ),1969.
THEOTOKIS Constantin
Le condamné. Paris: Calmann-Lévy, 1929.
TSIRKAS Stratis
Cités à la dérive, roman. Trad. Chrysa Prokopaki. Paris: Le Seuil (Méditerranée), 1971.
L’homme du Nil, nouvelles. Le Seuil, 1973 (Points-roman, 1983).
Printemps perdu, roman. Trad. Laurence d’Alauzier. Paris: Le
Seuil (Mediterranee), 1982.
V ALTINOS Thanassis
Bleu nuit presque noir. (Confluences), 1992.
Vie et aventure d’Andreas Kordopatis. Trad.. Vassilikioti Weiler. Paris: Climats (Micro-climats), 1993.
VASSILKOS Vassilis
Trilogie: La Plante, Le Puits, l’ Ange. Trad. Pierre Comberousse. Paris: Gallimard (Du rnonde entier), 1968. La Plante.(L’irnaginaire), 1989.
Le Journal de Z, mémoires. Trad. Dominique Grandmont, Paris, Gallimard, (Du monde entier), 1971.
Le Monarque. Trad. Gisèle Jeanperin. Paris: J -C. Lattès, 1975.
XANTHOULrS Jean
La Liqueur morte, roman. Trad. Léa Rotis. Paris: Hatier
(Confluences), 1992.
XENOPOULOS
La Mauvaise voie, conte trad. par Eugène Clément, préface de Louis Roussel, Paris: Sansot, (sans date)
Zéï Alki
Le Tigre dans la vitrine, roman, Trad. Gisèle Jeanperin, Paris, Messidor-La Farandole, 1973.

.

Revues et journaux

Avgi (Athènes)
1981 “Proclamation des artistes qui se déclarent pour le K K E (esote-
rikou), 16/10/1981
Avgi (Athènes)
“Des bagarres entre les membres de la Société des écrivains Grecs”, 1/3/1981

Avgi (Athènes)
1985 “Des centaines d’artistes se déclarent pour le K K E (de l’intérieur) 24/5/1985

Avriani(Athènes)
1985 “173 artistes se déclarent pour le PASOK(parti socialiste),24/5/85

Dendro (Athènes)
1994 Aspects de la vie grecque, entretien, juillet 1994
Dialima(Athènes)
1974 “Les éditeurs d’Athènes répondent à six questions”, mai 1974
Diavazo(Athènes)
1982 “Enquête sur la lecture des livres à Athènes et la banlieue”
Epitheorisi Teknis (Athènes)
1960 “Les prix littéraires”, mars 1960.
Ta Nea (Athènes)
1982 “Enquête sur le livre hellénique”, 9/6/82
Nea Estia (Athènes)
1963 “Les prix du “Groupe des douze”, mai 1963
Panterma (Athènes)
I979 “Le public de la littérature”, no 11
Rizospastis (Athènes)
1978 “Livres proposés par des personnalités” 17/12/1978
Rizospastis (Athènes)
1981 “Les artistes qui vôtent pour le K K E
(parti communiste de la Gréce), 27/9/1981
To Vima (Athènes)
1975 “Les livres lus par des personnes notables, 1/12/1975
To Vima (Athènes)
I976 “Livres proposés par des personnalités” ,19/12/1976
To Vima (Athènes)
1976 “Le futur du livre hellénique” Des éditeurs Grecs parlent pour le futur du livre
hellénique, 23/12/1976
To Vima (Athènes)
1978 “Livres proposés par des personnalités,” 17/12/1978

I. Bibliographie de la critique actuelle en Grèce

BOUKALAS, Nikos, 1990, « Il n’y avait pas pendant la décennie 1980-90 de chefs-d’oeuvre », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp. 145-146.
BOUKALAS, Pandelis, 1990, « Le langage-infinitif », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp.156.
CHATZIVASILIOU, Vangélis, 1990, « Images du passé récent », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp. 132-134..
CHRISTAKIS Léonidas prolifère le gout pour le modernisme dans les revues littéraires qu’il a éditées depuis 1971: « Kouros », « Diavase gia na diavasis », « Panterma », « Ideodromio », « Dialima ». Il s’agissait des revues parues à un format qui rappelle le format des revues américaines de l’Underground.
DAVETTAS, Georges, 1990, « La littérature illusionniste des années ’80 », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp.154-155.
GEORGIOU Marios, 1977, « Commentaires sur l’oeuvre de Manolis XEXAKIS », Athènes, Avgi, 14/8/1977.
GIMOSOULIS Costas (1990), « Le verbe n’est pas perdu », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp.138-139.
KARATZAS Nikos (collection), 1980, Prosateurs de Thessalonique Thessalonique, édition non marquée.
KARIPIDIS Georges (1990), « L’image abominable », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp.140-141.
KEFALAS Elias, 1990, « La vision privée », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp. 135-137.
KOTZIAS Alexandros, 1973, « L’écrivain Georges Ioannou », Thessalonique, Sinechia, mars 1973.
MARKOPOULOS Georges
En outre, la revue Dendro a réalisé une enquête sur la littérature nouvelle de la décennie 1980-1990. Cette enquête a été publiée dans le numéro 50/51 du janvier-mars 1990, sous le titre « Le Dendro interroge », p. 131.
MERACLIS Michalis, 1987, La littérature hellénique contemporaine, Athènes, éd. Kastaniotis.
MERACLIS Michalis, 1986, Approches de prose contemporaine, Athènes, éd.Kastaniotis.
MITRAS Michalis, 1978, « L’oeuvre de Antonis SOUROUNIS », Athènes, Diavazo, no 11, 1978.
PAPAGEORGIOU, Costas, 1990, « 1980-90: une décennie de redéfinitions successives », Athènes, Dendro, no 50/51, janvier-mars 1990, pp.147-149.
ROSANIS Stefanos, 1990, « Le renoncement de l’esprit de la critique jurnalistique », supra, pp.142-144.
TSAKNIAS Spiros, 1994, « Le roman grec depuis la junte en Grèce », Athènes, Grammata ke Teknes , no 71.
VITTI Mario, Histoire de la littérature grecque moderne, Athènes, éd. Hatier.
ZIRAS Alexis, 1977, « Commentaires sur l’oeuvre de Tolis Kazantzis », Athènes, Chronique de Ora, no de 1977.
ZIRAS Alexis, 1978, « L’oeuvre d’ Alexandra Deligiorgi », Théssalonique, Tram, no 8, 1978.
ZIRAS Alexis, 1979, « Une révision de la société néo-hellénique et de la littérature », Athènes, Domi, no 17, fevrier 1979, pp.48-52.
ZIRAS Alexis, 1981, « L’écrivain Sakis Papadimitriou », Athènes, Kathimerini 3/12/1981
ZIRAS Alexis, 1980, « Problèmes de style dans la prose moderne », revue ANTI, no 159, 29-8-1980.

INDEX

bourbier, 154
champ littéraire, 51
deuxième monde, 167
illocutoires, 124
intradiégétique, 166
madeleines \» de Marcel Proust, 167
principe d’ orientation, 52
principe de répétitivité esthétique, 173
valorisation négative, 174
« écart littéraire \» différencie le texte des autres formes littéraires et culturelles, 9
« je \», \« nous \» du locuteur, 26
18 Texte, 53

abstraction du néant-substantiel., 144
accumulation, 105
acte de parole, 119
action miraculeuse du pain et du vin, 103
action sociale technocratique, 130
ADLER, 79, 214
alchimiste, 101
ALEXIOU, 47
aliénation de l’humanité, 94
allégorie, 174
allocentrique, 134
amitié des pauvres, 87
anarchisme linguistique, 115
ANDLER, 84
âne long, 101
anthropologie, 102, 173
Apokopos \» de BERGADIS, 85
apolitiques, 42
Apollonios o Rodios, 95
Apostolakis, 105
Apostolidis, 57, 74
archétypales, 174
ARGYRIOU, 47
ARISTINOS, 47
aspect cognitif, 8
aspect esthétique, 8
aspect fonctionnel et éthique, 8
assimilation artistique de la réalité, 167
assujettissement linéaire, 123
Attali, 69
AUERBACH, 90

Baboules, 118
BAKHTINE, 62, 114, 115, 116
behavoriste, 116
Bell, 72
Bergson, 154
besoins littéraires du public, 10
Bibliotheque Internationale, 55
Borges, 94
Bottomore, 16, 181
Boucovski, 42
BOULGARAKIS, 41
bourbier, 87
BOURDIEU, 5, 135
bourse, 57

cénacle des \« Douze \», 50
cénacles, 58
César, 118, 124, 150, 154
champ, 68
champ littéraire, 26
changements corrélatifs, 11
chanson de Milionis, 105
CHATZIDAKI, 117, 120, 163
Chatzidaki, 23, 56, 59, 61, 75, 115, 116, 118, 120, 123, 124, 125, 129, 142, 147, 193
Chatzidakis, 67
chevauchement des mots de diverses sensations dans le même paragraphe, 123
choix opéré par le personnage, 173
choix partial, 10
CHOMSKY, 12, 55
CHRISTAKIS, 18, 55, 233
CHRISTODOULOS, 138
civilisation helléno-chrétienne, 30
CLEMENT, 104
COHEN, 179
COLLEYN, 185
communauté apparente, 118
communautés traditionnelles, 124
communication émotive, 124
communication médiatisée, 41
communication phatique, 124
communication syntactique ou conceptuelle, 124
compromissions, 48
compulogique, 84
conflit entre cultures, 9
confusion des différentes fonctions du discours, 166
connexion de la contestation politique et culturelle., 15
conquête d’une nouvelle conscience, 173
conscience d’appartenance à une classe, 118
constituants du texte, 166
contact chaotique, 120
contestation, 69, 70
contestation littéraire, 47
contradictions internes, 168
convention, 173
corpus, 17
couple des valeurs de l’honneur et du déshonneur, 150
Crise de la culture, 69
croisement de deux esprits, 173
culte de la Dame, 103
culture de masse, 49
culture des masses, 65

Dada, 16
Damianakos, 35
Dante, 102
DAVAL, 188, 216
Dean Moriarty, 104
DEBOR, 191
décadence., 8
décalage entre rêve et réalité, 70
Décret Législatif 1108/1942, 56
DELIOLANIS, 98, 99, 131, 134, 153
Déliolanis, 118
démotique, 120
Dereka, 54
Des Esseintes, 82
Descartes, 174
descente aux Enfers, 154
descente aux Enfers de Dante, 85
désidéologisation, 70
deux \« présents \», 26
deux histoires, 87
déviance littéraire, 47
déviant., 23
dialectique des sentiments, 203
Dieu, 87
Dimaras, 68
dimension représentative, 73
discordances, 8
discours individualisés, 115
discours poétique, 116
DIZELOS, 63
DIZIKIRIKIS, 69
domaine de fait, 10
domaine nocturne, 102
Douka, 68, 94, 109, 116, 120, 134, 203
DUBOIS, 5, 26, 59, 76
DUMAZEDIER, 69
DUPRIEZ, 85, 163
DURAND, 103, 173, 174

écart, 73
échantillon, 17
échantillon qualitatif, 9
ECO, 6, 183
Ecole Ford, 57
écrits moraux et philosophiques, 115
éditeur, 52
effets provoqués par les symboles, 118
Elefteros Typos, 67
Eliade, 96
Eliot, 161, 168
élitaires, 16
emblème, 174
emblème de la culture, 173
emploi du passé, 134
en tant qu’unités, 7
énoncé direct, 134
énonciation monologique, 115
enquête de EKKE, 31
équation, 173
Eros, Thanatos et Chronos, 174
Eros, Thanatos, Chronos, 103
esprit de corps, 30
essence, 82
ethnométhodologie, 119
étude génétique, 189
EUDES, 30, 218
examen d’un genre littéraire, 12
examen multiple, 10
examiner les différences, 12
expressionnisme, 106
expressionnistes, 168
extra-diégétique, 167

fait à la fois social et littéraire., 9
faits communicatifs, 12
famille autoritaire, 69
famille fermée, 118
fantasme, 174
FARBER, 78
figure des ténèbres, 82
Filis, 55
filotimo , 90
FISHMAN, 119, 120, 124
Fondation Ford, 56
Ford Foundation, 24, 57
formalisme de Geronymaki, 83
formalismes, 120
formes du songe, 154
formules langagières utilisées par les couches supérieures, 118
Foucault, 71
Freier, 23
FRYE, 188
futur \» du héros, 136

Gavroglou, 67
genre narratif, 73
Gerard Genette, 186
GERONYMAKI, 85, 115, 116, 120, 130, 133, 135, 167, 168, 201, 202
Géronymaki, 121
Giatras, 95
GIMOSOULIS, 18, 51, 103, 104, 105, 106, 109, 134, 154, 233
GIZELIS, 9, 105, 124, 202, 205
GOLDMANN, 190
Grammata ke Technes, 61
Gramsci, 90
Groupe de combinaisons , 85, 133
GUDET, 188, 219
GUENON, 154
GUIRAUD, 124

hégémonie, 16
hégémonie culturelle, 90
HEIDEGGER, 79, 94, 178, 200, 219
hérésie, 103
Hermas, 102
HERPIN, 58
histoire de l’esprit, 187
honneur (filotimo), 150
Husserl, 154
HUTIN, 79, 106, 219
Huysmans, 82
hybride, 114

Identifiée avec l’idéologie, 189
Idéodromio, 16
idéologie technocratique, 118
idéologoumènes, 42
Iliade, 154
images de rêverie, 89
images nocturnes, 174
in vitro, 94
index librorum prohibitorum, 56
index,, 173
individualisme, 42
institution littéraire, 59
intentio auctoris, 6
intentio lectoris., 6
intentio operis, 6
interclasse, 164
intériorisation des modèles culturels communs, 128
intervention \« métalinguistique \», 115
intrigue., 166
Ioanou, 54
ironie, 119
ironique, 120
ISER, 111, 173
isotopie,, 75
ISSAIA, 81, 83, 115, 142, 171, 198
Issaïa, 23, 82, 136, 164, 168

JACOBSON, 86, 173, 183, 194
jeu du téléphone cassé, 106
jeu sans règles, 98
jugement esthétique, 182

kaléidoscope et une explosion des temps, 134
KALIORIS, 63, 115
KANT, 81
KAPSOMENOS, 37, 68
Karamanlis, 23
KARIPIDIS, 48, 59
katharévousa, 120
Katos, 54, 55
Kedros, 54
KEKHAGIOGLOU, 68
Kerouac, 104, 106
KIOURTSAKIS, 112
kleftiko, 105
KLINKENBERG, 26, 75, 76, 112
KOKKOTAS, 30
Kuhn, 35

La poste , 42
Lacopoulos, 41
LAJUGIE, 185
Lamsas, 33, 145
langage quotidien, 59, 65, 129
langue comme substance, 167
le \« Pasteur, 102
le temps et l’espace suspendus, 136
LEFEBVRE, 115
LELEU, 188, 221
lément cognitif et éthique, 189
LEVI-STRAUSS, 185
LEVI-STRAUSS, 179, 186
Lévi-Strauss, 68
LIBEREAS, 40
lingua franca, 116
littérature \« sémantique, 116
livre politique, 42
livres se référant à l’occultisme, 42
Loi 509, 56
loi de l’unité des styles, 26
loi de la priorité du bon sur le mauvais, 26
loi du vraisemblable, 26
Lowry, 58
LUCACS, 190
Lyotard, 72

MACHIAS, 42
MAISTRE, 136, 198
MAKRIS, 65
MALIOS, 118
marginal, 151
Maronitis, 54, 66
médiations, 114
Mélange de la rêverie et de la réalité, 87
mélange du discours poétique et de la prose narrative, 167
mémoire collective, 12
Merkouri, 58
métalinguistique, 162
métamodernisme, 70
métamorphose, 12
mettre de l’ordre aux faits, 94
minorité, 69
MISTRIOTIS, 132
MITRAS, 18, 25, 56, 233
modernistes, 118
moi parlant, 123
MOULOUD, 62
mouvements sociaux, 25
moyen terme, 15
MUKAROVSKY, 184
multiplication des émotions, 134
Murey, 9, 118

narrateur parle sans passer par le système des pronoms, 124
narration directe, 114
narration orale, 114
nationalisme, 66
naturalisme, 97
naturalisme magique, 100
négation absolue des institutions, 70
négativité, 119
néolibéralisme, 42
neutraliser un à un les facteurs, 11
ni conception du monde, 8
nihiliste, 71
nominalisme de la vie quotidienne, 118
noms propres, 129
Nousis, 124, 154
nunégocentrique, 134

O’Connor, 70
objets esthétiques, 12
objet-valeur, 167
On the road, 104
opinion publique grecque, 70
optique interactionniste, 83, 119
organisation paradigmatique, 167
Organisations politiques de la jeunesse, 145
Oulipo, 84, 223

P.C, 68, 85, 92, 93
Pairis, 154
Païris, 104, 118
Pali, 22, 23
paliozoi, 154
Panderma, 59
Papachristos, 24, 68, 100, 101, 102, 103, 172, 211, 212
PAPADOPOULOS, 69
PAPANDREOU, 65
PAPANOUTSOS, 138, 179, 182
partis politiques, 66
Pascal, 131, 223
PASOK, 201
passé de l’histoire, 134
passent d’une langue à l’autre, 119
PECKHAM, 158
PEIRCE, 84, 183
Penckham, 158
perspective, 166
phrases équationnelles, 173
place prépondérante du langage, 114
Platon, 78, 86
PLEKHANOV, 189
pluralisme culturel, 54
point zéro du narrateur, 134
Politechnio, 101
politisation du roman grec, 49
Polytechnio, 90
populisme, 65
POULANZAS, 70
pouvoir symbolique, 34
prépondérance de leur côté sémantique, 73
préscientifique, 165
Pretenderis, 145
principe de l’identité, 124
principe de la ressemblance, 124
principe de minimax, 131
prix, 56
problèmes de l’angoisse, 25
profane, 101, 154
Propp, 68, 184
Proust, 154
pulsion biologique de repétitivité , 173

réalisme, 89
réalité englobant les phénomènes inconnus, 168
réalité est non familière, 123
récit, 134
récit comme espace, 173
récit dans le récit, 167
récit enchâssé, 167
réductionnisme
éviter le, 17
règle de vingt quatre heures, 26
règles du jeu., 111
REICHERT, 158
relations de dignité, 8
représentations, 114
réseau de positions sociales, 128
rêves, 167
révolution psychique, 174
Richards, 124
Rime douloureuse vers Adès de PIKATOROS, Ioannis., 85
Ritsos, 57

sans médiateurs, 123
SAPORTA, 161
Sarantopoulos, 24, 52, 107, 118, 124, 134, 151, 154, 208
SAUNIER, 105, 187, 225
Saussure, 129
SAVIDIS, 58
schizophrénie, 70
SCHMIDT, 82
Seferis, 161
séparation du destinataire et de l’histoire, 26
SHKLOVSKY, 182
signes de discrimination, 118
similarité imposée sur la contiguïté, 173
Simitis, 65
SIMON, 188, 225
simultanéité du temps, 123
situations évoquées, 119
SIWEK, 138
Skhlovsky, 182
Socialisme et civilisation, 69
socio-structurel, 154
SONTAG, 80
sophistes, 129
Sotiropoulou, 25, 97, 129, 165, 168, 174, 209
Sotiropoulou., 96
Sourounis, 25, 85, 86, 88, 89, 116, 124, 131, 132, 154, 167, 194
spéculative, 182
Spinoza, 138
structure délibérément amorphe, 116
style des prières, 125
style indirect libre, 119
stylisation, 114
substance, 124
Sycoutris, 207
symbole d’ambiguïté, 173
symbole refroidi, 174
symboles centrés sur la \« civilisation helléno-chrétienne, 8
synesthésie souhaitable, 123
système scolaire grec, 69

tactiques et stratégies, 111
temporalité double, 26, 134
temps, 134
temps du récit, 173
temps vécu, retournable, pas linéaire, 134
tendance commune, 8
TERLEXIS, 158, 226
thématisation des vécus douloureux, 154
théorie de bruits, 84
théorie de l’art, 182
théorie de probabilités, 85
Tisias, disciple de Corax, 132
TODOROV, 186
TOURAINE, 34
tournant vers le conservatisme, 41
TSATSOS, 69
Tsatsos Dimitris, 68
Tsougiopoulos, 15, 31, 34, 38
Tzvetan Todorov, 186

Underground, 70
UNESCO, 124
unificateur, 30
unités successives et indépendantes, 116

Vagenas, 94, 129, 161, 162, 168
Valaoritis, 22, 23, 25, 59, 61, 71
Valaorits, 23
valeur esthétique, 73
Vasilikos, 47
Veltsos, 59, 61, 70, 179
verbalisme politique, 42
VEZIN, 87, 154
vie comme oeuvre d’art , 69
vie conjugale contre les évasions du rêve, 168
volontarisme de sorcière, 82

Woolf, 23

XANTHOULIS, 47
XENAKIS, 84, 129

ZERAFFA, 96
Zéraffa, 96
ZIRAS, 18, 47, 50, 116, 234
ZORAS, 85, 228

6. TABLE

1. INTRODUCTION 3
1.1. Méthodologie générale 3
Un examen interdisciplinaire est imposé d’office 7
Les changements corrélatifs fondent nos hypothèses 8
La définition préalable des textes examinés 10
Le concept de champ (voir Bourdieu) n’est pas le lieu où s’achève notre étude, mais un des outils conceptuels de notre doctrine 10
2. Textes et contextes 13
2.1. Les textes et les auteurs 13
2.1.1. Corpus et échantillon 13
2.1.2. L’échantillon qualitatif de dix textes. 16
2.2. Le caractère de rupture de la nouvelle littérature grecque 17
2.2.1. La « déviance littéraire », comme les écrivains mêmes la déterminent dans leurs propres déclarations 17
2.2.2. Les formes d’écart dans la littérature narrative depuis 1970 21
2.3. Le champ littéraire grec et son contexte social 23
1.4. Le nouveau public composé par les jeunes intellectuels 28
1.1.1. Le public : relations affectives des nouveaux intellectuels, qui constituent le nouveau public, aux autres catégories sociales. 33
1.1.2. L’évolution du public littéraire et l’évolution du texte narratif 38
1.5. Le caractère moral de la “contestation littéraire grecque” 49
1.6. La “littérature contestataire” face aux critères confus et partiaux du champ littéraire grec 54
1.7. Le secteur organisé du champ littéraire, divisé en deux phases, la première de 1970 à 1982 et la deuxième de 1982 à 1990 55
1.8. Les contextes 66
1.8.1. Les réformes aux domaines de l’éducation et de la langue (1976, 1982). 66
1.1.2. La politique culturelle des forces politiques 70
1.1.3. L’entrée dans les universités grecques de nombreux philologues et ethnologues formés en Europe et aux Etats Unis 74
1.1.4. La « contestation » des certains cercles élitaires 75
1.1.5. Les opposés à la littérature contestataire 76
1.1.6. Les Influences idéologiques et littéraires 77
1.9. Deux points décisifs pour l’explication du renouveau de la littérature grecque : 80
3. Analyses 80
3.1. Les deux références de l’ « écart littéraire» des textes étudiés : a) rapports entre leurs éléments littéraires et b) rapports entre les traits littéraires et les traits introduisant le “discours social commun de la vie quotidienne” dans les textes 80
1.2. Les traits individuels des écrivains étudiés 83
1.3. La première phase 83
1.3.1. Le formalisme radicalde Natacha Hatzidaki 83
1.3.2. Roman de l’ « essence » de Nana Issaïa 87
1.1.3. Le formalisme de Geronymaki 93
1.1.4. L’expressionnisme de Sourounis 96
1.1.5. Un « réalisme à la première personne » de Maro Douka 101
1.1.6. L’ ironisme de Nasos Vagenas 107
1.4. La deuxième phase 1981-1990 108
1.4.1. La contestation anthropologique de Sotiropoulou. 109
1.1.2. Le naturalisme désillusionné de Deliolanis 111
1.1.3. Le naturalisme magique de Papachristos 114
1.1.4. L’expressionnisme de Gimosoulis 119
1.1.5. L’ expressionnisme de Sarantopoulos 122
4. INTERPETATION GENERALE 124
4.1. Les rapports entre les traits analysés 124
1.2. Une remarque d’importance primordiale. 129
1.3. LE DISCOURS SOCIAL COMMUN SPECIFIQUE POUR LA GRECE 129
1.4. LE CONCEPT DE LA “COMMUNICATION SYMBOLIQUE” 131
1.5. Applications de l’ optique de communication symbolique (Goffman, Habermas) 131
1.5.1. La communication symbolique comme une technique de mise en doute des opinions des autres gens sur les valeurs existantes 131
1.5.2. Le concept de communication symbolique explique le fait que la littérature examinée est une littérature sémantique (la langue est le protagoniste). 131
1.5.3. La place prépondérante du langage dans les dix textes en tant qu’application du concept de “recherche de la communication symbolique” 132
1.5.4. L’institutionnalisation de la démotique en 1976 et la réaction de la littérature 134
1.5.5. La rupture sur le plan du langage littéraire. 137
1.1.6. L’optique de “communication symbolique” en tant que critique des institutions sous la forme de parodie 146
1.1.7. Parodie des emblêmes nationaux et des valeurs morales de la société 147
1.6. LE CONCEPT DE “SOI” COMME UNE DES FORMES DU CONCEPT DE “COMMUNICATION SYMBOLIQUE” 150
1.6.1. Noms propres vides d’ essence 150
1.6.2. Noms propres pleins d’essence 151
1.7. L’ OPTIQUE DE LA « COMMUNICATION SYMBOLIQUE » BASEE SUR L’ ANALYSE DU JEU 152
1.8. LE TEMPS 156
1.8.1. Le temps grammatical et son annulation 156
1.8.2. La suspension du temps linéaire en tant que subversion du discours social commun de la vie quotidienne 158
1.9. Conclusion sur l’usage du temps par les textes cités. 160
1.9.1. LE CONCEPT DE COMMUNICATION COMME REPONSE AU DYSFONCTIONNEMENT DES RAPPORTS ENTRE GROUPE ET INDIVIDU DANS LA REALITE GRECQUE 161
1.1.2. Les cadres intermédiaires : leur rôle dans les textes. Le dysfonctionnement des groupements en Grèce 163
1.1.3. Les relations de proche en proche : la communication parfaite 164
1.1.4. Le contrôle social. Désignations effectuées par le groupe 164
1.10. Le dysfonctionnement des relations dans la société grecque depuis 1970 170
1.10.1. Le contrôle social et l’auto-conscience 171
1.11. L’ IMPOSSIBILITE DE COMPRENDRE A FOND LES CHOSES 172
1.11.1. La désidéologisation 173
1.12. Conclusion sur ce qui est considéré en Grèce comme image réaliste de la société. Au fond, selon les écrivains cités, le “discours social commun” réalise un regroupement arbitraire de divers aspects disparates de la vie et le présente comme la représentation de la réalité. 175
1.13. LA RETOMBEE DES IDEOLOGIES ET LE RECOMMENCEMENT DU ROMAN DE VIOLENCE 1982-1990 176
1.13.1. L’ absence du couple des valeurs de l’honneur et du déshonneur. 176
1.13.2. Le concept de déviation (application de notre catégorie de « communication symbolique ») répond pourquoi les récits picaresques grecs constatent l’absence de l’opposition de l’honneur et du déshonneur. 179
1.14. Conclusions sur la base vécue à partir de laquelle chaque écrivain a combiné les composantes de son oeuvre 182
1.15. La question qui reste au moment présent à expliquer est pourquoi ne pas céder à la routine philologique qui regarde tous les réseaux jusqu’ici présentés comme simplement existants Pourquoi dire non à l’individualisme historique, au hasard, à la biographie et au sociologisme? 183
1.16. CETTE FOIS LA CRISE DU DOMAINE LITTERAIRE GREC POUSSA LA LITTERATURE AU CHANGEMENT DU TYPE DE RATIONALITE MEME 183
1.17. EXPLICATION GENERALE DES TEXTES PAR LEUR “DYSFONCTIONNEMENT” 186
1.17.1. La littérature en soi est dysfonctionnelle dans la société donnée. 186
1.17.2. Crise de légitimation de la littérature 187
1.18. Les formes exprimant la rupture entre la littérature examinée et la littérature reçue 188
1.18.1. Parodie des écrivains reçus 188
1.1.2. Parodie des pratiques littéraires de la société. 190
1.1.3. Critique des pratiques littéraires par la « mise en abîme ». Le schéma de la « mise en abîme » comme preuve de la séparation de la langue de la pensée 193
1.1.4. Critique de la littérature engagée 194
1.1.5. Le rapport personnel de l’écrivain manquait du « réalisme faux » 195
1.19. Critique aussi du roman reçu, parce qu’il se désintéresse à l’écrivain réel. 195
1.19.1. La mise en relief de la perspective au détriment de la représentation 196
1.19.2. Le mélange du langage poétique et de la prose narrative 198
1.20. Conclusions sur la relation entre les programmes figuratifs des oeuvres et la « communication symbolique » 199
1.21. LE CHANGEMENT DE LA NOTION DE LA « REALITE » , DU « LANGAGE » ET DE L’ « OEUVRE D’ ART » 200
1.22. Notre méthode face aux autres . 205
1.23. Conclusions 207
1.24. ANNEXE II 211
2. BIBLIOGRAPHIE 240
I. Table des romanciers grecs traduits en français 253
I. Bibliographie de la critique actuelle en Grèce 258
3. TABLE 264

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